En 2015, lors de la conférence des Nations unies sur le changement climatique, l’accord de Paris a été adopté, exigeant des pays qu’ils présentent leurs plans de réduction des émissions de gaz à effet de serre. 194 pays y ont adhéré.
Cependant, la transition vers les énergies renouvelables et l’abandon des productions polluantes peuvent avoir des répercussions négatives sur les travailleurs de ces secteurs, leurs familles, ainsi que sur des pays entiers dépendants des ressources non renouvelables. C’est pourquoi le principe d’une « transition juste » pour tous a été inclus dans les plans de décarbonisation de l’économie.
L’objectif principal de l’Accord de Paris est de maintenir la hausse des températures bien en dessous de 2 °C et de la limiter à 1,5 °C. Le préambule de l’accord souligne que la transition doit se faire « en tenant compte de la nécessité d’une transition équitable dans le domaine du travail ».
L’Organisation internationale du travail (OIT) recommande de verdir l’économie tout en garantissant un soutien total aux travailleurs des industries polluantes. L’OIT affirme que ce soutien ne doit pas se limiter à des « funérailles fastueuses », c’est-à-dire à une aide sociale après la perte d’un emploi. Il faut garantir la protection sociale, l’amélioration des qualifications, la retraite anticipée et la création de nouvelles industries respectueuses de l’environnement dans les régions touchées par les suppressions d’emplois.
Le concept de « transition juste » a été initialement développé par les syndicats américains dans les années 1980-1990 afin de protéger les travailleurs qui avaient perdu leur emploi à la suite de l’adoption de nouvelles réglementations en matière de pollution environnementale. Dans les années 2000, grâce aux syndicats, ce concept a été adopté par l’ONU, et en 2015, l’OIT a publié un guide sur la transition, qui est devenu la base de tous les plans similaires.
L’Union européenne a été l’une des premières à adopter la stratégie de neutralité carbone en créant deux fonds dans le cadre du « Pacte vert pour l’Europe ». L’un d’eux est le Fonds pour une transition juste (JTF), qui orientera les investissements « verts » et sociaux vers les régions de l’UE qui dépendent fortement des combustibles fossiles. Entre 2021 et 2027, le JTF devait transférer 55 milliards d’euros aux régions les plus touchées.
Une partie de cet argent a été transférée aux régions charbonnières polonaises. En 2023, le JTF leur a versé 3,85 milliards d’euros. Selon une étude sur la transformation du secteur charbonnier réalisée par Alexander Spora et Konstancja Ciołkowski, entre 1990 et 2014, la production de charbon en Pologne, qui représente 70 % de la production d’électricité, a déjà diminué de moitié.
La même étude souligne que la réduction de la production de charbon a été obtenue grâce à une large coalition comprenant les syndicats, mais aussi parce que l’industrie minière du pays est restée en grande partie sous le contrôle de l’État.
Cependant, les projets de fermeture des mines ont longtemps été source de tensions entre les mineurs et le gouvernement. Les mineurs estimaient que la fermeture des mines de charbon entraînerait la suppression de centaines de milliers d’emplois et mettrait en péril la sécurité énergétique du pays. Mais après des mois de négociations, le gouvernement et les syndicats sont parvenus à signer des accords sur le secteur charbonnier jusqu’en 2049.
L’Allemagne a également réalisé des progrès significatifs dans le domaine de la « transition juste », en atteignant 50 % d’énergies renouvelables dans son bilan énergétique. Le pays a réussi à abandonner le charbon dans la vallée industrielle de la Ruhr grâce à des investissements publics massifs, des compensations et la diversification de l’économie locale. Des programmes de retraite anticipée, des possibilités de reconversion professionnelle pour les jeunes employés, etc. ont été mis en place pour environ 37 000 travailleurs de l’industrie charbonnière.
Cependant, Alexandra Gerasimchikova, experte de la coalition européenne d’ONG Counter Balance, qui étudie les finances publiques de l’UE, remarque que les programmes de l’UE sont fortement orientés vers le financement privé. Selon elle, cela ne garantit pas des emplois de qualité, des services publics et des transports, ni l’accès à des sources d’énergie renouvelables. La chercheuse Daniela Gabor estime quant à elle que, selon ces plans, le fardeau de la décarbonisation retombera sur les épaules des plus démunis.
Dès 2018, des manifestations ont éclaté en Europe contre les politiques climatiques des gouvernements, qui ont eu un impact négatif sur la situation économique d’une partie de la population. Ainsi, les manifestations du mouvement des « gilets jaunes » en France ont été déclenchées par la taxe sur les émissions de carbone, qui a entraîné une augmentation du prix du litre d’essence et de diesel. Les manifestants ont qualifié leurs actions de réaction sociale à la politique climatique de l’ancien ministre français de l’Écologie.
C’est pourquoi les chercheurs estiment que les plans de transition vers une économie verte doivent être ouverts et démocratiques, et inclure la société, y compris les syndicats, dans les discussions et la prise de décision.