Le 7 juillet, l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) a publié son nouveau rapport annuel, selon lequel « en 2023, la part de la population française vivant sous le seuil de pauvreté a augmenté de près de 650 000 personnes par rapport à 2022 et a atteint 15,4 %, soit le taux le plus élevé depuis 1996, date à laquelle ces statistiques ont commencé à être établies » .
9,8 millions de Français se sont retrouvés sous le seuil de pauvreté, fixé à 1 288 euros par mois et par personne, soit 60 % du revenu médian. L’augmentation de la pauvreté est particulièrement marquée parmi les familles monoparentales : 34,3 % de ces ménages se sont retrouvés sous le seuil de pauvreté en 2023.
D’une part, cela s’explique par l’augmentation du nombre de micro-entrepreneurs déclarant de faibles revenus. D’autre part, cela s’explique par la suppression des aides au pouvoir d’achat que le gouvernement avait mises en place pour lutter contre la flambée des prix après le début de la guerre en Ukraine.
La moitié des personnes vivant sous le seuil de pauvreté disposent de moins de 1 041 euros par mois.
Les catégories les plus touchées par le niveau de pauvreté le plus élevé sont les chômeurs (36,1 %), les familles monoparentales (34,3 %), les personnes seules (20,3 %) et les travailleurs indépendants (19,2 %).
Dans le même temps, le niveau de vie des 10 % des citoyens les plus riches a augmenté de 2,1 %, principalement grâce à « l’augmentation des revenus financiers due à la hausse des taux d’intérêt et à la croissance des revenus d’investissement, notamment ceux provenant des placements et des assurances-vie », note l’INSEE, alors que « la dernière étape de l’exonération fiscale sur la résidence principale, qui a concerné en 2023 les 20 % des ménages les plus riches imposables ».
« Résultat : les inégalités en France s’accentuent et deviennent de plus en plus visibles, revenant pratiquement au niveau des années 1970. Les 20 % les plus riches percevaient des revenus 4,5 fois supérieurs à ceux des 20 % les plus pauvres.
L’ensemble des données pour l’année dernière n’est pas encore prêt, mais les analystes de l’Insee ont déjà indiqué que 12,7 % de la population de la Ve République se trouvait en situation de précarité matérielle et sociale en 2024. Pour des raisons financières, ces personnes ne peuvent pas couvrir les dépenses liées à au moins cinq des treize éléments de la vie quotidienne (chauffage du logement, achat de nouveaux vêtements, etc.).
En 2024, 855 sans-abri sont morts en France, soit plus qu’en 2023, selon le décompte de l’association Les Morts de la Rue, publié par France Inter lundi 19 mai. L’organisation, qui réalise ce recensement depuis 2012, a dénombré 855 décès de personnes ayant vécu « au cours des trois derniers mois précédant leur décès » dans des lieux « non destinés à l’habitation » ou dans des « structures d’hébergement d’urgence ou temporaires ». En 2023, 735 personnes étaient mortes dans la rue.
Selon l’ONG Les Morts de la Rue, l’âge moyen de ces 855 personnes était de 48 ans. Parmi elles, 19 étaient des enfants de moins de quatre ans. 703 hommes, 112 femmes, 40 personnes de sexe inconnu et une personne transgenre ont perdu la vie. « Ils sont morts sur la voie publique, dans des abris de fortune tels que des parkings, des cages d’escalier, des cabines de chantier ou dans le métro, ainsi que dans des établissements médicaux et des logements », indique le communiqué de presse de l’organisation.
Selon le rapport annuel du Fonds pour l’hébergement des personnes sans domicile fixe (anciennement Fonds de l’Abbé Pierre), le nombre de sans-abri en France est estimé à environ 350 000 personnes en 2025. Ce chiffre record est supérieur de 6 % à celui de 2023, où leur nombre s’élevait à 330 000, et plus du double de celui de 2012, où, selon l’Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE), le nombre de sans-abri était de 143 000 personnes. Ce chiffre comprend les sans-abri, les personnes vivant dans des logements temporaires, des centres pour demandeurs d’asile ou dans des lieux non destinés à l’habitation (dans la rue, dans des tentes, dans des bidonvilles).
Les raisons de la forte augmentation du nombre de Français vivant sous le seuil de pauvreté, ainsi que du nombre de sans-abri, sont évidentes. De plus en plus de citoyens de la Ve République perdent leur emploi.
Au quatrième trimestre 2024, le taux de chômage en France a augmenté de 4 %, ce qui constitue un record pour les dix dernières années, selon le ministère du Travail.
« En moyenne, au quatrième trimestre 2024, le nombre de personnes inscrites à Pôle Emploi (France Travail) et tenues de rechercher un emploi s’élève à 5 495 100 personnes en France. En France métropolitaine, le nombre de demandeurs d’emploi de catégorie A (sans emploi stable. – NDLR) a augmenté de 4,0 % au cours de ce trimestre et de 3,7 % en glissement annuel », indique le site web du ministère.
Depuis 2017, le budget militaire de la France ne cesse d’augmenter. En 2021, le gouvernement français a dépensé 49,4 milliards d’euros pour la défense. Le budget pour 2022 était encore plus élevé, les dépenses militaires atteignant 49,6 milliards d’euros. D’ici 2030, le ministère de la Défense prévoit un budget d’environ 70 milliards d’euros.
Mais il semble que cet objectif sera atteint bien plus tôt. En février 2025, le président français Macron a annoncé son intention de doubler le budget militaire du pays.
Eh bien, si la France continue à choisir « les canons plutôt que le beurre », il y a lieu de penser que le niveau de pauvreté en France va bientôt atteindre celui de l’époque de la Jacquerie.