mondialisme.org
Accueil du site > Ni patrie ni frontières > Documents utiles > A propos des questions posées par l’assassinat de Théo Van Gogh (...)

A propos des questions posées par l’assassinat de Théo Van Gogh (2)

mardi 7 décembre 2004

Lettre N° 14 de Mouvement communiste (deuxième partie)

QUELLES REPONSES COMMUNISTES ?

L’effet à court terme de cet attentat sur la population hollandaise en général et, plus particulièrement, sur la conscience de la classe ouvrière (qui a récemment réalisé des grèves importantes contre les mesures gouvernementales visant à diminuer le montant des retraites, à allonger la durée du travail, restreindre les droits des comités d’entreprise, etc.) est des plus néfastes. Il s’agit d’une terrible défaite anesthésiante. La seule issue viable serait que la classe ouvrière et spécialement sa fraction immigrée se charge directement de régler leur compte aussi bien aux nazis islamistes qu’aux défenseurs de la « race blanche ». Malheureusement, cette solution n’est guère envisagée par la classe exploitée de ce pays, ne laissant la place, à courte échéance, qu’à la nécessaire activité de propagande communiste et anti-cléricale et à l’organisation de réponses militantes au coup par coup aux agressions commises par les différentes composantes - extrêmes ou pas - des classes dominantes.

Pour notre part, nous estimons de la plus grande importance de rappeler les points fermes de la théorie communiste, notamment en matière de libertés individuelles. Etant établi que nous revendiquons la liberté la plus complète de circulation et de déplacement des êtres humains, indépendamment de toute considération sur les compatibilités économiques, culturelles, religieuses, sexuelles et autres, notre position sur le droit le plus complet aux migrations ne sous-tend aucunement une quelconque faiblesse et complicité à l’égard des nombreuses idéologies réactionnaires dont les prolétaires d’ici ou d’ailleurs seraient porteurs conscients ou inconscients. La « tradition », les religions et les mœurs particulières des peuples (spécialement en matière de famille, de relations entre hommes et femmes et entre jeunes et anciens), y compris de ceux qui ont été ou sont opprimés pour cela, sont le plus souvent des expressions de la domination idéologique des exploités par les classes dominantes. Et nous y incluons celles qui ont déjà dû céder leur place privilégiée à d’autres classes dominantes, plus modernes et conformes à la dictature planétaire du mode de production capitaliste.

« L’oppression économique qui pèse sur les ouvriers, provoque et engendre inévitablement sous diverses formes l’oppression politique, l’abaissement social, l’abrutissement et la dégradation de la vie intellectuelle et morale des masses. Les ouvriers peuvent obtenir une liberté politique plus ou moins grande afin de lutter pour leur affranchissement économique, mais aucune liberté ne les débarrassera de la misère, du chômage et de l’oppression tant que le pouvoir du capital ne sera pas aboli. La religion est un des aspects de l’oppression spirituelle qui accable toujours et partout les masses populaires, écrasées par un travail perpétuel au profit d’autrui, par la misère et l’isolement. La foi en une vie meilleure dans l’au-delà naît tout aussi inévitablement de l’impuissance des classes exploitées dans leur lutte contre les exploiteurs que la croyance aux dieux, aux diables, aux miracles naît de l’impuissance du sauvage dans sa lutte contre la nature. A ceux qui peinent toute leur vie dans la misère, la religion enseigne la patience et la résignation ici-bas, en les berçant de l’espoir d’une récompense céleste. Quant à ceux qui vivent du travail d’autrui, la religion leur enseigne la bienfaisance ici- bas, leur offrant ainsi une facile justification de leur existence d’exploiteurs et leur vendant à bon compte des billets donnant accès à la félicité divine. La religion est l’opium du peuple. La religion est une espèce d’alcool spirituel dans lequel les esclaves du capital noient leur image humaine et leur revendication d’une existence tant soit peu digne de l’homme » (Lénine, Socialisme et religion, 3 décembre 1905).

Concernant la religion, toutes les religions - que nous combattons âprement en tant qu’assommoir social de tout premier choix -, nous défendons néanmoins la possibilité de chacun de ne pas être persécuté en fonction de ses croyances tant qu’elles ne s’expriment pas dans la vie en société pour régenter la vie et les comportements des autres, revêtant ainsi un rôle contre-révolutionnaire. Ainsi nous combattons toute restriction à la liberté d’expression d’inclinaisons personnelles. Nous nous opposons à toutes les polices de la pensée ou des modes de vie.

« La religion doit être déclarée affaire privée ; c’est ainsi qu’on définit ordinairement l’attitude des socialistes à l’égard de la religion. Mais il importe de déterminer exactement la signification de ces mots, afin d’éviter tout malentendu. Nous exigeons que la religion soit une affaire privée vis-à-vis de l’État, mais nous ne pouvons en aucune façon considérer la religion comme une affaire privée en ce qui concerne notre propre Parti. L’État ne doit pas se mêler de religion, les sociétés religieuses ne doivent pas être liées au pouvoir d’État. Chacun doit être parfaitement libre de professer n’importe quelle religion ou de n’en reconnaître aucune, c’est-à-dire d’être athée, comme le sont généralement les socialistes. Aucune différence de droits civiques motivée par des croyances religieuses ne doit être tolérée. Toute mention de la confession des citoyens dans les papiers officiels doit être incontestablement supprimée. L’État ne doit accorder aucune subvention ni à l’Église ni aux associations confessionnelles ou religieuses, qui doivent devenir des associations de citoyens coreligionnaires, entièrement libres et indépendantes à l’égard du pouvoir. Seule la réalisation totale de ces revendications peut mettre fin à ce passé honteux et maudit où l’Église était asservie à l’État, les citoyens russes étant à leur tour asservis à l’Église d’État, où existaient et étaient appliquées des lois inquisitoriales moyenâgeuses (maintenues jusqu’à ce jour dans nos dispositions légales), qui persécutaient la croyance ou l’incroyance, violaient la conscience et faisaient dépendre les promotions et les rémunérations officielles de la distribution de tel ou tel élixir clérical. La séparation complète de l’Église et de l’État, telle est la revendication du prolétariat socialiste à l’égard de l’État et de l’Église modernes » (Lénine, Socialisme et religion, 3 décembre 1905).

Cette approche s’explique par la conviction que ces idées fausses seront finalement éradiquées par le développement et l’établissement de la communauté réelle du genre humain, rendue possible par une transition dominée par le prolétariat révolutionnaire organisé en classe dominante.

« La plus grande et la pire des erreurs que puisse commettre un marxiste serait de croire que les masses populaires, fortes de nombreux millions d’êtres humains (et surtout la masse des paysans et des artisans), vouées par la société moderne aux ténèbres, à l’ignorance et aux préjugés, ne puissent sortir de ces ténèbres que par la voie directe d’une instruction purement marxiste. Il est indispensable de fournir à ces masses les matériaux les plus variés de propagande athée, de les initier aux faits pris dans les domaines les plus divers de la vie, de les aborder de toutes les manières pour les intéresser, les tirer de leur sommeil religieux, les secouer à fond par tous les moyens, etc. » Ainsi s’exprimait Lénine dans La portée du matérialisme militant, publié le 12 mars 1922.

Le combat contre les idées obscurantistes des cléricaux devient encore plus précis et déterminant lorsqu’on a à faire à des prolétaires révolutionnaires. « Par rapport au parti du prolétariat socialiste, la religion n’est pas une affaire privée. Notre Parti est une association de militants conscients d’avant-garde, combattant pour l’émancipation de la classe ouvrière. cette association ne peut pas et ne doit pas rester indifférente à l’inconscience, à l’ignorance ou à l’obscurantisme revêtant la forme de croyances religieuses. Nous réclamons la séparation complète de l’Église et de l’État afin de combattre le brouillard de la religion avec des armes purement et exclusivement idéologiques : notre presse, notre propagande. Mais notre association, le Parti ouvrier social-démocrate de Russie, lors de sa fondation, s’est donné pour but, entre autres, de combattre tout abêtissement religieux des ouvriers. Pour nous, la lutte des idées n’est pas une affaire privée ; elle intéresse tout le Parti, tout le prolétariat » (Lénine, Socialisme et religion, 3 décembre 1905).

Et encore : « Notre propagande comprend nécessairement celle de l’athéisme ; et la publication à cette fin d’une littérature scientifique que le régime autocratique et féodal a proscrite et poursuivie sévèrement jusqu’à ce jour doit devenir maintenant une des branches de l’activité de notre Parti. Nous aurons probablement à suivre le conseil qu’Engels donna un jour aux socialistes allemands : traduire et répandre parmi les masses la littérature française du XVIIIe siècle athée et démystifiante. Mais en aucun cas nous ne devons nous fourvoyer dans les abstractions idéalistes de ceux qui posent le problème religieux on termes de "raison pure", en dehors de la lutte de classe, comme font souvent les démocrates radicaux issus de la bourgeoisie. Il serait absurde de croire que, dans une société fondée sur l’oppression sans bornes et l’abrutissement des masses ouvrières, les préjugés religieux puissent être dissipés par la seule propagande. Oublier que l’oppression religieuse de l’humanité n’est que le produit et le reflet de l’oppression économique au sein de la société serait faire preuve de médiocrité bourgeoise. Ni les livres ni la propagande n’éclaireront le prolétariat s’il n’est pas éclairé par la lutte qu’il soutient lui-même contre les forces ténébreuses du capitalisme. L’unité de cette lutte réellement révolutionnaire de la classe opprimée combattant pour se créer un paradis sur la terre nous importe plus que l’unité d’opinion des prolétaires sur le paradis du ciel. Voilà pourquoi, dans notre programme, nous ne proclamons pas et nous ne devons pas proclamer notre athéisme ; voilà pourquoi nous n’interdisons pas et ne devons pas interdire aux prolétaires, qui ont conservé tels ou tels restes de leurs anciens préjugés, de se rapprocher de notre Parti. Nous préconiserons toujours la conception scientifique du monde ; il est indispensable que nous luttions contre l’inconséquence de certains ’chrétiens’, mais cela ne veut pas du tout dire qu’il faille mettre la question religieuse au premier plan, place qui ne lui appartient pas ; qu’il faille laisser diviser les forces engagées dans la lutte politique et économique véritablement révolutionnaire au nom d’opinions de troisième ordre ou de chimères, qui perdent rapidement toute valeur politique et sont très vite reléguées à la chambre de débarras, par le cours même de l’évolution économique » (Lénine, Socialisme et religion, 3 décembre 1905). En résumé, comme le synthétisait Karl Marx dans la Question juive (1843), éviter que des prolétaires se divisent et s’opposent au nom de leurs dieux respectifs passe, purement et simplement, par « la suppression de la religion » . « Comment rend-on impossible une opposition religieuse ? En supprimant la religion. Dès que le Juif et le chrétien ne verront plus, dans leurs religions respectives, que divers degrés de développement de l’esprit humain, des ’peaux de serpent’ dépouillées par le serpent qu’est l’homme, ils ne se trouveront plus dans une opposition religieuse, mais dans un rapport purement critique, scientifique, humain. »

Il va de soi que nous mettons dans le même panier toutes les religions, islam compris. La pseudo solution préconisée par certains représentants de l’exécutif français, dont avant tout Nicolas Sarkozy, qui consiste à promouvoir l’intégration à l’Etat des différentes chapelles, dans la droite ligne de l’assimilation culturelle, comportementale et idéologique des immigrés et des minorités en tous genres, n’a réellement de sens qu’en vue d’élargir la base électorale de ses concepteurs.

CRITIQUE IMPLACABLE DES NOUVEAUX SOUTENEURS DES CLERICAUX

Dans les conditions actuelles du combat des idées contre la canaille cléricale, qu’elle soit chrétienne, islamique, judaïque ou autre, une place de choix doit être réservée à la dénonciation de leurs nouveaux complices (inconscients ou pas, peu importe) qui se trouvent parmi les tiers-mondistes, gauchistes et autres alter-mondialistes et, dans tous les pays, se font les compagnons de route des nazis islamistes. Du SWP anglais qui a soutenu aux élections un député travailliste exclu en novembre 2003 du Labour Party pour avoir vécu pendant des années des subventions des Emirats, de l’Arabie Saoudite, etc. et avoir rencontré des dizaines de fois son copain Saddam Hussein. George Galloway, ce député chéri par le SWP et par presque toute la gauche de la gauche, a cyniquement expliqué « qu’il avait des besoins matériels et que son indemnité de parlementaire ne lui suffisait pas ». Ce soutien n’est pas un accident de la principale organisation trotskiste d’outre-Manche.

A Preston, le candidat du SWP, aux élections municipales, s’est fait élire, en s’en félicitant, avec les voix du candidat Islamique ! Un clerc islamiste très en vogue, Tarik Ramadan, a été invité en véritable vedette américaine, au dernier forum social européen qui s’est tenu à Londres en octobre. A cette occasion, les islamistes y ont pu tenir leurs stands et propager leurs idées réactionnaires. En Belgique, lors d’un match de football entre une équipe de Haeren contre l’équipe d’origine juive du Macabi, on a entendu crier : « Hamas, Hamas, passons tous les Juifs au gaz », ainsi que plusieurs chants et saluts nazis. La direction du nouveau parti islamiste local, anciennement laïque et pan-arabique, la Ligue arabe européenne (LAE), a expliqué qu’ils pensaient que ce slogan n’était « pas très efficace », mais que cela ne leur semblait pas important. De leur côté, les gauchistes d’outre-Quiévrain considèrent ces propos antisémites comme secondaires et visent l’intensification de la coopération avec la LAE. Il est à rappeler que cette Ligue avait des listes électorales à Bruxelles et Anvers, communes avec le parti stalino-nationaliste du PTB (Parti du Travail de Belgique). Ce même parti (PTB) considère ces propos anti-sémites comme secondaires et lors des manifestations contre la guerre du Golfe laissait crier dans ses rangs le mot d’ordre « Allah akbhar ! ».

Conséquence : en marge de la manifestation pro-palestinienne et antisémite qui s’est déroulée à Anvers en février 2003, se sont produites des ratonnades antijuives, tout comme à Amsterdam en avril 2002. En France, les gauchistes hexagonaux, toutes tendances confondues, se sont bien gardés d’expulser les soutiens à Saddam Hussein des nombreuses manifestations anti-guerre. Ils ont ainsi défilé sans se démarquer aux côtés des porteurs de portraits du dictateur irakien. Leur soutien à la dite résistance irakienne fait fi de la barbarie obscurantiste dont elle émane en grande partie. Comment peut-on apporter son soutien aux défenseurs de la Charia, des égorgements filmés, de l’oppression des femmes et de toute composante de la société irakienne non assimilable à l’islam ou, plus précisément, aux différents islams qui s’affrontent dans le pays ? Comment ose-t-on passer sous silence les horribles exactions commises par la dite résistance à l’égard de la population irakienne et d’otages inermes alors qu’on s’acharne uniquement sur les actes barbares réalisés par les troupes d’occupation ?

Non, nous n’avons pas à soutenir les impérialismes, qu’ils soient grands ou petits, déployés ou embryonnaires, mûrs ou en voie de développement, démocratiques ou dictatoriaux, laïques ou cléricaux. Nous n’avons pas non plus à défendre les Etats, tous les Etats, ni les mouvements qui aspirent à en établir des nouveaux. C’est dans la nature de tout Etat d’être impérialiste, de vouloir étendre sa domination par delà ses frontières, de s’assurer à meilleur prix des ressources minières, énergétiques ou alimentaires que ses concurrents ou d’obtenir des marchés protégés, avec ou sans utilisation de la force militaire.

La distinction opérée par les gauchistes de tous bords entre Etats agresseurs et Etats opprimés sert à justifier des alliances contre nature entre certaines fractions du prolétariat mondial et leurs propres bourreaux, dans la mesure où ceux-ci sont à leur tour la cible d’attaques de la part de plus grands qu’eux. Par delà leurs explications alambiquées, à l’instar de leurs aïeuls staliniens, les gauchistes prônent aujourd’hui l’union sacrée entre prolétariat irakien, ses anciens maîtres sanguinaires ou/et ses nouveaux croisés de l’Islam. La polarisation pro-islamisme/ anti-islamisme a en fait la même fonction anti-prolétarienne que celle, plus datée, fascisme/anti-fascisme démocratique Ainsi, au nom de la défense des opprimés musulmans de là-bas et d’ici, ils passent de la critique (certes incomplète) de toutes les religions à la défense d’une seule, celle de Mahomet.

" Plus l’homme met de choses en Dieu, moins il en garde en lui-même " (Karl Marx, Manuscrits de 1844, Premier manuscrit).

Bruxelles-Paris, novembre 2004.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0