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Días rebeldes. Crónicas de insumisión (note de lecture)

jeudi 4 février 2010

Días rebeldes. Crónicas de insumisión

Collectif (coordination d’Abel Rebollo, Miquel Vallès, Paco Madrid et Quim Sirera)

Editorial Octaedro, 2009

En 2003, des membres du groupe barcelonais Etcétera, des activités duquel nous parlons fréquemment dans Echanges, coordonnaient un ouvrage collectif, La Barcelona rebelde. Guía de una ciudad silenciada (La Barcelone rebelle. Guide d’une ville passée sous silence) aux éditions Octaedro. Un ouvrage qui proposait de flâner dans la capitale de la Catalogne espagnole en suivant les pas des rébellions qui ont secoué la ville de 1835 à 2001 (voir Echanges n° 116, hiver 2005-2006, p. 60). On entend souvent dire que celui qui ne connaît pas le passé ne peut comprendre le présent ni se projeter dans l’avenir, et que le passé permet d’éclairer le présent. Dans ce nouveau livre collectif qui reprend en titre le terme « rebelle », Días rebeldes. Crónicas de insumisión (Jours rebelles. Chroniques d’insoumission), une histoire de rebelles qui s’étend de – 3000 à 2008, ses coordinateurs ne répètent pas de si sottes impertinences.

A partir de réflexions que tout le groupe a partagées au fil de plusieurs numéros de la revue Etcétera ces dernières années, ils ont pu constater que l’historiographie a principalement pour finalité de constituer le socle d’une représentation idéologique de pratiques culturelles communes à une nation, ou un groupe social, en opposition aux autres cultures, que l’étude du passé n’est le plus souvent qu’une mise en scène du présent. C’est pourquoi, dans l’introduction à Días rebeldes, ils affirment clairement que, pour eux, revenir sur le passé c’est rendre présente sa charge critique, que notre compréhension du passé est déterminée par les temps dans lesquels nous vivons et qu’il ne faut pas céder à la tentation de vouloir trouver au présent ce que nous cherchons au passé.

Une histoire de rebelles qui s’étend sur près de 5 000 ans, et qui concerne le monde entier, pouvait succomber à la superficialité atemporelle et utopique qui met au même niveau les sociétés de Mésopotamie et du monde capitaliste : pour peu que l’on ne distingue plus les temps et les lieux, on ne tarde pas à confondre les personnages ; le danger est alors de dresser un historique où la géographie est tellement bouleversée que les affaires de Ninive se trouvent à Athènes. Le risque était d’autant plus grand que Días rebeldes se compose de textes de portées parfois contradictoires, rédigés par des auteurs dont plusieurs sont éloignés par leurs activités et leurs pensées.

Toutefois, le résultat est à la mesure des risques pris : l’ouvrage donne des détails qui amènent à remettre en cause les idées sommaires ou générales que l’on pourrait se faire de l’humanité à cause de l’imperfection ou de la capacité trop bornée de l’esprit qui l’empêchent ordinairement de concevoir ces détails distinctement en même temps.

Días rebeldes montre que si, aujourd’hui comme hier, nous ne sommes libres, que par le bon vouloir de milliers de fonctionnaires et de patrons, des individus d’une même classe sociale agissant collectivement peuvent tout d’un coup remettre en question le fragile équilibre qui garantit leur soumission. Et que s’il est certain que bien des rébellions se sont fondées, et continuent à se fonder, sur une velléité de retour au passé plus qu’elles ne tendent à rompre avec le présent, on peut cependant considérer que tout ce qui contient le germe de la révolte est source d’émancipation, malgré les limites que ce mot peut avoir en fonction des époques et des sociétés étudiées.

J.-P. V.