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La faillite de Delphi, une attaque en règle

vendredi 13 novembre 2009

Ces extraits d’un article du Washington Post du 12 novembre 2005, cité par le site Internet La Brèche, sont parus dans Echanges n°119 (hiver 2006-2007), en annexe de Exacerbation de la concurrence dans le secteur automobile.

L’article analyse la stratégie patronale d’attaques contre les syndicats – en particulier l’United Auto Workers (UAW) – et contre le niveau de vie des travailleurs considérés, selon les critères de la sociologie américaine, comme formant un élément des classes moyennes, étant donné leur salaire horaire et, surtout, la couverture médicale et la retraite dont ils étaient pourvus. Mais ce monde s’écroule. Un salaire horaire moyen (d’un ouvrier de GM ou de Delphi) plus les bénéfices sociaux se décomposaient ainsi jusqu’à maintenant : salaire et adaptation au coût de la vie (25,58 dollars), heures supplémentaires, primes, vacances (9,78 dollars) : soit 35.36 dollars ; ensemble des allocations sociales (santé, assurance vie, sécurité sociale) : 30,54 dollars, soit un total de 65,90 dollars (source : J.P. Morgan, Center for Automotive Research).

La direction de Delphi propose-impose un salaire de 9 à 10,5 dollars. Le choc est rude. C’est ce que décrit un quotidien américain conservateur. (1) Comme beaucoup d’autres habitants de cette ville – Lockport, dans l’Etat de New-York – Pam Mondello peut sentir le rêve américain lui glisser des doigts. Mondello, une ouvrière de 39 ans, s’inquiète des importantes coupes salariales qui pourraient intervenir suite à la mise en faillite, le mois dernier [8 octobre 2006], de Delphi Corporation. Dans ses projets de restructuration, l’équipementier annonce que des milliers d’ouvriers dans tout le pays verront leurs salaires brutalement diminués pour atteindre la piètre somme de 9,50 dollars l’heure. Mondello, qui a des factures à payer et trois enfants adolescents, est abasourdie à l’idée que Delphi puisse penser s’en tirer avec une telle baisse.

« C’est une véritable gifle, quand on sait qu’actuellement ils paient 28 dollars l’heure. On s’attendait à des baisses salariales, mais ne nous faites pas vivre dans la pauvreté ! » s’exclame Mondello.

Pour les 3 800 travailleurs de l’usine de Lockport, c’est une véritable guerre de classe qui se déroule dans l’industrie automobile. Ils sont nombreux à penser que la mise en faillite de Delphi a été orchestrée par des dirigeants de la branche dans le but d’écraser de manière permanente l’échelle salariale des travailleurs. On a l’impression ici que personne ne demande des comptes à la direction faîtière.

Michael Fredericks, un travailleur de 53 ans qui a commencé à travailler à l’usine de Lockport à l’âge de 19 ans, proteste : « L’Amérique des affaires a lourdement investi outre-mer de l’argent qu’ils auraient dû mettre dans ma caisse de retraite. » Il est furieux que son salaire et sa retraite se trouvent menacés alors qu’il a travaillé durant presque trente-quatre ans à Delphi. Il estime que les nouvelles propositions salariales correspondent à des salaires payés par McDonald et Burger King. « Cela ne va pas fonctionner. Personne ne va accepter. Nous avons lutté trop durement pour obtenir ce que nous avons. »

(1) Le salaire horaire minimum au niveau fédéral est de 5,15 dollars (note d’Echanges).

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