mondialisme.org

La crise sociale ouverte (7 janvier 2008)

jeudi 11 février 2010

Ce texte est paru en janvier 2008 sur le blog Spartacus1918, sous le n°149

La crise sociale ouverte, c’est le moment où le peuple commence à se rendre compte, de par sa situation réelle, qu’il n’y a plus d’espoir de voir sa situation s’améliorer, et qu’au contraire chaque jour qui passe est un jour de misère sociale (1).

Après plus de vingt-cinq ans de pertes d’acquis, d’impôts nouveaux – comme la CSG et la CRDS – mis en place pour spolier les salariés retraités et chômeurs et vendre de la dette aux marchés internationaux, il faut que la sécu reste en déficit pour que là aussi les financiers internationaux se gavent de la dette. La purge n’est toujours pas suffisante. Et de purge en purge il devient évident qu’aucune réforme positive ne se profile à l’horizon. Bien au contraire, le gouvernement se montre de plus en plus offensif contre les masses populaires et revendique haut et fort ses intentions, qu’il présente toujours sous l’angle du sécuritaire et du sauveur providentiel, incarné par Nicolas Sarkozy.

Passons aux réalités « sécuritaire » que nous promet Sarkozy :

Sur l’emploi et le contrat de travail : le 11 juillet 2007, le président de la République a adressé une lettre de mission à la ministre de l’Economie, de l’Industrie et de l’Emploi, Christine Lagarde, lui indiquant qu’elle devait tout faire pour mettre en place en 2008 une « sécurité sociale professionnelle ». Un conseil, pour mieux décoder le langage du pouvoir : remplacer le mot « sécurité » par « précarité » – ici « la précarité sociale professionnelle ».

Le Ministre du Travail, des Relations sociales, de la Famille, de la Solidarité et de la Ville, Xavier Bertrand, lui aussi, est missionné dans le même sens, et doit mettre en place « un nouvel équilibre du marché du travail, permettant de concilier une triple exigence : le développement des entreprises, la mobilité de l’emploi et la sécurité des salariés ». Tous, comme un seul homme, veulent la « modernisation du marché du travail ». Encore un euphémisme visant à masquer qu’il s’agit de la précarisation de ce marché, et de l’insécurité sociale qu’il génère en permanence. La réforme du contrat de travail n’a pas pour but de donner un CDI temps plein pour tous, mais de transformer tous les CDI en contrats précaires (2) à grandeur variable, annualisés et flexibles, pouvant être rompus à tout moment d’un « commun accord » – c’est la fameuse « séparabilité » revendiquée par le Medef. Il est aussi prévu d’instaurer un « CDI de mission », conclu pour la réalisation d’un objet précis qui prendrait fin lors de la survenance d’un événement préalablement défini, pouvant se muter en CDI classique. Un contrat d’intérimaire, qui ne dit pas son nom, mais qui inquiète déjà les sociétés d’intérim.

Sur le pouvoir d’achat : l’inflation est de retour dans de nombreux pays, en Chine, en Afrique, en Europe, aux Etats-Unis… Les chiffres récents en témoignent : aux États-Unis et en Europe, les prix à la consommation s’envolent. Ils ont progressé de 4,3 % sur un an aux États-Unis et de 3,1 % dans la zone euro. Pour le moment cette inflation est mise sur le dos de la tension sur les cours du pétrole et la demande en matière de produits alimentaires. En France, selon l’indice truqué de l’INSEE, le coût de la vie a augmenté de 2,4 % de novembre 2006 à novembre 2007 (et chacun peut vérifier qu’en fait son augmentation est encore bien plus importante), alors que le gaz vient d’augmenter de 4 %. Prochainement, aussi, les timbres poste…

Le racket/franchise de 50 euros sur les médicaments entre en action dès le mois de janvier 2008 et aura vite fait de réduire le montant des petites pensions des retraités, qui ne seront « revalorisées » que de 1,1 % (en fait en baisse).

Sur la situation internationale : le contrôle de la masse monétaire, mis en place par les monétaristes pour juguler l’inflation, vient de voler en éclats, la crise financière ayant transformé tous les rêves de gains en Bourse en véritables cauchemars. Les banques centrales, pour sauver la représentation de l’argent (dollar euro yen) comme valeur refuge ont injecté 400 milliards de dollars[3], mais le bateau continu eà prendre l’eau et il faudra bien sacrifier une monnaie de référence.

Pour maintenir le système, les banques centrales feront tout pour relever leurs taux et lutter contre l’inflation. La Banque centrale européenne s’est même livrée à une grande manœuvre de fin d’année pour sauver la représentation de l’argent. Après avoir mis à la disposition des banques 370 milliards d’euros le mardi 25 décembre 2007, elle en reprendra plus de 150 milliards le vendredi 28. L’objectif de la manœuvre consistait (en injectant des liquidités) à masquer le plus possible l’ampleur des dégâts de la crise du « subprime » sur les bilans des banques au moment de la clôture de leurs livres de comptes – il fallait rassurer les actionnaires et les investisseurs. Mais le feu couve toujours sous les braises, et des banques vont y laisser leur peau (4). Dans un contexte de ralentissement économique maintenant avoué, les banques centrales vont devoir naviguer dans une dichotomie de plus en plus intenable. Le ralentissement pousse à la baisse des taux, ce que vient de faire la FED (la Réserve fédérale des Etats-Unis), et la baisse des taux fait fuir les capitaux. La balance américaine des capitaux a accusé un déficit record en août de 69,3 milliards de dollars,...(La Tribune du 16 octobre 2007 ). Un célèbre financier américain, Jim Rogers, ancien associé de George Soros dans le fonds Quantum, vient d’annoncer qu’il vendait sa magnifique résidence de Riverside Drive à New York, et qu’il convertissait ses actifs en yuans chinois, ajoutant : « Je déménage en Asie (à Shanghaï, Canton ou Hong Kong), parce que c’est faire comme ceux qui sont venus habiter à New York en 1907 ou à Londres en 1807. C’est la vague de l’avenir. » (Cité par Jacques Attali.)

Stagnation économique et inflation, et nous entrons dans la stagflation.

Tous les regards sont tournés vers les Etats-Unis, où la récession frappe à la porte. L’indice ISM mesurant l’activité manufacturière publié en décembre [2006] vient de faire plonger Wall Street, les nouvelles commandes chutent de 52,6 % à 45,7 % rejoignant le niveau de la récession de 2001 .

A suivre

G. B.

le 6 janvier 2007

NOTES

(1) La crise sociale ouverte c’est le moment où le peuple, considéré ici comme le prolétariat au sens large, décide de s’affronter directement à l’ordre sécuritaire bourgeois. Parce que pour lui cette sécurité patrimoniale est reconnue comme sa propre insécurité.

(2) « En d’autres termes, si les entreprises pouvaient licencier plus facilement, elles n’auraient plus besoin d’avoir recours à des formes de contrats comme les CDD ou les contrats d’intérim. Mais on risquerait de fragiliser tout le monde en offrant des protections illusoires au travers d’un CDI qui ne vaudrait plus grand-chose. La précarité à l’entrée dans le monde du travail ferait place à l’insécurité généralisée. » (Roger Koskas, avocat associé, spécialiste en droit social, Cabinet Grumbach et Associés. Dans la revue Wolters Kluwer, « Réforme 2008 ».)

La Banque centrale européenne et la Réserve fédérale souhaitent en effet un taux d’inflation égal ou inférieur à 2 %.

(4) Attali, le 29 décembre 2007 : « Un système financier mondial en faillite. Outre les subprimes, bien d’autres dettes circulent, et nul ne sait comment les banques les honoreront : celles de hedge funds, des sociétés de rehaussement de crédit, des fonds de LBO et des détenteurs de cartes de crédit forment une pyramide au montant très supérieur à celui des fonds propres des banques, qui seraient depuis longtemps fermées si les banques centrales ne les finançaient à guichets ouverts. » Le vortex du monde.

La TVA sociale est toujours au programme de Sarkosy et Eric Besson [qui était alors – en 2007-2008 - secrétaire d’État chargé de la Prospective et de l’Évaluation des politiques publiques, auprès du Premier ministre, NDE] est chargé de trouver toute forme de taxe devant conduire à l’inéluctable fiscalisation de la protection sociale, que l’on nous servira après les élections municipales [de 2008].

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0