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Argenteuil , RSA : la machine à précariser s’accélère, l’extrême droite de Dieudonné tente de faire diverSion

dimanche 26 juillet 2009

Cet article est paru sur le site RTO en juin 2009

http://www.collectif-rto.org/spip.p...

Premier vendredi du mois CAF d’Argenteuil, juste en face du marché du boulevard Héloise. C’est, comme d’habitude, la permanence du Reseau Solidaire d’Allocataires. Enfin pas exactement comme d’habitude, puisque c’est la première semaine du Revenu de Solidarité Active.

Depuis plus d’un an, l’expérimentation de la fameuse réforme a donné lieu à un chaos sans nom et bien organisé à Argenteuil : retards de plusieurs mois dans les dossiers, fermetures jusqu’à deux semaines par mois, fausses erreurs et vraies surprises quand il s’avère qu’on aura finalement droit à cinquante euros de complément par mois, après des semaines sans rien et cinq visites pour faire et refaire des calculs hyper compliqués. Bref, à Argenteuil, le RSA expérimental, non seulement n’a pas rempli les frigos des salariés allocataires, il les a vidés. Une fois que c’est fait, c’est fait ? Et bien non.

Car, le RSA qui vient d’entrer en vigueur n’est pas le même que celui de l’expérimentation ! Les modes de calcul ne sont pas les mêmes, le pourcentage change… En résumé, dans le Val d’Oise, les salariéEs de la CAF vont donc devoir simultanément appliquer les règles pré RSA expérimental à certains salariées, par exemple ceux en contrat aidé qui ont commencé leur emploi avant les expérimentations appliquer le RSA expérimental pour ceux qui en « bénéficiaient » avant le 1er juin appliquer le RSA version finale, mais provisoire car ajustable par le président du Conseil Général, pour tous ceux qui arrivent à partir de maintenant.

Mais, cerise sur le gâteau, si le RSA version finale s’avère plus avantageux pour tel ou tel salarié, alors il devra s’appliquer…. Autant dire, que l’allocataire, dans ce labyrinthe de prétendus droits, se retrouve surtout avec celui de ne pas pouvoir les faire valoir. Donc, on bosse dur en attendant son tour, entre allocataires. On compare ce qu’on a compris ou pas : on fait le compte de ce qui a disparu à coup sûr, le cumul intégral de l’allocation avec le salaire pour les contrats de moins de trois mois, la prime de retour à l’emploi de mille euros, la CMU qui allait automatiquement avec le statut de Rmiste et qui sera conditionnée désormais à un plafonds de ressources.

On fait le compte des emmerdes supplémentaires, aussi : les contrôles de plus en plus intrusifs, par exemple. Un allocataire nous raconte comment il s’est réveillé , un matin, sur le canapé de l’amie chez qui il était hébergé, avec un type très guindé en face de lui, et sa liste de pièces justificatives à fournir. C’était un contrôleur CAF, il a décidé qu’il y avait vie commune et a coupé le RMI.

Une salariée voit rouge : courrier de convocation dans les services de l’insertion du Conseil Général. Mère de deux enfants, elle bosse à temps partiel, un boulot qu’elle a trouvé seule mais perçoit la somme mirobolante de cent euros de RSA. Le Conseil Général a décidé de lui imposer un suivi mensuel, « tant qu’elle ne serait pas autonome ». On parle de choses concrètes, terre à terre, comme les problèmes de dents : un monsieur a trouvé un dentiste génial, qui prend la CMU, peut le recevoir très fréquemment, et réduire l’étalement des soins dans le temps. Mais la Sécu lui a imposé plusieurs devis et considère qu’il doit en choisir un autre, plus près de son domicile mais surchargé.

Malgré la queue bien longue, debout, dehors, les gens ne s’embrouillent pas, bien au contraire, mais chacun se demande, jusqu’à quand tout cela va continuer, la dégradation perpétuelle de la survie, le « reste à vivre » , comme ils disent qui s’amenuise toujours un peu plus. De tout cela, les journaux ne parlent pas, ou presque jamais. Pas de journalistes, pas d’avalanches d’articles pour évoquer les conséquences concrètes, sur le terrain, d’une réforme de plus et de son cortège de suppressions de droits.

Mais ce vendredi là n’est pas un vendredi comme les autres, pour une fois, il se pourrait qu’on parle d’Argenteuil. Pas du RSA, non, mais des stars médiatiques du moment, les membres de la « liste antisioniste », puisque le "Dieudobus" est annoncé sur le marché. La haine a bonne presse, bien plus que la solidarité, on en sait quelque chose. Nous sommes inquiets et écœurés d’avance. Inquiets, parce que nous savons bien que la cible de l’extrême droite, c’est nous, depuis toujours.

Cible au sens large, au sens électoral, car le désespoir, la pauvreté, attirent ces gens là comme des mouches, eux qui s’imaginent toujours que les précaires sont de pauvres hères déboussolés, qu’on peut flatter dans le sens du poil en leur jetant l’os de la haine contre telle ou telle communauté construite de toutes pièces. Eux qui nous prennent tellement pour de pauvres cons, qu’ils n’ont même pas fait l’effort de construire un nouveau bouc émissaire , puisqu’ils ils ont pris le même que celui utilisé par leurs prédécesseurs pendant la grande crise capitaliste des années 30 en Europe, ben oui le Juif tiens, les pauvres ça ne sait rien, ça ne se rappelle rien, on va pas se faire chier...

Cible au sens restreint, on est habitués avec les fachos de base qu’on croise parfois sur nos diffusions de tracts : les collectifs de précaires qui défendent l’égalité des droits pour tous, qui mélangent allègrement, les soi disant communautés qui doivent rester entre elles, ça les énerve. On a pas tort de s’inquiéter, manifestement : dès le début du Café de la Colère, nous avons le droit à des observateurs inhabituels, qui ne nous approchent pas de trop près, mais restent postés au bas des escaliers de la CAF et nous suivent ostensiblement dès qu’on part en balade sur le marché diffuser nos tracts.

On tombe alors sur le NPA, le Nouveau Parti Anticapitaliste. On ne les avait jamais vu avant, mais ils paraît qu’ils nous cherchaient depuis longtemps, justement. « C’est vraiment super-ultra –génial qu’on soit là », nous dit la tête de liste Ile de France en nous serrant la main comme un forcené. C’est quand même un peu bizarre qu’ils ne nous aient pas trouvés, depuis le temps qu’on fait les Cafés à la CAF d’Argenteuil et qu’on l’annonce sur le site et sur les tracts. Mais bon, c’est la règle du jeu, les partis politiques ont brusquement des poussées de perspicacité, pendant les campagnes électorales.

On leur demande s’ils ont des infos sur l’arrivée de la « liste antisioniste » et ce qui est prévu. Alors, justement c’est super ultra génial qu’on soit là, parce que toute la gauche est prévenue, et il y a la sénatrice des Verts qui doit venir,Alima Boumediene Thierry et le Front de Gauche , et Lutte Ouvrière, et tout et tout. Pour l’instant personne, que le NPA en campagne ( « Si vous en avez marre, votez NPA, le parti d’Olivier Besancenot » hurle la sono). Nous, on en a marre, mais sur le bout de papier à mettre dans la boite, on n’a pas d’idée précise, et en tout cas, tous ceux qui ont été mis et de toutes les couleurs n’ont pas fait avancer le schmilblick à notre connaissance. Donc, on s’éloigne un peu, et on continue à diffuser nos tracts, de plus en plus inquiets quand même, parce que les individus en poste ici et là sont de plus en plus nombreux. Une dame prend le journal.

« Ah oui le RSA, j’ai pas compris ce que c’était exactement, encore un coup du LOBBY SIONISTE ». Les majuscules, c’est parce qu’elle braille brusquement en prononçant les deux derniers mots. Ah bon. C’est pratique, cette vision de la vie, plus besoin de faire marcher son cerveau, tu comprends rien, va pas chercher, va pas lutter, c’est la faute du lobby sioniste. Et elle a des preuves, des noms. Bernard Kouchner, Sarkozy, Bernard Henry Levy…, mais pas Martin Hirsch, tiens...Elle n’en démord pas, les responsables, ce ne sont pas tous les gouvernements,et pas tous les politiques au pouvoir,mais seulement ceux qui sont "sionistes". On lui demande alors, si le président « antisioniste » de l’Iran garantit aux chômeurs et aux ouvriers des boulots bien payés, et de quoi vivre bien si on n’en a pas, et si au Pôle Emploi iranien, les radiations sont interdites par la loi.

Alors là d’un coup c’est l’explosion. Elle s’éloigne de nous d’un bon mètre et commence à hurler que avons le cerveau acheté par les médias sionistes, que la liberté d’expression est interdite en France, le président iranien est un pauvre homme, puis une avalanche de bénédictions rituelles, en arabe, histoire d’en appeler au public du marché , dont de nombreuses femmes voilées,… Hé, les filles qui se ressemble s’assemble, non ? Ben non. Contrairement à ce que croient les fachos de tous bords, le voile ne fait pas le moine.

Les gens ignorent cette dame, et continuent à prendre le journal, l’opération « Pestiférés » a échoué. Comme des naïfs, on croit encore avoir eu affaire à quelqu’un qui passait par là, en rentrant, on verra qu’il s’agit d’une fidèle militante du parti antisioniste, présente sur toutes les vidéos. Et dix minutes après, c’est le grand débarquement. Ils sont plusieurs dizaines, et pour des gens qui répètent que « La banlieue est avec eux », manifestement pas très convaincus, parce qu’ils se déplacent en groupe, protégé par des types au blouson bien gonflé, lunettes noires, talkies, et tout le tralala. Et nous ? Ben nous, on est en infériorité numérique manifeste, mais alors vraiment manifeste, exactement comme à chaque fois qu’on se met à parler fort dans la CAF d’Argenteuil, et que la sécurité et la police déboulent. Donc on fait pareil. « Antisémites, racistes, allez vendre vos salades ailleurs ».

Et eux se révèlent l’exacte copie des agents ordinaires de la répression. Immédiatement, une partie d’entre eux se poste devant et autour de nous, dans la position classique du Robocop anti pauvres en colère, jambes écartées pour qu’on voie bien qu’ils ont une très grosse quenelle, posture ambiguë et rapprochée « Je te tape pas encore, mais ça pourrait venir ». Deux autres nous mitraillent brusquement de photos. Fichage et affichage de leur supériorité physique donc, décidément les candidats « anti système » ressemblent comme deux gouttes d’eau à ceux qui font tourner la machine à précariser.

Manifestement, ces Résistants autoproclamés doivent avoir des revenus qui les mettent à l’abri des discriminations, de la pression et de l’intimidation quotidienne que doivent affronter tous les pauvres qui se mettent en lutte, car ils ont l’impression de nous faire subir quelque chose de nouveau Nous faire taire avec ça ? Mais des fichiers on en a déjà mille, et on n’est pas totalement inconscients, on le sait bien qu’on n’ est pas des Rambo et qu’à chaque fois, qu’on se fait évacuer d’une CAF, à chaque fois qu’on intervient collectivement pour faire annuler une radiation ou un contrôle, on peut en ressortir avec des bleus. Bien sûr qu’on à peur, tout le temps, en fait, on n’est pas des héros, on préférerait ne pas, mais on n’a pas le choix.

Mais si on s’en sort, sans bleus ni arrestations à chaque fois que le directeur de la Caf d’Argenteuil fait appel à la police et à la sécurité, ce n’est pas parce qu’on fait de la boxe française, mais parce qu’Argenteuil est une ville où les pauvres cherchent à résister, et se mobilisent ensemble, quelles que soient leurs origines, leur religion, à chaque fois qu’ils en ont l’occasion.

Et manifestement, les « antisionistes » le savent aussi bien que leurs collègues de répression, parce qu’aucun ne se risque à faire usage de sa supériorité physique, parce que les gens autour regardent et ne prennent pas les tracts qu’ils leur tendent, dès lors qu’ils comprennent de quoi il s’agit.

Ils tentent bien la diversion, en nous ramenant la Palestine sur le tapis. On regarde avec un étonnement consterné, certains des militants du NPA entrer dans leur jeu nauséabond, et répondre qu’ils ont le soutien d’EuroPalestine, qui a le soutien du Hezbollah et du Hamas. Nous sommes obligés de le reconnaître, c’est officiel, le Reseau Solidaire d’Allocataires n’a pas le soutien du Hamas et du Hezbollah, ni du pape, ni du Dalai Lama. Le gouvernement israelien ne s’est pas manifesté non plus. Mais les militants « antisionistes » sont formels, nous sommes des « sionistes » , membres du grand complot des puissances d’argent.

Lesquelles ne sont manifestement pas au courant, forts de cette info, nous sommes allés vérifier ce matin, nous n’avons pas eu plus que les 400 euros mensuels du RSA, si quelqu’un a les coordonnées du Comité des Sages de Sion, pour avoir une attestation de droits, à la Poste, ils n’ont pas voulu nous croire.

Voilà. C’était un vendredi pas comme les autres, à la permanence d’Argenteuil du Reseau Solidaires d’Allocataires. L’entrée en vigueur du RSA, accélère la précarisation et le contrôle à une vitesse inédite, et la solidarité active va effectivement être nécessaire, plus que jamais, pour accéder ne serait ce qu’à la possibilité de survivre. Les médias n’en parleront pas.

Comme ils ne parleront pas de l’accueil glacial réservé à la liste de Dieudonné, ce jour là au marché. Ils préfèreront sans doute, parler du « soutien de certaines banlieues » à leurs idées de haine, en exhibant des images de gens qui prennent les tracts et discutent deux minutes, sans savoir au départ de quoi il s’agit, ou tout simplement parce que les gros malabars alentour ne donnent pas trop envie de leur rentrer dans le lard. Ou alors, des interviews d’ « habitants lambdas » qui passaient par là, accessoirement militants de la « Liste antisioniste » arrivés en avance. Mais les médias ont aussi accepté de montrer les « Rsastes heureux » soigneusement sélectionnés par les services d’insertion comme la preuve que les pauvres étaient des fans de Martin Hirsch, alors…. La stratégie est toujours la même, répéter mille fois les mêmes mensonges pour qu’ils deviennent réalité, pour que chacun se conforme à l’image de lui même qu’on veut lui imposer.

Nous, on vous donne rendez-vous comme tous les premier vendredis du mois, le 4 juillet devant la CAF d’Argenteuil , de 10h à midi. Ce sera un vendredi ordinaire, venez avec vos avis de radiation, vos trop perçus, votre dossier en retard, et comme d’habitude, on affrontera ça ensemble, on échangera les infos, on se battra collectivement pour permettre à chacun de maintenir la tête hors de l’eau. On ne passera pas à la télé, les pauvres, les médias les aiment en guerre les uns contre les autres, mais on continuera à construire les réseaux de lutte et de solidarité qui nous permettront, à tous, de nous en sortir ensemble.

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