homeless

La semaine dernière, Emmanuel Macron a annoncé qu’il prévoyait de « réduire considérablement l’immigration, à commencer par l’immigration clandestine », tandis que l’ancien président Sarkozy a souligné que les autorités du pays avaient « perdu leur autorité » et a rappelé qu’en 2010, il avait mis en garde contre « le lien entre criminalité et immigration ». Toutes ces discussions ont été suscitées par les émeutes de grande ampleur qui ont secoué la France cet été. Outre l’immigration, les autorités accusent systématiquement les réseaux sociaux, les jeux vidéo et les parents d’adolescents. Mais les experts estiment que les jeux vidéo n’ont rien à voir avec cela et proposent de se pencher sur les spécificités des quartiers français de logements sociaux, le taux de chômage élevé chez les jeunes et le problème de longue date des abus de pouvoir des forces de l’ordre, notamment pour des motifs raciaux.

Naël, 17 ans, un jeune homme d’origine algérienne et marocaine, travaillait comme livreur de pizzas après avoir abandonné ses études en électrotechnique et mécanique. Il n’avait pas de casier judiciaire, mais son nom figurait dans le fichier des affaires pénales pour infractions au code de la route, consommation et détention de stupéfiants. Au cours des trois dernières années, Naël a été interpellé à cinq reprises pour résistance à la police, mais n’a été arrêté que deux fois, la dernière fois trois jours seulement avant sa mort, le 24 juin.

« Vous verrez ce qui va se passer cette nuit. Tout le monde dort pour l’instant, mais vous verrez comment Nanterre va se réveiller », a conclu l’ambulancier. Finalement, ce n’est pas seulement Nanterre qui s’est réveillée, mais toute la France. Le lendemain de la mort de l’adolescent, une « marche blanche » a été organisée à Nanterre en soutien à sa famille. La tension montait : les manifestants tiraient des feux d’artifice sur les commissariats et les bâtiments administratifs, incendiaient des voitures, des poubelles et des bus. Les forces de l’ordre françaises ripostaient et procédaient à des arrestations musclées.

Deux jours plus tard, la situation a commencé à se détériorer. Après une réunion d’urgence au ministère de l’Intérieur, le président français a décidé d’interdire les manifestations nocturnes et d’arrêter la circulation des transports terrestres en soirée. Même les deux concerts très attendus de Mylène Farmer au Stade de France, devant 180 000 spectateurs, ont été annulés. Au quatrième jour des manifestations, 45 000 policiers et gendarmes, soit 40 % des effectifs du ministère de l’Intérieur, ont été mobilisés pour les réprimer. Les arrestations ont alors atteint leur pic hebdomadaire, avec 1 311 personnes interpellées en une seule nuit.

Les émeutes ont été si violentes que Macron a dû quitter prématurément le sommet des dirigeants des pays de l’UE. Une fois le calme revenu, lors de la fête nationale du 14 juillet, il a décidé de ne pas prononcer son discours traditionnel et n’a rompu son silence qu’à la fin du mois, le 24 juillet.

Le 1er juillet, jour des funérailles de Naël, les groupes d’extrême droite se sont mobilisés et ont décidé de patrouiller dans les rues pour empêcher les émeutes. Le soir même, la police lyonnaise a découvert un fusil de calibre 12 et une centaine de cartouches chez des militants d’extrême droite. À Chambéry, plusieurs dizaines de manifestants sont descendus dans les rues avec des slogans nationalistes. Certains militants ont commencé à parler de « guerre civile raciale ».

Dimanche 2 juillet, la grand-mère de Naël a appelé les manifestants à ne pas commettre de pogroms dans un commentaire téléphonique à la chaîne BFM : « Aux gens qui cassent des choses, je dis : arrêtez. Ne détruisez pas les vitrines, les écoles, les bus. » Des mères et la grand-mère de la victime, solidaires, ont récolté 325 000 euros pour eux. La cerise sur le gâteau a été la déclaration du politicien et personnalité médiatique Jean Messia, partisan du candidat d’extrême droite à la présidentielle Éric Zemmour, qui a annoncé une collecte de fonds en faveur de la famille du policier qui a tiré. Cette collecte s’est terminée dans la nuit du 4 au 5 juillet et a atteint 1 636 190 euros.

Pendant ce temps, les émeutes se poursuivaient : le 2 juillet, dans le département de la Val-de-Marne, une voiture a percuté la maison du maire d’une petite ville. La sixième nuit s’est déroulée dans un calme relatif. Le 3 juillet, la Fashion Week de Paris a commencé comme si de rien n’était.

Selon les données de la Fédération française des assureurs, les dégâts se sont élevés à plus de 650 millions d’euros (soit trois fois plus que lors des précédentes émeutes de cette ampleur, qui ont eu lieu en 2005). Plus de 3 900 bâtiments ont dû être rénovés, notamment des mairies, des écoles, des centres sociaux et de loisirs, des magasins et des bureaux.

Bien que les émeutes de cette année aient battu de nombreux records, la transformation de manifestations de masse en combats de rue impliquant des casseurs et des pillards n’est pas un phénomène rare en France : on peut citer, par exemple, les émeutes qui ont accompagné les manifestations des « gilets jaunes » en 2018-2019. Alors que les manifestations de masse sont un phénomène normal en Europe, elles se terminent pour une raison quelconque très rarement par des pogroms et des pillages dans d’autres pays. Ce phénomène mérite une explication.

Les autorités françaises tentent de rejeter la responsabilité sur les parents, qui ne prêteraient pas suffisamment attention à leurs enfants. C’est ce qu’affirment Macron et le ministre de l’Intérieur Gérald Darmanin. Le ministre de la Justice, Éric Dupond-Moretti, rappelle qu’il existe des bases juridiques à cet effet : « Le code pénal prévoit une peine de deux ans d’emprisonnement et une amende de 30 000 euros pour chaque cas où les parents, par leur négligence criminelle, mettent en danger l’éducation, la moralité et la sécurité de leurs enfants ».

Par rapport à 2005, l’existence des réseaux sociaux a été un facteur important dans les récentes émeutes, note la sociologue Julie Sedell. C’est grâce à eux que les manifestants se coordonnent, et c’est grâce à eux que tout le monde a pu voir si rapidement les circonstances de la mort de Naël et d’autres cas de violence policière. Par exemple, à en juger par les nombreux témoignages sur les réseaux sociaux, les coursiers et les chauffeurs de taxi sont non seulement soumis à des contrôles d’identité constants, mais aussi à des arrestations musclées, tant pendant les grèves que pendant leurs journées de travail habituelles. Ainsi, le 30 juin à Marseille, le RAID a plaqué au sol un livreur Deliveroo avec son scooter alors qu’il était en train de livrer une commande.

Les journalistes français sont convaincus que le fait d’orienter le débat vers les réseaux sociaux est un autre moyen de dépolitiser la contestation. Le ministre de la Justice Dupont-Moretti menace de demander aux opérateurs télécoms les adresses IP, ce qui permettra aux autorités « d’identifier ceux qui les utilisent afin de savoir quand, où et comment ils comptent enfreindre la loi ».

Quoi qu’il en soit, les réseaux sociaux et les jeux vidéo existent dans tous les pays, et ne peuvent donc en aucun cas expliquer pourquoi, en France précisément, les émeutes et les pillages accompagnent si souvent les manifestations. Comment expliquer cela ? Selon de nombreux experts, ce phénomène s’explique en partie par les anciennes erreurs commises en matière de politique sociale.