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Comment éviter quelques pièges antisémites et isoler les racistes

mardi 20 janvier 2004, par Yves

De Fabel van de illegaal - n° 52/53, été 2002

Les militants qui critiquent la politique de l’État israélien doivent absolument éviter de reprendre à leur compte des raisonnements utilisés par les antisémites. Voici donc dix conseils pour ne pas tomber dans les pièges de l’antisémitisme, que ce soit au cours d’une discussion ou d’une manifestation, en rédigeant un article ou un tract.

1) Lorsque vous attaquez la politique du gouvernement israélien, critiquez toujours les fondamentalistes musulmans. Ne cherchez jamais à justifier les attentats-suicides.

Le Hamas, le Djihad islamique et le Hezbollah ne sont pas des mouvements de libération nationale, mais des fascistes religieux. L’antisémitisme a joué un rôle central dans l’histoire de l’islam - et du christianisme.
Les fondamentalistes musulmans appellent à liquider tous les Juifs et sont donc des antisémites forcenés. Toute personne qui refuse de condamner nettement ces fascistes, que ce soit par opportunisme, au nom de l’anti-impérialisme ou pour d’autres raisons, légitime l’antisémitisme.
Toute personne qui ferme les yeux devant les attentats commis contre des civils israéliens ; tout individu qui considère que ces attentats sont, d’une façon ou d’une autre, compréhensibles ou justifiés, soutient et renforce la logique antisémite de leurs auteurs.
En effet, ceux-ci considèrent que les Juifs d’Israël sont tous coupables, qu’ils soient d’accord ou non avec leur gouvernement, et ce uniquement parce qu’ils sont juifs.

2) Critiquez l’antisionisme.

Les antisionistes prétendent, à tort, que le nationalisme juif (le sionisme) serait par définition une idéologie d’extrême droite. En réalité, le sionisme comporte différents courants, dont certains sont progressistes. L’antisionisme condamne sans appel le nationalisme juif, mais épouse la cause du nationalisme palestinien ou arabe. Pourtant, toutes les formes de nationalisme ont une fonction réactionnaire identique. Elles créent des mythes vantant l’unité des « nations » et cachent l’oppression des travailleurs, des femmes et de tous ceux qui ne rentrent pas dans le schéma nationaliste. Les élites se servent du nationalisme pour embrigader la population dans leur combat contre d’autres élites.
En ce sens, le nationalisme juif n’est pas fondamentalement différent du nationalisme arabe ou français. Chacun doit combattre d’abord le nationalisme dans son propre pays, et ne pas faire le jeu de ses élites en combattant le nationalisme dans d’autres pays. De plus, pour nous qui militons en Europe, il est antisémite d’affirmer que le nationalisme juif serait le principal problème actuellement au Moyen-Orient. Une solution au conflit devrait s’inspirer du principe de l’antinationalisme et soutenir toutes les initiatives communes de résistance, initiatives israélo-palestiniennes qui doivent commencer à la base.

3) N’utilisez pas n’importe comment le terme de génocide.

Ne prétendez pas que Israël est l’État qui respecte le moins les droits de l’homme sur cette planète.
Israël fait partie des nombreux États qui portent gravement atteinte aux droits de l’homme. Beaucoup de mouvements de « libération » nationale comme l’OLP violent ces droits et continueront à le faire une fois qu’ils auront leur propre État. De nombreux États du Moyen-Orient, y compris la Syrie, l’Iran et l’Irak, commettent des violations massives des droits de l’homme.
Israël agit de la même façon, mais à une échelle beaucoup plus réduite - pour le moment. On ne peut donc pas l’accuser d’être l’État qui viole le plus les droits de l’homme sur cette planète. Les critiques unilatérales contre Israël entretiennent l’antisémitisme. De plus, le terme de génocide ne convient absolument pas pour qualifier la violence actuelle de l’État israélien. On ne peut comparer Jenine avec le Rwanda ou la Yougoslavie.
Enfin, Israël ne cherche pas à liquider physiquement toute la population palestinienne, contrairement aux organisations intégristes musulmanes. Si, par exemple, le Hamas avait les mains libres, il jetterait à la mer ou gazerait tous les Juifs. Enfin, il serait bon que la gauche anticapitaliste consacre davantage d’énergie à dénoncer toutes les atteintes aux droits de l’homme commises par les gouvernements européens.

4) Ne comparez jamais Israël à l’Allemagne nazie.
La Shoah est un événement historique unique. Dans l’Allemagne nazie, 6 millions de Juifs ont été systématiquement massacrés. Les comparaisons entre l’Holocauste et d’autres meurtres de masse tendent à banaliser les dimensions inimaginables et l’horreur de ce crime contre les Juifs.
Les Européens qui prétendent que la politique israélienne actuelle est identique ou comparable à la Shoah réhabilitent en fait les nazis. La diffusion d’une telle idée peut créer un espace favorable à la ré-émergence de l’extrême droite en Europe.
Et la suggestion que les Israéliens ne valent pas mieux que Hitler fournit une justification rétrospective à l’Holocauste. « Hitler en a oublié un : Sharon » tel est le slogan criminel qu’ont osé crier des milliers de manifestants lors d’une manifestation en faveur de la Palestine, à Amsterdam, en avril 2002.

5) Ne rendez pas « les Juifs » responsables des actions de l’État israélien.

Il est absurde de rendre collectivement responsables d’un crime quelconque « les Juifs », « les Palestiniens » ou « les Français ». Il existe toujours des contradictions énormes au sein de « chaque nation ».
En Israël et dans d’autres pays, de nombreux Juifs déplorent la violence de l’État israélien. En général, ils n’ont que peu d’influence sur cet État. Ceux qui prétendent que les citoyens israéliens ne protestent pas assez contre la violence de leur État devraient comprendre que la gauche radicale israélienne, comme l’extrême gauche dans d’autres parties du monde, est en crise.
Seul un antisémite peut exiger des Juifs d’avoir des positions politiques et morales supérieures aux autres. Ceux qui considèrent que tous les Juifs sont responsables de la violence de l’État israélien préparent le terrain aux antisémites qui, en Europe, agressent des Juifs dans la rue ou prennent pour cible des bâtiments juifs.

6) N’utilisez jamais de stéréotypes aux résonances antisémites.

Au cours de l’histoire, les Juifs ont subi un déluge d’accusations : tueurs d’enfants, violeurs, empoisonneurs de puits ou de rivières, banquiers et spéculateurs cupides, intellectuels lâches, etc. Lorsque le mouvement de solidarité avec la Palestine utilise de tels stéréotypes contre Israël, les effets en sont décuplés parce que l’antisémitisme est profondément enraciné dans tous les pays. Si un mouvement agit ainsi, il n’a pas sa place dans les rangs de la gauche anticapitaliste.

7) Dénoncez le mythe d’un complot pro-israélien.

On entend souvent dire qu’il existerait un complot pro-israélien dans le monde de la politique, la culture, l’économie et des médias. Il s’agit d’un thème antisémite classique. Que l’on utilise cet argument à propos de la situation française ou internationale, de telles allégations appartiennent à la tradition des Protocoles des sages de Sion. Fabriqué en 1900 par la police tsariste, ce faux prétendait que les Juifs conspiraient pour conquérir la planète. Les bandes dessinées représentaient ce complot sous la forme d’une pieuvre géante emprisonnant le monde entre ses tentacules mortelles.
Aujourd’hui on entend souvent parler d’un « puissant lobby juif » qui, selon les fantasmes de certains, contrôlerait les médias et empêcherait les critiques d’Israël de s’exprimer.

8) Israël n’est pas un État plus - ou moins - « aberrant » que les autres.

Depuis que le nationalisme a acquis droit de cité en Europe, on a commencé à diviser l’humanité entre des « nations » différentes. Mais on a toujours affirmé que les Juifs seraient l’opposé d’une nation. En ce sens, l’antisémitisme est indissociable du nationalisme.
Dans la mythologie nationaliste, « les Juifs » représentent l’antithèse maléfique de toutes les caractéristiques « saines » d’une « nation authentique » enracinée dans un territoire. Autant on affirmait que les « peuples authentiques » puisaient leur légitimité dans le terroir auquel ils étaient liés depuis des siècles, autant les Juifs étaient condamnés à errer indéfiniment sur cette planète et à ne jamais appartenir à aucune terre.
Si l’on suit ce raisonnement, un État juif serait donc « anormal » par définition. C’est pourquoi, seul un antisémite peut prétendre que les Palestiniens auraient, par définition, un lien authentique avec leur terre, tandis que les Israéliens, par définition, n’en auraient pas. L’État israélien est tout aussi « naturel » ou « aberrant » que n’importe quel État.

9) Ne remettez pas en cause le droit à l’existence d’Israël.

Il est normal que les militants révolutionnaires remettent en cause l’existence de tous les États et il est logique qu’ils critiquent l’État dans lequel ils vivent. Les Européens qui veulent abolir d’abord l’État d’Israël sont prisonniers d’un raisonnement antisémite. Après tout, Israël est l’État où les Juifs européens qui ont survécu à la Shoah ont cherché refuge. A un moment où l’antisémitisme croît un peu partout, de nombreux Juifs considèrent que Israël est le seul endroit au monde où ils pourraient fuir les persécutions, en dernier recours. Remettre en cause le droit à l’existence de l’État d’Israël ne fait qu’augmenter les sentiments d’insécurité des Juifs. En Europe, la gauche anticapitaliste doit dénoncer systématiquement l’antisémitisme, pour que les Juifs se sentent en sécurité sur ce continent.

10) Ne rendez jamais Israël responsable de l’antisémitisme.

Les antisémites sont seuls responsables de l’antisémitisme. L’idéologie antisémite est profondément enracinée en Europe et dans le monde arabe. Pendant des siècles, les Juifs ont été persécutés, y compris au Moyen-Orient. Les idées, les agressions et les attentats antisémites ne sont pas provoqués par l’existence de l’État d’Israël ou par le conflit israélo-palestinien. Les antisémites utilisent cet argument pour excuser leurs actes criminels. Ceux qui tiennent Israël pour responsable des préjugés antisémites reprennent à leur compte un vieux cliché antisémite : « les Juifs » seraient responsables de tous les maux de la terre. Dans le même ordre d’idées, il est tout aussi absurde d’accuser le Mossad d’organiser des attentats contre des bâtiments juifs dans le Moyen-Orient ou en Europe.

Eric Krebbers et Jan Tas

PRECISIONS D’ERIC KREBBERS

« Ceux qui considèrent que cet article ne contribue pas à une analyse plus claire de la situation au Moyen-Orient ont raison. Car tel n’était pas notre objectif. Nous avons écrit ce texte pour nourrir la discussion sur l’antisémitisme dans le mouvement de solidarité néerlandais avec la Palestine. (…)

 » Il existe sans doute une différence entre les discussions dans nos deux pays. Ici, en Hollande, à chaque manifestation en faveur de la Palestine ou contre la guerre, ou à d’autres occasions dans la rue, et même dans les stades de football, on entend « Hamas, Hamas, gazez tous les Juifs », au moins une fois par semaine. Récemment, certains des membres et supporters du Hamas sont partis combattre en Tchétchénie ou en Palestine. Bien sûr, ils ne vont pas gazer les Juifs, mais ils n’arrêtent pas de dire qu’ils vont le faire.

 » De nombreux militants d’extrême gauche affirment qu’ils n’aiment pas ce slogan, mais d’un autre côté qu’ils comprennent pourquoi certaines personnes le crient. Et ces gauchistes ne prennent aucune mesure contre les gens qui gueulent ce slogan dans les manifestations, au contraire parfois ils vont jusqu’à le reprendre à leur compte !

 » Ce week-end, la direction du nouveau parti néerlandais, la Ligue Arabe Européenne (LAE) a expliqué qu’ils pensaient que ce slogan n’était « pas très efficace », mais que cela ne leur semblait pas important. C’est donc dans le cadre de cette « discussion » actuelle, où nous nous sentons assez seuls dans les milieux d’extrême gauche, que tu dois voir l’usage de l’expression "le Hamas… gazerait tous les Juifs" que nous employons dans ce texte. Eric (5/3/2003). »