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Dossier : Sarkozy et la droite (2)

mercredi 4 juillet 2007, par Yves

Sarkozy : chronologie d’une lente ascension au service de la bourgeoisie

Nous n’éprouvons, est-il besoin de le dire, aucune fascination pour l’arrivisme de Nicolas Sarkozy et ses « succès » obtenus à coups de trahisons, de bluff, de coups médiatiques et de mensonges éhontés. Sans compter son copinage avec la bande à Pasqua (responsable des milices gaullistes du SAC et membre important des juteux réseaux de la FrançAfrique), les patrons des médias, les gérants des gros groupes industriels et des grandes banques. Quant à sa « pensée », elle est indigente, faite de bric et de broc, d’emprunts incohérents et de phrases toutes faites dignes de l’Almanach Vermot. Néanmoins, dans le cadre d’un dossier consacré à ce personnage, il nous faut quand même offrir un minimum d’informations sur l’individu lui-même, données qui permettent de comprendre - en partie - son ascension politique. (Ni patrie ni frontières)

Contrairement à la légende tissée par d’innombrables journalistes complaisants, Sarkozy a bénéficié d’une enfance dorée, même si ses parents ont divorcé quand le pitchoune avait cinq ans. Ce qui est le cas de la moitié des familles aujourd’hui n’était pas un phénomène fréquent dans les années 60 (Sarkozy est né en 1955) - et surtout au sein de la bourgeoisie catholique. Nicolas-le-Petit a d’abord habité au premier étage de l’hôtel particulier de son grand-père (chirurgien), dans le XVIIe arrondissement, avec jardin et domestiques à sa disposition, puis dans l’appartement acheté par sa mère avocate (elle a dû reprendre ses études pour faire bouillir la - grosse - marmite dorée et assurer son indépendance financière). Ses trois frères ont tous réussi des études supérieures et intégré la bourgeoisie, même si pendant leur vie d’étudiants ils ont dû faire des petits boulots pour avoir un peu d’argent de poche supplémentaire (le Petit Nicolas a bossé dans une pizzeria et chez un fleuriste).

Sarkozy a fait toute sa scolarité avant le bac dans le privé, dans un établissement fréquenté par des gens de la Haute, et il a ensuite étudié le droit des affaires (filière idéale pour les larbins du Capital) à Nanterre. Puis il a ouvert un cabinet d’avocats dans lequel il a travaillé sauf pendant les périodes où il était ministre. Cet aspect du personnage n’est pas secondaire : d’une part son métier lui a permis de rencontrer le gratin du patronat français. D’autre part, contrairement à beaucoup d’autres politiciens, il n’a pas eu besoin de la politique pour se payer son caviar Belouga. Comme il le répète depuis des années : « Quand je veux, Martin [Bouygues] me donnera un job. » Le cynisme de ce m’as-tu-vu sans complexes est aussi sans limites...

Ce qui le singularise par rapport à d’autres politiciens bourgeois classiques, c’est qu’il n’a pas bénéficié d’un réseau ou d’un clan politico-familial (bien que son grand-père fut un gaulliste acharné) ou financier. Il a su profiter des liens tissés dans un établissement scolaire privé (le cours Saint-Louis-de Monceau, « le plus chic de Paris » selon sa maman), de ses études à la fac de droit (pépinière de réacs), de sa résidence à Neuilly (havre de la grande bourgeoisie et du show bizz), et même des lieux de villégiature choisis par sa mère (la Côte d’Azur et Pontaillac).
Cela lui a permis, dès l’adolescence, de rencontrer (voire de tisser des liens d’amitié avec) plusieurs héritiers de grandes fortunes familiales. Le point commun à tous ces gens connus dans sa jeunesse ou plus tard : ils ne sont généralement pas issus de la bourgeoisie dite « méritocratique » d’Etat : ENA, Grandes Ecoles. (Lee « mérite » de ces gens-là, d’ailleurs, tient surtout au fait que leurs parents sont à 90 % des cadres, des enseignants et des professions libérales.) Les potes de Sarkozy sont plutôt des héritiers de grandes fortunes ou des « self-made-men » (on sait à quel point cette notion est trompeuse (1) mais cela permet de dessiner un profil à la hache) : Lagardère, Decault, Bolloré, Pinault, Paul Desmarais milliardaire canadien associé d’Albert Frère, principal actionnaire de Suez et Total, Serge Dassault et son fils Olivier Dassault, etc.

Sa lente ascension politique au sein du RPR puis de l’UMP lui a aussi permis de se lier avec des gestionnaires du grand capital comme Charles Milhaud (président de la Caisse nationale des Caisses d’épargne), René Carron (président du Crédit agricole), Michel Pébereau (président de BNP Paribas) ou Geoffroy Roux de Bézieux (président de Croissance plus, le petit frère du MEDEF).
Que du beau linge, quoi !

Face à des liens aussi étroits avec la grande bourgeoisie française, liens conquis à la force du poignet, les petites vannes sur ses origines familiales nobles et son père aristocrate déchu dont la famille faisait marner 2 000 paysans en Hongrie avant la Seconde Guerre mondiale relèvent des plaisanteries de chansonniers.

1. Un seul exemple, celui de Bernard Tapie. Il a toujours (et la gauche avec lui) prétendu qu’il était « parti de rien ». Mais il ne s’est jamais vanté de la façon dont il a trouvé ses premiers financiers dans des cercles de jeu, souvent illégaux, où il venait flamber son maigre salaire... Ce petit coup de pouce de gens qui avaient de l’argent plus ou moins douteux à blanchir, ou pour lesquels perdre 50 000 euros au poker est une plaisanterie, explique le démarrage de ce sinistre individu. Après, on connaît l’histoire, et la façon dont il saura trouver des sources plus légales et « respectables » de financement pour ses magouilles et ses carambouilles.

Les 7 étapes de la carrière du « Petit Démagogue »*

Ce qui frappe dans l’ascension de Nicolas Sarkozy, c’est le parallélisme entre son ascension dans l’appareil d’Etat (municipalité, Conseil régional, Conseil général, Parlement, ministères, présidence de la République) et au sein l’appareil du RPR puis de l’UMP (trésorier d’une section locale, délégué aux Assises nationales, délégué des jeunes du RPR, membre du Comité central, superviseur des Fédérations, membre du Bureau politique, président du Parti).

1. L’ADHESION AU RPR
1974
Prend contact avec la permanence du RPR à Neuilly.
Successivement colleur d’affiches, distributeur de tracts, trésorier (en piquant la place à son meilleur pote), chauffeur de salle (grâce à ses dons oratoires)
1975
Délégué des Hauts-de-Seine aux Assises nationales du RPR grâce à Pasqua
1976
Co-organise une réunion de 25 000 jeunes Porte Maillot
1977
Membre du comité central du RPR (on remarquera que le Petit Nicolas a vite fait partie du Parlement dirigeant du parti gaulliste)

2. L’ENTREE DANS L’APPAREIL MUNICIPAL ET LA MONTEE DANS L’APPAREIL DU RPR
1977 - 1983
conseiller municipal de Neuilly-sur-Seine
1978-1979
Planqué à l’état-major de l’armée de l’air pendant son service militaire grâce à ses contacts au RPR (cela ne l’empêche pas d’affirmer que, dans la vie, personne ne l’a jamais aidé !)
Délégué national des jeunes du RPR
1981
Président du Comité national des jeunes en soutien à Jacques Chirac
1983 septième maire adjoint alors que ses copains sont déjà maires (Balkany le ripou à Levallois-Perret, et Devedjian l’ultraréac à Antony)

3. MAIRE DE NEUILLY - ASCENSION DANS LES HAUTS-DE-SEINE ET AU RPR
1983 - 2002, maire de Neuilly (60 000 habitants)
1983 - 1988, conseiller régional d’Île-de-France ; conseiller général du canton de Neuilly ; vice-président du conseil général des Hauts-de-Seine, chargé de l’enseignement de la culture ;
1988
Secrétaire général adjoint du RPR, chargé de la Jeunesse et de la Formation
1989
Co-directeur de la liste d’union pour les élections européennes
1992-1993
Secrétaire général-adjoint du RPR, chargé des Fédérations (un poste fondamental pour connaître personnellement tous les cadres du Parti, les maires et les députés)
Depuis 1993
Membre du bureau politique du RPR

4. MINISTRE ET DEPUTE
Mars 1993 - mai 1995, ministre du Budget, porte-parole du gouvernement, et, à titre provisoire, ministre de la Communication (gouvernement Balladur)

5. PETITE « TRAVERSEE DU DESERT » TOUT EN GARDANT SES MANDATS DE DEPUTE ET DE MAIRE
Traité de « traître » de « nabot » et de « salaud » aux réunions du RPR suite à son soutien à Balladur contre Chirac, il revient à son cabinet d’avocats, qu’il avait « abandonné » (il téléphone quand même tous les jours et suit les dossiers) pendant ses deux années de ministre.
Ecrit Libre (cf. notre critique)
1995-1997
Porte-parole du RPR
1998-1999
Secrétaire général du RPR
Député des Hauts-de-Seine (6e circonscription) depuis 1993, réélu à toutes les élections jusqu’en 2002.
1999
Président du RPR par intérim
Juin 1999 : Tête de la liste RPR-DL pour les élections européennes
Ce parfait cumulard était, à ce moment-là, maire de Neuilly, député des Hauts-de-Seine et député européen. Il démissionne de son mandat européen qu’il refile à son copain de toujours Brice Hortefeux, un fils de pauvre... banquier
2000
Élu président du Comité départemental du RPR des Hauts-de-Seine

6. MINISTRE de l’INTERIEUR
mai 2002 - mars 2004, ministre de l’Intérieur, dans les premier et deuxième gouvernements Raffarin
mars - novembre 2004, ministre de l’Économie, des Finances et de l’Industrie dans le troisième gouvernement Raffarin
mai 2005 - mars 2007, ministre de l’Intérieur et dans le gouvernement Villepin
2004 - 2007, président du Conseil général des Hauts-de-Seine ; conseiller général du canton de Neuilly-sur-Seine-Nord

7. PRESIDENT DE L’UMP PUIS PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE
novembre 2004 -mai 2007 : Président de l’UMP car Juppé est condamné pour l’affaire des emplois fictifs à la Mairie de Paris
Parution de Ensemble (cf. notre critique)
6 mai 2007, élu président de la République avec 53,06 % des voix face à Ségolène Royal

(*) Cf. notre critique du livre de Jean-Luc Porcher, Le Petit démagogue, La Découverte, 2007.

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