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Quand l’Europe adapte ses droits sociaux à la précarisation permanente (2)

publié le lundi 14 mai 2007

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Dans la pre­mière partie de ce texte (1), nous avons montré la lente évo­lution, à coup de rap­ports divers, d’une réf­orme glo­bale du système d’exploi­ta­tion de la force de tra­vail en Europe. Nous avons réfuté l’argu­men­taire déc­larant vou­loir mettre fin aux mul­ti­ples contrats préc­aires CDD...en les rem­plaçants par un « contrat unique » en CDI, dont le contenu revien­drait à faire dis­pa­raître le CDI et à légiférer une pré­ca­ri­sation géné­ralisée.

Par une astuce d’un nou­veau genre, le patro­nat européen prétend « inter­dire les licen­cie­ments » trop coûteux pour lui, en les « mutua­li­sant » et en char­geant les Maisons de l’emploi de cette ges­tion avec les syn­di­cats. Dans cette deuxième partie, nous allons trai­ter plus spé­ci­fiq­uement du « Livre vert » sur le droit du tra­vail élaboré par la Commission europé­enne et la fédé­ration du patro­nat européen, l’Unice (2) et, à la veille de l’élection pré­sid­enti­elle en France, réaff­irmer l’union sacrée de tous les can­di­dats autour de la Sécurité sociale pro­fes­sion­nelle (SSP).

La Commission europé­enne, dans le cadre de la stratégie de Lisbonne (3), entend bien passer à la vitesse supéri­eure pour per­met­tre un dép­la­cement rapide des sala­riés d’une entre­prise à une autre à l’éch­elle europé­enne. C’est cet objec­tif qui est à l’ori­gine du Livre vert qui ne com­porte pour le moment aucune mesure pré­cise, mais pose des ques­tions afin de flexi­bi­li­ser davan­tage le marché du tra­vail.

Le « Livre vert » pas assez offen­sif pour le patro­nat européen

La voca­tion du « Livre vert » est de « lancer un débat public dans l’Union europé­enne (UE) pour établir com­ment adap­ter le droit du tra­vail afin d’accroître l’adap­ta­bi­lité des tra­vailleurs et des entre­pri­ses » et « adap­ter le droit du tra­vail à la flexi­bi­lité et la sécurité pour tous ». Cette simple consul­ta­tion n’est pas assez offen­sive pour l’Unice, qui veut que le droit s’adapte au plus petit déno­mi­nateur commun de l’UE (le Royaume-Uni). Portant davan­tage sur l’aspect indi­vi­duel, plutôt que col­lec­tif, du droit du tra­vail, le Livre vert exa­mine la situa­tion actuelle dans chaque Etat membre de l’ UE . Il est intér­essant de noter que « le Livre vert fait référ­ence au rap­port Kok de novem­bre 2004, selon lequel “un marché du tra­vail à deux vites­ses pour­rait appa­raître, avec d’un côté les ’ini­tiés’ employés de façon per­ma­nente et de l’autre les ’non-ini­tiés’ employés illé­ga­lement et dans une situa­tion préc­aire.” Le Livre par­tage cette vision des choses et l’illus­tre par de nom­breux exem­ples et chif­fres. Selon lui, le prin­ci­pal défi est de créer un “marché du tra­vail flexi­ble et inclu­sif” (4) ».

Un des aspects révélé ci-dessus est la crainte de voir s’ampli­fier un marché du tra­vail à deux vites­ses au centre de l’Europe. Il s’est effec­ti­ve­ment ins­tallé dans l’UE une chaîne de maqui­la­do­ras capa­bles de pro­duire de tout de manière sou­ter­raine : chaus­su­res, pulls, ordi­na­teurs, pro­duits méca­niques, fer­ti­li­sants... Un manque à gagner considé­rable pour le fisc, rien que pour l’éco­nomie sou­ter­raine (5).

Selon une étude réalisée en 2000 pour le compte de la Commission europé­enne, le tra­vail dis­si­mulé - le nom offi­ciel du tra­vail au noir - représ­en­terait entre 3 % et 15 % du pro­duit intérieur brut (PIB) des Etats mem­bres de l’Union europé­enne (UE) (6) # Des chif­fres beau­coup plus impor­tants exis­tent, notam­ment pour l’ Italie, la Pologne... Mais nous nous en tien­drons ici aux chif­fres de la Commission europé­enne et du Fonds monét­aire inter­na­tio­nal (FMI). Ce der­nier donne les chif­fres et com­men­tai­res sui­vants : les rés­ultats sont indi­qués sous forme de four­chet­tes, car les mét­hodes d’esti­ma­tion uti­lisées par les différ­entes sour­ces ne sont pas les mêmes. (voir enca­dré page 9). Pour endi­guer cette vague d’emplois « illégaux » et satis­faire l’Unice qui demande « plus de flexi­bi­lité pour licen­cier » et « moins de char­ges socia­les pour affron­ter la concur­rence », la nomenk­la­tura europé­enne n’a rien trouvé de mieux que de légiférer de telle sorte que le « contrat unique » se rap­pro­che le plus pos­si­ble du « statut » du prolét­aire clan­des­tin de l’éco­nomie sou­ter­raine (7).

Lors de ses vœux 2007 aux « forces vives », Chirac (fidèle à la stratégie de Lisbonne) a confirmé l’inten­tion du gou­ver­ne­ment de mettre en œuvre la « sécurité sociale pro­fes­sion­nelle », pour lutter contre le chômage. Entendez sou­la­ger les entre­pri­ses du coût des licen­cie­ments en fis­ca­li­sant leurs finan­ce­ment :

« Il faut bâtir un nouvel ins­tru­ment de combat contre le chômage et pour l’emploi, à partir, disons-le clai­re­ment, de la fusion de l’ANPE et de l’UNEDIC. La sécurité sociale pro­fes­sion­nelle aura quatre mis­sions : le ver­se­ment des allo­ca­tions chômage, l’accom­pa­gne­ment per­son­na­lisé pour la recher­che d’emploi, l’aide à la mobi­lité pro­fes­sion­nelle, et la for­ma­tion tout au long de la vie : elle devra porter les droits indi­vi­duels à la for­ma­tion des sala­riés, majorés pour ceux qui ont un faible bagage ini­tial ou qui ont besoin de se reconver­tir. Dans l’esprit du contrat de tran­si­tion pro­fes­sion­nelle, un véri­table lien contrac­tuel, fait de droits et d’obli­ga­tions, unira les sala­riés sans emploi et la sécurité sociale pro­fes­sion­nelle. Dans la ligne de la réf­orme du dia­lo­gue social, il revien­dra aux par­te­nai­res sociaux, aux côtés de l’Etat, de gérer ce nouvel ensem­ble (8). »

L’aveu est de taille, et ne fait que confir­mer que l’Europe se pré­pare à légiférer sur un système de pré­ca­ri­sation géné­ralisée, relayé par les syn­di­cats. Toute lutte contre les licen­cie­ments comme chez Québecor devra avoir comme reven­di­ca­tion « la sécu­ri­sation de la misère » (9), l’adap­ta­tion de la force de tra­vail à l’aune non plus des pays de l’Est, mais main­te­nant de la Chine popu­laire ou de l’éco­nomie sou­ter­raine.

Ne voyons-nous pas tous nos capi­ta­lis­tes d’Occident reven­di­quer « la liberté syn­di­cale en Chine » se lamen­ter sur l’écart entre riches et pau­vres. Ce qu’ils veu­lent en défi­ni­tive, c’est que le coût du tra­vail en Chine soit tel, que celui-ci enraye la pré­ca­ri­sation et la déli­mi­tation des clas­ses socia­les, dans les cen­tres his­to­ri­ques du capi­ta­lisme (10). #

Aussi ont-ils applaudi des deux mains, quand Pékin a annoncé des mesu­res visant à fixer la semaine de tra­vail à 40 heures, à payer les heures sup­plém­ent­aires au tarif double, et à consul­ter les représ­entants des ouvriers lors des licen­cie­ments, (La Tribune du 20 février 2007) et même abolir le tra­vail forcé (selon le BIT). Mesures jugées épouv­an­tables pour les mul­ti­na­tio­na­les sév­issant en Chine. Ceci alors qu’en France Sarkozy veut exonérer les heures sup­plém­ent­aires de coti­sa­tions socia­les, et que nous atten­dons le grand les­si­vage du code du tra­vail.

Tous prét­endent « protéger la per­sonne plutôt que l’emploi », ce n’est donc pas un hasard si la CGT considère les conven­tions col­lec­ti­ves obsolètes :

« Les conven­tions col­lec­ti­ves cons­trui­tes depuis plus d’un siècle ne per­met­tent plus aujourd’hui de protéger véri­tab­lement les sala­riés des ris­ques que les poli­ti­ques managér­iales visent à transférer du capi­tal sur le tra­vail. Elles pei­nent à assu­rer une pro­gres­sion de car­rière, de salai­res, de pro­tec­tion sociale et de prévoy­ance à tous les sala­riés et en par­ti­cu­lier aux plus fra­gi­les et aux plus mobi­les. De plus, dans le droit social actuel, c’est la nature de l’employeur qui dét­er­mine le volume des droits des sala­riés. (11) »

Le ven­dredi 12 jan­vier 2006, les fos­soyeurs des conven­tions col­lec­ti­ves se réun­issaient avec le Mouvement des Entreprises de France (Medef, syn­di­cat patro­nal) pour trai­ter du contrat de tra­vail unique (12). Comme par hasard tous en arrivèrent à dire qu’ils étaient opposés au contrat unique, alors que c’ est ce qu’ils reven­di­quent tous. Le Medef, comme l’indi­quait le quo­ti­dien La Tribune du 16 jan­vier, est favo­ra­ble au système du gré à gré, et Laurence Parisot s’est même payé le luxe d’inven­ter un néo­log­isme, la « sépa­ra­bilité », pour désigner les futu­res rup­tu­res du contrat de tra­vail. En fait chacun essaye encore de tirer la cou­ver­ture à soi, les syn­di­cats vou­lant des postes de per­ma­nents dans les nou­vel­les ins­tan­ces, ce que vient de leur accor­der le Conseil éco­no­mique et social, en orga­ni­sant des élections pér­io­diques... à la nou­velle « sécurité sociale pro­fes­sion­nelle ». Quant au Medef, il attend le nou­veau code du tra­vail. La « sécurité sociale pro­fes­sion­nelle » à pour fonc­tion, entre autres, de faire glis­ser la fis­ca­li­sa­tion des entre­pri­ses vers les consom­ma­teurs par des taxes diver­ses. Le coût du tra­vail du sec­teur légal peut riva­li­ser avec l’éco­nomie sou­ter­raine et pro­vo­quer son éli­mi­nation et rafler ses marges.

On peut remar­quer que la plu­part des can­di­dats à la pré­sid­ence, sont favo­ra­bles à de nou­vel­les taxes. Ségolène Royal, qui s’est pro­noncée ouver­te­ment pour « la sécurité sociale pro­fes­sion­nelle » (SSP) était très fière de son expéri­ence de SSP dans la région Poitou-Charentes, financée à hau­teur de 5 mil­lions d’euros par l’Etat et la région dont elle est pré­sid­ente (13). #

Son compère François Bayrou trouve que l’idée de la SSP est bonne et il pro­pose « cinq pistes pour transférer ces char­ges : une coti­sa­tion sur la valeur ajoutée des entre­pri­ses, une hausse de la CSG, une TVA sociale, une taxe sur la consom­ma­tion de car­bu­rants fos­si­les, enfin une taxe sur les mou­ve­ments finan­ciers ».

De son côté la Ligue com­mu­niste révo­luti­onn­aire vient de tomber le masque dans le pro­gramme de son can­di­dat Olivier Bessancenot. Elle veut inter­dire tous les licen­cie­ments, les mettre hors la loi, sans révo­lution, sim­ple­ment en décrétant que les capi­ta­lis­tes ne doi­vent plus licen­cier. Cela s’appelle enjo­li­ver le capi­ta­lisme, son bon côté, pour nous prés­enter une réf­orme posi­tive. C’est ce que va faire la Ligue qui dit : « Nous pro­po­sons une loi d’inter­dic­tion des licen­cie­ments, en impo­sant le main­tien du contrat de tra­vail. Pour finan­cer d’éventu­elles défaill­ances à ces règles, un fonds de sécurité sociale pro­fes­sion­nelle pourra être mis sur pied, financé par des coti­sa­tions patro­na­les assi­ses sur les salai­res, et géré
- comme devrait l’être l’ensem­ble de la Sécurité sociale - par des représ­entants des sala­riés. »

La boucle est bou­clée, tous der­rière la bande Sarko-Ségolène pour la pré­carité, c’est-à-dire la SSP.

Vers une restruc­tu­ra­tion des clas­ses socia­les

Après avoir trouvé la clef qui réd­uirait le « monde à deux vites­ses » en rame­nant le tout à son plus petit déno­mi­nateur à la manière de Procuste (14), l’UE éli­mine men­ta­le­ment la frac­ture sociale, mais pas la pau­vreté qu’elle géné­ra­lise.

Le pre­mier pro­gramme de l’UE visant à endi­guer la pau­vreté fut élaboré en 1975 sous le nom de « Pauvreté I » et fut stoppé par l’oppo­si­tion de la Grande-Bretagne et de l’Allemagne. Au cours des années 1990, le traité d’Amsterdam ten­tera de donner un socle juri­di­que à « l’exclu­sion » sans grand succès, la pau­vreté se dével­oppant à un rythme plus rapide que les capa­cités d’emploi. Le rés­ultat global pour l’UE est acca­blant. La pau­vreté touche actuel­le­ment 16 % de la popu­la­tion europé­enne, c’est-à-dire 72 mil­lions de prolét­aires pau­vres.

Même l’heb­do­ma­daire Marianne écrit : « On croyait la classe ouvrière morte, eh bien non ! Les nou­veaux tra­vailleurs pau­vres seraient 7 mil­lions en France. Pour ces employés du ter­tiaire, les smi­cards à vie, ces sala­riés logés à la même mau­vaise ensei­gne, la flexi­bi­lité, la pré­carité et la peur sont le lot quo­ti­dien (15).# »

Ce même jour­nal indi­que qu’actuel­le­ment 60 % de la popu­la­tion active sont prolét­aires et ne gagnent pas plus de 15 000 euros par an en moyenne ; cette popu­la­tion était de 40 % en 1992 et de 50 % en 2001. Ces chif­fres peu­vent paraître para­doxaux, d’un côté aug­men­ta­tion du taux de prolét­aires et de l’autre de la misère sociale. Marx , dans « Misère de la phi­lo­so­phie » ainsi que Paul Mattick dans son texte De la grande pau­vreté ont bien montré les rai­sons pro­fon­des de ce para­doxe :

« De jour en jour, il devient donc plus clair que les rap­ports de pro­duc­tion dans les­quels se meut la bour­geoi­sie n’ont pas un caractère simple, mais un caractère de dupli­cité ; que dans les mêmes rap­ports dans les­quels se pro­duit la richesse la misère se pro­duit aussi ; que dans les mêmes rap­ports dans les­quels il y a dével­op­pement des forces pro­duc­ti­ves, il y a une force pro­duc­trice de répr­ession ; que ces rap­ports ne pro­dui­sent la richesse bour­geoise, c’est-à-dire la richesse de la classe bour­geoise, qu’en ané­ant­issant conti­nuel­le­ment la richesse des mem­bres intégrants de cette classe et en pro­dui­sant un prolé­tariat tou­jours crois­sant (16). »

Ce que confirme aujourd’hui à sa manière le ban­quier Michel Cicurel : « C’est la mon­dia­li­sa­tion qui sta­bi­lise la crois­sance mon­diale, l’Europe et l’ Asie pre­nant le relais de la loco­mo­tive amé­ric­aine. C’est elle qui contient l’infla­tion en haut du cycle parce que la force de tra­vail mon­diale a doublé. Elle encore qui expli­que la sagesse des taux d’intérêts, évitant notam­ment le Krach immo­bi­lier, puis­que l’épargne asia­ti­que finance la dette occi­den­tale. Elle qui rela­ti­vise l’énorme déficit extérieur amé­ricain. Elle tou­jours qui a protégé le pou­voir d’achat de nos clas­ses moyen­nes, amputé par l’impôt mais préservé par l’impor­ta­tion de tex­tile ou d’élect­ro­nique à bas prix (17). »

Cet éloge de la mon­dia­li­sa­tion passe sous silence qu’ elle est une contre-ten­dance à la baisse ten­dan­cielle du taux de profit, donc à une crise latente du système capi­ta­liste. Celui-ci cher­che à se main­te­nir en géné­ra­lisant la concur­rence sans fron­tière de l’exploi­ta­tion de la force de tra­vail. Elle masque la dua­lité bour­geoise qui est en même temps dével­op­pement et des­truc­tion des forces pro­duc­ti­ves.

Chômage et paupér­isme, écrivait Paul Mattick, « ont été une caractér­is­tique fla­grante du capi­ta­lisme tout au cours de son dével­op­pement, même s’ils ont été plus ou moins émoussés ou saillants selon les hauts et les bas du cycle des affai­res. La partie de la classe ouvrière au chômage a crû avec l’accrois­se­ment de la classe elle-même, fai­sant dimi­nuer ou se sta­bi­li­ser le taux des salai­res pra­ti­qué. Le chômage a été le pro­blème domi­nant de la société capi­ta­liste pen­dant des pér­iodes pro­longées, celles de dépr­ession, impo­sant à la bour­geoi­sie quel­ques modi­fi­ca­tions de la loi géné­rale de l’accu­mu­la­tion. Si l’on regroupe les pér­iodes d’expan­sion et de contrac­tion de l’éco­nomie, ce qu’on doit faire pour trai­ter le pro­ces­sus d’accu­mu­la­tion comme un tout, il ne fait aucun doute que le chômage a crû cons­tam­ment, car l’absorp­tion d’une partie de l’armée de rés­erve indus­trielle dans les pér­iodes d’expan­sion n’a pas com­pensé entiè­rement les expul­sions de tra­vailleurs hors du pro­ces­sus de pro­duc­tion effec­tuées pen­dant les pér­iodes de dépr­ession. Si l’on considère ensem­ble les bonnes et les mau­vai­ses pér­iodes, on ne peut guère douter que le rap­port du nombre des ouvriers au chômage à celui de ceux qui ont un emploi a crû avec l’accu­mu­la­tion du capi­tal, car cette der­nière sous-entend un déclin rela­tif du capi­tal varia­ble au sein du capi­tal total (18). »

Cette pola­ri­sa­tion des clas­ses socia­les, agit comme un aimant vis-à-vis de ce que l’on appelle les clas­ses moyen­nes (19), soient elles accèdent au monde des riches soit elles échouent dans la pau­vreté et devien­nent des prolét­aires.

Pour conclure

La crois­sance de la pré­carité du tra­vail dans le monde n’est aujourd’hui plus à dém­ontrer, elle s’impose chaque jour aux prolét­aires du monde entier, mis en concur­rence directe par le pro­ces­sus de mon­dia­li­sa­tion. Il n’y a pas un coin perdu dans le monde qui ne soit dép­endant de ce pro­ces­sus, de sorte que ce qui a lieu dans les pays en dével­op­pement se rép­er­cute néga­ti­vement sur les prolét­aires des cen­tres his­to­ri­ques du capi­tal. La dua­lité capi­ta­liste, fait que la lutte contre la pau­vreté a pour corol­lai­res la création, encou­ragée par l’ONU, de cen­tai­nes de « zones fran­ches » dans le tiers monde. Zones où, de par la loi, les pro­fits ne sont pas soumis à l’impôt, mais aussi aux impo­si­tions conte­nues dans les plans de restruc­tu­ra­tion de la dette du FMI et de la Banque mon­diale.

La recher­che du tra­vail gra­tuit (la plus-value) pénètre la chair même des prolét­aires du tiers monde par­qués dans des bagnes ou camps de tra­vail pour le compte des mul­ti­na­tio­na­les et des com­pra­do­res locaux (négriers des temps moder­nes). Ces mêmes bagnes se prés­entent de manière dif­fuse en Europe, sous la forme de l’éco­nomie sou­ter­raine et infor­melle. Partout le tra­vail au noir monte en puis­sance et devient de facto le modèle à dével­opper par­tout. L’Union europé­enne qui prétend être la matrice du règne des droits humains, du juste et du bien-être pour tous, est en passe de s’accom­mo­der de la super-exploi­ta­tion qui règne sur son ter­ri­toire et d’en faire un atout pour le futur. Tel est le sens réel de la lég­is­lation europé­enne sur la pré­ca­ri­sation des contrats de tra­vail.

G. Bad

Février 2007

Notes

(1) Voir Quand l’Europe adapte ses droits sociaux à la pré­ca­ri­sation per­ma­nente (1), Echanges 119, p. 34.

(2) Union of Industrial and Employers’ Confederations of Europe (Unice) a changé son nom en jan­vier 2007 pour deve­nir The Confederation of European. L’adressse Internet Businesswww.unice.org/ est redi­rigée vers www.busi­nes­seu­rope.eu. 

(3) Le conseil européen de Lisbonne des 23 et 24 mars 2000 a fixé un objec­tif straté­gique visant à faire de léco­nomie de l’Union europé­enne « la plus compé­ti­tive et la plus dyna­mi­que du monde d’ici à 2010, capa­ble d’une crois­sance éco­no­mique dura­ble accom­pa­gnée d’une amél­io­ration quan­ti­ta­tive et qua­li­ta­tive de l’emploi et d’une plus grande cohésion sociale ».

(4) « L’Unice tente d’empêcher le Livre vert sur le droit du tra­vail, Euractiv, 4 octo­bre 2006. Voir www.eurac­tiv.com/fr.

(5) Voir notam­ment « L’éco­nomie de l’ombre mesurée dans 43 pays », de l’Université de Linz (Friedrich Schneider) in « L’Economie sou­ter­raine dans la mon­dia­li­sa­tion », Problèmes éco­no­miques, La Documenbtaion franç­aise, juillet 2005. « L’Université de Linz n’étudie pas direc­te­ment le tra­vail au noir mais l’éco­nomie sou­ter­raine, à savoir cet archi­pel d’entre­pri­ses qui éch­appent en partie ou tota­le­ment au fisc et qui est le pre­mier, mais pas le seul, lieu d’enga­ge­ment de tra­vailleurs au noir ».# (« Le tra­vail au noir, une arme du capi­tal global. La lutte glo­bale contre le tra­vail au noir : une néc­essité pour les tra­vailleurs », de Pietro Basso, www.cost­killer.net/tri­bune/ Tribu-P....

(6) Sept pays avaient été sél­ectionnés pour cette recher­che : la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, l’Espagne, la Suède et le Royaume-Uni. Deuxième cons­tat porté par les experts, il y a trois ans : la quan­tité de tra­vail au noir allait crois­sant par­tout en Europe.

(7) A noter que chaque fois que le capi­tal a été confronté à une concur­rence mafieuse, il s’ en est rapi­de­ment accom­modé : sup­pres­sion des lois de pro­hi­bi­tion, aux Etats-Unis, léga­li­sation des jeux offi­ciels (PMU, casino) contre les jeux clan­des­tins, léga­li­sation des dro­gues douces...

(8) Allocution du pré­sident de la République, à l’occa­sion de la prés­en­tation des vœux aux forces vives, 4 jan­vier 2007. Texte sur www.elysee.fr

(9) Selon P. Detrez, secrét­aire général de la CGT Nord-Pas-de-Calais, il est temps de res­pon­sa­bi­li­ser les entre­pri­ses et de concré­tiser une Sécurité sociale Professionnelle caractérisée par le main­tien du contrat de tra­vail, du salaire et des droits en cas de licen­cie­ment.

(10) Ceci expli­que, en partie le regrou­pe­ment inique des ex-par­ti­sans de la FSM avec la CISL ( ex-chan­tres de la CIA) et la CMT (de confes­sion catho­li­que). Les tra­vailleurs chi­nois seront ravis d’obte­nir enfin des droits à leur exploi­ta­tion « grâce » à la pres­sion inter­na­tio­nale de l’OIT et de la CI).

(11) Maryse Dumas, secrét­aire confé­dé­rale de la CGT, audi­tion au Conseil d’orien­ta­tion pour l’emploi, 19 déc­embre 2006, « Sécurisation des par­cours pro­fes­sion­nels ».

(12) L’idée du contrat unique fut même reprise en 2004 par Michel Camdessus, ancien direc­teur du FMI : « La sup­pres­sion du CDD et la création d’un contrat de tra­vail unique à durée indét­erminée, dans lequel les droits rela­tifs à la pro­tec­tion de l’emploi et à l’indem­ni­sa­tion se ren­for­ce­raient pro­gres­si­ve­ment » (« Qui veut vrai­ment du contrat de tra­vail unique ? », Les Echos du 29 jan­vier 2007 )#.

(13) Entretien avecSégolène Royal dans l’émission « Place publi­que », sur France 3 Poitou-Charentes, 11 juin 2006

(14) Procuste est une manière de désigner toute ten­ta­tive de réd­uire les hommes à un seul modèle, une seule façon de penser ou d’agir. Le bri­gand Procuste obli­geait ses cap­tu­res humai­nes à se cou­cher sur son lit de fer. Il cou­pait les mem­bres de ses vic­ti­mes trop gran­des pour le lit et étirait ceux des plus peti­tes. On parle du « lit de Procuste » à propos de toute règle odieuse ou tyran­ni­que.

(15) « Les nou­veaux prolét­aires », Marianne du 16 au 22 sep­tem­bre 2006.

(16) Karl Marx, Misère de la phi­lo­so­phie.

(17) Michel Cicurel, pré­sident du direc­toire de la Cie Financière Edmond de Rotschild, La Tribune du 30 jan­vier 2007.

(18) Paul Mattick (1904-1981). De la pau­vreté et de la nature fétiche de l’éco­nomie, éd. Abirato, 1998.

(19) A défaut d’une étude spé­ci­fique, nous pou­vons définir les clas­ses moyen­nes actuel­les comme évoluant entre la bour­geoi­sie et le prolé­tariat, classe ou plus exac­te­ment cou­ches socia­les tran­si­toi­res ayant un niveau de vie situé au dessus de la four­chette de 15 000 euros annuels (les 60% de la popu­la­tion active) et 31 000 euros (pla­fond annuel de la Sécurité sociale) .

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