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Religions, relativisme culturel et instrumentalisation des droits humains

jeudi 26 avril 2007, par Yves

de Maryam Namazie (PCOI)

Non seulement le relativisme culturel incite à l’inaction et à la passivité face à l’oppression contre laquelle luttent et résistent des millions de personnes au Moyen-Orient et ici en Occident mais c’est en fait une théorie raciste.

Le relativisme culturel et son alter ego le multiculturalisme, apparemment plus séduisant, ont abaissé les principes et rédéfini les valeurs à un niveau tellement bas que non seulement toutes les cultures et les croyances sont censées être équivalentes, mais qu’elles semblent avoir réussi à effacer toute distinction entre les individus et leurs croyances (réelles ou supposées).

Par conséquent, des principes tels que les droits, l’égalité, le respect et la tolérance, qui ont été au départ définis par rapport aux individus, s’appliquent désormais de plus en plus à la culture et à la religion et prennent souvent le pas sur les êtres humains réels.

C’est pourquoi toute critique, dérision ou opposition qui prend pour cibles les croyances, les cultures, les religions, les dieux et les prophètes est considérée comme raciste, et accusée d’inciter au mépris, à la haine, et même à la violence contre ceux que l’on considère tous comme leurs partisans. D’ailleurs, l’inclusion sociale des individus se résume désormais à l’inclusion de leurs croyances, de leurs sensibilités, de leurs préoccupations et de leurs projets - et rien de plus.

Ce phénomène touche particulièrement l’islam et l’islam politique qui l’encouragent, car cette religion détient le pouvoir dans des Etats comme l’Iran ou lutte pour acquérir un certain pouvoir politique dans des pays comme la Grande-Bretagne et le Canada. Le relativisme culturel est devenu l’instrument grâce auquel l’islam et ses partisans ont cherché à détourner les critiques dirigées contre sa nature inhumaine et en même temps à miner le tissu social dans ce pays et dans d’autres.

Inutile de dire que les relativistes culturels se trompent sur toute la ligne.

La distinction entre les êtres humains et leurs croyances est d’une importance cruciale. C’est l’être humain qui est sacré, digne du plus haut respect et des droits les plus élevés, et non ses croyances. Ce sont les êtres humains qui sont censés être égaux, non leurs croyances.

Naturellement, les gens ont le droit de croire ce qu’ils veulent, même si leurs croyances peuvent sembler absurdes, mais il s’agit alors d’un problème différent. Le fait que chacun a le droit de partager une croyance, une culture, ou une religion n’implique pas que l’on doive respecter cette croyance, cette culture ou cette religion. Cela ne signifie pas que ceux qui sont en désaccord avec cette croyance, s’y opposent ou choisissent de la railler doivent s’en abstenir parce qu’une telle attitude serait inacceptable pour ceux qui défendent ces valeurs. (Entre parenthèses, vu que beaucoup de choses sont inacceptables pour les islamistes - y compris le fait de tenir la main de quelqu’un et de danser au son de la musique - on se demande ce que l’on pourrait encore dire ou faire si c’étaient eux qui décidaient.)

Les partisans du relativisme culturel exigent que nous soyons « sensibles » et « responsables » (tout en nous rappelant gentiment que nous avons le droit - du moins pour le moment - de railler et critiquer qui nous voulons en Occident). En réalité, ils tentent astucieusement de limiter la liberté d’expression et d’opposition face aux religions et aux cultures qui ont des effets nuisibles sur la vie des individus. Après tout, le relativisme culturel est une affaire juteuse pour beaucoup de « dirigeants » culturels et religieux autodésignés qui travaillent main dans la main avec l’Etat.

Mais s’attend-on vraiment à ce que nous respections, par exemple, la croyance d’une personne ou d’un groupe religieux selon lequel les femmes sont des êtres inférieurs, ou les enfants « désobéissants » doivent être exorcisés, ou les homosexuels sont des pervers ? Que pensez-vous de la croyance selon laquelle il faut tuer, au nom de « l’honneur », les jeunes filles qui sortent avec des non-musulmans ? Ou que les petites filles doivent être voilées, et ne pas jouer, étudier ou nager avec les petits garçons ? Une personne sensée peut-elle sincèrement croire que de telles conceptions sont équivalentes ou ont la même valeur que les idéaux humanistes, laïques, de gauche et progressistes pour lesquels nous avons combattu depuis des générations ?

Cela ne signifie pas naturellement qu’il faille nier l’existence du racisme, y compris contre les musulmans, mais ce racisme existe parce qu’il profite au système de classe et non parce que la pensée critique et la liberté d’expression blessent ou même insultent ceux qui partagent ces croyances.

De toute façon, comment le fait de critiquer ou de railler une croyance, une culture ou une religion, ou même de s’y opposer, peut-il être considéré comme du racisme ou du mépris envers ceux qui croient en leurs vertus ? Premièrement, il est impossible d’être raciste envers une idée, une croyance ou une idéologie. Le racisme légitime des différences, des exclusions, des restrictions ou des préférences fondées sur la race, la couleur, l’origine familiale, nationale ou ethnique (notions qui sont toutes des constructions de l’esprit) des individus, des êtres humains, pas sur leurs croyances. Affirmer qu’une critique ou une satire de l’islam, de Mahomet, ou de l’islam politique est de l’ « islamophobie » ou du « racisme antimusulman » c’est tout aussi absurde que de dire que toute condamnation du judaïsme ou du sionisme nourrit automatiquement l’antisémitisme.

Il existe clairement une grande différence entre les musulmans et l’islam politique (ce mouvement politique de droite parmi bien d’autres), tout comme entre les musulmans et l’islam. Cette différence est celle qui sépare l’idéologie d’un mouvement politique et une croyance religieuse.

Ceux qui effacent les distinctions entre les deux et instrumentalisent les droits humains et l’antiracisme dans les pays occidentaux cherchent, d’une façon détournée, à faire taire toute critique et toute opposition - cette critique est particulièrement cruciale étant donné les ravages causés par l’islam politique au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et plus récemment en Occident. Inutile de préciser que les appels à la « retenue » se transforment rapidement en menaces et en intimidations quand les islamistes acquièrent un certain pouvoir politique. En Iran, en Irak et ailleurs, les islamistes tuent et mutilent ceux qui leur tombent sous la main ; ils ne tolèrent rien ni personne ; ils pendent aux grues des centres-villes les individus « impudiques », les « kafirs » [« les infidèles qui cachent, nient ou travestissent la vérité », NdT] et les apostats ; et ils affirment qu’ils ont le droit divin d’agir ainsi.

Non seulement le relativisme culturel encourage l’inaction et la passivité face à l’oppression de millions de personnes qui luttent et résistent au Moyen-Orient et en Occident, mais il s’agit d’une conception raciste.

En effet, elle implique que les masses ont choisi leur mode de vie, alors qu’elles sont souvent forcées à vivre et se comporter d’une certaine façon. Et cette conception attribue à ces masses les conceptions culturelles et religieuses les plus réactionnaires qui proviennent des classes dirigeantes, des imams et des chefs autodésignés. Je suis censée être automatiquement musulmane parce que je suis née en Iran et comme si c’était ma seule option disponible ; le Conseil musulman de Grande-Bretagne, la Commission islamique des droits de l’homme et autres organisations de ce genre sont censées me représenter automatiquement - même si je n’ai rien de commun avec ces gens-là.

Le relativisme culturel implique également que l’islam et l’islam politique représentent tous ceux qui sont considérés comme « musulmans » - qu’ils soient nés ou vivent au Moyen-Orient, en Asie ou en Afrique du Nord, ou qu’ils en soient partis depuis des générations. C’est comme si l’on affirmait que l’Eglise catholique (pendant la période de l’Inquisition) et le British National Party (parti d’extrême droite, NdT) représentent tous les Britanniques.

C’est comme si, parmi les « musulmans », il n’existait pas de classes sociales, pas de militants politiques, syndicaux ou des droits humains de différentes tendances, pas de communistes, d’athées, de progressistes, d’humanistes, de rationalistes ou de laïques - tous sont censés croire en Dieu et en plus soutenir les islamistes les plus réactionnaires !

De plus, en ce qui concerne le fonctionnement de la société, le relativisme culturel favorise la constitution de « minorités » dont les membres, censés être « différents » en raison de leur « culture », sont ghettoïsés dans des communautés « minoritaires », régressives et fragmentées, où ils continuent à subir l’apartheid ainsi que les lois et coutumes islamiques. Leurs droits ne sont pas dictés par les principes les plus avancés d’une société donnée, comme on pourrait s’y attendre, mais par les normes les plus régressives et les plus réactionnaires. Ils doivent vivre dans des bantoustans régis par des systèmes juridiques, sociaux, culturels et religieux séparés. Ils sont compartimentés selon le plus petit dénominateur réactionnaire commun et relégués dans un statut de citoyens de deuxième ou troisième zone. Ils sont condamnés à appartenir éternellement à une « minorité » et et à ne jamais devenir des citoyens égaux. On leur refuse l’accès aux normes et aux principes universels. On leur refuse l’égalité des droits et la laïcité pour lesquelles ont combattu les mouvements progressistes depuis des siècles.

L’idée de la « différence » a toujours été le principe fondamental des programmes racistes.

La défaite du nazisme et de sa théorie biologique de la différence a en grande partie discrédité l’idée de la supériorité raciale. Mais le racisme a, cependant, trouvé une autre forme d’expression plus acceptable à notre époque. Au lieu d’être exprimée en termes raciaux, la différence est désormais dépeinte en termes culturels.

Face à cette attaque [idéologique], il nous faut défendre et promouvoir, sans la moindre équivoque, la laïcité, l’universalisme et les valeurs dignes de l’humanité du XXIe siècle.

Nous ne devons plus tolérer aucune concession au relativisme culturel ; nous ne devons plus permettre que l’on respecte ou tolère des croyances et des pratiques inhumaines. L’être humain est sacré. Notre point de départ est toujours l’être humain. Nous devons cesser de subdiviser l’humanité en millions de catégories différentes, à commencer par des catégories comme la religion, la nationalité, l’appartenance à une ethnie, à une minorité, etc.

Au minimum, nous devons séparer complètement les religions de l’Etat et du système d’éducation. La laïcité est un outil important pour protéger la société contre l’intervention des religions dans la vie des individus. La religion d’une personne doit rester une affaire privée. Il faut purger les lois de toutes les notions et références religieuses, ainsi que des notions et références inspirées par les religions. Aucune référence ne doit être faite à ces idées dans les publications ou document officiels, pour étiquetter des individus ou des groupes.

Les écoles religieuses, tout comme l’éducation religieuse et les réunions religieuses au sein du système public d’éducation doivent être interdites. Il faut interdire le port du hijab aux enfants et les symboles religieux dans les écoles et établissements publics. Les enfants et les mineurs de moins de 16 ans doivent être protégés contre toutes les formes de manipulation par les religions et les établissements religieux. Les pratiques ou cérémonies culturelles et religieuses qui sont violentes, inhumaines, ou incompatibles avec les droits humains et l’égalité doivent être interdites. Toute aide financière, tout soutien matériel ou moral de l’Etat à la religion et aux activités et établissements religieux doit être interrompu. Tous les établissements religieux doivent être enregistrés comme des entreprises privées, et payer des impôts en conséquence.

Et c’est à l’Etat de veiller à l’application de ces principes. Chaque jour, l’Etat intervient pour protéger des personnes, qu’elles le veuillent ou non (par exemple, dans les cas de violences domestiques ou de négligence vis-à-vis des enfants). L’Etat doit agir de la même façon en ce qui concerne la religion. Pas nécessairement parce qu’il aime le faire, mais parce que la société civile et les normes établies le forcent à le faire.

Les droits civiques, la liberté et l’égalité, la laïcité, le modernisme sont des concepts universels pour lesquels se sont battus les mouvements sociaux progressistes et la classe ouvrière dans de nombreux pays.

Le fait que, dans le monde entier, y compris en Iran, des gens continuent à lutter pour l’égalité, la liberté, la laïcité, pour acquérir les droits qui leur manquent et contre des régimes répressifs, ce fait confirme cette universalité.

Naturellement, les partisans du relativisme culturel prétendent et prétendront que les droits universels sont un concept « occidental ». Il ne s’agit que d’une tromperie supplémentaire de leur part. Quand il s’agit d’employer les mass media pour annoncer leurs décapitations, ou d’utiliser la Toile pour organiser leurs attaques terroristes et l’Internet pour diffuser massivement des fatwas et des menaces de mort, les islamistes ne disent pas que ces comportements sont « occidentaux » et incompatibles avec une société islamiste. Cela le devient seulement quand il s’agit des droits, des valeurs et des principes universels, et de la laïcité : alors soudain les droits universels deviennent « occidentaux ». De toute façon, même si de tels droits et de telles valeurs étaient occidentaux, il serait absurde de dire que les non-Occidentaux ne sont pas dignes de jouir de ces droits.

En fait, ces droits ont été arrachés de force par la classe ouvrière et les mouvements sociaux progressistes. Par conséquent, toute conquête sociale et tout droit obtenu n’importe où sur la planète est une conquête et un droit pour toute l’humanité.

Seule une défense claire des droits universels, de la laïcité et de la sécularisation des droits et des valeurs combattra le relativisme culturel et son racisme et les reléguera à la place qu’ils méritent : dans les poubelles de l’histoire.

Maryam Namazie (6 septembre 2006)