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Gramsci, mythe coréen

Lettre d’un camarade américain en Corée du Sud

publié le mardi 24 avril 2007

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« ...Merci pour le matériel que vous avez envoyé l’an passé. Excuses pour ne pas avoir gardé le contact. La crise éco­no­mique d’Asie a rendu ma situa­tion plus chao­ti­que mais main­te­nant ma situa­tion de tra­vail est plus stable. Un cama­rade amé­ricain qui tra­vaille aussi en Corée et moi, nous essayons avec des acti­vis­tes coréens de créer une librai­rie radi­cale. Nous sou­hai­tons ras­sem­bler textes et pér­io­diques sur des pers­pec­ti­ves théo­riques qui n’ont jamais été tra­dui­tes en coréen.

 » Cette semaine nous finis­sons l’impres­sion d’une tra­duc­tion de la bro­chure de Loren Goldner sur Amedeo Bordiga (1). C’était néc­ess­aire et utile car bien des Coréens croient au “mythe Gramsci” (2) selon lequel Bordiga était un sta­li­nien et Gramsci le “vrai révo­luti­onn­aire” inter­na­tio­na­liste. Je veux encou­ra­ger nos cama­ra­des coréens à tra­duire plus de textes de la tra­di­tion ultra-gauche/conseilliste. Il est curieux que même les Grundrisse (3) n’aient pas été com­plè­tement tra­duits en coréen. Lorraine Perlman fut assez génér­euse pour nous envoyer une col­lec­tion des livres encore dis­po­ni­bles à Black and Red (4). Quand j’ai montré à un cama­rade coréen le plus au fait de la poli­ti­que le livre Poland 1980-1982 (5), il me rép­ondit “Oui, le mou­ve­ment Solidarité et Lech Walesa”. Je lui deman­dai alors s’il com­pre­nait la base ouvrière de la rév­olte et il rép­ondit qu’il com­pre­nait que Solidarité était une force pro­gres­siste dans la lutte. Je lui expli­quai le rôle contre-révo­luti­onn­aire de Solidarité et il fut sur­pris. A cause de l’his­toire des dic­ta­tu­res mili­tai­res de Corée, il y a eu une cen­sure de la litté­ra­ture sur les luttes de classe radi­ca­les... »

(1) Communism is the Material Human Community. Amedeo Bordiga today, bro­chure en anglais de Loren Goldner, dis­po­ni­ble à Echanges ou à Collective Action Notes (Etats-Unis), ou encore sur Internet, sur le site de CAN (www.geo­ci­ties.com/CapitolHill/Lobby/2379).

(2) Gramsci, leader com­mu­niste ita­lien (1891-1937), dont les ambi­guïtés et l’itinér­aire poli­ti­que le font considérer soit comme un grand lénin­iste, soit comme un « révisi­onn­iste » voire un conseilliste - en raison du mou­ve­ment d’occu­pa­tion des usines à Turin en 1920. Le « mythe Gramsci » vient de l’uti­li­sa­tion de ses écrits (rédigés prin­ci­pa­le­ment en prison entre 1926 et 1937) après la guerre pour jus­ti­fier les évo­lutions du Parti com­mu­niste ita­lien. Ses œuvres tra­dui­tes en français et des études biblio­gra­phi­ques sont faci­les à se pro­cu­rer.

(3) Grundrisse (« Fondements » de l’éco­nomie poli­ti­que) : manus­crits pos­thu­mes de Marx. Ont été publiés en français en poche (10/18) et dans les tomes 1 et 2 des Œuvres de Marx dans la « Bibliothèque de la Pléiade ».

(4) Black and Red, PO Box 12374, Detroit, Mic 48202, a publié nombre d’ouvra­ges cou­vrant un large éventail de l’ultra-gauche mon­diale.

(5) Cet ouvrage est la tra­duc­tion de Pologne, lutte de classe et crise du capi­tal, 1980-1982, d’Henri Simon (Spartacus, 1983, tou­jours dis­po­ni­ble à Echanges, sur demande auprès de echan­ges.mou­ve­ment laposte.net.

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