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Allemagne

Les luttes des ouvriers du bâtiment de Berlin (Echanges n° 80 (juillet-décembre 1995).

publié le samedi 21 avril 2007

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1 400 000 personnes environ travaillent aujourd’hui en Allemagne dans le bâtiment. Parmi eux, 162 000 immigrants, venus pour la plupart dans les années 60-70, des pays traditionnels d’émigration, mais aussi, après 1989, d’Europe de l’Est, et de l’Ouest, notamment de Grande-Bretagne

Ce texte est paru dans Echanges n° 80 (juillet-déc­embre 1995).

Quelques infor­ma­tions de base : Crise et expan­sion

Aujourd’hui, le sec­teur du bâtiment de Berlin-Brandebourg est à la fois dans une situa­tion d’expan­sion et de crise. La plu­part des entre­pri­ses ont une pro­duc­ti­vité rela­ti­ve­ment basse et sont sou­vent lour­de­ment endettées. Ces sec­teurs du bâtiment et des tra­vaux publics qui dép­endent des inves­tis­se­ments publics (la cons­truc­tion des routes, par exem­ple) souf­frent des réd­uctions de crédits affectés au dével­op­pement des infra­struc­tu­res par les auto­rités rég­io­nales et loca­les. De plus en plus de sociétés font faillite, par­ti­cu­liè­rement celles d’Allemagne de l’Est. Souvent, celles qui sont des sous-sous-trai­tan­tes sont le plus sévè­rement tou­chées par la concen­tra­tion du capi­tal.

D’autre part, il y a un boom de la cons­truc­tion à Berlin-Brandebourg et dans l’ensem­ble de l’Allemagne de l’Est, cer­tai­ne­ment sans égal en Europe. D’énormes pro­jets natio­naux, comme les auto­rou­tes ou de nou­vel­les lignes fer­ro­viai­res, le nou­veau quar­tier des ministères à Berlin (qui va rede­ve­nir la capi­tale fédé­rale), les gigan­tes­ques inves­tis­se­ments privés dans des bureaux ou des cen­tres com­mer­ciaux, la moder­ni­sa­tion des vieux bâtiments de l’Allemagne de l’Est et le boom des mai­sons indi­vi­duel­les autour de Berlin, concou­rent à engen­drer une crois­sance annuelle de ce sec­teur de 40 à 50 %. Quelques chif­fres pour l’ancienne RDA : lors de la réu­ni­fi­cation débutée en 1990, près de 600 000 ouvriers du bâtiment furent licen­ciés dans cette partie de l’Allemagne, les femmes et les émigrés par­tant les pre­miers. Dans beau­coup de sec­teurs, le boom du bâtiment entraîne un manque de main d’œuvre. Avec, comme conséqu­ence, des salai­res rela­ti­ve­ment élevés dans le sec­teur bâtiment-tra­vaux publics - presqu’au niveau des salai­res équi­valents en RFA.

Le nou­veau prolé­tariat

En Allemagne actuelle, envi­ron 1 400 000 per­son­nes tra­vaillent dans le bâtiment avec cou­ver­ture sociale intég­rale (sans comp­ter ceux qui œuvrent dans des métiers sub­si­diai­res).

Parmi eux, 162 000 immi­grants. La plu­part d’entre eux sont venus dans les années 60-70. La chute du « Mur », en 1989, et l’exten­sion du Marché commun, en 1992, inau­gurèrent une recom­po­si­tion de ce sec­teur. Plus de 100 000 tra­vailleurs d’Europe de l’Est et un nombre équi­valent d’Europe de l’Ouest vin­rent tra­vailler « léga­lement » (avec les papiers offi­ciels) dans cette bran­che. Selon des chif­fres donnés par les asso­cia­tions patro­na­les et le syn­di­cat du bâtiment (IG. Ban Steine Erden), chif­fres aux­quels on ne peut guère se fier, plu­sieurs cen­tai­nes de mil­liers « d’illégaux » (sans permis) seraient venus les rejoin­dre.

Ainsi, depuis long­temps déjà, le prolé­tariat du bâtiment n’est plus guère « natio­nal ». Au contraire, aujourd’hui, il est plus « inter­na­tio­nal » que jamais.

Une seule classe ouvrière sur les chan­tiers ?

Une foule de condi­tions pour les ouvriers. C’est spéc­ia­lement vrai à Berlin, la plus grande ville d’Allemagne et un des cen­tres prolé­tariens. Là, le sec­teur du bâtiment est un sec­teur clé. En plus des vieilles com­mu­nautés d’émigrés (prin­ci­pa­le­ment Turcs/Kurdes et Yougoslaves pour Berlin Ouest, Mozambicains et Vietnamiens pour Berlin Est), de nou­vel­les com­mu­nautés ont émergé des pays de l’Est européen (prin­ci­pa­le­ment Pologne, ex-Yougoslavie, Tchéquie), de l’Ouest de l’Europe (Irlande, Grande-Bretagne, Pays-Bas, Portugal) et de plus petits grou­pes de réfugiés d’Afrique et d’Asie. Mais ils ne diffèrent pas seu­le­ment d’après leur pays d’ori­gine et leur langue. Ils ont différ­entes formes de statut légal en terme de résid­ence et de permis de tra­vail :

• des illégaux totaux au marché noir du tra­vail,

• des résidents « légaux » sans permis de tra­vail,

• des ouvriers sous contrat à durée dét­erminée ou des sai­son­niers,

• des « indép­endants » ou de faux « indép­endants »,

• des béné­fici­aires du chômage,

• des ouvriers béné­ficiant de plans de « création d’emplois »,

• des équipes de quatre à sept (la nor­male) pro­fes­sion­nels différents tra­vaillant à la tâche ou accep­tant jusqu’à 70 heures par semaine, ce qui peut être la norme pour cer­tai­nes équipes.

En rap­port avec cette situa­tion, les salai­res peu­vent varier de 2 ou 3 DM de l’heure à plus de 30 DM (de 7 ou 10 F à plus de 100 F). La meilleure façon de séparer les ouvriers est l’appro­che raciste : peu d’Allemands et pas trop d’Européens de l’Ouest tra­vaillent pour moins de 10 DM (35 F), alors que seu­le­ment quel­ques réfugiés ou Européens de l’Est gagnent plus de 70 F. Cette divi­sion se retrouve quant aux condi­tions d’habi­tat : cer­tains tra­vaillent dur pour pou­voir payer un loyer, d’autres vivent dans des immeu­bles vides com­plè­tement pour­ris ou dans des camps de réfugiés, dans des cara­va­nes ou des conte­neurs, d’autres sont SDF et vivent dans les rues ou par­ta­gent une cham­bre meu­blée avec trois autres ou plus.

Les ancien­nes règles de tra­vail ont dis­paru

Depuis la prét­endue « réu­ni­fi­cation », le tra­vail garanti sous des condi­tions garan­ties, des condi­tions de vie sta­bles, sont deve­nues rares dans cette bran­che. Les anciens stan­dards de tra­vail ont dis­paru, embau­che et licen­cie­ment sont sans aucune règle et la mobi­lité totale entre villes et pro­vin­ces prévaut par­tout. La plu­part des ouvriers d’Allemagne ou de la Communauté Européenne dont le statut était garanti sont deve­nus des itinérants et/ou des jour­na­liers. Les condi­tions de tra­vail et de vie de quel­ques ouvriers du bâtiment à et autour de Berlin cor­res­pon­dent aux stan­dards mét­ro­po­litains, ceux de la plu­part des autres aux condi­tions de la périphérie de l’Europe ou du Tiers-Monde - et cela au même moment dans la même ville.

Nouvelles luttes.

Construire une classe ouvrière ?

Il n’y a pas eu une seule grève sur un grand chan­tier du bâtiment au cours des der­nières déc­ennies en Allemagne, soit spon­tanée, soit orga­nisée par un syn­di­cat. Le sec­teur du bâtiment était réglé par un « marché » entre l’Etat, le syn­di­cat (IG BSE) et les patrons. Cela expli­que le fait que les tra­vailleurs alle­mands du bâtiment n’avaient pra­ti­que­ment aucune expéri­ence des grèves.

Il n’y avait aucune tra­di­tion d’action directe, de force col­lec­tive, etc. Il y eut quel­ques occu­pa­tions contre des licen­cie­ments mas­sifs dans l’ex-RDA. Et en 1993, plus de 100 000 ouvriers du bâtiment mani­fes­tent à Bonn contre l’abo­li­tion des indem­nités pour intempéries. Jusqu’à main­te­nant, toute lutte a été contrôlée par l’IG BSE qui res­sem­ble à tous les autres syn­di­cats. De plus, l’IG BSE a entériné un déclin cons­tant des salai­res réels (compte tenu de l’infla­tion) au cours des der­nières années. Il essaie de garder le contrôle de tout conflit et non d’impul­ser la lutte.

En outre, le syn­di­cat a par­ti­cipé à la stratégie patro­nale de divi­sion des ouvriers. Il a entamé une cam­pa­gne contre les soit-disant « tra­vailleurs illégaux » et a coopéré avec les flics, etc. D’autre part, on a vu appa­raître de nou­veaux types de lutte. Actions direc­tes comme le blo­cage des grues (voir ci-après) par des ouvriers des pays de la Communauté Européenne - ce que nous considérons comme très posi­tif. Mais ces luttes restèrent com­plè­tement isolées. Elles n’étaient connues que par la presse qui ne par­lait que de celles impli­quant des ouvriers de la Communauté europé­enne. Nous ne savons encore que peu de choses sur les actions des migrants de l’Europe orien­tale et rien du tout sur celles des ouvriers venant du reste du monde. Les luttes rap­portées par les médias sont de toute façon seu­le­ment la partie émergée de l’ice­berg, les conflits quo­ti­diens n’étant jamais men­tionnés.

Il est néc­ess­aire d’aller au-delà de l’action spon­tanée de peti­tes équipes des chan­tiers isolés. Nous devons com­mu­ni­quer avec les ouvriers des autres grou­pes lin­guis­ti­ques et, au moins leur dire les condi­tions mini­mum au-des­sous des­quel­les per­sonne ne devrait être contraint de tra­vailler...


Deuxième partie.

revue de presse

Les arti­cles sui­vants sont des résumés des ver­sions des luttes données par les jour­naux alle­mands au cours de l’été et de l’automne 94. Nous les repro­dui­sons parce qu’ils don­nent un aperçu de la situa­tion des ouvriers du bâtiment à Berlin/Brandebourg. Gardez à l’esprit que ces jour­naux sont confor­mis­tes et libéraux et se sou­cient comme d’une guigne des intérêts des tra­vailleurs.

1. Travailleurs d’Espagne

- « Des Espagnols blo­qués sans argent à Strausbery » (Mrkische Oderzeitung - 1er août 1994)

Des ouvriers du bâtiment à Petershagen près de Berlin, qui n’ont pas été payés pen­dant des semai­nes, déc­larent que cela leur est déjà arrivé à Leipzig et Dresde.

- « Des Espagnols veu­lent rester jusqu’à ce que leurs salai­res soient payés » (Mriksche Oderzeitung - 3 août 1994)

24 ouvriers du bâtiment de Malaga et Valence ont tra­vaillé pour Bonum Immobilien à Petershagen-Eggersdorf (près de Berlin) depuis le 14 juillet sans être payés. Le consu­lat espa­gnol de Berlin les a aidé en leur don­nant 300 DM (1 000 F). Certains d’entre eux doi­vent déjà plus de 500 DM (1 700 F) pour leur loge­ment. Ils sont en grève sur le chan­tier et deman­dent à rester jusqu’à ce qu’ils soient payés. Ils sont employés par une boîte d’intérim hol­lan­daise, De Vaut, qui a loué les ouvriers à l’entre­prise Wolfgang Sturun. Ces ouvriers ont un contrat de 26 DM l’heure (80 F). Le système fonc­tionne comme suit : un ouvrier qua­li­fié coûte en moyenne 65 DM (200 F). La boîte d’intérim demande 40 à 50 DM (140 à 170 F), paie les ouvriers 25 DM (77 F) et garde le reste. Elle ne paie aucune charge sociale, déc­larant ces ouvriers comme « indép­endants à leur compte ».

- « Les ouvriers espa­gnols obtien­nent fina­le­ment leurs salai­res, mais moins qu’ils espéraient » (Mrkische Oderzeitung - 5 août 1994)

Quelqu’un de Homebau, Livingston, une entre­prise affi­liée à la boîte hol­lan­daise De Vaut, qui employait les ouvriers espa­gnols, leur a payé 1 500 DM (5 000 F), alors qu’ils espéraient tou­cher 2 500 DM (8 700 F).

Il leur fut expli­qué que le client n’était pas satis­fait de leur tra­vail et qu’ils ne pou­vaient obte­nir plus. Cet argent leur per­met­tait tout juste de payer les arriérés de loyer. La plu­part veu­lent repar­tir en Espagne, cer­tains veu­lent tra­vailler tout près de là à Fredersdorf.

2. Ouvriers du Portugal

- « Les Portugais ne gagnent que la moitié » (Berliner Zeitung - 4/07/94)

L’entre­prise por­tu­gaise Somec a déc­roché un contrat dans le centre de Berlin pour le Friedrichstadt-Passagen. 200 Portugais y tra­vaillent 12 heures par jour, 6 jours pas semaine, bien moins payés que les ouvriers alle­mands avec leurs 8 heures par jour. La Somec dis­pose de 12 000 ouvriers por­tu­gais sur différents chan­tiers en Allemagne. Au Friedrichstadt-Passagen, la Somec est un sous-trai­tant de Steiner Infratec. Les ouvriers por­tu­gais obtien­nent 2 500 DM net par semaine (8 700 F) pour 6 jours de tra­vail, y com­pris des heures sup­plém­ent­aires en pagaïe, les ouvriers qua­li­fiés pou­vant se faire jusqu’à 3 500 DM (12 000F). Un ouvrier avec un pas­se­port alle­mand peut obte­nir jusqu’à 6 000 DM (20 000 F). Au Portugal, le revenu moyen est de 50 000 escu­dos (envi­ron 1 700 F). Quelques-uns des Portugais sont là depuis des années, d’autres ont aupa­ra­vant tra­vaillé en Russie, Irak, Egypte. Un ouvrier acci­denté est licen­cié lorsqu’il reprend son tra­vail.

- « Grève de la faim vic­to­rieuse » (Neues Deutschland - 17 sep­tem­bre 1994)

Vingt ouvriers por­tu­gais en grève de la faim à Leipzig parce qu’ils n’ont pas été payés par leur employeur, Dzk de Baz Reichenhall. Dzk leur a payé 2 000 DM (7 000 F) et a promis de leur payer le reste plus tard.

Leurs condi­tions de vie sont très mau­vai­ses. Trois Portugais vivent dans des conte­neurs avec des fenêtres en plas­ti­que. Ils tra­vaillent 6 jours par semaine, 15 heures par jour. Dzk emploie des ouvriers por­tu­gais, bri­tan­ni­ques et turcs, et les paie 20 DM de l’heure (70 F). Ils n’ont pas été payés depuis la mi-juillet. Dzk sou­tient que ce n’est pas son pro­blème, mais celui du sous-trai­tant por­tu­gais, res­pon­sa­ble des paie­ments, lequel a fait faillite. Dzk a fini par payer.

3. Ouvriers d’Italie

- « Des ouvriers du bâtiment ita­liens blo­quent une grue » (Tageszeitung - 7 mai 1994)

Des ouvriers ita­liens ont bloqué une grue à Pankov, Berlin, pour réc­lamer le paie­ment de leurs salai­res. Deux ouvriers ont menacé de sauter du haut de la grue. Des diplo­ma­tes ita­liens ont joué les méd­iateurs.

4. Ouvriers bri­tan­ni­ques et irlan­dais

- « Des ouvriers ont bloqué les grues » (Der Tagesspiegel - 10 mai 1994)

Deux grues ont été blo­quées par des ouvriers anglais. Ils deman­daient le paie­ment de leurs salai­res, ce que la prin­ci­pale entre­prise leur a garanti ; ils ont alors cessé leur action.

- « Des mil­liers d’ouvriers du bâtiment anglais et irlan­dais à Berlin. Des agen­ces d’intérim inter­lo­pes rem­plis­sent leurs poches » (Berliner Zeitung - 28 juin 1994)

Il y a plus de 6 000 Britanniques et Irlandais dans le bâtiment à Berlin. La plu­part embau­chés par des agen­ces hol­lan­dai­ses. Des ouvriers n’ont pas été payés. On doit 6 000 DM (20 000 F) à un des ouvriers. Son patron, sous-trai­tant, a dis­paru avec 100 000 DM (350 000 F) en espèces des­tinés au paie­ment des salai­res et les permis de tra­vail. Les ouvriers bri­tan­ni­ques et irlan­dais sont venus là parce que les salai­res sont meilleurs. Mais ils doi­vent tra­vailler 60-70 heures par semaine. Beaucoup n’ont pas de permis de tra­vail ou sont à leur compte, sous l’auto­rité de sous-trai­tants ou d’autres indép­endants qui s’assoient sur les lois alle­man­des du tra­vail. Les agen­ces d’intérim se font de l’argent en pui­sant des deux côtés, dans la poche des patrons qui uti­li­sent les ouvriers, et dans celle des ouvriers qui ver­sent des « com­mis­sions » pro­por­tion­nel­les à leur salaire. La plu­part de ces agen­ces œuvrent en toute illé­galité et/ou ne paient pas les salai­res. Bien des ouvriers sont lâchés sans argent et essaient de sur­vi­vre comme ils le peu­vent. Les uns tra­vaillent sans permis. Beaucoup vivent dans leur voi­ture ou dans les « hôtels à cafards » pour 100 DM ou plus (350 F) par semaine. Chaque mois, cent à deux cents d’entre eux se poin­tent au consu­lat bri­tan­ni­que sans argent pour un billet de retour en Grande-Bretagne ou en Irlande.

- « De plus en plus d’ouvriers bri­tan­ni­ques tra­vaillent en toute illé­galité sur les chan­tiers de cons­truc­tion alle­mands » (Frankfurter Rundchau - 10 août 1994)

Les agen­ces hol­lan­dai­ses louent illé­ga­lement des ouvriers bri­tan­ni­ques à des entre­pri­ses alle­man­des. Environ cin­quante mille à soixante mille ouvriers bri­tan­ni­ques tra­vaillent en Allemagne. Les entre­pri­ses alle­man­des paient aux agen­ces 45 DM (150 F) au lieu de 65 DM (200 F) pour les ouvriers alle­mands. L’agence en garde la moitié et verse de 20 à 25 DM (70 à 85 F) aux ouvriers. Les auto­rités alle­man­des envi­sa­gent des contrôles sur les chan­tiers pour enrayer le tra­vail illégal.

- « Les cam­peurs ouvriers immi­grés » (Tageszeitung - 13 août 1994)

Deux cents immi­grés irlan­dais cam­pent avec leur famille dans 75 cara­va­nes dans un par­king de Zelheudorf, au sud de Berlin. Ils tra­vaillent sur les chan­tiers de cons­truc­tion de Berlin et du Brandebourg. Les auto­rités loca­les veu­lent le départ de ceux qu’ils dén­omment « squat­ters illégaux ». Les ouvriers immi­grés deman­dent le mini­mum de faci­lités sani­tai­res en offrant de payer pour, ce que refu­sent les auto­rités qui cher­chent leur expul­sion. Elles leur ont lancé un ulti­ma­tum, car elles veu­lent récupérer le ter­rain pour le vendre à une société qui veut y cons­truire un motel. Les cam­peurs ont fini par déc­amper.

5. Ouvriers alle­mands

- « Des semai­nes sans salaire : la grue blo­quée » (Berliner Zeitung - 14 juin 1994)

L’entre­prise Pape n’a pas versé un cen­time à ses ouvriers depuis des semai­nes. Ceux-ci ont grimpé sur la grue au chan­tier de Marzhan (Berlin) et dis­tri­bué des tracts pour exiger le paie­ment de leurs salai­res.

- « Des ouvriers du bâtiment pro­tes­tent » (Berliner Zeitung - 5 sep­tem­bre 1994)

Le syn­di­cat des ouvriers du bâtiment (IGBSE) menace de lancer une grève si l’indem­nité pour intempéries est sup­primée. Manifestations et ral­lyes se sont déroulés dans trois cents villes. La mesure doit pren­dre effet au 1er jan­vier 1996. La mani­fes­ta­tion de Berlin réunit 1 700 ouvriers. Le diri­geant syn­di­cal Kbelle demanda qu’aux pro­chai­nes élections les ouvriers votent pour les can­di­dats optant pour le main­tien de ces primes.

6. Ouvriers de l’Est européen

- « Journaliers de l’Est Européen » (Berliner Zeitung - 28 août 1994)

Article sur les jour­na­liers dans les gran­des villes alle­man­des. La plu­part sont Polonais et, ces der­niers mois, venus de l’ex-URSS et de Roumanie. La plu­part entrent comme tou­ris­tes. Ils atten­dent au coin des rues jusqu’à ce qu’une entre­prise ou un par­ti­cu­lier les embau­che. Ils gagnent 7 à 15 DM de l’heure (de 25 à 50 F). Ils peu­vent se faire ainsi 1 000 DM par mois (3 500 F), beau­coup plus que ce qu’ils pour­raient gagner dans leur pays.

7. Informations géné­rales

- « Boom sur le tra­vail illégal dans le bâtiment » (Neues Deutschland - 8 juin 1994)

Le vice-pré­sident du syn­di­cat du bâtiment (GIBSE) estime à 500 000 les ouvriers illégaux dans le bâtiment. Sur 300 000 entre­pri­ses contrôlées l’an passé, 24 % des ouvriers étaient illégaux.

- « Conflits sur les chan­tiers de Berlin » (Tageszeitung - 27 juillet 1994)

Les ouvriers du bâtiment non qua­li­fiés doi­vent être payés 16,50 DM (58 F) l’heure, selon le contrat col­lec­tif liant les employeurs et le syn­di­cat pour les ouvriers de l’Est, ceux de l’Ouest devant gagner 19,50 DM (68 F). Les Portugais, Espagnols et Italiens du Sud de leur pays gagnent entre 6 et 10 DM (21 et 34 F), les ouvriers bri­tan­ni­ques 15 DM (50 F) , mais les Russes, Polonais et Ukrainiens 5 DM (17 F). Les boîtes d’intérim don­nent aux Allemands 35 F.

Il y a des conflits sur les chan­tiers dus à la pres­sion des caden­ces de tra­vail et du taux élevé d’acci­dents en rés­ultant. Une autre source de conflits touche les niveaux différents de salai­res. Les patrons obli­gent les ouvriers ayant des pas­se­ports alle­mands à accep­ter des salai­res plus bas ou de se voir rem­pla­cer par des immi­grés.

- « Boom, mais pas de nou­veaux emplois » (Berliner Zeitung - 10 sep­tem­bre 1994)

Dans le bâtiment, on trouve différ­entes condi­tions d’emploi :

1) Il existe des contrats légaux entre les auto­rités alle­man­des et des entre­pri­ses de l’Europe de l’Est, mais le nombre d’ouvriers en béné­ficiant a chuté de 70 000 il y a deux ans à 35 000 l’an passé.

2) Beaucoup d’ouvriers sont employés illé­ga­lement sur les plus grands chan­tiers, pour quel­ques heures ou quel­ques jours. Ils gagnent entre 5 et 6 DM de l’heure (17 et 21 F). 3) Des ouvriers des autres pays de la Communauté Européenne sont le plus sou­vent « à leur compte », recrutés par des offi­ci­nes néerl­and­aises. L’ouvrier étr­anger est moins payé, contraint de tra­vailler de lon­gues heures et d’enfrein­dre les règles alle­man­des de sécurité. Bien que le bâtiment soit en plein boom à Berlin-Brandebourg et que les entre­pri­ses du bâtiment connais­sent un turn over impor­tant, le chômage dans ce sec­teur s’accroît tou­jours.

- « La situa­tion des ouvriers du bâtiment en Allemagne » (Leipziger Volkszeitung - 17 sep­tem­bre 1994)

Quiconque est embau­ché en tant qu’ouvrier étr­anger par une agence ou direc­te­ment par une entre­prise, son salaire moyen est entre 5 et 10 DM (17 et 34 F). C’est le com­merce moderne des escla­ves. Environ 500 000 ouvriers étr­angers du bâtiment sont en Allemagne en regard de 1 400 000 ouvriers alle­mands de cette bran­che. Leurs salai­res sont plus élevés que dans leur pays, mais ils sont dure­ment exploités et les gran­des entre­pri­ses en reti­rent tout le profit.

De nou­vel­les règles de la Communauté Européenne devraient garan­tir à chacun salai­res et condi­tions accordés à tous dans le pays où ils tra­vaillent. Cela chan­ge­rait peut-être la situa­tion, mais la loi est sou­vent bien loin de la réalité.


* Extrait de tracts et ana­ly­ses publiés par T.I.M., c/o Sisina, Postfach 360 527 - 10.975 Berlin et repro­duits dans Collective Action Notes n° 7-1995.

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