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Chez PSA à Aulnay : des questions pour une grève

publié le mercredi 18 avril 2007

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Quelque 500 ouvriers de l’usine PSA d’Aulnay-sous-Bois (Seine-Saint-Denis) ont fait grève pendant six semaines. Mais ils sont restés isolés, et leur mouvement n’a connu aucune extension.

Ce texte est paru dans Echanges 120 (printemps 2007).

Le 28 février, les ouvriers de Magnetto, le sec­teur Presses-Emboutissage devenu depuis 2004 un sous-trai­tant de l’usine Peugeot-PSA d’Aulnay-sous-Bois (ban­lieue nord-est de Paris, autre­fois très indus­trielle) tra­vaillant comme sou­vent aujourd’hui sur le site même de l’usine mère, obtien­nent après cinq jours de grève - sous la pres­sion de PSA qui craint aussi la para­ly­sie de son site espa­gnol dép­endant de pièces embou­ties à Aulnay - une aug­men­ta­tion men­suelle de 100 euros net. Le même jour, cer­tains syn­di­cats de PSA signent un accord avec la direc­tion de PSA pour une aug­men­ta­tion de 1,6 % soit 26 euros men­suels.

Cette coïn­cid­ence décl­enche une grève qui ne touche pas la tota­lité de l’usine (près de 5 000 tra­vailleurs) : 400 à 500 ouvriers débraient, à l’appel de cer­tains syn­di­cats (CGT, dont la sec­tion de l’usine est aux mains de Lutte ouvrière, et Solidaires [Sud]) en reven­di­quant pour 300 euros (1 525 euros net men­suels à l’embau­che), le départ en pré­retr­aite à 55 ans (600 tra­vailleurs) et l’embau­che ferme des inté­rim­aires (700 ouvriers). Un comité de grève est cons­ti­tué avec la par­ti­ci­pa­tion de l’ensem­ble des syn­di­cats ouvriers. C’est lui qui orga­nise diver­ses mani­fes­ta­tions tra­di­tion­nel­les (regrou­pe­ment devant le siège social de PSA ou défilé, samedi 24 mars, à Paris, rendez-vous avec le préfet de Seine-Saint-Denis...) et la soli­da­rité (1). Les ten­ta­ti­ves d’étendre la grève dans les autres usines PSA, si elles mon­trent les formes habi­tuel­les de soli­da­rité en paro­les et finan­cières, n’entraînent pas une soli­da­rité active par la grève. Un seul sous-trai­tant d’Aulnay se met en grève pour obte­nir les mêmes conces­sions que Magnetto (Lear, assem­bleur de sièges pour les Citroën C2 et C3). Mardi 10 avril, les grév­istes ont voté en assem­blée géné­rale la fin de leur mou­ve­ment, en signant un accord de fin de conflit,

La grève n’était pas une grève bou­chon : les chaînes de mon­tage ont conti­nué de tour­ner, mais avec une pro­duc­tion réd­uite ; pour briser la grève, PSA embau­che des inté­rim­aires (ce qui lui a été inter­dit par un juge­ment [2]) et a fait venir des ouvriers sûrs des autres usines franç­aises moyen­nant une prime de 750 euros par semaine. En fait, après plus d’un mois de grève, la direc­tion, refu­sant toute conces­sion impor­tante, semble comp­ter sur le pour­ris­se­ment du conflit.

En mars 2005, après douze jours d’une grève motivée par la réd­uction de la paie qu’entraînait la mul­ti­pli­ca­tion des jours de chômage tech­ni­que, la direc­tion de la même usine avait accepté de payer à 100 % ces jours « chômés » et, de plus, le paie­ment des jours de grève. Pourtant, la grève n’avait guère plus mobi­lisé que le même noyau de tra­vailleurs et ne s’était pas plus étendue aux autres usines du groupe. Si la grève actuelle avait dû s’étendre, dans l’usine d’Aulnay et dans les autres usines du groupe (notam­ment Rennes en Bretagne et Sochaux dans l’Est) où les tra­vailleurs connais­sent des pro­blèmes iden­ti­ques, ce ne sont pas les manœuvres de la direc­tion qui auraient pu pré­venir une exten­sion qui n’aurait pas été alors seu­le­ment un mou­ve­ment de soli­da­rité, mais une grève pour les mêmes reven­di­ca­tions. On peut dès lors se poser quel­ques ques­tions :

- la situa­tion du marché auto­mo­bile est-elle en France si morose que PSA pou­vait lais­ser courir, puis­que la réd­uction de pro­duc­tion n’est pas un drame (3) et que de plus, comme toute mul­ti­na­tio­nale possédant des usines par­tout dans le monde, le groupe a pu com­pen­ser sur le marché cette réd­uction de pro­duc­tion sans que cela per­turbe ses pro­fits (ce qui n’aurait pas été le cas en 2005) ?

- la grève n’a-t-elle pas été décl­enchée trop vite, sous la pres­sion du succès de Magnetto, mais avec un noyau au départ certes impor­tant de 500 grév­istes mais qui n’a jamais évolué en cinq semai­nes de conflit ? Grévistes et non-grév­istes enca­drés mili­tai­re­ment sur le ter­rain occupé par une direc­tion omni­prés­ente, qui a bien senti tout l’intérêt de pous­ser les grév­istes hors du site dès les pre­miers jours du conflit ; grév­istes tout occupés ensuite à tenter en vain de géné­ra­liser la grève à d’autres usines ?

- la pér­iode élec­to­rale peut-elle expli­quer, en partie tout au moins, le lan­ce­ment syn­di­cal de la grève ? De toute façon, même si cela n’a pas joué ce rôle dans le décl­enc­hement du conflit, elle a servi de « vitrine sociale » à tous les can­di­dats de gauche et d’extrême gauche qui sont venus, à grand ren­fort de méd­ia­ti­sation, appor­ter un « sou­tien » de bonnes paro­les savam­ment orches­tré.

Etant donné les pro­mes­ses lar­ge­ment et gra­tui­te­ment dis­tri­buées par pra­ti­que­ment tous les can­di­dats pour un relè­vement sub­stan­tiel du salaire mini­mum, les rés­ist­ances patro­na­les ne sont-elles pas com­mandées par l’intérêt général du capi­tal en France : des conces­sions rela­ti­ve­ment impor­tan­tes sur les seuls salai­res, précisément dans une telle pér­iode de suren­chères, ne ris­quaient-elles pas de décl­encher un mou­ve­ment de plus grande ampleur ?

Selon les propos d’un délégué CGT rap­porté par Libération du 11 avril, « on a glané cinq jours de grève payés, aucune sanc­tion, 50 % de prime trans­port et un salaire aux inté­rim­aires le 1er du mois au lieu du 15... Mais on a cons­truit un truc unique, six semai­nes de grève dans une boîte privée pour des salai­res, c’est du jamais vu depuis près de vingt ans. » Nous revien­drons sur ce mou­ve­ment et ses ambi­guïtés dans le pro­chain bul­le­tin.

Notes

(1) Caisse de grève, gala de sou­tien le 14 avril. On a trouvé un blog sur Internet : http://gre­viste-psa.neuf­blog.com/gr...

(2) PSA Peugeot-Citroën a été condamné lundi 26 mars en référé par le tri­bu­nal de grande ins­tance de Bobigny pour l’emploi de 50 inté­rim­aires (sur 630 contrats contestés) à Aulnay. L’entre­prise risque une amende de 5 000 euros par infrac­tion cons­tatée et doit payer une amende de 1 500 euros aux syn­di­cats qui l’ont assi­gnée (CGT, SUD, Unsa et CFDT). Le tri­bu­nal repro­che à PSA d’avoir recruté ces inté­rim­aires pour rem­pla­cer des sala­riés en grève ; les 580 autres contrats d’intérim ont été validés, le tri­bu­nal esti­mant qu’ils ont bien été embau­chés pour rem­pla­cer des sala­riés non grév­istes, absents ou mala­des.

(3) En près d’un mois de grève, ce sont plus de 9 000 Citroën C2 et C3 qui n’ont pas été pro­dui­tes, indi­que Le Figaro du 27 avril.

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