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Débat : avec qui peut-on s’allier pour combattre l’islamisme ?

publié par Yves, le mercredi 21 mars 2007

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Introduction

Les quatre let­tres échangées entre Martin Thomas, Maryam Namazie et Arashe Sorkh montre que les mêmes pro­blèmes se posent en Grande-Bretagne et en France quant aux limi­tes des allian­ces sou­hai­ta­bles dans la lutte pour la laïcité et l’athé­isme, d’un côté, contre l’islam poli­ti­que, de l’autre.

Bien sûr, le débat n’est qu’ébauché par ces contri­bu­tions écrites dans un lan­gage un peu trop codi­fié et sché­ma­tique et la dis­cus­sion deman­de­rait à être appro­fon­die. Mais, même avec ses limi­tes, ce débat est plus intér­essant que le faux choix entre « isla­mo­pho­bie » (réelle ou ima­gi­naire) et « isla­mo­gau­chisme » (énième ver­sion du tiers­mon­disme sta­li­nien) que l’on nous pro­pose en France, alter­na­tive qui exclut tout point de vue tenant compte des intérêts des tra­vailleurs et de la lutte de classe.

Martin Thomas (de l’AWL, groupe "trots­kyste" anglais) cri­ti­que les allian­ces poli­ti­ques dou­teu­ses conclues par le PCOI (Parti com­mu­niste ouvrier d’Iran), et notam­ment la signa­ture du « Manifeste des Douze » sou­tenu, entre autres en France, par Antoine Sfeir (le très conser­va­teur direc­teur des Cahiers de l’Orient), Bernard Henri-Lévy (on se sou­vien­dra de son repor­tage sur l’armée israéli­enne paru dans Le Monde en été 2006 où ce grand huma­niste dis­cu­tait litté­ra­ture et phi­lo­so­phie avec des mili­tai­res israéliens qui orga­ni­saient tran­quille­ment, sur leurs ordi­na­teurs, et tout en pour­sui­vant leur conver­sa­tion éthérée, les bom­bar­de­ments « chi­rur­gi­caux » de civils liba­nais), Philippe Val (le direc­teur de Charlie Hebdo) et Caroline Fourest (une mili­tante anti­ra­ciste et fémin­iste, ten­dance réf­orm­iste sympa) aux côtés des écrivains Taslima Nasreen et Salman Rushdie. Rappelons que le PCOI avait par­ti­cipé à un mee­ting en 2005 aux côtés d’Yvette Roudy (PS) et Corine Lepage (la nou­velle grou­pie de Bayrou) pour sou­te­nir la loi contre les « signes reli­gieux osten­si­bles » et plus réc­emment à Montreuil à une « ren­contre laïque inter­na­tio­nale », les 10-11 février 2007 avec Jean-Pierre Brard, maire PCF de Montreuil, Marc Dolez (député PS, ten­dance démago), Caroline Fourest, l’UFAL et la Gauche répub­lic­aine, laïque et sociale (à propos de la prose dou­teuse de ces deux der­niers grou­pes, on lira « “Caids” du 9-3, “isla­mis­tes” de huit ans et mos­quées « clan­des­ti­nes » : laïcité et athé­isme riment par­fois avec racisme »

Ni patrie ni fron­tières

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Lettre de Martin Thomas (AWL) à Maryam Namazie (PCOI) 5 mars 2006

Chère Maryam,

Les orga­ni­sa­teurs de la Marche pour la liberté d’expres­sion (contre l’islam poli­ti­que) prévue le 25 mars 2006 ont annoncé que tu sou­te­nais leur ini­tia­tive - aux côtés de la Freedom Association, mou­ve­ment d’extrême droite connu pour avoir tenté de briser la grève de Grunwick en 1977. Il se peut que tu igno­res ce fait, et que les orga­ni­sa­teurs de cette marche t’aient convaincu de les sou­te­nir suite à de faus­ses déc­la­rations de leur part ou à un malen­tendu. Quoi qu’il en soit, nous t’invi­tons à te reti­rer de cette ini­tia­tive. Nous ne devons pas lais­ser les sbires de la bour­geoi­sie s’acca­pa­rer la cause de « la liberté d’expres­sion », ni entraîner der­rière eux des mili­tants de gauche.

La classe ouvrière doit bien sûr com­bat­tre pour la liberté - y com­pris contre la menace de l’islam poli­ti­que. Mais nous ne pou­vons pas com­bat­tre pour les libertés de la classe ouvrière en col­la­bo­rant avec la Freedom Association ! L’ennemi de notre ennemi n’est pas néc­ess­ai­rement notre ami. Le genre de libertés que défend la Freedom Association ce sont, avant tout d’abord, l’éco­nomie de marché, la liberté d’entre­prise, la liberté d’exploi­ter, la « liberté » des ouvriers de ne pas appar­te­nir à une orga­ni­sa­tion syn­di­cale et de ne pas faire preuve de soli­da­rité de classe, et un natio­na­lisme fana­ti­que, dis­si­mulé sous la « liberté » de la « Grande-Bretagne » de ne pas être sou­mise à l’« Europe ».

Cette concep­tion est diamét­ra­lement opposée à la liberté de la classe ouvrière de s’orga­ni­ser pour s’éman­ciper de l’escla­vage sala­rié et des rava­ges de l’« éco­nomie de marché ». Si la Freedom Association et ses amis vien­nent nous pro­po­ser de com­bat­tre ensem­ble pour la « liberté », et même si - à pre­mière vue - nous parais­sons être d’accord sur un pro­blème immédiat - par exem­ple, le fait que la presse devrait pou­voir railler et cri­ti­quer libre­ment Mahomet, tout comme d’autres per­son­na­ges reli­gieux -, même dans un tel cas, nous devons nous inter­ro­ger sur les moti­va­tions pro­fon­des et les objec­tifs essen­tiels de ces indi­vi­dus-là. Nous ne pou­vons pas uni­que­ment tenir compte des slo­gans ou des reven­di­ca­tions imméd­iates qu’ils met­tent en avant pour favo­ri­ser leurs objec­tifs à long terme.

S’allier avec des grou­pes comme la Freedom Association, sur la base pure­ment néga­tive de notre oppo­si­tion à l’islam poli­ti­que, est aussi sui­ci­daire que de s’allier à George Bush contre le pré­sident ira­nien Ahmedinejad, ou vice versa. Peu importe que le pré­sident ira­nien soit capa­ble d’écrire un texte contre Bush dont nous pour­rions éventu­el­lement, d’un point de vue formel, approu­ver chaque mot. Et peu importe que Bush puisse rédiger un dis­cours contre Ahmedinejad qui, sur le papier, ne contien­drait que des vérités : nous ne sou­tien­drons ni l’un ni l’autre, parce que nous savons que, der­rière les mots de ces deux poli­ti­ciens se cachent des enne­mis de la classe ouvrière.

Cette atti­tude serait aussi sui­ci­daire que celle des socia­lis­tes qui, durant la guerre froide, furent poussés par leur hor­reur du sta­li­nisme à « choi­sir l’Occident » et à servir le libé­ral­isme bour­geois ou, pire, l’aile droite des mac­car­thysme [aux Etats-Unis].

Mais il y a éga­lement un autre pro­blème. Les com­mu­nautés musul­ma­nes en Europe souf­frent du racisme. Notre soli­da­rité contre le racisme avec les musul­mans, ou avec ceux qui ont eu une édu­cation musul­mane, ne devrait pas (et ne doit) pas nous empêcher de com­bat­tre l’islam poli­ti­que. En effet, ce sont des musul­mans ou des gens de culture musul­mane qui souf­frent le plus de l’islam poli­ti­que.

En même temps, notre combat contre l’islam poli­ti­que ne doit pas dimi­nuer notre soli­da­rité contre le racisme avec les musul­mans, en tant qu’indi­vi­dus. Toute alliance avec la Freedom Association et leurs amis est néf­aste, sur ce plan-là aussi. La Freedom Association s’oppose à l’islam - mais elle le fait au nom des « valeurs » chréti­ennes qu’elle considère appro­priées en « Grande-Bretagne ». Parmi cer­tains orga­ni­sa­teurs de la Marche du 25 mars on trouve les ani­ma­teurs d’un site Web, The Gates of Vienna (Les Portes de Vienne), qui évoque la mém­oire des guer­res laïques entre la chrétienté et l’islam qui abou­ti­rent au siège de Vienne par les Turcs en 1683.

Si elle n’est pas aussi enragée que le British National Party, orga­ni­sa­tion fas­ciste, qui s’est servi des cari­ca­tu­res danoi­ses pour pro­mou­voir son oppo­si­tion glo­bale à l’immi­gra­tion, la Freedom Association et ses alliés sont cer­tai­ne­ment réacti­onn­aires. Ils seront vos pires enne­mis dans les batailles que vous mènerez pour les droits des réfugiés ira­niens et ira­kiens, musul­mans ou pas, en Europe.

On ne peut com­bat­tre l’islam poli­ti­que cor­rec­te­ment en s’alliant à des grou­pes comme la Freedom Association. Nous devons com­bat­tre l’islam poli­ti­que comme les marxis­tes ont com­battu le sta­li­nisme - sur la base de leurs prin­ci­pes, en s’appuyant sur la classe ouvrière, sur la base d’un « troi­sième camp ». Nous pou­vons nous unir à d’autres forces de la classe ouvrière sur des ques­tions par­ti­cu­lières tout en étant en dés­accord avec elles sur d’autres points - mais ce avec des forces de classe ouvrière, ou au moins des forces qui lui sont étr­oi­tement liées, ou lui sont favo­ra­bles. De plus, cela doit se faire seu­le­ment quand l’accord sur une ques­tion par­ti­cu­lière a un véri­table contenu, et ne se réduit pas à des conver­gen­ces sym­bo­li­ques, au niveau des mots, qui cachent des moti­va­tions radi­ca­le­ment différ­entes. Ce pro­blème se pose éga­lement avec le mani­feste que vous avez réc­emment signé avec Salman Rushdie et d’autres.

Dénonçant « le nou­veau tota­li­ta­risme » de l’islam poli­ti­que, ce texte lance « un appel aux démoc­rates et aux esprits libres de tous les pays pour que notre siècle soit celui de la lumière et non de l’obs­cu­ran­tisme » [pour plus de clarté nous avons repro­duit le « Manifeste des Douze » à la fin de cet arti­cle, NPNF].

Nous ne pou­vons qu’approu­ver ces mots cou­chés sur le papier. Mais le combat pour « la lumière et la démoc­ratie » peut-il être effi­ca­ce­ment mené au moyen d’une alliance entre tous les « démoc­rates et les esprits libres » de toutes les clas­ses ? Peut-on séparer ce combat des ques­tions intér­essant les tra­vailleurs, de la lutte de classe, et de la pro­tec­tion sociale contre l’éco­nomie de marché ? Ou ce combat ne peut-il être cou­ronné de succès qu’en le reliant à la lutte géné­rale de la classe ouvrière pour son éman­ci­pation ?

Les douze pre­miers signa­tai­res du Manifeste com­pren­nent plu­sieurs per­son­na­ges de droite - certes moins à droite que la Freedom Association, mais en tout cas clai­re­ment étr­angers au mou­ve­ment ouvrier. Bernard-Henri Lévy, par exem­ple. Une note du mani­feste le prés­ente comme un « phi­lo­so­phe français... engagé contre tous les “ismes” (fas­cisme, antisé­mit­isme, tota­li­ta­risme, ter­ro­risme) du XXe siècle ». Contre ces « -ismes », mais pour quels autres ? Bernard Henri-Lévy est devenu célèbre, dans les années 70, quand il a rejeté son maoïsme de jeu­nesse pour atta­quer les « ismes » du... socia­lisme, du com­mu­nisme et du marxisme.

Nous avons cri­ti­qué tes ex-cama­ra­des du Parti com­mu­niste-ouvrier d’Irak pour leur projet de Congrès ira­kien des libertés qui prétend lancer un mou­ve­ment en dehors de toute allége­ance de classe pour obte­nir « pen­dant six mois » un régime démoc­ra­tique, mais neutre, en Irak afin que le com­mu­nisme- ouvrier puisse ensuite triom­pher en Irak. La poli­ti­que, selon nous, ne peut jamais être coupée de la lutte de classe. Mais le Congrès ira­kien des libertés, au moins, n’impli­que pour le moment aucune alliance ou com­pli­cité réelle avec des forces poli­ti­ques bour­geoi­ses ou de droite : ce n’est en fait (ce qui ne la jus­ti­fie pas pour autant) rien d’autre qu’une orga­ni­sa­tion de masse déguisée du PCOI. Toi et tes cama­ra­des avez cri­ti­qué le Congrès ira­kien des libertés. Mais une coa­li­tion poli­ti­que avec des indi­vi­dus comme Bernard-Henri Lévy - ou, pire, avec la Freedom Association et les "Portes de Vienne" (The Gates of Vienna) - est beau­coup plus néf­aste. Amicalement Martin Thomas (AWL)

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ANNEXE

LE MANIFESTE DES DOUZE : "ENSEMBLE CONTRE LE NOUVEAU TOTALITARISME"

Après avoir vaincu le fas­cisme, le nazisme, et le sta­li­nisme, le monde fait face à une nou­velle menace glo­bale de type tota­li­taire : l’isla­misme. Nous, écrivains, jour­na­lis­tes, intel­lec­tuels, appe­lons à la rés­ist­ance au tota­li­ta­risme reli­gieux et à la pro­mo­tion de la liberté, de l’égalité des chan­ces et de la laïcité pour tous. Les évè­nements récents, sur­ve­nus suite à la publi­ca­tion de des­sins sur Mahomet dans des jour­naux européens, ont mis en évid­ence la néc­essité de la lutte pour ces valeurs uni­ver­sel­les. Cette lutte ne se gagnera pas par les armes, mais sur le ter­rain des idées. Il ne s’agit pas d’un choc des civi­li­sa­tions ou d’un anta­go­nisme Occident/Orient, mais d’une lutte glo­bale qui oppose les démoc­rates aux thé­oc­rates.

Comme tous les tota­li­ta­ris­mes, l’isla­misme se nour­rit de la peur et de la frus­tra­tion. Les pré­di­cateurs de haine misent sur ces sen­ti­ments pour former les bataillons grâce aux­quels ils impo­se­ront un monde liber­ti­cide et iné­ga­lit­aire. Mais nous le disons haut et fort : rien, pas même le dés­espoir, ne jus­ti­fie de choi­sir l’obs­cu­ran­tisme, le tota­li­ta­risme et la haine. L’isla­misme est une idéo­logie réacti­onn­aire qui tue l’égalité, la liberté et la laïcité par­tout où il passe. Son succès ne peut abou­tir qu’à un monde d’injus­ti­ces et de domi­na­tion : celle des hommes sur les femmes et celles des intégr­istes sur les autres. Nous devons au contraire assu­rer l’accès aux droits uni­ver­sels aux popu­la­tions opprimées ou dis­cri­minées.

Nous refu­sons le « rela­ti­visme cultu­rel » consis­tant à accep­ter que les hommes et les femmes de culture musul­mane soient privés du droit à l’égalité, à la liberté et à la laïcité au nom du res­pect des cultu­res et des tra­di­tions. Nous refu­sons de renon­cer à l’esprit cri­ti­que par peur d’encou­ra­ger l’ « isla­mo­pho­bie », concept mal­heu­reux qui confond cri­ti­que de l’islam en tant que reli­gion et stig­ma­ti­sa­tion des croyants. Nous plai­dons pour l’uni­ver­sa­li­sa­tion de la liberté d’expres­sion, afin que l’esprit cri­ti­que puisse s’exer­cer sur tous les conti­nents, envers tous les abus et tous les dogmes. Nous lançons un appel aux démoc­rates et aux esprits libres de tous les pays pour que notre siècle soit celui de la lumière et non de l’obs­cu­ran­tisme. Ayaan Hirsi Ali, Chahla Chafiq, Caroline Fourest, Bernard-Henri Lévy, Irshad Manji, Mehdi Mozaffari, Maryam Namazie, Taslima Nasreen, Salman Rushdie, Antoine Sfeir, Philippe Val, Ibn Warraq

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Réponse de Maryam Namazie à Martin Thomas

(...) Je trouve tout à fait étonnant que l’on nous accuse de nous être alliés (!) à la droite, voire même de faire partie d’une coa­li­tion de droite parce que quel­ques mép­ri­sables orga­ni­sa­tions de droite ont éga­lement pu s’expri­mer lors de cette marche. Cette marche n’a pas été orga­nisée par la droite, elle avait un objec­tif très clair et de nom­breux ora­teurs de qua­lité. Selon votre logi­que, on peut aussi m’accu­ser de m’être allié avec Stephen Green de Christian Voice lors­que j’ai déb­attu avec lui de la reli­gion, ou de m’être allié au gou­ver­ne­ment parce que j’ai par­ti­cipé au pro­gramme de télé­vision de la BBC « Heaven and Earth ». Et peut-être aussi de m’être allié à la BBC - bien connue pour contri­buer à « fabri­quer le consen­sus »... Selon la même logi­que, je me serais allié avec les isla­mis­tes si j’avais pris la parole lors d’un ras­sem­ble­ment paci­fiste (ce que j’aurais fait si on m’y avait invité).

Cette posi­tion ne fait mal­heu­reu­se­ment que perpétuer l’impuis­sance de la gauche en lui don­nant l’excuse dont elle a besoin pour tour­ner le dos aux luttes poli­ti­ques qui se dér­oulent autour de ques­tions cru­cia­les concer­nant le destin de la société. Ces puris­tes pré­fèrent détaler en cou­rant et lais­ser le champ libre à la droite - même lors­que celle-ci n’est pas hégé­mo­nique ! Mes chers amis, la droite anti­grév­iste, réacti­onn­aire, est inca­pa­ble de déf­endre la liberté de parole et d’expres­sion car ces libertés ne peu­vent être déf­endues dans le vide.

Plutôt que d’inter­ve­nir pour déf­endre sans équi­voque ces libertés, vous pré­férez vous éloigner en cou­rant, évacuer la scène, invi­ter d’autres à imiter votre exem­ple en dénonçant tous ceux qui pren­nent la parole ou par­ti­ci­pent à cette Marche comme des alliés de la droite ! Pour excu­ser votre propre inac­tion, vous prés­entez les efforts d’autres grou­pes comme un coup de main à la droite !

Je considère qu’il est de mon devoir de com­bat­tre au pre­mier rang de la scène poli­ti­que et d’affron­ter d’autres ten­dan­ces et posi­tions poli­ti­ques par­tout où je peux. Naturellement, je m’adresse à ceux qui peu­vent encore s’appe­ler de gauche. Quant à ceux qui considèrent que la déf­ense des libertés et des droits uni­ver­sels est une forme de racisme contre les musul­mans, je ne peux que leur deman­der : puis­que vous parais­sez en savoir beau­coup plus que moi sur les allian­ces avec la droite, dites-moi donc ce que représ­ente l’islam poli­ti­que ?

Maryam Namazie

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Lettre d’Arashe Sorkh à Martin Thomas

Je suis com­plè­tement d’accord avec toi au sujet de la Freedom Association. (...) Même en lais­sant de côté le passé de droite et dou­teux de la Freedom Association, il était pré­vi­sible qu’une oppo­si­tion de droite sur­gi­rait éga­lement à l’occa­sion des cari­ca­tu­res de Mahomet, et que nous devrions affron­ter ces gens-là autant que les isla­mis­tes. En fait, ces deux cou­rants déf­endent des posi­tions iden­ti­ques. Ils considèrent tous deux que les « valeurs isla­mi­ques » sont les valeurs des musul­mans - les uns pour en faire l’éloge et les impo­ser à leurs conci­toyens, et les autres pour dém­ontrer qu’il exis­te­rait un (absurde) « conflit de civi­li­sa­tions » et donc pour aug­men­ter la haine contre les musul­mans inno­cents dans le monde entier. La Freedom Association fait partie de cette der­nière caté­gorie de gens.

Au sujet du Manifeste des douze contre le nou­veau tota­li­ta­risme, (...) il est vrai que cer­tai­nes phra­ses rap­pel­lent un peu la guerre froide et Maryam elle-même l’a sou­li­gné. (...) Mais l’âme du Manifeste, son appel, et sur­tout le fait que Maryam (en tant que com­mu­niste) l’ait signé sont-ils des éléments posi­tifs ou pas ? (...) Je pense que la posi­tion du mani­feste est fon­da­men­tale sur une ques­tion (...) et il ne s’agit pas de la liberté d’expres­sion. Je crois que le combat au sujet des cari­ca­tu­res de Muhammad ne concer­nait pas la liberté d’expres­sion. (...). L’aspect fon­da­men­tal était ce nou­veau racisme qui conquiert le monde au nom "du rela­ti­visme cultu­rel". Des diri­geants occi­den­taux qui ont présenté des excu­ses en raison des cari­ca­tu­res, aux poli­ti­ciens de droite qui évoquent la thèse du « conflit des civi­li­sa­tions » et qui ont exigé que cer­tains "musul­mans" soient expulsés parce qu’ils ne peu­vent pas "tolérer" des valeurs "occi­den­ta­les", tous par­taient du même prés­upposé : que les valeurs laïques et uni­ver­sel­les sont réservées aux "Occidentaux", et les valeurs "isla­mi­ques" aux musul­mans !

C’est pour cela que ce mani­feste est impor­tant. Selon le Manifeste, il n’existe aucun conflit entre les civi­li­sa­tions ; le véri­table conflit se dér­oule entre, d’un côté, la liberté et, de l’autre, l’isla­misme dans le monde musul­man lui-même. Le Manifeste pré­cise que les vic­ti­mes de ce conflit sont les "musul­mans" eux-mêmes. Une des caractér­is­tiques les plus impor­tan­tes du Manifeste est la liste de ses signa­tai­res. Dès qu’on y jette un coup d’œil, un fait très impor­tant saute aux yeux. La majo­rité des signa­tai­res font partie du « mil­liard et demi de musul­mans » sur cette planète. Ils pro­vien­nent la plu­part du temps de pays isla­mi­ques pau­vres et ce fait (qui a été sou­li­gné par les médias du monde entier) illus­tre par­fai­te­ment l’oppo­si­tion au rela­ti­visme cultu­rel. (...) La phrase prin­ci­pale de la déc­la­ration est : « Il ne s’agit pas d’un choc des civi­li­sa­tions ou d’un anta­go­nisme Occident - Orient », cette expres­sion est com­plè­tement « contre le cou­rant » et contre 99% des ana­ly­ses exis­tan­tes. Sans ce mani­feste, cette pers­pec­tive serait restée tota­le­ment inconnue (...).

Nous [mem­bres du PCOI] avons signé plu­sieurs mani­fes­tes et déc­la­rations, et natu­rel­le­ment cer­tains de ces textes ont été éga­lement signés par des réacti­onn­aires. Le fait que plu­sieurs per­son­nes met­tent leur nom au bas d’un même mani­feste ne signi­fie pas qu’elles soient d’accord sur tout. En réalité, de tels mani­fes­tes per­met­tent à des per­son­nes ayant des opi­nions différ­entes de se mettre d’accord sur une ques­tion com­mune. Pouvons-nous nous allier avec des "enne­mis de classe" afin de com­bat­tre pour la liberté, ou devons-nous com­bat­tre sous le dra­peau indép­endant de la classe ouvrière ? [demande Martin Thomas].

Je pense que le pro­blème est plus com­pli­qué. Comme tu le sais peut-être, Mansoor Hekmat, le fon­da­teur de notre parti et de notre cou­rant en Iran et en Irak, s’est battu pour que l’accep­ta­tion de notre pro­gramme ne soit plus une condi­tion pour adhérer à notre parti. En même temps il a sus­cité la création de plu­sieurs orga­ni­sa­tions pour déf­endre la liberté des femmes, les droits des réfugiés, etc. Tous, y com­pris nos "enne­mis de classe", étaient les bien­ve­nus dans ces orga­ni­sa­tions s’ils vou­laient lutter pour des droits spé­ci­fiques !

Nous avons aussi notre propre dra­peau indép­endant en tant que parti de la classe ouvrière et en der­nière ana­lyse (par­ti­cu­liè­rement dans le monde aujourd’hui) toutes ces libertés ne pour­ront jamais être réalisées à moins que le com­mu­nisme-ouvrier ne conquière le pou­voir. Mais est-il impos­si­ble d’orga­ni­ser une coa­li­tion avec des per­son­nes de différ­entes clas­ses pour des cam­pa­gnes spé­ci­fiques ? Non, je pense que c’est pos­si­ble. (...)

A propos de la Marche pour la "liberté d’expres­sion" je tiens à pré­ciser ce qui suit : 1. Il n’est pas juste d’affir­mer que cet évé­nement est orga­nisé par la Freedom Association. Ils en font partie mais à côté d’autres gens. Des mili­tants d’orien­ta­tions poli­ti­ques très différ­entes vont pren­dre la parole à ce ras­sem­ble­ment. Je ne pense pas que notre par­ti­ci­pa­tion impli­que la moin­dre soli­da­rité avec eux. 2. Le blog de Maryam Namazie a clai­re­ment exprimé son oppo­si­tion au BNP (British National Party) et à toutes les orga­ni­sa­tions favo­ra­bles à l’expul­sion des "musul­mans". 3. Je pense que par­ti­ci­per à ce ras­sem­ble­ment et y pro­non­cer un dis­cours est réel­lement une action très posi­tive ! 4. Tu as sou­levé une ques­tion impor­tante et je pense que nous devrions y faire plus atten­tion. Nous devrions écrire davan­tage à propos du "racisme contre la com­mu­nauté musul­mane". Ce genre de racisme existe (l’année der­nière, en tant que lycéen âgé de 17 ans et vivant en Angleterre, j’en ai moi-même fait l’expéri­ence) et nous devons y mettre fin. Arash Sorkh

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Réponse de Martin Thomas à Maryam Namazie

Chère Maryam, l’idée d’une Marche pour la liberté d’expres­sion à Trafalgar Square le 25 mars (ce n’était d’ailleurs pas une marche, mais un ras­sem­ble­ment sta­ti­que) a été lancée par Peter Risdon. Celui-ci se décrit comme "liber­ta­rien", ce qui dans ce contexte signi­fie un par­ti­san de l’éco­nomie de marché.

Afin de prés­enter son entre­prise comme indép­end­ante de toute "ten­dance poli­ti­que par­ti­cu­lière", Risdon a men­tionné le nom de Patrick Vidaud, un prét­endu "socia­liste". Mais la prés­ence de ce co-orga­ni­sa­teur est restée fan­to­ma­ti­que. La Freedom Association a été la pre­mière orga­ni­sa­tion à sou­te­nir l’entre­prise et à annon­cer qu’elle pren­drait la parole. Ce groupe s’est fait connaître en 1977 par ses ten­ta­ti­ves de briser la grève de Grunwick. Deux autres orga­ni­sa­tions ont par­ti­cipé au 25 mars : la Libertarian Alliance et « différ­entes sec­tions » de l’UKIP (United Kingdom Independence Party). Le ras­sem­ble­ment a été aussi sou­tenu par la National Secular Society et la British Humanist Association.

Cependant le blog de Peter Risdon (free­born­john.blog­spot.com), et les liens de ce blog comme The Gates of Vienna suggèrent qu’il a peut-être mis un masque « de gauche » uni­que­ment pour l’occa­sion. Même s’il a sou­li­gné dès le début que ce ras­sem­ble­ment ne devait pas être "anti-musul­man" et qu’il ne vou­lait pas de la prés­ence du BNP, il existe bien d’autres grou­pes de droite que le BNP ! Ton dis­cours, en soi, était très bien. Mais, selon nous, tu as eu tort de le pro­non­cer à cet endroit et au profit de cette opé­ration poli­ti­que-là.

« Nous mili­tons afin d’encou­ra­ger et de mobi­li­ser la classe ouvrière pour qu’elle forge et dével­oppe une iden­tité poli­ti­que et sociale indép­end­ante, qui lui soit propre. Les cam­pa­gnes des révo­luti­onn­aires et des forces de la classe ouvrière ne peu­vent, en aucun cas, être subor­données à des allian­ces qui lais­sent les partis bour­geois dicter et limi­ter les objec­tifs et les mét­hodes de ces cam­pa­gnes. »

Nous avons écrit ces lignes en octo­bre 2002 dans notre jour­nal Solidarity. Nous vou­lions à l’époque expli­quer pour­quoi nous étions opposés à ce que la Stop The War Coalition invite la Muslim Association of Britain (sec­tion bri­tan­ni­que des Frères musul­mans) comme co-orga­ni­sa­trice de la marche contre la guerre en Irak, le 28 sep­tem­bre 2002. Et nous pour­sui­vions : "la poli­ti­que d’extrême droite de la MAB ne fait que ren­for­cer un prin­cipe général, qui s’appli­que éga­lement aux partis libéraux bour­geois et non fas­cis­tes : aucun avant popu­laire ". Nous avons éga­lement pro­testé quand la Stop The War Coalition a permis à Charles Kennedy, des libéraux-démoc­rates, de s’adres­ser aux mani­fes­tants le 15 février 2003.

Le même prin­cipe s’appli­que aux actions menées contre l’islam poli­ti­que.

Une poli­ti­que ouvrière alter­na­tive contre Bush et Blair doit être aux anti­po­des de celle des isla­mis­tes ; donc, une alliance avec ces gens-là sur la base d’une simple dén­onc­iation de Bush et de Blair, ne contri­bue pas à ce que le mou­ve­ment pro­gresse vers l’indép­end­ance poli­ti­que de la classe ouvrière. De même, une poli­ti­que ouvrière alter­na­tive contre l’islam poli­ti­que est à mille lieues du natio­na­lisme bri­tan­ni­que, anti-ouvrier et anti­grév­iste de la Freedom Association ou de la Libertarian Alliance, au profil plus « intello », et dont le chef, et l’ora­teur au ras­sem­ble­ment du 25 mars, Sean Gabb, se prés­ente lui-même sur son site Web comme "un patriote liber­ta­rien et conser­va­teur".

Comme tu l’écris toi-même : « la droite anti­grév­iste, réacti­onn­aire, est inca­pa­ble de déf­endre la liberté de parole et d’expres­sion car ces libertés ne peu­vent être déf­endues dans le vide ». Participer aux entre­pri­ses poli­ti­ques de cette droite, ce n’est pas aider notre cause, c’est lui causer du tort.

Par contre, déb­attre publi­que­ment avec des gens de droite, appa­raître dans un pro­gramme de télé­vision de la BBC, c’est tout à fait différent. Dans ces cas-là, on ne conclut pas plus une alliance poli­ti­que avec des réacti­onn­aires ou des patrons de chaînes, que si l’on pre­nait le même train que le mil­liar­daire Richard Branson.

Si le 25 mars avait été un ras­sem­ble­ment de masse, et si vous aviez la pos­si­bi­lité d’y pren­dre la parole à la fois contre les isla­mis­tes et contre la « droite réacti­onn­aire et anti­grév­iste », alors vous auriez pu saisir l’occa­sion, de la même façon que vous pour­riez pro­fi­ter de la tri­bune de la Stop The War Coalition pour dén­oncer Bush, Blair et les isla­mis­tes. Mais, dans ton dis­cours du 25 mars, tu n’as pas du tout atta­qué les "liber­ta­riens, les conser­va­teurs et les patrio­tes". De plus, il s’agis­sait d’un ras­sem­ble­ment de petits bour­geois qui a mobi­lisé très peu de monde. Lutter pour la liberté d’expres­sion (ou être passif sur ce sujet) n’avait rien à voir avec la par­ti­ci­pa­tion (ou l’absence) à un tel évé­nement ! (...)

Nous avons sou­vent déclaré que, pour déf­endre une mos­quée contre des racis­tes, nous étions prêts à agir avec toutes sortes de gens, y com­pris la MAB. Selon le même prin­cipe, nous agi­rions de concert même avec des liber­ta­riens par­ti­sans de l’éco­nomie de marché pour déf­endre une réunion de laïques atta­quée par des isla­mis­tes - si (ce qui est impro­ba­ble) les par­ti­sans de l’éco­nomie de marché étaient prêts à se battre phy­si­que­ment pour déf­endre leur réunion plutôt que d’appe­ler les flics à la res­cousse.

Mais ni le ras­sem­ble­ment du 25 mars, ni le Manifeste contre le nou­veau tota­li­ta­risme ne peu­vent donner lieu à une telle alliance tem­po­raire, pra­ti­que, "mili­taire", n’impli­quant aucune soli­da­rité poli­ti­que. Ces deux évé­nements ont été l’occa­sion de conclure des allian­ces poli­ti­ques, des "blocs de pro­pa­gande". Ils per­met­tent aux ini­tia­teurs de ces ras­sem­ble­ments ou aux signa­tai­res d’annon­cer publi­que­ment une coa­li­tion poli­ti­que, de lui donner une grande publi­cité afin de qu’elle puisse recueillir de nou­veaux sou­tiens. Ils dis­til­lent l’illu­sion qu’un accord négatif contre les isla­mis­tes serait sus­cep­ti­ble de définir un ter­rain d’entente solide sur lequel on pour­rait cons­truire quel­que chose. Ce n’est pas le cas. Se tenir sur un tel ter­rain, c’est vou­loir mar­cher sur des sables mou­vants. (...)

Martin Thomas

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