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Exacerbation de la concurrence dans le secteur automobile mondial (Echanges n°119, 2005-2006)

publié le lundi 5 février 2007

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Alors que le centre de la production se déplace vers l’Asie, dans les anciens pays producteurs les garanties sociales sautent peu à peu

Sur fond de sur­ca­pa­cités de pro­duc­tion - estimées à 20 % pour les usines ins­tallées en Europe occi­den­tale et pas moins de 9 mil­lions de véhi­cules à l’éch­elle mon­diale -, les annon­ces bru­ta­les de licen­cie­ments et les fer­me­tu­res de sites dans l’auto­mo­bile ne sont que les pré­li­min­aires d’une concur­rence accrue, accom­pa­gnée du choc à venir de l’émerg­ence de nou­veaux grands pro­duc­teurs mon­diaux.

L’auto­mo­bile europé­enne flexi­bi­lise, restruc­ture et délo­ca­lise vers l’Est

Durant les années 1990, le sec­teur auto­mo­bile européen négociait déjà sa restruc­tu­ra­tion, en alter­nant les fer­me­tu­res de sites (comme Renault à Vilvoorde en Belgique) tout en met­tant en avant le mirage des 35 heures. C’était le temps des pro­mes­ses d’embau­ches et autres semai­nes de quatre jours en éch­ange d’une flexi­bi­lité accrue des tra­vailleurs, comme ce fut le cas en Allemagne et en France.

Justement en Allemagne, en octo­bre 2006, après avoir obtenu du syn­di­cat IG Metall de sur­seoir à la semaine de quatre jours pour reve­nir vers les 40 heures sans aug­men­ta­tion des salai­res afin de « sau­ve­gar­der la compé­ti­tivité », Wolkswagen liquide 20 000 emplois et contre­ba­lance l’hém­or­ragie en sacri­fiant aussi 4 000 emplois dans son usine de Bruxelles. Ce chif­fre vient d’être ramené à 2 400, une fois reçues les lamen­ta­tions syn­di­ca­les et gou­ver­ne­men­ta­les de cir­cons­tance, mais les horai­res pas­se­ront de 35 heures à 38 heures par semaine. Volkswagen conti­nue par ailleurs de pres­su­rer ses sites en Espagne : après les 660 licen­cie­ments fin 2005 chez Seat à Barcelone, c’est main­te­nant le tour du site de Pampelune.

GM Europe prévoit aussi de fermer au moins deux sites au Portugal et en Grande-Bretagne.

Le retour du chômage tech­ni­que et ses conséqu­ences

PSA ou PCA (Peugeot Citroën Automobiles), pro­fi­tant de la sta­gna­tion des ventes en Europe, sup­prime 10 000 postes et ferme son usine anglaise de Ryton. 2 300 sala­riés, aux­quels s’ajou­tent le double de tra­vailleurs des sous-trai­tants, sont jetés sur le pavé. Renault s’était gardé d’annon­ces fra­cas­san­tes au moment de l’arrivée au poste de PDG, en mai 2005, de Carlos Ghosn. Il était tout juste ques­tion de faire des ventes dites ren­ta­bles en dimi­nuant for­te­ment celles des­tinées aux loueurs de courte durée ou aux flot­tes d’entre­pri­ses, où les cons­truc­teurs réa­lisent des volu­mes impor­tants mais en gri­gno­tant leurs marges à coups de remi­ses. La marge opé­rati­onn­elle est le critère actuel le plus regardé dans le sec­teur auto­mo­bile. Cela entraîne ipso facto une réd­uction de la pro­duc­tion pour la quasi-tota­lité des usines franç­aises de Renault, avec chômage tech­ni­que à Sandouville, Douai ou Flins.

En Espagne, à comp­ter de février 2007, les ouvriers de deux usines de mon­tage seront mis en chômage tech­ni­que pen­dant dix-huit mois. Aussi, 1 300 sala­riés (1 000 OS et 300 tech­ni­ciens et maît­rise) bas­cu­le­ront par rou­le­ment en chômage tech­ni­que dit ERE [1]. La direc­tion de Renault s’engage à com­pen­ser le salaire pour arri­ver à 90 %, avec pro­messe d’un retour à temps com­plet d’ici mi-2008 suivi mi-déc­embre par l’annonce de 1 000 départs en retraite à 60 ans avec vingt-quatre mois de salaire [2]. 4 000 à 5 000 tra­vailleurs seraient aussi menacés parmi les entre­pri­ses de sous-trai­tance et chez les équi­pem­entiers. En général, pour un emploi détruit chez les cons­truc­teurs auto­mo­bi­les, on estime au double les emplois sup­primés chez les sous-trai­tants et équi­pem­entiers.

Comment la baisse du temps de tra­vail est capi­ta­lisée en chômage par­tiel

A cause des mesu­res de flexi­bi­lité consen­ties par les syn­di­cats au nom de la lutte pour l’emploi et la sau­ve­garde des sites, Renault aura mul­ti­plié depuis 2005 les journées de chômage tech­ni­que (80 jours pour les sites espa­gnols). En France, à la fin octo­bre 2006, le site de Flins cumu­lait vingt jours non tra­vaillés (JNT), Douai qua­rante JNT et Sandouville soixante JNT. La perte de salaire est de 30 euros par jour de chômage tech­ni­que pour un ouvrier.

Le système est si bien rodé que ce sont les sala­riés qui, en « coti­sant » aux ban­ques d’heures, se paient eux-mêmes leurs pér­iodes d’inac­ti­vité forcée. Il est à noter que les caden­ces sont inchangées les jours où ça tra­vaille, car Renault trouve plus ren­ta­ble de mettre les tra­vailleurs en jours non tra­vaillés payés sur leurs pro­pres heures capi­ta­lisées [3].

Renault tente de rené­gocier avec les syn­di­cats ces ban­ques d’heures, appelées encore capi­tal-temps. Il faut se sou­ve­nir qu’en 1999, Renault avait créé trois comp­teurs différents (col­lec­tif, indi­vi­duel et for­ma­tion) pour passer de 39 heures à 35 heures. Au lieu de quatre heures de tra­vail en moins par semaine, il n’y aura eu que 1 heure 30, le reste allant dans le capi­tal-temps.

L’Europe de l’Est, l’Iran, la Chine et l’Inde pro­chains grands pro­duc­teurs mon­diaux

L’indus­trie auto­mo­bile mon­diale et europé­enne se rue vers les ex-pays du bloc sovié­tique - Hongrie, Roumanie, Pologne, Russie, Ukraine, Slovaquie et République tchèque (voir Echanges nos 111 et 118) - où au total seront inves­tis 20 mil­liards d’euros pour assu­rer à terme 20 % de la pro­duc­tion europé­enne. La pro­duc­tion d’auto­mo­bi­les dans les pays d’Europe cen­trale et orien­tale (PECO) (Russie exceptée) devrait dép­asser le seuil de 2,4 mil­lions d’unités en 2006. Selon le Herald Tribune du 25 novem­bre 2006, la pro­duc­tion devrait croître de 33 % pour attein­dre 3,4 mil­lions d’unités dans la région entre 2005 et 2010.

Les sous-trai­tants et four­nis­seurs font aussi leurs vali­ses, subis­sant et prét­extant à la fois la réd­uction des coûts imposée par les trusts auto­mo­bi­les (Renault a l’inten­tion de bais­ser ses coûts d’achats extérieurs de 14 % d’ici 2009). Les nou­vel­les usines d’assem­blage à l’Est se voient ainsi entourées d’une nuée d’équi­pem­entiers et de sous-trai­tants locaux. A terme, le taux d’intég­ration local avoi­si­nera 80 %, mais cela se tra­duira par des dizai­nes de mil­liers de licen­cie­ment dans toutes les PME concernées et chez les géants mon­diaux de l’équi­pement comme Visteon, Delphi,Valéo, Faurecia ou Bosch...

Un exem­ple : Renault veut pro­duire des Logan en Iran. Eh bien, il suf­fira de par­te­nai­res locaux qui fabri­que­ront tout sur place, et Renault n’aura plus qu’à mettre son logo sur les véhi­cules pro­duits avec une mise de fonds réd­uite à sa plus simple expres­sion !

L’Europe de l’Est, la Chine et l’Inde sont considérées dans le jargon indus­triel comme des pays à bas coûts (low cost coun­tries, LCC) et riva­li­sent pour deve­nir les bases de la pro­duc­tion mon­diale pour les années 2020 ! Les entre­pri­ses qui s’ins­tal­lent en Chine pas­sent par des filia­les com­mu­nes avec un par­te­naire local (joint ven­tu­res). La prise de par­ti­ci­pa­tion est blo­quée à 50 %. GM et Volkswagen (VW) se par­ta­gent le marché chi­nois en pleine crois­sance. GM est déjà no 1 en Chine, talonné par Toyota. Les experts chi­nois esti­ment que leur pays fabri­quera 20 mil­lions de véhi­cules vers 2020, lar­ge­ment au-delà du seul marché intérieur. La Chine sera donc expor­ta­trice de véhi­cules locaux assem­blés par GM, VW, Honda ou Toyota vers l’Europe et les Etats-Unis.

Mais les auto­rités chi­noi­ses pous­sent aussi à l’émerg­ence de quatre à cinq cons­truc­teurs chi­nois, qui seront capa­bles de se lancer sur le marché mon­dial avec leurs pro­pres pro­duc­tions d’ici 2015-2020. Pour cela, l’Etat chi­nois dis­pose d’un impor­tant mate­las de 1 000 mil­liards de dol­lars en rés­erves de bons du Trésor amé­ricain, qu’il compte uti­li­ser dans les sec­teurs de l’auto­mo­bile, l’énergie, l’électro­ménager les téléc­om­mu­ni­cations, l’élect­ro­nique ou l’infor­ma­ti­que.

Etats-Unis : l’heure des déman­tèlements a sonné

Outre-Atlantique, l’heure est au déman­tèlement des méga-allian­ces nouées dans la déc­ennie pré­céd­ente. GM et DaimlerChrysler se sont délestés de leurs ten­ta­ti­ves de rachat d’autres mar­ques. L’été a vu aussi la vaine ten­ta­tive de l’Alliance Renault-Nissan de s’allier au n°1 mon­dial General Motors. GM exi­geait en contre­par­tie des com­pen­sa­tions finan­cières, jugeant que Nissan et Renault tire­raient plus de béné­fices de cette alliance à trois.

Le creux de la vague risque d’être atteint dès 2007 par le ralen­tis­se­ment général de l’éco­nomie amé­ric­aine, qui est en train de se des­si­ner avec la menace d’uneréc­ession pour l’Etat le plus riche des Etats-Unis, la Californie. Cet Etat, connu comme un gros consom­ma­teur de véhi­cules et pol­lueur, par­ti­cipe aux cam­pa­gnes envi­ron­ne­men­ta­les des­tinées à pro­mou­voir les véhi­cules verts dit hybri­des, à double moto­ri­sa­tion essence/élect­rique, ou type pile à com­bus­ti­ble alca­line (PCA) fonc­tion­nant à l’hydrogène, appelée à rem­pla­cer le pét­role à l’hori­zon 2020-2030.

Les Big Three (GM, Ford, Chrysler) sont à la traîne sur les véhi­cules hybri­des dont 90 % des ventes aux Etats-Unis sont raflées par Toyota et Honda. Elles se sont pré­cipitées chez Bush dès les élections de mi-mandat passées, afin de négocier des crédits pour les recher­ches sur les moto­ri­sa­tions moins pol­luan­tes ainsi que des aides fédé­rales pour cou­vrir leurs frais fara­mi­neux de cou­ver­ture de santé et de retraite.

Les firmes GM, Ford ou Chrysler (alliée à Daimler-Mercedes depuis 1998), sont à un tour­nant de leur his­toire. GM a été n°1 mon­dial durant quatre-vingts ans et représ­entait à elle seule 50 % des ventes aux Etats-Unis. Depuis 2000, ce chif­fre a été réduit de moitié, alors que le total des ventes sur le seul marché nord-amé­ricain a aug­menté de près de 7 mil­lions de véhi­cules ces der­nières années !

Le groupe GM à lui seul est un conglomérat de mar­ques, les unes sont amé­ric­aines comme Buick, GMC, Hummer, Saturn, Pontiac, Chevrolet ou Oldsmobile, les autres europé­ennes comme Opel, Saab et Vauxhall. Ford, n° 2 mon­dial jusqu’en 2004, s’est aussi lancé durant les années 1990 dans le rachat de mar­ques.

GM a pris 20 % dans une série d’entre­pri­ses auto­mo­bi­les comme Fiat, Subaru et Suzuki et 50 %du japo­nais Isuzu pour fina­le­ment tout reven­dre en 2005-2006.

Fusion, acqui­si­tion, liqui­da­tion

Chrysler racheté par Daimler Mercedes s’est séparé du coréen Hyundai (qui en a pro­fité pour s’allier à un autre coréen, Kia) et du japo­nais Mitsubishi.

En plus des mar­ques amé­ric­aines Lincoln et Mercury, Ford a racheté à la fin des années 1990 Aston Martin, Jaguar, Land Rover et Volvo. Dès 1979, Ford avait acquis 25 % des actions du japo­nais Mazda. Conquis par la qua­lité des pro­duits et par les recher­ches menées par les ingénieurs nip­pons, le cons­truc­teur amé­ricain a fait passer sa par­ti­ci­pa­tion à 33,4 % en 1996. Tout comme GM qui dès 1984 avec Toyota ouvrit un site conjoint en Californie appelé New United Motor Manufacturing Inc. (Nummi) ; Toyota, pour se per­fec­tion­ner dans la fabri­ca­tion sur le sol amé­ricain, et GM, pour y impor­ter les mét­hodes de pro­duc­tion en flux tendu (le juste-à-temps ou lean pro­duc­tion), mises au point dans l’indus­trie auto­mo­bile japo­naise. Ces mét­hodes de pro­duc­tion sont lar­ge­ment uti­lisées aujourd’hui en Chine popu­laire.

La ten­dance n’a fait que s’accen­tuer sur les volu­mes des ventes, au profit essen­tiel­le­ment des cons­truc­teurs japo­nais ins­tallés en Amérique du Nord : Toyota, Honda et Nissan, dont l’essen­tiel des nou­vel­les usines se trou­vent doré­navant concen­trées dans les Etats du Sud des Etats-Unis, loin des sites his­to­ri­ques de l’auto­mo­bile amé­ric­aine de Détroit et du Michigan. Fin 2006, Toyota possède neuf usines et en 2007 en ouvre deux sup­plém­ent­aires ; elles comp­tent un total de 34 000 sala­riés et devraient pro­duire 2 mil­lions de véhi­cules en 2008. Honda espère vendre 1,6 à 1,8 mil­lion de véhi­cules vers 2008.

Le jour­nal Libération rap­porte en jan­vier 2006 que seuls 10 % à 20 % des ouvriers embau­chés sur place par Toyota ont une expéri­ence dans l’auto­mo­bile. « Nous recru­tons des anciens ensei­gnants, des poli­ciers que nous for­mons. Nous cher­chons des gens capa­bles d’appren­dre vite et de tra­vailler en équipe », indi­que le porte-parole amé­ricain de Toyota.

Le marché nord-amé­ricain reste l’un des plus ren­ta­bles au monde. Honda, Nissan et Toyota y réa­lisent envi­ron 70 % de leurs béné­fices, pro­fi­tant d’un taux de change yen/dollar très favo­ra­ble. Alors que les cons­truc­teurs amé­ricains ven­dent à perte leurs modèles jusqu’à 2 300 dol­lars par véhi­cule, Nissan par exem­ple empo­che un gain de 1 600 dol­lars par voi­ture vendue. C’est la qua­dra­ture du cercle pour GM : bien qu’il possède les quatre sites les plus ren­ta­bles au monde, l’ensem­ble de ses usines ne tour­nent qu’à 70 % de leur capa­cité, quand on estime qu’il faut tour­ner au moins à 80 % pour assu­rer la ren­ta­bi­lité des capi­taux.

La nou­velle donne syn­di­cale : la retraite ou l’emploi

A cela vient s’ajou­ter le New Deal avec le syn­di­cat amé­ricain de l’auto­mo­bile UAW sur les cou­ver­tu­res santé et retrai­tes. UAW a accepté de dis­cu­ter d’une réd­uction des char­ges avec les seuls GM et Ford au motif que Chrysler dégage des béné­fices et peut payer. Chrysler - dont 90% des ventes se font aux Etats-Unis - avance que ses dép­enses de santé sont de 2,3 mil­liards de dol­lars pour 2006, générant un sur­coût de 1 400 dol­lars par véhi­cule vendu.

D’après le jour­nal Le Monde, les fonds de pen­sion maison censés gérer ces pres­ta­tions sont au bord du gouf­fre : le déficit de l’assu­rance-santé des 600 000 retraités pour la seule GM serait de 47 mil­liards de dol­lars, aux­quels il faut ajou­ter le gouf­fre du fonds des retrai­tes estimé à 90 mil­liards de dol­lars, mais qui serait, lui, en déficit de 31 mil­liards de dol­lars. En 2005, GM a dépensé 5,6 mil­liards de dol­lars pour les frais de retraite et de santé et a versé 9 mil­liards de dol­lars en salai­res pour l’ensem­ble de ses 324 000 employés. GM ferait ainsi vivre 1 mil­lion d’Américains...

Au début des années 1980, les cons­truc­teurs japo­nais et coréens qui se sont ins­tallés aux Etats-Unis n’ont embau­ché que de la main-d’œuvre jeune. Tandis que GM compte deux actifs pour cinq retraités, Toyota n’a que 1 000 retraités pour 34 000 sala­riés, soit un retraité pour trente-cinq actifs ! Carlos Ghosn, PDG de Renault Nissan, expli­que d’ores et déjà que les cons­truc­teurs asia­ti­ques se retrou­ve­ront imman­qua­ble­ment dans la même situa­tion que leurs homo­lo­gues amé­ricains et observe d’un œil bien­veillant tout le déman­tèlement des garan­ties socia­les retraite et santé octroyées par les « firmes pro­vi­dence » dans les années 1960 et 1970 pour garan­tir la paix sociale [4] !

Le déluge de sup­pres­sions de postes pour les trois cons­truc­teurs amé­ricains est l’une des plus vastes atta­ques contre la classe ouvrière d’un pays capi­ta­liste avancé. Ford va fermer 16 usines et se séparer d’ici la fin 2007 de 30 000 ouvriers qui ont accepté le plan de départs négocié avec le syn­di­cat UAW. Il faut y ajou­ter 8 000 sala­riés déjà contraints de partir fin 2005, soit 38 000 « cols bleus » sur 75 000 syn­di­qués. 10 000 « cols blancs » vont aussi perdre leur job.

GM envi­sage aussi de fermer douze usines et licen­cie 35 500 ouvriers syn­di­qués, soit 25 % de ses 113 000 ouvriers. Les primes de départ vont de 35 000 à 140 000 dol­lars, sui­vant que les tra­vailleurs conser­vent ou pas leur cou­ver­ture mala­die et retraite. L’équi­pem­entier Delphi, ex-filiale de GM, liquide 12 600 emplois sur 33 000 sala­riés dont 5 000 seraient repris par GM. L’ensem­ble GM-Delphi sera ainsi passé de 618 000 sala­riés en 1980 à 110 000 fin 2008 ! Le der­nier cons­truc­teur, Chrysler, négocie avec l’UAW 10 000 départs en pré­retr­aite et la fer­me­ture de deux sites pour 2007 !

Une guerre pour les parts de mar­chés dont les fan­tas­sins sont les prolét­aires

Inauguré dans les débuts de la pro­duc­tion de masse en 1910 par Henry Ford avec le Five Dollars Day, le système en vigueur dans l’auto­mo­bile amé­ric­aine n’a fait que per­du­rer sur un marché intérieur protégé où il n’y avait aucune concur­rence. Jusque dans les années 1980, GM ou Ford pou­vaient ainsi écouler une partie de leur pro­duc­tion à perte en quel­que sorte rien que pour cou­vrir les frais de retraite et santé.

Ce n’est plus le cas dans un marché capi­ta­liste ouvert. C’est le retour au capi­ta­lisme réel qui fait sauter une à une toutes les garan­ties socia­les concédées dans la pér­iode pré­céd­ente, fai­sant s’envo­ler les rêves d’accès aux clas­ses moyen­nes pour les sala­riés présentés naguère comme des nantis. C’est le retour à la case départ pour les tra­vailleurs pau­vres, les wor­king poors.

Les ouvriers européens de Renault, Volkswagen ou Fiat sont fina­le­ment dans le même pro­ces­sus de paupé­ri­sation, tant il appa­raît que le capi­ta­lisme n’a intrinsèq­uement pas pour voca­tion de rép­artir les riches­ses mais au contraire de par­ta­ger la misère pour la grande masse...

Le Capital redis­tri­bue vio­lem­ment les cartes au Travail. Les sta­tis­ti­ques amé­ric­aines publiées ces der­niers mois indi­quent la ten­dance aux Etats-Unis : 1 % de la popu­la­tion contrôle un tiers des riches­ses, et 80 %de la popu­la­tion s’en par­tage 15 % !

J. H.

Notes

[1] Ce système est appelé en Espagne Expédient de régulation de l’emploi (ERE) et ressemble à quelques détails près à la Cassa Integrazione Guadagni (CIG), l’un des « amortisseurs sociaux » les plus prisés par Fiat en Italie. L’ERE consiste, à la demande des syndicats ou des employeurs, à payer environ 50 % du salaire antérieur sur fonds gouvernementaux et régionaux.

[2] L’âge légal de la retraite en Espagne est de 65 ans.

[3] Dans d’autres secteurs, le capital-temps prend le nom de compte épargne-temps il sert à capitaliser des congés impossibles à prendre pour cause de surtravail. Cette « capitalisation » devant permettre de partir plus tôt en retraite. La grève pour éviter la retraite à 65 ans était à ce niveau de connerie un meilleur placement.

[4] Le quotidien Les Echos du 5 décembre 2006 citent le magazine américain Business Week : « “La grande épreuve doit commencer en 2007 avec l’ouverture des négociations avec le syndicat de l’automobile UAW. Le but pour Rick Wagoner [président de GM] est de s’attaquer aux avantages sociaux, beaucoup plus importants encore à GM que dans d’autres secteurs comme l’acier ou le transport aérien. Mais il ne faut pas s’attendre à ce que GM parvienne à faire disparaître brutalement soixante-dix années de généreux système social”. Busines Week cite le dysfonctionnement de la protection médicale. Le simple fait de ramener ses 83 000 salariés syndiqués et ses 450 000 retraités au niveau moyen de couverture santé des salariés aux Etats-Unis permettrait d’économiser 1,25 milliard de dollars par an. Mais certains syndiqués trouvent déjà que l’UAW a fait trop de concessions en acceptant l’élimination de 35 000 postes de travail et la fermeture d’une douzaine d’usines. »

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