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La situation des classes laborieuses au Japon (4)

Chronologie : juillet 1853-août 1914

publié le mercredi 7 juin 2006

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Cette chro­ni­que des évé­nements sur­ve­nus entre 1853 (pre­mière arrivée du com­mo­dore Perry dans la baie d’Uraga) et l’entrée du Japon dans la pre­mière guerre mon­diale résume d’un point de vue pure­ment chro­no­lo­gi­que les ana­ly­ses parues dans les nos 107 à 110 d’Echanges. Bien que l’on puisse trou­ver dans plu­sieurs ouvra­ges écrits par des spéc­ial­istes un déc­ou­page tra­di­tion­nel de l’his­toire du Japon selon les dates des règnes impériaux, j’ai préféré uti­li­ser ici le système de divi­sion du temps propre à l’ère chréti­enne, plus fami­lier au lec­teur européen.

J.-P. V.

1853

- Juillet : arrivée du com­mo­dore Matthew Galbraith Perry (1794-1858) à la tête d’une petite flo­tille dans la baie d’Uraga, près de Tôkyô. Il exige l’ouver­ture du Japon au nom du pré­sident des Etats-Unis Millard Fillmore (1800-1874). 1854

- Février : Perry, de retour au Japon, obtient du shôgun Tokugawa Iesada (1824-1858) l’ouver­ture des ports de Shimoda et Hakodate au com­merce amé­ricain par le traité pro­vi­soire de Kanagawa.

- 31 mars : le gou­ver­ne­ment des Tokugawa signe un traité d’amitié avec les Etats-Unis.

1858

- 29 juillet : le Japon signe un traité com­mer­cial avec les Etats-Unis.

1859

- 28 juin : les ports du Japon sont ouverts à toutes les puis­san­ces occi­den­ta­les.

1867

- Les clans de Satsuma, Chôshû, Tosa et Hizen se ran­gent ouver­te­ment aux côtés de l’empe­reur Kômei (1821-1867) et entrent en guerre contre le shôgunat au nom de la lutte contre les étr­angers.

1869

- Mars : les clans de Satsuma, Chôshû, Tosa et Hizen adres­sent un mémor­andum à l’empe­reur sur les devoirs de sa charge et le reconnais­sent pour leur maître. Les prin­ci­pes conte­nus dans ce mémor­andum ser­vi­ront à la réd­action de la Constitution de 1889 et gou­ver­ne­ront le régime japo­nais jusqu’en 1945.

- Edo devient la capi­tale du pou­voir impérial res­tauré au dét­riment de Kyôto, et prend le nom de Tôkyô (qui signi­fie : la capi­tale de l’Est), après qu’Ôkubo Toshimichi (1830-1878) a suggéré un chan­ge­ment de capi­tale pour mar­quer sym­bo­li­que­ment la rup­ture avec les temps anciens.

- Juillet : ouver­ture à Tôkyô, à Kudan, du temple Shôkon sha, dédié aux morts pour la patrie, qui pren­dra en 1879 le nom de Yasukuni jinja (temple où sont vénérés les sol­dats tombés en com­bat­tant pour l’empe­reur. Les condamnés à mort au tri­bu­nal de Tôkyô [3 mai 1946-12 novem­bre 1948], dont les cen­dres furent dis­persées pour éviter qu’elles devins­sent objet de culte, y ont leur mém­oire honorée ; et à chaque fois qu’un offi­ciel impor­tant s’y rend le 15 août [anni­ver­saire de la fin de la deuxième guerre mon­diale] ou le 11 février [jour natio­nal], en un sur­saut de natio­na­lisme, les pays voi­sins du Japon ne man­quent pas de pro­tes­ter).

- La liberté de choi­sir son lieu de résid­ence et son métier, entravée par le shôgunat, est rétablie.

1870

- Ouverture de Tôkyô et Niigata aux étr­angers.

- 27 février : adop­tion du dra­peau du « Soleil levant ».

- L’ancien daimyô de Maebashi et la famille Ono (une grande famille de com­merçants de l’époque des Tokugawa) intro­dui­sent la fila­ture méca­nique de la soie à Tôkyô ; le gou­ver­ne­ment sou­tient l’entre­prise en créant sa propre fila­ture à Tomioka, dans le dép­ar­tement de Gunma, ins­tallée par une ving­taine de spéc­ial­istes européens (en 1875, les tech­ni­ciens japo­nais formés par ces spéc­ial­istes pou­vaient les rem­pla­cer ; en 1878, le cin­quième de la soie japo­naise était filé méca­niq­uement. La méca­ni­sation de la fila­ture de coton fut beau­coup plus lente, à cause du manque de matière pre­mière natio­nale et de la concur­rence des filés anglais : vers 1880, trois usines seu­le­ment étaient mécanisées, dont une seule appar­te­nait à l’indus­trie privée).

- Création d’une mon­naie impér­iale, le yen.

1871

- Abolition du système des fiefs et divi­sion du pays en dép­ar­tements.

- Emancipation des eta.

- Extension du ser­vice postal aux pays étr­angers.

- Tous les Japonais reç­oivent un nom de famille.

- Le gou­ver­ne­ment intro­duit l’indus­trie méca­nique au Japon avec la création de l’usine de machi­nes d’Akabane, dans la ban­lieue de Tôkyô.

1872

- Inauguration de la ligne de chemin de fer reliant Tôkyô à Yokohama.

- Adoption du calen­drier gré­gorien : le 3 du dou­zième mois lunaire devient le 1er jan­vier 1873.

- Le gou­ver­ne­ment confis­que l’usine de coton­na­des de Sakai (qui avait été fondée en 1870 avec des machi­nes importées d’Angleterre par le fief de Satsuma) pour en faire une usine pilote, sur le modèle de celle de Tomioka pour la soie.

- Instruction pri­maire obli­ga­toire.

1873

- Loi ins­tau­rant le ser­vice mili­taire obli­ga­toire.

- Révocation des édits contre les chrétiens pris par le shôgun Tokugawa Ieyasu (1542-1616) en 1612 dans les ter­ri­toi­res qu’il contrôlait, et étendus à l’ensem­ble du pays en 1614.

- Création des écoles pri­mai­res.

- Débuts du Mouvement pour la liberté et les droits du peuple (Jiyû minken undô), qui connaîtra son apogée entre 1881 et 1885.

1874

- insur­rec­tion de Saga (ville située dans le dép­ar­tement du même nom, ancien­ne­ment fief de Hizen), menée par Etô Shinpei (1835-1874), un samu­rai qui avait par­ti­cipé à la res­tau­ra­tion de Meiji sans mesu­rer les bou­le­ver­se­ments à venir ; déçu parce que les modérés au sein du gou­ver­ne­ment ne vou­laient pas atta­quer la Corée, qui se refu­sait à reconnaître le nou­veau gou­ver­ne­ment japo­nais, il se rebella contre le nou­veau pou­voir ; la réb­ellion fut rapi­de­ment matée par Ôkubo Toshimichi et Etô est décapité le 13 février 1874.

- Expédition à Formose (Taiwan).

1875

- Le Japon cède ses droits sur l’île de Sakhaline (Karafuto en japo­nais) à la Russie en éch­ange des îles Kouriles (Chishima en japo­nais).

- Le gou­ver­ne­ment créé une cimen­te­rie à Fukagawa, un quar­tier de Tôkyô (elle sera pri­va­tisée en 1883 et confiée à Asano Sôichirô [1848-1930]).

- Le gou­ver­ne­ment fonde un impor­tant éle­vage de mou­tons dans la pro­vince de Shimôsa (préf­ec­ture de Chiba) et une usine de tis­sage et de fila­ture à Senju, dans la ban­lieue de Tôkyô.

- Les reve­nus versés aux samu­rai par l’empe­reur ne le sont plus en nature (riz) à un moment où les prix aug­men­tent rapi­de­ment, mais en argent.

1876

- Traité avec la Corée.

- Les reve­nus des samu­rai sont rem­placés par des bons d’Etat por­tant 7 % d’intérêts pen­dant qua­torze ans maxi­mum.

- Emeutes à Kumamoto (fief de Higo) et Hagi (fief de Chôshû), causées par l’appau­vris­se­ment crois­sant des anciens guer­riers.

- Le gou­ver­ne­ment crée une ver­re­rie à Shinagawa, un quar­tier de Tôkyô.

1877

- Février-sep­tem­bre : insur­rec­tion de Satsuma, menée par Saigô Takamori (1827-1877). Il avait par­ti­cipé acti­ve­ment à la res­tau­ra­tion de l’empe­reur sur le trône, mais à la suite des diver­gen­ces de vues appa­rues au sein du gou­ver­ne­ment à propos de la Corée en 1874, s’était replié sur Kagoshima, où il avait fondé une école à laquelle la jeu­nesse des anciens fiefs de Satsuma et Ôsumi venaient en grand nombre, inquiétant les auto­rités de Tôkyô ; Saigô Takamori meurt sur le champ de bataille.

1878

- Le gou­ver­ne­ment crée une bri­que­te­rie à Fukagawa.

- Une confér­ence de fila­teurs de coton dét­er­mine les pro­blèmes du Japon dans ce domaine : manque de capi­taux, prix élevé du char­bon, trans­port vers l’étr­anger trop coûteux, inef­fi­ca­cité des ouvriers (contrai­re­ment à ce qui se pas­sait dans la soie­rie, où il y avait eu aupa­ra­vant un arti­sa­nat qu’il avait suffi d’uti­li­ser au moment de l’indus­tria­li­sa­tion, le tra­vail du coton n’avait pas été préparé par un arti­sa­nat antérieur), et concur­rence des filés, sur­tout bri­tan­ni­ques.

1879

- Le gou­ver­ne­ment lance un emprunt natio­nal afin d’ache­ter à l’Angleterre vingt mille bro­ches à filer le coton, qu’il revend en grande partie à crédit à des entre­pre­neurs privés (il n’en conserva que deux mille qu’il ins­talla dans deux usines modèles en 1881 et 1882).

- Annexion des îles Ryûkyû (actuelle préf­ec­ture d’Okinawa).

1880

- Toutes les gran­des villes du pays sont reliées entre elles par un réseau télég­rap­hique appar­te­nant à l’Etat.

- Le gou­ver­ne­ment revend à des entre­pri­ses privées une bonne partie des usines qu’il avait créées.

1881

- Promesse d’une Constitution pour 1890.

- Formation des partis poli­ti­ques. Itagaki Taisuke (1837-1919), ori­gi­naire du fief de Tosa, qui avait joué un rôle impor­tant dans la res­tau­ra­tion du pou­voir impérial, lui aussi par­ti­san d’une inter­ven­tion en Corée en 1874 et en outre insa­tis­fait du peu de cas fait à son clan par les clans plus puis­sants de Satsuma et Chôshû, s’était, comme Etô Shinpei et Saigô Takamori, replié sur son fief, dans l’actuel dép­ar­tement de Kôchi, où il avait fondé en jan­vier 1874 un groupe poli­ti­que : Aikokukôtô (Parti public des patrio­tes), devenu en avril de la même année la société Risshisha (Société des gens dét­erminés), créée avec un ami, Kataoka Kenkichi (1843-1903) ; cette société for­mera le noyau du Parti libéral (Jiyûtô), fondé en déc­embre 1880, auquel a appar­tenu Nakae Chômin (de son vrai nom Nakae Tokusuke) (1847-1901), écrivain et tra­duc­teur (entre autres de Jean-Jacques Rousseau), dont les écrits influen­ce­ront plu­sieurs géné­rations de mili­tants poli­ti­ques japo­nais. Ôkuma Shigenobu (1838-1922), qui sou­tient à l’intérieur du gou­ver­ne­ment le combat poli­ti­que d’Itagagaki à partir de 1881, est exclu du gou­ver­ne­ment.

1882

- 25 mai : fon­da­tion du pre­mier parti socia­liste, le Tôyô sha­kaitô (Parti socia­liste d’Orient), qui sera dis­sout par le gou­ver­ne­ment le 7 juillet.

- Ôkuma Shigenobu fonde le Rikken kai­shintô (Parti pro­gres­siste cons­ti­tu­tion­nel), auquel appar­tien­dra Fukuzawa Yukichi (1834-1901), intel­lec­tuel par­ti­san de la moder­ni­sa­tion du pays et d’une poli­ti­que de coopé­ration paci­fi­que avec les voi­sins asia­ti­ques du Japon.

1883

- L’absence de moyens de trans­port publics entrave le dével­op­pement de Tôkyô ; les pre­miers tram­ways appa­rais­saient (autour de 1870, les rues de la nou­velle capi­tale avaient vu arri­ver de peti­tes voi­tu­res à deux roues tirées par un cou­reur appelées jin­ri­ki­sha [voi­ture tirée par un homme], pro­non­cia­tion sim­pli­fiée rapi­de­ment par les étr­angers en rick­shaw).

- Etablissement du Journal offi­ciel, Kanpô.

1884

- Itô Hirobumi (1841-1909) inter­dit les partis poli­ti­ques.

1885

- Fondation de la com­pa­gnie mari­time de ser­vice postal Yûsen kaisha (fusion de la Mitsubishi Mail Steamship Company, fondée par Iwasaki Yatarô en 1872 après l’annu­la­tion d’un édit des Tokugawa inter­di­sant la cons­truc­tion de navi­res de haute mer dans les tout débuts de la res­tau­ra­tion de Meiji, et d’une autre société de moin­dre impor­tance).

1886

- Fondation avec l’aide du gou­ver­ne­ment d’une usine de chan­vre qui pro­fi­tera des com­man­des de l’armée durant la guerre sino-japo­naise de 1894-1895.

1889

- 11 février : pro­mul­ga­tion de la Constitution (Dai Nihon tei­koku kenpô, Constitution impér­iale du Grand Japon).

- Interdiction légale des duels.

1890

- 25 février : pre­mière ses­sion du Parlement.

- Les partis sont de nou­veau auto­risés.

1891

- 11 mai : ten­ta­tive d’assas­si­nat du tsarév­itch Nicolas II par Tsuda Sanzô (1855- 1891) à Ôtsu, ville de la préf­ec­ture de Shiga.

- Décembre : dis­so­lu­tion de la Diète.

1894

- 1er août : la guerre sino-japo­naise (1894-1895) éclate. Il s’agit en fait d’une lutte pour savoir lequel des deux pays exer­cera son influence en Corée.

1895

- La guerre sino-japo­naise se ter­mine par le traité de Shimonoseki (17 avril). Après inter­ven­tion de la Russie, de l’Allemagne et de la France, le Japon renonce à la pén­in­sule de Liaodong, mais occupe Formose (Taiwan) et les îles Pescadores (main­te­nant îles Penghu).

1896

- Mise en place d’une admi­nis­tra­tion japo­naise (Taiwan sôt­okufu) à Formose.

1897

- Adoption de l’étalon-or.

- L’Allemagne occupe Qingdao et la baie de Jiaozhou dans le Shandong en octo­bre ; et la Russie, Port-Arthur (main­te­nant Lüshun) et Dalian dans le Liaoning en déc­embre (la Russie avait signé en 1896 un traité d’alliance avec la Chine, dirigé contre le Japon, qui auto­ri­sait la pre­mière à cons­truire un chemin de fer en Mandchourie).

- Formation de la Rôdô kumiai kisei­kai (Société pour la pro­mo­tion des syn­di­cats).

1898

- Révision du Code civil.

- Premier Cabinet de partis, qui ne dure que quatre mois (30 juin- 8 novem­bre 1898).

- Formation d’un syn­di­cat de che­mi­nots, qui réus­sira à se main­te­nir jusqu’en 1910.

- Grèves des che­mi­nots dans le nord-est du Japon.

1899

- Août : à la suite de nou­veaux traités, le Japon s’ouvre au monde.

1900

- Le réseau ferré atteint vers 1900 un total d’envi­ron 4 500 km, dont 1 000 appar­te­nant à l’Etat et 3 500 à des entre­pri­ses privées.

- 16 sep­tem­bre : Itô, main­te­nant convaincu de la néc­essité des partis, s’allie avec des mem­bres du Kenseitô (Parti cons­ti­tu­tion­nel) pour former le Rikken seiyû kai (Association des amis du gou­ver­ne­ment cons­ti­tu­tion­nel).

- Promulgation de la Loi de police sur la sécurité publi­que (Chian kei­satsu hô).

1902

- Traité d’alliance avec l’Angleterre.

- 15-19 juillet : grève au chan­tier naval mili­taire de Kure contre un quar­tier-maître trop sévère.

1904

- 11 février : début de la guerre avec la Russie (1904-1905), qui allait voir de reten­tis­san­tes déf­aites de la Russie, les plus célèbres étant celles de Port-Arthur et Tsushima.

- 24 février : l’empe­reur de Corée est contraint de signer un pro­to­cole établ­issant de fait un pro­tec­to­rat japo­nais sur le pays.

1905

- Après méd­iation du pré­sident amé­ricain Theodore Roosevelt (1858-1919), sur demande secrète du Japon qui s’inquiétait des pos­si­bi­lités d’une guerre longue sur le ter­ri­toire chi­nois, ouver­ture des négoc­iations entre la Russie et le Japon à Portsmouth (New Hampshire, Etats- Unis) ; la paix sera signée le 29 août et rati­fiée le 5 sep­tem­bre. Le traité de Portsmouth consa­crait la vic­toire du Japon acquise par les armes : la pos­ses­sion de la moitié sud de Sakhaline, la per­mis­sion de s’ins­tal­ler en Corée et dans la pén­in­sule de Liaodong, et le contrôle de la voie ferrée du sud mand­chou­rien, mais mani­fes­tait sur­tout la volonté des pou­voirs occi­den­taux de s’oppo­ser à la montée en puis­sance du Japon. Ce même 5 sep­tem­bre, un mee­ting convo­qué dans le parc de Hibiya, à Tôkyô, par des orga­ni­sa­tions natio­na­lis­tes pour pro­tes­ter contre l’absence d’indem­nités de guerre, dégénère et est vio­lem­ment réprimé par la police (Hibiya yakiu­chi jiken).

1906

- 7 jan­vier : le méc­ont­en­tement de l’opi­nion publi­que japo­naise, suite à la signa­ture du traité de Portsmouth fait chuter le gou­ver­ne­ment de Katsura Tarô (1847-1913), qui sera rem­pacé par Saionji Kinmochi (1849-1940). Au cours des mois qui sui­vi­rent la paix de Portsmouth, entre sep­tem­bre 1905 et octo­bre 1906, les dép­enses de l’Etat aug­men­tent, pro­vo­quant une nou­velle expan­sion indus­trielle et la création de nou­vel­les entre­pri­ses, telle que par exem­ple la Dai Nihon seitô kaisha (Raffineries de sucre du Grand Japon).

- Janvier : grève aux chan­tiers navals d’Ômin­ato (Ômin­ato zôsenjo) à Aomori pour de meilleurs salai­res.

- 31 mars : pro­mul­ga­tion de la Loi de natio­na­li­sa­tion des che­mins de fer (Tetsudô kokuyû hô) (la natio­na­li­sa­tion des che­mins de fer sera effec­tive le 1er octo­bre 1907 avec la nais­sance des Chemins de fer du Japon [Nihon kokuyû tet­sudô, société plus connue sous le nom anglais de Japan National Railways (JNR)]).

- Juin : suite à une aug­men­ta­tion du ticket de tram­way de 3 à 5 sen, mou­ve­ments de pro­tes­ta­tion à Tôkyô dirigés par le Parti socia­liste japo­nais (Shakaitô).

- Août : grève aux chan­tiers navals mili­tai­res de Kure (Kure kaigun kôshô).

- Décembre : grève à l’arse­nal mili­taire d’Ôsaka (Ôsaka riku­gun zôheishô).

1907

- 4-7 février : trois jours d’émeutes aux mines d’Ashio, dans la préf­ec­ture de Tochigi.

- 16-20 février : grève des menui­siers du chan­tier naval Mitsubishi de Nagasaki pour de meilleurs salai­res et contre un projet d’allon­ger leurs heures de tra­vail.

- Avril : grève dans les mines de char­bon de Horonai (Horonai tankô), Hokkaidô.

- Juin : grève dans les mines de cuivre de Besshi, Shikoku.

- Juillet : grève dans les mines d’argent d’Ikuno, près de Kôbe.

- Une crise indus­trielle et bour­sière fait chuter le gou­ver­ne­ment Saionji.

- Theodore Roosevelt négocie un gent­le­mens’ agree­ment avec le gou­ver­ne­ment japo­nais afin de réd­uire l’immi­gra­tion japo­naise aux Etats-Unis.

1908

- « Scandale du sucre » : la Dai Nihon seitô kaisha, en dif­fi­cultés finan­cières, avait acheté plu­sieurs députés en 1907 et 1908, afin qu’ils votent une loi ins­tau­rant un mono­pole d’Etat du raf­fi­nage du sucre. Katsura revient au pou­voir.

- Le cabi­net Katsura est forcé de revoir les tarifs doua­niers en accord avec le traité signé avec l’Angleterre en 1894, accor­dant des avan­ta­ges aux Anglais sur les coton­na­des, les lai­na­ges et l’acier qu’ils ven­daient sur le marché japo­nais.

- 22 juin : « affaire du dra­peau rouge » (aka­hata jiken) : ce jour-là, une mani­fes­ta­tion pour célébrer la libé­ration de Yamaguchi Koken (1883-1920), après qua­torze mois de prison, dégénère ; une partie des par­ti­ci­pants à la réunion qui défilent dans la rue avec des dra­peaux rouges por­tant les ins­crip­tions « anar­chisme » et « anar­cho-com­mu­nisme » sont sévè­rement mal­menés, puis condamnés à de lour­des peines de prison. 1909

- 26 octo­bre : Itô Hirobumi, ancien résident général nippon en Corée, qui était opposé à une annexion japo­naise pure et simple de la Corée, et alors pré­sident du Genrô in (Conseil des anciens), est assa­siné par un natio­na­liste coréen, selon des sour­ces mili­tai­res nip­ponne, à Harbin (Chine), où il s’était rendu pour ren­contrer le minis­tre russe des finan­ces Kokosoff.

1910

- 13 mars : Ôkuma, qui s’était retiré de la vie poli­ti­que en 1907, forme un nou­veau parti, le Rikken koku­mintô (Parti cons­ti­tu­tion­nel du peuple).

- Mai : on déc­ouvre un prét­endu com­plot d’assas­si­nat de l’empe­reur à Akishina dans la préf­ec­ture de Nagano (tai­gyaku jiken, affaire du crime de lèse-majesté) ; vingt-quatre accusés, parmi eux Kôtoku Shûsui (de son vrai nom Kôtoku Denjirô) (1871-1911), sont condamnés à mort lors d’un procès à huis-clos, et douze d’entre eux pendus les 24 et 25 jan­vier 1911.

- 23 août : l’atten­tat contre Itô sert de prét­exte au Japon pour pro­cla­mer l’annexion de la Corée sous le nom ancien de Chôsen (Matin calme) par un décret.

1911

- Création d’une Haute police spéc­iale (toku­betsu kôtô kei­satsu), police poli­ti­que chargée de la répr­ession des mou­ve­ments sociaux. (Un dép­ar­tement spécial de la police, chargé de rép­rimer les mou­ve­ments sociaux, avait été créé à Ôsaka dès 1888 ; en 1906, il était étendu à la capi­tale. Mais ce n’est qu’en 1911, après l’ « affaire du crime de lèse-majesté » que sera fondée ladite Haute Police spéc­iale, plus cen­tra­lisée).

- Loi sur les fabri­ques (Kôjôhô).

1912

- 31 déc­embre 1911-4 jan­vier 1912 : grève des che­mins de fer muni­ci­paux de Tôkyô.

- 1er jan­vier : pro­cla­ma­tion de la répub­lique de Chine à Nanjing.

- 16 jan­vier : le gou­ver­ne­ment engage des négoc­iations avec la Russie en vue de fixer les zones d’influence de chacun en Mandchourie et en Mongolie. Ces pour­par­lers abou­ti­ront au traité russo-japo­nais, conclu le 8 juillet, qui auto­rise l’exten­sion de l’influence japo­naise jusqu’en Mongolie intéri­eure.

- 12 février : l’empe­reur chi­nois Xuantong (nom de règne [1909-1912] de Puyi [1906-1967]) abdi­que, met­tant fin à la dynas­tie des Qing. Puyi sera plus tard nommé par les Japonais régent (1932) puis empe­reur (1934-1945) du Mandchoukuo, sous le nom de Kangde (Kôtoku, en japo­nais).

- 10 mars : Yuan Shikai (1859-1916) est nommé pré­sident de la répub­lique chi­noise à Beijing.

- 26 juin : le ren­chér­is­sement du riz pro­vo­que des émeutes dans la préf­ec­ture de Toyama (d’où par­ti­ront aussi les émeutes du riz [kome sôdô] en juillet 1918).

- 30 juillet : mort de Mutsuhito ; 1912 devient la der­nière année de l’ère Meiji et la pre­mière année de l’ère Taishô.

- 1er août : Suzuki Bunji (1885-1946) fonde la Yûaikai (Société fra­ter­nelle) avec 15 per­son­nes. A la fin de l’année, ce syn­di­cat comp­tera plus de 260 adhérents.

- 1er octo­bre : Ôsugi Sakae et Arahata Kanson lan­cent la revue Kindai Shisô (« La Pensée moderne ») qui publiera cer­tains écrivains ouvriers, tels que Miyajima Sukeo et Miyachi Karoku, annonçant ainsi la litté­ra­ture prolé­tari­enne des années 1920. La revue s’achè­vera sur son 23e numéro le 1er sep­tem­bre 1914.

- 30 novem­bre : le Parlement refuse le projet du minis­tre de l’armée de terre, Uehara Yûsaku (1856-1933), d’aug­men­ter les effec­tifs mili­tai­res en Corée ; celui-ci dém­issi­onne le 2 déc­embre, entraînant la chute du cabi­net de Saionji Kinmochi le 5.

- Décembre : le 13, des intel­lec­tuels libéraux (jour­na­lis­tes, éditeurs, avo­cats, etc.) fon­dent la Kensei saku­shin kai (Association pour la régé­nération de la poli­ti­que cons­ti­tu­tion­nelle) ; le 14, des mem­bres de la Kôjun sha (Amicale des anciens élèves de l’uni­ver­sité de Keiô, fondée en 1880) for­ment la Kensei yôgo kai (Association pour la pro­tec­tion de la poli­ti­que cons­ti­tu­tion­nellle). D’autres for­ma­tions simi­lai­res sui­vront, qui pro­tes­tent toutes contre la poli­ti­que du gou­ver­ne­ment et l’aug­men­ta­tion des dép­enses mili­tai­res ; ce mou­ve­ment de pro­tes­ta­tion contre les clans du sud-ouest s’étend rapi­de­ment à tout le pays.

- 21 déc­embre : for­ma­tion du troi­sième cabi­net de Katsura Tarô (1847-1913) à la suite de la dém­ission du cabi­net Saionji ; il ne durera que 53 jours.

1913

- Février : face aux trou­bles qui secouent le pays à la suite de l’agi­ta­tion menée par les intel­lec­tuels libéraux (les sièges de jour­naux censés être à la solde du gou­ver­ne­ment et des postes de police sont incen­diés par la foule à Tôkyô, Ôsaka, Kôbe, Hiroshima et Kyôto), Katsura annonce la pro­chaine fon­da­tion d’un nou­veau parti, la Rikken dôshi kai (Association des par­ti­sans de la Constitution), pour contre­car­rer l’influence de la Rikken seiyû kai (Association des amis du gou­ver­ne­ment cons­ti­tu­tion­nel). Le nou­veau parti ne sera fondé que le 23 déc­embre, après la mort de Katsura le 10 octo­bre.

- 11 février : chute du troi­sième cabi­net Katsura. Yamamoto doit s’allier au Rikken seiyû kai pour ren­ver­ser Katsura et accéder au pou­voir le 20 février.

- Septembre-octo­bre : le 1er sep­tem­bre, l’armée de Yuan Shikai entre dans Nanjing y tuant des res­sor­tis­sants japo­nais ; le 7, des mani­fes­tants se regrou­pent au parc de Hibiya, à Tôkyô pour pro­tes­ter contre les inci­dents de Nanjing. En com­pen­sa­tion, le Japon obtient l’accord de la Chine pour la cons­truc­tion de che­mins de fer en Mandchourie et reconnaît le gou­ver­ne­ment de Yuan Shikai en octo­bre.

- 25 octo­bre : Ishihara Osamu publie un rap­port, Jokô to kek­kaku (« Les Ouvrières et la tuber­cu­lose »), dans lequel il dén­once les condi­tions insa­lu­bres du tra­vail en fila­ture comme cause prin­ci­pale de la tuber­cu­lose qui est à l’ori­gine de 70 % de la mor­ta­lité dans ce sec­teur d’acti­vité.

- On dén­ombre 47 conflits du tra­vail, aux­quels ont par­ti­cipé 5 242 tra­vailleurs.

1914

- 23 mars : Yamamoto, amiral, pour­sui­vant l’appli­ca­tion des pro­gram­mes navals adoptés depuis 1903, avait favo­risé l’arme­ment de la marine par rap­port aux autres bran­ches de l’armée, et avait, pour ce faire, passé de fortes com­man­des à la maison alle­mande Krupp-Siemens. Des employés de cette maison, un peu trop bavards, révèlent qu’ils ont graissé la patte de nom­breux offi­ciers de haut rang pour obte­nir ces com­man­des. Une mani­fes­ta­tion de pro­tes­ta­tion réunit 40 000 per­son­nes dans le parc de Hibiya, à Tôkyô. Yamamoto se démet le 23 mars. Le comte Ôkuma (76 ans) (1838-1922) le rem­place et le baron Katô Takaaki [ou Kômei] (1860-1926) (chef, au côté de Katsura, du parti Rikken dôshi kai [Association des par­ti­sans du gou­ver­ne­ment cons­ti­tu­tion­nel], adver­saire du Rikken seiyû kai) est nommé aux Affaires étrangères.

- 28 juin : assas­si­nat de l’archi­duc d’Autriche Franz Ferdinand à Sarajevo.

- 8 août : le Japon entre en guerre aux côtés de la France, la Grande-Bretagne et la Russie.


La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses au Japon (I)

I. Introduction.La bureau­cra­tie. Les employeurs. Les tra­vailleurs. - N° 107, hiver 2003-2004, p. 37.

La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses (2)

II. La guerre sino-japo­naise (1894-1895). L’entre-deux guer­res (1896-1904). La guerre russo-japo­naise (1904-1905). Lutte de clans au sein du gou­ver­ne­ment. - N° 108, prin­temps 2004, p. 35.

La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses au Japon (3)

III. Avant 1914 : La com­po­si­tion de la classe ouvrière. La dis­ci­pline du tra­vail et l’ensei­gne­ment. Industrialisation et classe ouvrière . Les luttes ouvrières. Les syn­di­cats. - N° 109, été 2004, p. 25.

La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses au Japon (4)

IV. Les ori­gi­nes du socia­lisme japo­nais : Le socia­lisme sans prolé­tariat. Ses ori­gi­nes intel­lec­tuel­les japo­nai­ses, le bushidó. Ses ori­gi­nes intel­lec­tuel­les étrangères. Marxisme contre anar­chisme. - N° 110, automne 2004, p. 25.

La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses au Japon (4)

Chronologie juillet 1853-août 1914. - N° 112, prin­temps 2005, p. 18.

La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses au japon (5)

V. Bouleversements éco­no­miques et sociaux pen­dant la Grande Guerre. Un ennemi : l’Allemagne. Le com­merce. L’indus­trie. La classe ouvrière. Les Coréens au Japon. N° 114, automne 2005, p. 32.

La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses au Japon (6)

VI. Les grèves pen­dant la pre­mière guerre mon­diale. Les conflits du tra­vail de 1914 à 1916. Un tour­nant :1917-1918. Les émeutes du riz. - N° 115, hiver 2005-2006, p. 41.

La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses au Japon (7)

VII. La dépr­ession de 1920-1923. Le grand trem­ble­ment de terre du Kantô. La crise ban­caire de 1927. La crise de 1929. - N° 117, été 2006, p. 39.

La situa­tion des clas­ses labo­rieu­ses au Japon (8)

VIII. Le tay­lo­risme.Les zai­batsu. La lutte des clas­ses. Les Coréens. - N° 119, hiver 2006-2007, p. 24

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