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Etats Unis

Scission au sein de la confédération syndicale AFL-CIO

Ce texte est paru dans {Echanges} n° 115 (hiver 2005-2006).

publié le samedi 3 juin 2006

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Le 25 juillet 2005, le Congrès de la grande fédé­ration syn­di­cale amé­ric­aine AFL-CIO devait célébrer le cin­quan­tième anni­ver­saire de sa création, due à la fusion en 1955 de la fédé­ration des syn­di­cat de métiers, American Federation of Labor (AFL), et de la fédé­ration des syn­di­cats d’indus­trie (des ouvriers non qua­li­fiés), Congress of Industrial Organisations (CIO). Mais au lieu de commé­mo­rations, le vingt-cin­quième Congrès de la confé­dé­ration, qui s’est tenu à Chicago du 25 au 28 juillet, a vu la matér­ia­li­sation, sous la forme d’une scis­sion, de conflits préex­istants menés de l’intérieur par cer­tains syn­di­cats.

Le but des oppo­sants à la direc­tion actuelle, présidée par John Sweeney (71 ans, réélu le 28 juillet), visait, face au long déclin du syn­di­ca­lisme et de l’AFL-CIO, à trans­for­mer le for­mi­da­ble appa­reil bureau­cra­ti­que de la fédé­ration en une machine de guerre en vue de la reconquête des quel­que 85 % de la popu­la­tion active non syn­di­quée. Dans ce but, ces dis­si­dents avaient formé une « Win Coalition » (coa­li­tion pour gagner) avec des slo­gans « change to win » (chan­ger pour gagner) ou « united to win » (unis pour gagner) et ils se lais­saient com­plai­sam­ment appe­ler les « win­ners » (les gagnants). Sweeney les défin­issaient bru­ta­le­ment ainsi : « Ils ne veu­lent qu’être les lea­ders du mou­ve­ment ouvrier, une tac­ti­que pour conquérir le pou­voir quel­les qu’en soient les rai­sons. »

Par-delà les ambi­tions évid­entes de conquête de l’appa­reil confé­déral, les pro­mo­teurs de la scis­sion, la Fédération des employés des ser­vi­ces (Service Employees International Union [SEIU], 1 800 000 mem­bres) et la Fédération des chauf­feurs rou­tiers (Teamsters, syn­di­cat des trans­ports et syn­di­cat général, 1 400 000 coti­sants), pou­vaient se tar­guer d’être, dans la dér­oute du mou­ve­ment syn­di­cal amé­ricain, les seuls à engran­ger de nou­veaux adhérents (900 000 avaient été recrutés par le seul SEIU dans les dix der­nières années alors que pen­dant ce temps les effec­tifs de l’AFL-CIO avaient décliné de 1 300 000). En fait, leur succès tenait à la fois à l’exten­sion du monde des ser­vi­ces et à leur pra­ti­que agres­sive, y com­pris vers les mem­bres des syn­di­cats « concur­rents » restés fidèles à la direc­tion de la confé­dé­ration. La scis­sion n’était que l’abou­tis­se­ment d’une longue bataille sur le ter­rain local, de bra­connage et même d’allian­ces cir­cons­tan­ciées, y com­pris avec le Parti répub­licain.

Quelques jours après la scis­sion, ces deux « grands » étaient rejoints, sous le dra­peau de la Win Coalition, par quatre autres syn­di­cats dont trois quit­taient éga­lement l’AFL-CIO : United Food and Commercial Workers Union (UFCW, syn­di­cat du com­merce et du condi­tion­ne­ment ali­men­taire), Laborers International Union of North America (Liuna, syn­di­cat général), United Farm Workers of America (UFW, syn­di­cat d’ouvriers agri­co­les), Unite Here (syn­di­cat bâtard du tex­tile et des hôtels-res­tau­rants) ; ils furent rejoints ensuite par le syn­di­cat des menui­siers et des char­pen­tiers, United Brotherhood of Carpenters and Joiners, qui, lui, ne fai­sait pas partie de l’AFL-CIO.

John Sweeney avait été porté au poste de pré­sident de la fédé­ration AFL-CIO en 1995, pour « réf­ormer » la machine bureau­cra­ti­que et redon­ner vigueur au syn­di­cat. Quarante ans aupa­ra­vant, la fusion des deux fédé­rations concur­ren­tes AFL et CIO devait déjà donner pou­voir et influence à un « grand syn­di­cat », bien que la fusion eût été en fait déjà un signe de l’affai­blis­se­ment du mou­ve­ment syn­di­cal. L’illu­sion, tant en 1955 qu’en 1995, était que des objec­tifs clairs, une « bonne direc­tion » et une « bonne admi­nis­tra­tion » avec des « gens compétents » pou­vaient chan­ger le cours de rela­tions socia­les qui, pour­tant, dép­endent tota­le­ment de l’évo­lution du capi­ta­lisme amé­ricain et mon­dial, contre laquelle une appro­che réf­orm­iste n’a aucune prise. Les exem­ples ne man­quent pas de telles ten­ta­ti­ves, soit de chan­ger les direc­tions syn­di­ca­les soit de les démoc­ra­tiser, qui tour­nent court - non à cause du manque d’efforts ou de l’inca­pa­cité des réf­or­mateurs, mais tout sim­ple­ment parce que la place du syn­di­cat dans le système capi­ta­liste est dét­erminée par les néc­essités du capi­tal à un moment donné. Particulièrement aux Etats-Unis, aucune des ten­ta­ti­ves, soit de chan­ger la struc­ture du syn­di­cat ou l’équipe diri­geante, soit d’ins­tau­rer des « pra­ti­ques démoc­ra­tiques » (comme chez les Teamsters avec la ten­dance Teamster for Democratic Union ), n’a enrayé le déclin du syn­di­cat, par­ti­cu­liè­rement dans les sec­teurs qui assu­raient sa puis­sance.

Retour sur le xxe siècle

Il ne fait aucun doute que pen­dant la pre­mière moitié du xxe siècle, la place prise par le syn­di­ca­lisme et les différents grands syn­di­cats était due aux néc­essités pro­pres du capi­tal durant cette pér­iode à tra­vers ses différ­entes vicis­si­tu­des his­to­ri­ques : d’un côté, l’essor du capi­ta­lisme aux Etats-Unis lui don­nait la pos­si­bi­lité de lâcher des miet­tes pour conser­ver un maxi­mum de paix sociale ; d’un autre côté, cette même néc­essité et les tech­ni­ques de pro­duc­tion don­naient aux tra­vailleurs des pos­si­bi­lités d’action qui leur per­met­taient d’enri­chir ces quel­ques miet­tes. Le rôle des syn­di­cats dans le main­tien de ce rap­port de forces deve­nait essen­tiel et il pou­vait se poser comme un intermédi­aire « effi­cace » dans les rela­tions capi­tal-tra­vail. Les sec­teurs clés de la puis­sance capi­ta­liste aux Etats-Unis même étaient alors les gros­ses indus­tries de base : mines, sidér­urgie, auto­mo­bile, trans­ports ; le com­pro­mis for­diste fonc­tion­nait à plein et la base syn­di­cale était précisément, comme par­tout ailleurs dans le monde, dans ces indus­tries (la base de ce qu’on appela alors dans les années 1920 en Grande-Bretagne, la triple alliance). Mais à partir des années 1950, le vent com­mença à tour­ner. La pre­mière vague de l’auto­ma­tion cou­pait l’herbe sous les pieds des deux gran­des fédé­rations syn­di­ca­les, d’où leur fusion pour tenter de redon­ner du poids à la méd­iation syn­di­cale.. Malgré cette mise en commun des efforts, les effec­tifs syn­di­caux déclinèrent de plus belle, alors que les nou­vel­les tech­no­lo­gies de pro­duc­tion balayaient les qua­li­fi­ca­tions antéri­eures et chan­geaient radi­ca­le­ment les condi­tions d’exploi­ta­tion, per­met­tant entre autres le dép­la­cement des usines dans des zones où la main-d’œuvre était plus faci­le­ment exploi­ta­ble et, sur­tout, non cou­verte par les accords syn­di­caux des grands centre indus­triels : c’est ainsi que l’on vit les délo­ca­li­sations à l’intérieur des Etats-Unis vers le centre et le sud, là où les syn­di­cats étaient par­ti­cu­liè­rement fai­bles. Le taux d’adhésion à l’AFL-CIO passa de 35 % de la popu­la­tion active en 1955 à 26 % en 1970 et à 15 % lors­que Sweeney fut consa­cré pré­sident de la fédé­ration.

« Les nou­veaux prolét­aires de l’auto­ma­tion »

C’est ce déclin qui entraîna précisément en 1995 la montée des « réf­orm­istes » d’alors, dont Sweeney était le chef de file. A l’époque, la bataille fit rage entre les « anciens » et les « moder­nes » qui vou­laient « orga­ni­ser les masses ouvrières et influer sur les poli­ti­ques élec­to­rales ». Ces der­niers, regroupés sous le dra­peau « New Voice » (Nouvelle Voix), triom­phèrent, mais il était évident qu’il n’enten­daient aucu­ne­ment mettre en cause le rôle fon­da­men­tal du syn­di­cat - seu­le­ment lui impo­ser un autre style et une autre appro­che du prolé­tariat, dans l’espoir de stop­per son déclin. Un chan­ge­ment d’habits, de look en quel­que sorte, une « moder­ni­sa­tion ». Leur base res­tait pour­tant les « vieilles indus­tries » sur les­quel­les ils ten­taient de s’appuyer en essayant d’attein­dre les « nou­veaux prolét­aires de l’auto­ma­tion ». Les rés­ultats ne furent pas au rendez-vous : aujourd’hui, le taux global moyen de syn­di­ca­li­sa­tion est des­cendu à 12,5 % (35 % dans le sec­teur public et seu­le­ment 7,9 % dans le sec­teur privé.)

Cette nou­velle chute - qui tou­chait tous les pays indus­tria­lisés - était due non seu­le­ment à l’intro­duc­tion de nou­vel­les tech­ni­ques de pro­duc­tion (dont l’effet se fai­sait encore sentir par leur exten­sion à tous les domai­nes de l’éco­nomie, ser­vi­ces com­pris), mais aussi à une restruc­tu­ra­tion mon­diale du capi­tal, que l’on a appelée inexac­te­ment « glo­ba­li­sa­tion ».

Ce n’était pour­tant que l’exten­sion à l’éch­elle mon­diale du phénomène de trans­fert des indus­tries vers les régions ou pays à très bas coûts de pro­duc­tion, conséqu­ence indi­recte de la baisse du taux de profit du capi­tal. mais qui était sur­tout permis par le dével­op­pement des nou­vel­les tech­ni­ques auto­ri­sant un coût réduit de toutes les formes de trans­ports (ce phénomène ampli­fiait éga­lement les conséqu­ences de l’intro­duc­tion des nou­vel­les tech­ni­ques de pro­duc­tion).

Imitant en cela ce qui s’était passé dix ans ou cin­quante ans plus tôt, les réf­or­mateurs actuels avançent les mêmes argu­ments de « moder­ni­sa­tion » de l’AFL-CIO, pour le rendre plus « effi­cace » (faute de coti­sa­tions, l’AFL-CIO a dû réc­emment licen­cier 400 de ses employés per­ma­nents et, parmi les réf­ormes pro­posées, figure le déman­tèlement des bureaux syn­di­caux et du lobby de Washington). Bien sûr qu’il s’agis­sait pour ces nou­veaux moder­nis­tes d’une ques­tion de pou­voir dans l’appa­reil, mais ce pou­voir des dis­si­dents exis­tait dans les faits ; ils vou­laient qu’il existe aussi dans la forme, dans les struc­tu­res de la fédé­ration. Dans une ana­lyse de la situa­tion, un des bureau­cra­tes de la SEIU, le prin­ci­pal des syn­di­cats d’oppo­si­tion, pou­vait écrire qu’ils avaient trois pers­pec­ti­ves : « Réorganiser et recons­truire le mou­ve­ment ouvrier ; accé­lérer la concen­tra­tion des syn­di­cats qui auraient le pou­voir exclu­sif de dis­cus­sion avec les patrons pour des sec­teurs entiers de l’éco­nomie et d’inter­dire ainsi aux syn­di­cats d’aller bra­conner dans le champ du voisin ; aller vers les 87 % de non-syn­di­qués qui occu­paient main­te­nant pour l’essen­tiel des emplois non exposés aux délo­ca­li­sations - hôtels, entre­tien, trans­ports, com­merce et dis­tri­bu­tion. » Ils pen­saient que des struc­tu­res ver­ti­ca­les natio­na­les pou­vaient per­met­tre cette réno­vation de la confé­dé­ration.

Disparition

Ce n’est pas du tout un hasard si, à l’intérieur de l’AFL-CIO, le rap­port de forces entre les différ­entes ten­dan­ces, c’est-à-dire entre les syn­di­cats res­pec­tifs, s’est pro­fondément modi­fié : cela cor­res­pond aux trans­for­ma­tions pro­fon­des de l’éco­nomie et de l’appa­reil pro­duc­tif à l’intérieur des Etats-Unis. Les bureau­cra­tes de la direc­tion peu­vent déf­endre bec et ongles leur posi­tion dans l’appa­reil mais leur base a des pieds d’argile : pres­que toutes les indus­tries qui avaient fait leur force méd­iat­rice, fourni leur trou­pes et assuré leurs res­sour­ces finan­cières avaient été considé­rab­lement réd­uites ou même avaient dis­paru.

Un exem­ple frap­pant peut être donné par la situa­tion de ce qui était la force prin­ci­pale de l’AFL-CIO, le United Automobile Workers (UAW) regrou­pant les tra­vailleurs de l’auto­mo­bile, qui n’est plus que le tiers de ce qu’il était il y a quel­ques années et qui en est réduit à une « ges­tion des restes », à modu­ler pour les rendre plus accep­ta­bles les res­tric­tions imposées par les néc­essités de survie des prin­ci­paux cons­truc­teurs de l’auto­mo­bile. Par exem­ple, réc­emment, l’UAW a signé un com­pro­mis avec General Motors qui réduit sen­si­ble­ment le mon­tant des rem­bour­se­ments concer­nant la santé pour les tra­vailleurs et les retraités. Les per­ma­nents des sec­tions syn­di­ca­les de l’UAW dans la région de Detroit n’ont plus assez d’argent pour se payer des femmes de ménage et doi­vent eux-mêmes net­toyer les locaux syn­di­caux.

Un des bureau­cra­tes de la SEIU pen­sait remédier à cette hém­or­ragie d’adhérents autour de la cons­ta­ta­tion que « les syn­di­cats doi­vent trou­ver quel­ques chose que les tra­vailleurs veu­lent bien ache­ter ». D’une cer­taine façon, c’est oublier que si les syn­di­cats ont quel­que chose à vendre, c’est que le patro­nat en a besoin et a la pos­si­bi­lité de lâcher quel­ques miet­tes : sa posi­tion à ce sujet est tou­jours prag­ma­ti­que et ne dépend en aucune façon ni des tra­vailleurs, ni de leurs représ­entants patentés.

Si, effec­ti­ve­ment, le patro­nat des vieilles indus­tries qui engen­drent la force de l’AFL-CIO ne four­nit plus au syn­di­cat que la réd­uction des avan­ta­ges consen­tis dans les pér­iodes de prospérité, les sec­teurs cou­verts par les syn­di­cats dis­si­dents offrent un champ d’acti­vités où le syn­di­cat peut glaner quel­ques miet­tes, en raison de la posi­tion des tra­vailleurs et des néc­essités des firmes concernées. Ce n’est pas un hasard si ces syn­di­cats peu­vent se tar­guer d’être deve­nus les poids lourds de la confé­dé­ration et de lui four­nir l’essen­tiel de sa finance. Comme ils le sou­li­gnent eux-mêmes, ils œuvrent dans des sec­teurs de l’éco­nomie non délo­ca­li­sables et, de ce fait, un champ reste ouvert pour « recru­ter ». D’autant plus que, sou­vent, les tra­vailleurs de ces sec­teurs sont par­ti­cu­liè­rement exploités, ont très peu d’avan­ta­ges et sont conduits à se battre pour obte­nir un mini­mum (comme on a pu le voir ces der­nières années chez les tra­vailleurs de la ges­tion et l’entre­tien des immeu­bles d’affai­res, hôtels, etc.). La dis­tri­bu­tion leur offre elle aussi un champ d’action non nég­lig­eable. Par exem­ple, la plus grande des entre­pri­ses de ce sec­teur, Wal-Mart est réso­lument hos­tile à toute forme de représ­en­tation syn­di­cale.

Conséquences

Quelle sera l’inci­dence de cette scis­sion à la fois sur l’AFL-CIO, sur l’ensem­ble du mou­ve­ment syn­di­cal amé­ricain et sur­tout sur ses pos­si­bi­lités d’inter­ven­tion dans les rap­ports capi­tal-tra­vail ? Difficile à dire, d’autant qu’on ne sait pas aujourd’hui quel­les sont les inten­tions réelles des scis­sion­nis­tes : mon­nayer leur retour dans le giron de la confé­dé­ration ou cons­ti­tuer une confé­dé­ration rivale et assécher l’AFL-CIO ?

La pre­mière réaction dans les milieux syn­di­caux et poli­ti­que de gauche est de dire que cette divi­sion va affai­blir le mou­ve­ment syn­di­cal (comme s’il ne l’était pas déjà, la divi­sion venant précisément de sa fai­blesse). Pourtant, un représ­entant du patro­nat déc­larait : « Les syn­di­cats ont encore le pou­voir de nous rendre la vie très dif­fi­cile, mais beau­coup moins s’ils sont divisés ». Mais les mêmes milieux peu­vent crain­dre une suren­chère entre les deux têtes du mou­ve­ment, ce sur quoi iro­ni­sait un autre représ­entant patro­nal : « Il y a du sang dans l’eau, et ça vien­dra ali­men­ter la rage. » Un juriste patro­nal était peut être plus dans le vrai lorsqu’il cons­ta­tait que « la plu­part des conseillers juri­di­ques patro­naux pen­sent que les lea­ders syn­di­caux met­tent en place des équipes de tueurs dans un cercle limité. Je ne pense pas que cela fasse sou­rire les milieux patro­naux. Ils se conten­tent de haus­ser les épaules. »

Une autre conséqu­ence pour­rait se situer sur le plan inter­na­tio­nal. L’AFL-CIO est un des éléments domi­nants de la Confédération inter­na­tio­nale des syn­di­cats libres (CISL), machine de guerre au ser­vice de la pénét­ration mon­diale des Etats-Unis. Cette confé­dé­ration est actuel­le­ment en dis­cus­sion avec la confé­dé­ration mon­diale chréti­enne World Confederation of Labor en vue d’une fusion. Il est pos­si­ble que la scis­sion de l’AFL-CIO ait des rép­erc­ussions sur cette glo­ba­li­sa­tion syn­di­cale, mais on peut penser que la rép­onse ne tient pas tant à ce que feront les scis­sion­nis­tes mais des néc­essités inter­nes et exter­nes de la domi­na­tion mon­diale du capi­tal amé­ricain.

Une ques­tion

Il reste une ques­tion plus impor­tante qui n’est pas abordée dans cet exposé : pour­quoi les syn­di­cats, quelle que soit leur orien­ta­tion, per­dent-ils régul­ièrement leur pou­voir de base, celui d’adhésion des tra­vailleurs, pour ne conser­ver que ce que le capi­tal veut bien leur concéder du pou­voir légal de leur ins­ti­tu­tion­na­li­sa­tion, défin­issant une place res­tric­tive dans le procès de pro­duc­tion et les rela­tions capi­tal-tra­vail ?

La rép­onse serait double. D’un côté, le capi­tal n’a plus guère besoin, en raison de la modi­fi­ca­tion de ses struc­tu­res sur le plan mon­dial et des tech­ni­ques de pro­duc­tion, de ces méd­iations syn­di­ca­les (ce qu’illus­tre­rait la ten­dance à pri­vilégier les rela­tions direc­tes contrac­tuel­les entre l’entre­prise et le tra­vailleur indi­vi­duel balayant tout enca­dre­ment col­lec­tif légal ou conven­tion­nel). De l’autre, la prés­ence de cou­rants auto­no­mes de lutte sous des formes diver­si­fiées et leur élarg­is­sement hors du cadre de l’entre­prise (éga­lement comme une conséqu­ence de l’indi­vi­dua­li­sa­tion de la rela­tion d’exploi­ta­tion). L’étr­oit­esse du champ légal d’acti­vité syn­di­cale et l’impos­si­bi­lité de sou­te­nir les trans­gres­sions (en raison même de son caractère fon­da­men­tal de méd­iateur) ren­dent tota­le­ment obsolètes l’exis­tence même des syn­di­cats, les réd­uisant au rôle de conseillers juri­di­ques du pou­voir.

Les deux ques­tions sont d’ailleurs étr­oi­tement imbri­quées et de telles cons­ta­ta­tions mon­trent que la scis­sion de l’AFL-CIO peut n’appa­raître que comme une tempête dans un verre d’eau.

H. S.

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