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LA POUDRE AUX YEUX DE LA BAISSE DU TEMPS DE TRAVAIL EN RÉGIME CAPITALISTE

Ce texte est paru dans Echanges n° 82 (juillet-décembre 1996), page 10

publié le mardi 14 février 2006

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img12|centerLa question du temps de travail est revenue sur le tapis au mois d’avril 1996. Les médias, la presse syndicale, et le patronat ne vont pas cesser de nous parler des 35 heures, et même des 32 heures, de la semaine de quatre jours... pour créer des emplois.

Ce qui est à l’ordre du jour, ce n’est pas la baisse du temps de travail, c’est son utilisation, sa productivité, son allongement déguisé

Les illu­sions réf­orm­istes revien­nent au galop et le par­tage du tra­vail entre tous est remis en selle par la CFDT. Seulement nous savons que toute baisse du temps de tra­vail sera tou­jours com­pensée par un accrois­se­ment de la pro­duc­ti­vité, notam­ment par une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements.

Pour cela, le patro­nat veut : plus de flexi­bi­lité, de mobi­lité, le tra­vail 24 heures sur 24, le temps annuel pour n’uti­li­ser la force de tra­vail que lorsqu’il en a besoin. Dans des bran­ches comme la banque et les assu­ran­ces, il veut sup­pri­mer le décret de 1937 qui garan­tit deux jours consé­cut­ifs de repos dont le diman­che. D’ailleurs, ne venons-nous pas d’enten­dre le patro­nat alle­mand reven­di­quer le retour aux 40 heures ?

Il tente aussi, sous cou­vert de baisse du temps de tra­vail, d’ aug­men­ter celui-ci par la pro­lon­ga­tion du temps de tra­vail pour tou­cher sa retraite pleine et entière de dix tri­mes­tres. Le patro­nat pour­suit cette poli­ti­que, en bri­sant ou en révisant les conven­tions col­lec­ti­ves : sup­pres­sion des jours de congés pour ancien­neté et grades, sup­pres­sion des jours pour mala­die d’une journée, ren­for­ce­ment des péna­li­sations pour absen­ces, notam­ment dans les accords d’intér­es­sement.

Il y a aussi, dans de nom­breux sec­teurs, des pres­sions sur l’emploi qui se tra­dui­sent par un accrois­se­ment des temps de prés­ence bien au-delà des 39 heures, c’est-à-dire des heures sup­plém­ent­aires non payées. Dans une enquête réalisée par les syn­di­cats de la com­pa­gnie d’assu­rance le GAN, 42,5% des sondés déc­larent effec­tuer des heures non com­pensées en moyenne de 7 heures par mois..

Les syn­di­cats du tex­tile veu­lent « mettre le paquet » pour les 32 heures ; c’est encore une illu­sion, quand on sait qu’il se pré­pare en Europe la liqui­da­tion de 850 000 emplois dans le tex­tile suite à l’annu­la­tion de l’accord mul­ti­fi­bres.

Ce que cher­che le patro­nat, avec ses lois quin­quen­nale et Robien... c’est à obte­nir, sous cou­vert d’embau­che, plus de flexi­bi­lité pour jus­te­ment licen­cier davan­tage. La loi Robien est chargée de réussir là ou la loi quin­quen­nale a échouée : l’arti­cle 39 de cette loi prévoyait que les réd­uctions de char­ges socia­les ne concer­ne­raient que les entre­pri­ses qui bais­se­raient le temps de tra­vail avec perte de salaire.

Comme on ne peut pas attra­per le ser­pent par la gueule, attra­pons-le par la queue, c’est la dém­arche de la loi Robien qui ne parle plus de cette obli­ga­tion de bais­ser les salai­res pour obte­nir d’impor­tan­tes réd­uctions de char­ges socia­les que le contri­bua­ble devra amor­tir. Comme cette loi parle de réd­uction du temps de tra­vail assor­tie de créations d’emplois ou de RENONCEMENT à licen­cier, parions qu’avec les plans de licen­cie­ments en chaîne qui tom­bent depuis le mois de juillet, les licen­cie­ments seront nom­breux et les embau­ches extrê­mement limitées.

Parions aussi que, sous la hou­lette de la CFDT et autres, la baisse de salaire se fera par un gel des reva­lo­ri­sa­tions de salai­res.

Il faut savoir, que dans cer­tai­nes entre­pri­ses, des accords à temps choisi ou par­tiel sti­pu­lent que le sala­rié béné­fici­aire de cet accord ne peut plus reve­nir à plein temps : il s’agit donc d’un licen­cie­ment par­tiel.

La saga d’une réd­uction impos­si­ble et tou­jours d’actua­lité

L’affaire du « temps de tra­vail » ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt-cinq ans que le patro­nat fait la chasse aux temps morts, à l’absenté­isme.

Remontons à 1975 : dès cette année-là, la situa­tion de l’emploi com­mence à pren­dre un tour­nant inquiétant, si inquiétant que les pays européens décident de convo­quer une confér­ence tri­par­tite de l’emploi (syn­di­cats, patro­nats, et minis­tres du tra­vail et des finan­ces des pays mem­bres). Bien que le pro­blème de l’emploi soit jugé pré­oc­cupant, la confér­ence se sol­dera par des mesu­res de types clas­si­que :

-  modé­ration de l’accrois­se­ment des salai­res ;

-  ralen­tis­se­ment des dép­enses publi­ques ;

-  le tout accom­pa­gné d’un ren­for­ce­ment de la col­la­bo­ra­tion de classe sous les voca­bles « d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la vie de l’entre­prise ». C’est en 1975 que sort le rap­port Sudreau sur la « réf­orme de l’entre­prise »

La par­ti­ci­pa­tion à la vie de l’entre­prise s’est ter­minée pour des mil­lions d’ouvriers et de sala­riés au bureau de chômage.

Au prin­temps 1977, une nou­velle confér­ence tri­par­tite cons­tate (notez le terme) un « encom­bre­ment » du marché du tra­vail des deman­deurs d’emploi, doublé de la poussée des femmes qui veu­lent trou­ver un emploi. La confér­ence déc­ouvre, avec effroi, qu’il n’est plus évident que les futurs inves­tis­se­ments per­met­tent d’enrayer la montée du chômage, car l’auto­ma­tion et la ratio­na­li­sa­tion vien­nent contra­rier cette ten­dance.

Le BIT (Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail) fait une déc­la­ration qui confirme cette ten­dance ; il considère que l’évo­lution du chômage dans le monde va pro­gres­ser à la cadence de 100 chômeurs de plus par seconde.

En 1979, les minis­tres du tra­vail des neuf pays européens, après avoir plan­ché sur « la rép­ar­tition du tra­vail », considèrent après le congrès syn­di­cal de Munich, que l’Europe des 35 heures est à l’ordre du jour. Mitterrand lui-même, après son élection, par­lera de l’urgence d’aller le plus vite pos­si­ble aux 35 heures.

Sous le règne du capi­tal, ce n’est point le tra­vail qu’il faut par­ta­ger, c’est le chômage

Marx, par­lant de la guerre que se livrent les capi­ta­lis­tes entre eux, disait :.

« Cette guerre a ceci de par­ti­cu­lier que les batailles y sont moins gagnées par le recru­te­ment que par le congéd­iement de l’armée ouvrière. Les généraux, les capi­ta­lis­tes riva­li­sent entre eux à qui pourra licen­cier le plus de sol­dats d’indus­trie » (Travail sala­rié et capi­tal).

L’objec­tif de toutes les confér­ences, de tous les rap­ports syn­di­cats-patrons, des réunions tri­par­ti­tes et du bour­rage de crâne de la télé et de la presse fémi­nine sur le temps de tra­vail est de faire accep­ter le « par­tage du chômage et de la misère » et d’exploi­ter sans merci ceux qui res­tent au tra­vail.

« La guerre mon­diale » que se livrent les capi­ta­lis­tes exige qu’en Europe la pro­duc­ti­vité riva­lise avec celle du Japon, celle des pays du tiers monde. Pour y par­ve­nir, il est néc­ess­aire de briser les rigi­dités du temps de tra­vail. C’est en ce sens que le rap­port Giraudet indi­quait : « Certaines caté­gories d’acti­vité exi­gent des horai­res diver­si­fiés dans l’année : c’est le cas des indus­tries sai­son­nières telles que l’agro-ali­men­taire, le tou­risme, l’hôte­llerie, ou des bran­ches sou­mi­ses à des irré­gu­larités, telles que le bâtiment et les tra­vaux publics. C’est aussi celui des indus­tries for­te­ment expor­ta­tri­ces dont la pro­duc­tion dépend de com­man­des irré­gulières et aléat­oires, ou encore des entre­pri­ses en contact avec le public, qui doi­vent tenir compte de la dis­po­ni­bi­lité de leurs clients (ban­ques, petits com­mer­ces, admi­nis­tra­tions). »

Le prin­cipe de l’annua­li­sa­tion du temps de tra­vail venait d’être sacra­lisé par ce rap­port. Pour faire face à la concur­rence inter­na­tio­nale, les capi­ta­lis­tes doi­vent se doter d’usines ultra-moder­nes qu’ils devront faire tour­ner à plein ren­de­ment (jour et nuit, pen­dant les congés, les week-end...) pour contre­car­rer le phénomène de l’usure pré­maturée des équi­pements. Ils veu­lent une force de tra­vail puri­fiée, dont on aura éliminé « la mala­die, l’absenté­isme, la mater­nité, la vieillesse... »

Tous les rap­ports (Boulin, Lucas, Giraudet) et lois (quin­quen­nale, Robien) sur le temps de tra­vail et son amé­na­gement, condui­sent à une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements et à l’aug­men­ta­tion des licen­cie­ments. Citons encore Giraudet :

« L’uti­li­sa­tion des équi­pements, les rigi­dités de l’amé­na­gement du temps de tra­vail, par­ti­cu­liè­rement mar­quées dans notre pays, condui­sent à des uti­li­sa­tions annuel­les sou­vent insuf­fi­san­tes des outilla­ges de plus en plus per­fec­tionnés et coûteux dont les entre­pri­ses doi­vent néc­ess­ai­rement s’équiper.  » Supportable en pér­iode de forte crois­sance, cette dif­fi­culté conduit par­fois à renon­cer à l’inves­tis­se­ment, et donc au dével­op­pement de la pro­duc­ti­vité des équi­pements en pér­iode de quasi - sta­gna­tion. »

Et Giraudet pour­suit en avouant sans détour que si le « temps annuel n’est pas uti­lisé pour dégra­isser le per­son­nel à faible pro­duc­ti­vité (...), il devient alors impos­si­ble de finan­cer et de ren­ta­bi­li­ser un outil plus moderne si le poids de son amor­tis­se­ment est obéré par sa trop faible uti­li­sa­tion » (page 22).

Le rap­port Giraudet avait au moins le mérite de ne pas mas­quer que la réd­uction du temps de tra­vail sur le cycle annuel ne serait pas cré­at­rice d’emploi : « Dans la plu­part des cas, les dimi­nu­tions de temps de tra­vail sont par­tiel­le­ment com­pensées par des gains de pro­duc­ti­vité. Même dans le cas du tra­vail en continu, il n’est pas néc­ess­aire de recru­ter à due pro­por­tion des heures per­dues, car l’équipe sup­plém­ent­aire absorbe dans un pre­mier temps les ren­forts ou les équipes de rem­pla­ce­ments préex­istants. La réd­uction des temps de tra­vail ne conduit donc jamais à la création pro­por­tion­nelle d’emplois » (page 23).

Il suffit de voir l’accord de chez Whirpool (600 sala­riés) pour s’en convain­cre. L’accord est accom­pa­gné d’une baisse d’horaire heb­do­ma­daire, de 37 heures 75 à 36 heures 50. Cette société fabri­que des sèche-linge et les varia­tions de com­man­des sont de 1 à 5 et par­fois de 1 à 10 selon les sai­sons.

Avec l’annua­li­sa­tion, la poro­sité du temps de tra­vail dis­pa­raît, l’employeur éco­no­mise le recours aux inté­rim­aires (350 en automne 94), soit 45 % du per­son­nel. Grâce à la loi quin­quen­nale, qui permet dés­ormais d’embau­cher à temps par­tiel annua­lisé, l’entre­prise va embau­cher 40 inté­rim­aires à temps par­tiel pour sept mois, de juin à déc­embre. Nous pour­rions même prét­endre qu’au concas­sage du temps de tra­vail doit cor­res­pon­dre celui des contrats de tra­vail en tout genre.

La cam­pa­gne actuelle sur le temps de tra­vail, loin de créer des emplois, ne fera qu’aider le patro­nat à en sup­pri­mer sous cou­vert d’embau­che.

G. B.

octo­bre 1996 Les illu­sions réf­orm­istes revien­nent au galop et le par­tage du tra­vail entre tous est remis en selle par la CFDT. Seulement nous savons que toute baisse du temps de tra­vail sera tou­jours com­pensée par un accrois­se­ment de la pro­duc­ti­vité, notam­ment par une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements.

Pour cela, le patro­nat veut : plus de flexi­bi­lité, de mobi­lité, le tra­vail 24 heures sur 24, le temps annuel pour n’uti­li­ser la force de tra­vail que lorsqu’il en a besoin. Dans des bran­ches comme la banque et les assu­ran­ces, il veut sup­pri­mer le décret de 1937 qui garan­tit deux jours consé­cut­ifs de repos dont le diman­che. D’ailleurs, ne venons-nous pas d’enten­dre le patro­nat alle­mand reven­di­quer le retour aux 40 heures ?

Il tente aussi, sous cou­vert de baisse du temps de tra­vail, d’ aug­men­ter celui-ci par la pro­lon­ga­tion du temps de tra­vail pour tou­cher sa retraite pleine et entière de dix tri­mes­tres. Le patro­nat pour­suit cette poli­ti­que, en bri­sant ou en révisant les conven­tions col­lec­ti­ves : sup­pres­sion des jours de congés pour ancien­neté et grades, sup­pres­sion des jours pour mala­die d’une journée, ren­for­ce­ment des péna­li­sations pour absen­ces, notam­ment dans les accords d’intér­es­sement.

Il y a aussi, dans de nom­breux sec­teurs, des pres­sions sur l’emploi qui se tra­dui­sent par un accrois­se­ment des temps de prés­ence bien au-delà des 39 heures, c’est-à-dire des heures sup­plém­ent­aires non payées. Dans une enquête réalisée par les syn­di­cats de la com­pa­gnie d’assu­rance le GAN, 42,5% des sondés déc­larent effec­tuer des heures non com­pensées en moyenne de 7 heures par mois..

Les syn­di­cats du tex­tile veu­lent « mettre le paquet » pour les 32 heures ; c’est encore une illu­sion, quand on sait qu’il se pré­pare en Europe la liqui­da­tion de 850 000 emplois dans le tex­tile suite à l’annu­la­tion de l’accord mul­ti­fi­bres.

Ce que cher­che le patro­nat, avec ses lois quin­quen­nale et Robien... c’est à obte­nir, sous cou­vert d’embau­che, plus de flexi­bi­lité pour jus­te­ment licen­cier davan­tage. La loi Robien est chargée de réussir là ou la loi quin­quen­nale a échouée : l’arti­cle 39 de cette loi prévoyait que les réd­uctions de char­ges socia­les ne concer­ne­raient que les entre­pri­ses qui bais­se­raient le temps de tra­vail avec perte de salaire.

Comme on ne peut pas attra­per le ser­pent par la gueule, attra­pons-le par la queue, c’est la dém­arche de la loi Robien qui ne parle plus de cette obli­ga­tion de bais­ser les salai­res pour obte­nir d’impor­tan­tes réd­uctions de char­ges socia­les que le contri­bua­ble devra amor­tir. Comme cette loi parle de réd­uction du temps de tra­vail assor­tie de créations d’emplois ou de RENONCEMENT à licen­cier, parions qu’avec les plans de licen­cie­ments en chaîne qui tom­bent depuis le mois de juillet, les licen­cie­ments seront nom­breux et les embau­ches extrê­mement limitées.

Parions aussi que, sous la hou­lette de la CFDT et autres, la baisse de salaire se fera par un gel des reva­lo­ri­sa­tions de salai­res.

Il faut savoir, que dans cer­tai­nes entre­pri­ses, des accords à temps choisi ou par­tiel sti­pu­lent que le sala­rié béné­fici­aire de cet accord ne peut plus reve­nir à plein temps : il s’agit donc d’un licen­cie­ment par­tiel.

La saga d’une réd­uction impos­si­ble et tou­jours d’actua­lité

L’affaire du « temps de tra­vail » ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt-cinq ans que le patro­nat fait la chasse aux temps morts, à l’absenté­isme.

Remontons à 1975 : dès cette année-là, la situa­tion de l’emploi com­mence à pren­dre un tour­nant inquiétant, si inquiétant que les pays européens décident de convo­quer une confér­ence tri­par­tite de l’emploi (syn­di­cats, patro­nats, et minis­tres du tra­vail et des finan­ces des pays mem­bres). Bien que le pro­blème de l’emploi soit jugé pré­oc­cupant, la confér­ence se sol­dera par des mesu­res de types clas­si­que :

-  modé­ration de l’accrois­se­ment des salai­res ;

-  ralen­tis­se­ment des dép­enses publi­ques ;

-  le tout accom­pa­gné d’un ren­for­ce­ment de la col­la­bo­ra­tion de classe sous les voca­bles « d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la vie de l’entre­prise ». C’est en 1975 que sort le rap­port Sudreau sur la « réf­orme de l’entre­prise »

La par­ti­ci­pa­tion à la vie de l’entre­prise s’est ter­minée pour des mil­lions d’ouvriers et de sala­riés au bureau de chômage.

Au prin­temps 1977, une nou­velle confér­ence tri­par­tite cons­tate (notez le terme) un « encom­bre­ment » du marché du tra­vail des deman­deurs d’emploi, doublé de la poussée des femmes qui veu­lent trou­ver un emploi. La confér­ence déc­ouvre, avec effroi, qu’il n’est plus évident que les futurs inves­tis­se­ments per­met­tent d’enrayer la montée du chômage, car l’auto­ma­tion et la ratio­na­li­sa­tion vien­nent contra­rier cette ten­dance.

Le BIT (Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail) fait une déc­la­ration qui confirme cette ten­dance ; il considère que l’évo­lution du chômage dans le monde va pro­gres­ser à la cadence de 100 chômeurs de plus par seconde.

En 1979, les minis­tres du tra­vail des neuf pays européens, après avoir plan­ché sur « la rép­ar­tition du tra­vail », considèrent après le congrès syn­di­cal de Munich, que l’Europe des 35 heures est à l’ordre du jour. Mitterrand lui-même, après son élection, par­lera de l’urgence d’aller le plus vite pos­si­ble aux 35 heures.

Sous le règne du capi­tal, ce n’est point le tra­vail qu’il faut par­ta­ger, c’est le chômage

Marx, par­lant de la guerre que se livrent les capi­ta­lis­tes entre eux, disait :.

« Cette guerre a ceci de par­ti­cu­lier que les batailles y sont moins gagnées par le recru­te­ment que par le congéd­iement de l’armée ouvrière. Les généraux, les capi­ta­lis­tes riva­li­sent entre eux à qui pourra licen­cier le plus de sol­dats d’indus­trie » (Travail sala­rié et capi­tal).

L’objec­tif de toutes les confér­ences, de tous les rap­ports syn­di­cats-patrons, des réunions tri­par­ti­tes et du bour­rage de crâne de la télé et de la presse fémi­nine sur le temps de tra­vail est de faire accep­ter le « par­tage du chômage et de la misère » et d’exploi­ter sans merci ceux qui res­tent au tra­vail.

« La guerre mon­diale » que se livrent les capi­ta­lis­tes exige qu’en Europe la pro­duc­ti­vité riva­lise avec celle du Japon, celle des pays du tiers monde. Pour y par­ve­nir, il est néc­ess­aire de briser les rigi­dités du temps de tra­vail. C’est en ce sens que le rap­port Giraudet indi­quait : « Certaines caté­gories d’acti­vité exi­gent des horai­res diver­si­fiés dans l’année : c’est le cas des indus­tries sai­son­nières telles que l’agro-ali­men­taire, le tou­risme, l’hôte­llerie, ou des bran­ches sou­mi­ses à des irré­gu­larités, telles que le bâtiment et les tra­vaux publics. C’est aussi celui des indus­tries for­te­ment expor­ta­tri­ces dont la pro­duc­tion dépend de com­man­des irré­gulières et aléat­oires, ou encore des entre­pri­ses en contact avec le public, qui doi­vent tenir compte de la dis­po­ni­bi­lité de leurs clients (ban­ques, petits com­mer­ces, admi­nis­tra­tions). »

Le prin­cipe de l’annua­li­sa­tion du temps de tra­vail venait d’être sacra­lisé par ce rap­port. Pour faire face à la concur­rence inter­na­tio­nale, les capi­ta­lis­tes doi­vent se doter d’usines ultra-moder­nes qu’ils devront faire tour­ner à plein ren­de­ment (jour et nuit, pen­dant les congés, les week-end...) pour contre­car­rer le phénomène de l’usure pré­maturée des équi­pements. Ils veu­lent une force de tra­vail puri­fiée, dont on aura éliminé « la mala­die, l’absenté­isme, la mater­nité, la vieillesse... »

Tous les rap­ports (Boulin, Lucas, Giraudet) et lois (quin­quen­nale, Robien) sur le temps de tra­vail et son amé­na­gement, condui­sent à une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements et à l’aug­men­ta­tion des licen­cie­ments. Citons encore Giraudet :

« L’uti­li­sa­tion des équi­pements, les rigi­dités de l’amé­na­gement du temps de tra­vail, par­ti­cu­liè­rement mar­quées dans notre pays, condui­sent à des uti­li­sa­tions annuel­les sou­vent insuf­fi­san­tes des outilla­ges de plus en plus per­fec­tionnés et coûteux dont les entre­pri­ses doi­vent néc­ess­ai­rement s’équiper.  » Supportable en pér­iode de forte crois­sance, cette dif­fi­culté conduit par­fois à renon­cer à l’inves­tis­se­ment, et donc au dével­op­pement de la pro­duc­ti­vité des équi­pements en pér­iode de quasi - sta­gna­tion. »

Et Giraudet pour­suit en avouant sans détour que si le « temps annuel n’est pas uti­lisé pour dégra­isser le per­son­nel à faible pro­duc­ti­vité (...), il devient alors impos­si­ble de finan­cer et de ren­ta­bi­li­ser un outil plus moderne si le poids de son amor­tis­se­ment est obéré par sa trop faible uti­li­sa­tion » (page 22).

Le rap­port Giraudet avait au moins le mérite de ne pas mas­quer que la réd­uction du temps de tra­vail sur le cycle annuel ne serait pas cré­at­rice d’emploi : « Dans la plu­part des cas, les dimi­nu­tions de temps de tra­vail sont par­tiel­le­ment com­pensées par des gains de pro­duc­ti­vité. Même dans le cas du tra­vail en continu, il n’est pas néc­ess­aire de recru­ter à due pro­por­tion des heures per­dues, car l’équipe sup­plém­ent­aire absorbe dans un pre­mier temps les ren­forts ou les équipes de rem­pla­ce­ments préex­istants. La réd­uction des temps de tra­vail ne conduit donc jamais à la création pro­por­tion­nelle d’emplois » (page 23).

Il suffit de voir l’accord de chez Whirpool (600 sala­riés) pour s’en convain­cre. L’accord est accom­pa­gné d’une baisse d’horaire heb­do­ma­daire, de 37 heures 75 à 36 heures 50. Cette société fabri­que des sèche-linge et les varia­tions de com­man­des sont de 1 à 5 et par­fois de 1 à 10 selon les sai­sons.

Avec l’annua­li­sa­tion, la poro­sité du temps de tra­vail dis­pa­raît, l’employeur éco­no­mise le recours aux inté­rim­aires (350 en automne 94), soit 45 % du per­son­nel. Grâce à la loi quin­quen­nale, qui permet dés­ormais d’embau­cher à temps par­tiel annua­lisé, l’entre­prise va embau­cher 40 inté­rim­aires à temps par­tiel pour sept mois, de juin à déc­embre. Nous pour­rions même prét­endre qu’au concas­sage du temps de tra­vail doit cor­res­pon­dre celui des contrats de tra­vail en tout genre.

La cam­pa­gne actuelle sur le temps de tra­vail, loin de créer des emplois, ne fera qu’aider le patro­nat à en sup­pri­mer sous cou­vert d’embau­che.

G. B.

octo­bre 1996 Les illu­sions réf­orm­istes revien­nent au galop et le par­tage du tra­vail entre tous est remis en selle par la CFDT. Seulement nous savons que toute baisse du temps de tra­vail sera tou­jours com­pensée par un accrois­se­ment de la pro­duc­ti­vité, notam­ment par une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements.

Pour cela, le patro­nat veut : plus de flexi­bi­lité, de mobi­lité, le tra­vail 24 heures sur 24, le temps annuel pour n’uti­li­ser la force de tra­vail que lorsqu’il en a besoin. Dans des bran­ches comme la banque et les assu­ran­ces, il veut sup­pri­mer le décret de 1937 qui garan­tit deux jours consé­cut­ifs de repos dont le diman­che. D’ailleurs, ne venons-nous pas d’enten­dre le patro­nat alle­mand reven­di­quer le retour aux 40 heures ?

Il tente aussi, sous cou­vert de baisse du temps de tra­vail, d’ aug­men­ter celui-ci par la pro­lon­ga­tion du temps de tra­vail pour tou­cher sa retraite pleine et entière de dix tri­mes­tres. Le patro­nat pour­suit cette poli­ti­que, en bri­sant ou en révisant les conven­tions col­lec­ti­ves : sup­pres­sion des jours de congés pour ancien­neté et grades, sup­pres­sion des jours pour mala­die d’une journée, ren­for­ce­ment des péna­li­sations pour absen­ces, notam­ment dans les accords d’intér­es­sement.

Il y a aussi, dans de nom­breux sec­teurs, des pres­sions sur l’emploi qui se tra­dui­sent par un accrois­se­ment des temps de prés­ence bien au-delà des 39 heures, c’est-à-dire des heures sup­plém­ent­aires non payées. Dans une enquête réalisée par les syn­di­cats de la com­pa­gnie d’assu­rance le GAN, 42,5% des sondés déc­larent effec­tuer des heures non com­pensées en moyenne de 7 heures par mois..

Les syn­di­cats du tex­tile veu­lent « mettre le paquet » pour les 32 heures ; c’est encore une illu­sion, quand on sait qu’il se pré­pare en Europe la liqui­da­tion de 850 000 emplois dans le tex­tile suite à l’annu­la­tion de l’accord mul­ti­fi­bres.

Ce que cher­che le patro­nat, avec ses lois quin­quen­nale et Robien... c’est à obte­nir, sous cou­vert d’embau­che, plus de flexi­bi­lité pour jus­te­ment licen­cier davan­tage. La loi Robien est chargée de réussir là ou la loi quin­quen­nale a échouée : l’arti­cle 39 de cette loi prévoyait que les réd­uctions de char­ges socia­les ne concer­ne­raient que les entre­pri­ses qui bais­se­raient le temps de tra­vail avec perte de salaire.

Comme on ne peut pas attra­per le ser­pent par la gueule, attra­pons-le par la queue, c’est la dém­arche de la loi Robien qui ne parle plus de cette obli­ga­tion de bais­ser les salai­res pour obte­nir d’impor­tan­tes réd­uctions de char­ges socia­les que le contri­bua­ble devra amor­tir. Comme cette loi parle de réd­uction du temps de tra­vail assor­tie de créations d’emplois ou de RENONCEMENT à licen­cier, parions qu’avec les plans de licen­cie­ments en chaîne qui tom­bent depuis le mois de juillet, les licen­cie­ments seront nom­breux et les embau­ches extrê­mement limitées.

Parions aussi que, sous la hou­lette de la CFDT et autres, la baisse de salaire se fera par un gel des reva­lo­ri­sa­tions de salai­res.

Il faut savoir, que dans cer­tai­nes entre­pri­ses, des accords à temps choisi ou par­tiel sti­pu­lent que le sala­rié béné­fici­aire de cet accord ne peut plus reve­nir à plein temps : il s’agit donc d’un licen­cie­ment par­tiel.

La saga d’une réd­uction impos­si­ble et tou­jours d’actua­lité

L’affaire du « temps de tra­vail » ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt-cinq ans que le patro­nat fait la chasse aux temps morts, à l’absenté­isme.

Remontons à 1975 : dès cette année-là, la situa­tion de l’emploi com­mence à pren­dre un tour­nant inquiétant, si inquiétant que les pays européens décident de convo­quer une confér­ence tri­par­tite de l’emploi (syn­di­cats, patro­nats, et minis­tres du tra­vail et des finan­ces des pays mem­bres). Bien que le pro­blème de l’emploi soit jugé pré­oc­cupant, la confér­ence se sol­dera par des mesu­res de types clas­si­que :

-  modé­ration de l’accrois­se­ment des salai­res ;

-  ralen­tis­se­ment des dép­enses publi­ques ;

-  le tout accom­pa­gné d’un ren­for­ce­ment de la col­la­bo­ra­tion de classe sous les voca­bles « d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la vie de l’entre­prise ». C’est en 1975 que sort le rap­port Sudreau sur la « réf­orme de l’entre­prise »

La par­ti­ci­pa­tion à la vie de l’entre­prise s’est ter­minée pour des mil­lions d’ouvriers et de sala­riés au bureau de chômage.

Au prin­temps 1977, une nou­velle confér­ence tri­par­tite cons­tate (notez le terme) un « encom­bre­ment » du marché du tra­vail des deman­deurs d’emploi, doublé de la poussée des femmes qui veu­lent trou­ver un emploi. La confér­ence déc­ouvre, avec effroi, qu’il n’est plus évident que les futurs inves­tis­se­ments per­met­tent d’enrayer la montée du chômage, car l’auto­ma­tion et la ratio­na­li­sa­tion vien­nent contra­rier cette ten­dance.

Le BIT (Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail) fait une déc­la­ration qui confirme cette ten­dance ; il considère que l’évo­lution du chômage dans le monde va pro­gres­ser à la cadence de 100 chômeurs de plus par seconde.

En 1979, les minis­tres du tra­vail des neuf pays européens, après avoir plan­ché sur « la rép­ar­tition du tra­vail », considèrent après le congrès syn­di­cal de Munich, que l’Europe des 35 heures est à l’ordre du jour. Mitterrand lui-même, après son élection, par­lera de l’urgence d’aller le plus vite pos­si­ble aux 35 heures.

Sous le règne du capi­tal, ce n’est point le tra­vail qu’il faut par­ta­ger, c’est le chômage

Marx, par­lant de la guerre que se livrent les capi­ta­lis­tes entre eux, disait :.

« Cette guerre a ceci de par­ti­cu­lier que les batailles y sont moins gagnées par le recru­te­ment que par le congéd­iement de l’armée ouvrière. Les généraux, les capi­ta­lis­tes riva­li­sent entre eux à qui pourra licen­cier le plus de sol­dats d’indus­trie » (Travail sala­rié et capi­tal).

L’objec­tif de toutes les confér­ences, de tous les rap­ports syn­di­cats-patrons, des réunions tri­par­ti­tes et du bour­rage de crâne de la télé et de la presse fémi­nine sur le temps de tra­vail est de faire accep­ter le « par­tage du chômage et de la misère » et d’exploi­ter sans merci ceux qui res­tent au tra­vail.

« La guerre mon­diale » que se livrent les capi­ta­lis­tes exige qu’en Europe la pro­duc­ti­vité riva­lise avec celle du Japon, celle des pays du tiers monde. Pour y par­ve­nir, il est néc­ess­aire de briser les rigi­dités du temps de tra­vail. C’est en ce sens que le rap­port Giraudet indi­quait : « Certaines caté­gories d’acti­vité exi­gent des horai­res diver­si­fiés dans l’année : c’est le cas des indus­tries sai­son­nières telles que l’agro-ali­men­taire, le tou­risme, l’hôte­llerie, ou des bran­ches sou­mi­ses à des irré­gu­larités, telles que le bâtiment et les tra­vaux publics. C’est aussi celui des indus­tries for­te­ment expor­ta­tri­ces dont la pro­duc­tion dépend de com­man­des irré­gulières et aléat­oires, ou encore des entre­pri­ses en contact avec le public, qui doi­vent tenir compte de la dis­po­ni­bi­lité de leurs clients (ban­ques, petits com­mer­ces, admi­nis­tra­tions). »

Le prin­cipe de l’annua­li­sa­tion du temps de tra­vail venait d’être sacra­lisé par ce rap­port. Pour faire face à la concur­rence inter­na­tio­nale, les capi­ta­lis­tes doi­vent se doter d’usines ultra-moder­nes qu’ils devront faire tour­ner à plein ren­de­ment (jour et nuit, pen­dant les congés, les week-end...) pour contre­car­rer le phénomène de l’usure pré­maturée des équi­pements. Ils veu­lent une force de tra­vail puri­fiée, dont on aura éliminé « la mala­die, l’absenté­isme, la mater­nité, la vieillesse... »

Tous les rap­ports (Boulin, Lucas, Giraudet) et lois (quin­quen­nale, Robien) sur le temps de tra­vail et son amé­na­gement, condui­sent à une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements et à l’aug­men­ta­tion des licen­cie­ments. Citons encore Giraudet :

« L’uti­li­sa­tion des équi­pements, les rigi­dités de l’amé­na­gement du temps de tra­vail, par­ti­cu­liè­rement mar­quées dans notre pays, condui­sent à des uti­li­sa­tions annuel­les sou­vent insuf­fi­san­tes des outilla­ges de plus en plus per­fec­tionnés et coûteux dont les entre­pri­ses doi­vent néc­ess­ai­rement s’équiper.  » Supportable en pér­iode de forte crois­sance, cette dif­fi­culté conduit par­fois à renon­cer à l’inves­tis­se­ment, et donc au dével­op­pement de la pro­duc­ti­vité des équi­pements en pér­iode de quasi - sta­gna­tion. »

Et Giraudet pour­suit en avouant sans détour que si le « temps annuel n’est pas uti­lisé pour dégra­isser le per­son­nel à faible pro­duc­ti­vité (...), il devient alors impos­si­ble de finan­cer et de ren­ta­bi­li­ser un outil plus moderne si le poids de son amor­tis­se­ment est obéré par sa trop faible uti­li­sa­tion » (page 22).

Le rap­port Giraudet avait au moins le mérite de ne pas mas­quer que la réd­uction du temps de tra­vail sur le cycle annuel ne serait pas cré­at­rice d’emploi : « Dans la plu­part des cas, les dimi­nu­tions de temps de tra­vail sont par­tiel­le­ment com­pensées par des gains de pro­duc­ti­vité. Même dans le cas du tra­vail en continu, il n’est pas néc­ess­aire de recru­ter à due pro­por­tion des heures per­dues, car l’équipe sup­plém­ent­aire absorbe dans un pre­mier temps les ren­forts ou les équipes de rem­pla­ce­ments préex­istants. La réd­uction des temps de tra­vail ne conduit donc jamais à la création pro­por­tion­nelle d’emplois » (page 23).

Il suffit de voir l’accord de chez Whirpool (600 sala­riés) pour s’en convain­cre. L’accord est accom­pa­gné d’une baisse d’horaire heb­do­ma­daire, de 37 heures 75 à 36 heures 50. Cette société fabri­que des sèche-linge et les varia­tions de com­man­des sont de 1 à 5 et par­fois de 1 à 10 selon les sai­sons.

Avec l’annua­li­sa­tion, la poro­sité du temps de tra­vail dis­pa­raît, l’employeur éco­no­mise le recours aux inté­rim­aires (350 en automne 94), soit 45 % du per­son­nel. Grâce à la loi quin­quen­nale, qui permet dés­ormais d’embau­cher à temps par­tiel annua­lisé, l’entre­prise va embau­cher 40 inté­rim­aires à temps par­tiel pour sept mois, de juin à déc­embre. Nous pour­rions même prét­endre qu’au concas­sage du temps de tra­vail doit cor­res­pon­dre celui des contrats de tra­vail en tout genre.

La cam­pa­gne actuelle sur le temps de tra­vail, loin de créer des emplois, ne fera qu’aider le patro­nat à en sup­pri­mer sous cou­vert d’embau­che.

G. B.

octo­bre 1996 Les illu­sions réf­orm­istes revien­nent au galop et le par­tage du tra­vail entre tous est remis en selle par la CFDT. Seulement nous savons que toute baisse du temps de tra­vail sera tou­jours com­pensée par un accrois­se­ment de la pro­duc­ti­vité, notam­ment par une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements.

Pour cela, le patro­nat veut : plus de flexi­bi­lité, de mobi­lité, le tra­vail 24 heures sur 24, le temps annuel pour n’uti­li­ser la force de tra­vail que lorsqu’il en a besoin. Dans des bran­ches comme la banque et les assu­ran­ces, il veut sup­pri­mer le décret de 1937 qui garan­tit deux jours consé­cut­ifs de repos dont le diman­che. D’ailleurs, ne venons-nous pas d’enten­dre le patro­nat alle­mand reven­di­quer le retour aux 40 heures ?

Il tente aussi, sous cou­vert de baisse du temps de tra­vail, d’ aug­men­ter celui-ci par la pro­lon­ga­tion du temps de tra­vail pour tou­cher sa retraite pleine et entière de dix tri­mes­tres. Le patro­nat pour­suit cette poli­ti­que, en bri­sant ou en révisant les conven­tions col­lec­ti­ves : sup­pres­sion des jours de congés pour ancien­neté et grades, sup­pres­sion des jours pour mala­die d’une journée, ren­for­ce­ment des péna­li­sations pour absen­ces, notam­ment dans les accords d’intér­es­sement.

Il y a aussi, dans de nom­breux sec­teurs, des pres­sions sur l’emploi qui se tra­dui­sent par un accrois­se­ment des temps de prés­ence bien au-delà des 39 heures, c’est-à-dire des heures sup­plém­ent­aires non payées. Dans une enquête réalisée par les syn­di­cats de la com­pa­gnie d’assu­rance le GAN, 42,5% des sondés déc­larent effec­tuer des heures non com­pensées en moyenne de 7 heures par mois..

Les syn­di­cats du tex­tile veu­lent « mettre le paquet » pour les 32 heures ; c’est encore une illu­sion, quand on sait qu’il se pré­pare en Europe la liqui­da­tion de 850 000 emplois dans le tex­tile suite à l’annu­la­tion de l’accord mul­ti­fi­bres.

Ce que cher­che le patro­nat, avec ses lois quin­quen­nale et Robien... c’est à obte­nir, sous cou­vert d’embau­che, plus de flexi­bi­lité pour jus­te­ment licen­cier davan­tage. La loi Robien est chargée de réussir là ou la loi quin­quen­nale a échouée : l’arti­cle 39 de cette loi prévoyait que les réd­uctions de char­ges socia­les ne concer­ne­raient que les entre­pri­ses qui bais­se­raient le temps de tra­vail avec perte de salaire.

Comme on ne peut pas attra­per le ser­pent par la gueule, attra­pons-le par la queue, c’est la dém­arche de la loi Robien qui ne parle plus de cette obli­ga­tion de bais­ser les salai­res pour obte­nir d’impor­tan­tes réd­uctions de char­ges socia­les que le contri­bua­ble devra amor­tir. Comme cette loi parle de réd­uction du temps de tra­vail assor­tie de créations d’emplois ou de RENONCEMENT à licen­cier, parions qu’avec les plans de licen­cie­ments en chaîne qui tom­bent depuis le mois de juillet, les licen­cie­ments seront nom­breux et les embau­ches extrê­mement limitées.

Parions aussi que, sous la hou­lette de la CFDT et autres, la baisse de salaire se fera par un gel des reva­lo­ri­sa­tions de salai­res.

Il faut savoir, que dans cer­tai­nes entre­pri­ses, des accords à temps choisi ou par­tiel sti­pu­lent que le sala­rié béné­fici­aire de cet accord ne peut plus reve­nir à plein temps : il s’agit donc d’un licen­cie­ment par­tiel.

La saga d’une réd­uction impos­si­ble et tou­jours d’actua­lité

L’affaire du « temps de tra­vail » ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt-cinq ans que le patro­nat fait la chasse aux temps morts, à l’absenté­isme.

Remontons à 1975 : dès cette année-là, la situa­tion de l’emploi com­mence à pren­dre un tour­nant inquiétant, si inquiétant que les pays européens décident de convo­quer une confér­ence tri­par­tite de l’emploi (syn­di­cats, patro­nats, et minis­tres du tra­vail et des finan­ces des pays mem­bres). Bien que le pro­blème de l’emploi soit jugé pré­oc­cupant, la confér­ence se sol­dera par des mesu­res de types clas­si­que :

-  modé­ration de l’accrois­se­ment des salai­res ;

-  ralen­tis­se­ment des dép­enses publi­ques ;

-  le tout accom­pa­gné d’un ren­for­ce­ment de la col­la­bo­ra­tion de classe sous les voca­bles « d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la vie de l’entre­prise ». C’est en 1975 que sort le rap­port Sudreau sur la « réf­orme de l’entre­prise »

La par­ti­ci­pa­tion à la vie de l’entre­prise s’est ter­minée pour des mil­lions d’ouvriers et de sala­riés au bureau de chômage.

Au prin­temps 1977, une nou­velle confér­ence tri­par­tite cons­tate (notez le terme) un « encom­bre­ment » du marché du tra­vail des deman­deurs d’emploi, doublé de la poussée des femmes qui veu­lent trou­ver un emploi. La confér­ence déc­ouvre, avec effroi, qu’il n’est plus évident que les futurs inves­tis­se­ments per­met­tent d’enrayer la montée du chômage, car l’auto­ma­tion et la ratio­na­li­sa­tion vien­nent contra­rier cette ten­dance.

Le BIT (Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail) fait une déc­la­ration qui confirme cette ten­dance ; il considère que l’évo­lution du chômage dans le monde va pro­gres­ser à la cadence de 100 chômeurs de plus par seconde.

En 1979, les minis­tres du tra­vail des neuf pays européens, après avoir plan­ché sur « la rép­ar­tition du tra­vail », considèrent après le congrès syn­di­cal de Munich, que l’Europe des 35 heures est à l’ordre du jour. Mitterrand lui-même, après son élection, par­lera de l’urgence d’aller le plus vite pos­si­ble aux 35 heures.

Sous le règne du capi­tal, ce n’est point le tra­vail qu’il faut par­ta­ger, c’est le chômage

Marx, par­lant de la guerre que se livrent les capi­ta­lis­tes entre eux, disait :.

« Cette guerre a ceci de par­ti­cu­lier que les batailles y sont moins gagnées par le recru­te­ment que par le congéd­iement de l’armée ouvrière. Les généraux, les capi­ta­lis­tes riva­li­sent entre eux à qui pourra licen­cier le plus de sol­dats d’indus­trie » (Travail sala­rié et capi­tal).

L’objec­tif de toutes les confér­ences, de tous les rap­ports syn­di­cats-patrons, des réunions tri­par­ti­tes et du bour­rage de crâne de la télé et de la presse fémi­nine sur le temps de tra­vail est de faire accep­ter le « par­tage du chômage et de la misère » et d’exploi­ter sans merci ceux qui res­tent au tra­vail.

« La guerre mon­diale » que se livrent les capi­ta­lis­tes exige qu’en Europe la pro­duc­ti­vité riva­lise avec celle du Japon, celle des pays du tiers monde. Pour y par­ve­nir, il est néc­ess­aire de briser les rigi­dités du temps de tra­vail. C’est en ce sens que le rap­port Giraudet indi­quait : « Certaines caté­gories d’acti­vité exi­gent des horai­res diver­si­fiés dans l’année : c’est le cas des indus­tries sai­son­nières telles que l’agro-ali­men­taire, le tou­risme, l’hôte­llerie, ou des bran­ches sou­mi­ses à des irré­gu­larités, telles que le bâtiment et les tra­vaux publics. C’est aussi celui des indus­tries for­te­ment expor­ta­tri­ces dont la pro­duc­tion dépend de com­man­des irré­gulières et aléat­oires, ou encore des entre­pri­ses en contact avec le public, qui doi­vent tenir compte de la dis­po­ni­bi­lité de leurs clients (ban­ques, petits com­mer­ces, admi­nis­tra­tions). »

Le prin­cipe de l’annua­li­sa­tion du temps de tra­vail venait d’être sacra­lisé par ce rap­port. Pour faire face à la concur­rence inter­na­tio­nale, les capi­ta­lis­tes doi­vent se doter d’usines ultra-moder­nes qu’ils devront faire tour­ner à plein ren­de­ment (jour et nuit, pen­dant les congés, les week-end...) pour contre­car­rer le phénomène de l’usure pré­maturée des équi­pements. Ils veu­lent une force de tra­vail puri­fiée, dont on aura éliminé « la mala­die, l’absenté­isme, la mater­nité, la vieillesse... »

Tous les rap­ports (Boulin, Lucas, Giraudet) et lois (quin­quen­nale, Robien) sur le temps de tra­vail et son amé­na­gement, condui­sent à une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements et à l’aug­men­ta­tion des licen­cie­ments. Citons encore Giraudet :

« L’uti­li­sa­tion des équi­pements, les rigi­dités de l’amé­na­gement du temps de tra­vail, par­ti­cu­liè­rement mar­quées dans notre pays, condui­sent à des uti­li­sa­tions annuel­les sou­vent insuf­fi­san­tes des outilla­ges de plus en plus per­fec­tionnés et coûteux dont les entre­pri­ses doi­vent néc­ess­ai­rement s’équiper.  » Supportable en pér­iode de forte crois­sance, cette dif­fi­culté conduit par­fois à renon­cer à l’inves­tis­se­ment, et donc au dével­op­pement de la pro­duc­ti­vité des équi­pements en pér­iode de quasi - sta­gna­tion. »

Et Giraudet pour­suit en avouant sans détour que si le « temps annuel n’est pas uti­lisé pour dégra­isser le per­son­nel à faible pro­duc­ti­vité (...), il devient alors impos­si­ble de finan­cer et de ren­ta­bi­li­ser un outil plus moderne si le poids de son amor­tis­se­ment est obéré par sa trop faible uti­li­sa­tion » (page 22).

Le rap­port Giraudet avait au moins le mérite de ne pas mas­quer que la réd­uction du temps de tra­vail sur le cycle annuel ne serait pas cré­at­rice d’emploi : « Dans la plu­part des cas, les dimi­nu­tions de temps de tra­vail sont par­tiel­le­ment com­pensées par des gains de pro­duc­ti­vité. Même dans le cas du tra­vail en continu, il n’est pas néc­ess­aire de recru­ter à due pro­por­tion des heures per­dues, car l’équipe sup­plém­ent­aire absorbe dans un pre­mier temps les ren­forts ou les équipes de rem­pla­ce­ments préex­istants. La réd­uction des temps de tra­vail ne conduit donc jamais à la création pro­por­tion­nelle d’emplois » (page 23).

Il suffit de voir l’accord de chez Whirpool (600 sala­riés) pour s’en convain­cre. L’accord est accom­pa­gné d’une baisse d’horaire heb­do­ma­daire, de 37 heures 75 à 36 heures 50. Cette société fabri­que des sèche-linge et les varia­tions de com­man­des sont de 1 à 5 et par­fois de 1 à 10 selon les sai­sons.

Avec l’annua­li­sa­tion, la poro­sité du temps de tra­vail dis­pa­raît, l’employeur éco­no­mise le recours aux inté­rim­aires (350 en automne 94), soit 45 % du per­son­nel. Grâce à la loi quin­quen­nale, qui permet dés­ormais d’embau­cher à temps par­tiel annua­lisé, l’entre­prise va embau­cher 40 inté­rim­aires à temps par­tiel pour sept mois, de juin à déc­embre. Nous pour­rions même prét­endre qu’au concas­sage du temps de tra­vail doit cor­res­pon­dre celui des contrats de tra­vail en tout genre.

La cam­pa­gne actuelle sur le temps de tra­vail, loin de créer des emplois, ne fera qu’aider le patro­nat à en sup­pri­mer sous cou­vert d’embau­che.

G. B.

octo­bre 1996 Les illu­sions réf­orm­istes revien­nent au galop et le par­tage du tra­vail entre tous est remis en selle par la CFDT. Seulement nous savons que toute baisse du temps de tra­vail sera tou­jours com­pensée par un accrois­se­ment de la pro­duc­ti­vité, notam­ment par une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements.

Pour cela, le patro­nat veut : plus de flexi­bi­lité, de mobi­lité, le tra­vail 24 heures sur 24, le temps annuel pour n’uti­li­ser la force de tra­vail que lorsqu’il en a besoin. Dans des bran­ches comme la banque et les assu­ran­ces, il veut sup­pri­mer le décret de 1937 qui garan­tit deux jours consé­cut­ifs de repos dont le diman­che. D’ailleurs, ne venons-nous pas d’enten­dre le patro­nat alle­mand reven­di­quer le retour aux 40 heures ?

Il tente aussi, sous cou­vert de baisse du temps de tra­vail, d’ aug­men­ter celui-ci par la pro­lon­ga­tion du temps de tra­vail pour tou­cher sa retraite pleine et entière de dix tri­mes­tres. Le patro­nat pour­suit cette poli­ti­que, en bri­sant ou en révisant les conven­tions col­lec­ti­ves : sup­pres­sion des jours de congés pour ancien­neté et grades, sup­pres­sion des jours pour mala­die d’une journée, ren­for­ce­ment des péna­li­sations pour absen­ces, notam­ment dans les accords d’intér­es­sement.

Il y a aussi, dans de nom­breux sec­teurs, des pres­sions sur l’emploi qui se tra­dui­sent par un accrois­se­ment des temps de prés­ence bien au-delà des 39 heures, c’est-à-dire des heures sup­plém­ent­aires non payées. Dans une enquête réalisée par les syn­di­cats de la com­pa­gnie d’assu­rance le GAN, 42,5% des sondés déc­larent effec­tuer des heures non com­pensées en moyenne de 7 heures par mois..

Les syn­di­cats du tex­tile veu­lent « mettre le paquet » pour les 32 heures ; c’est encore une illu­sion, quand on sait qu’il se pré­pare en Europe la liqui­da­tion de 850 000 emplois dans le tex­tile suite à l’annu­la­tion de l’accord mul­ti­fi­bres.

Ce que cher­che le patro­nat, avec ses lois quin­quen­nale et Robien... c’est à obte­nir, sous cou­vert d’embau­che, plus de flexi­bi­lité pour jus­te­ment licen­cier davan­tage. La loi Robien est chargée de réussir là ou la loi quin­quen­nale a échouée : l’arti­cle 39 de cette loi prévoyait que les réd­uctions de char­ges socia­les ne concer­ne­raient que les entre­pri­ses qui bais­se­raient le temps de tra­vail avec perte de salaire.

Comme on ne peut pas attra­per le ser­pent par la gueule, attra­pons-le par la queue, c’est la dém­arche de la loi Robien qui ne parle plus de cette obli­ga­tion de bais­ser les salai­res pour obte­nir d’impor­tan­tes réd­uctions de char­ges socia­les que le contri­bua­ble devra amor­tir. Comme cette loi parle de réd­uction du temps de tra­vail assor­tie de créations d’emplois ou de RENONCEMENT à licen­cier, parions qu’avec les plans de licen­cie­ments en chaîne qui tom­bent depuis le mois de juillet, les licen­cie­ments seront nom­breux et les embau­ches extrê­mement limitées.

Parions aussi que, sous la hou­lette de la CFDT et autres, la baisse de salaire se fera par un gel des reva­lo­ri­sa­tions de salai­res.

Il faut savoir, que dans cer­tai­nes entre­pri­ses, des accords à temps choisi ou par­tiel sti­pu­lent que le sala­rié béné­fici­aire de cet accord ne peut plus reve­nir à plein temps : il s’agit donc d’un licen­cie­ment par­tiel.

La saga d’une réd­uction impos­si­ble et tou­jours d’actua­lité

L’affaire du « temps de tra­vail » ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt-cinq ans que le patro­nat fait la chasse aux temps morts, à l’absenté­isme.

Remontons à 1975 : dès cette année-là, la situa­tion de l’emploi com­mence à pren­dre un tour­nant inquiétant, si inquiétant que les pays européens décident de convo­quer une confér­ence tri­par­tite de l’emploi (syn­di­cats, patro­nats, et minis­tres du tra­vail et des finan­ces des pays mem­bres). Bien que le pro­blème de l’emploi soit jugé pré­oc­cupant, la confér­ence se sol­dera par des mesu­res de types clas­si­que :

-  modé­ration de l’accrois­se­ment des salai­res ;

-  ralen­tis­se­ment des dép­enses publi­ques ;

-  le tout accom­pa­gné d’un ren­for­ce­ment de la col­la­bo­ra­tion de classe sous les voca­bles « d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la vie de l’entre­prise ». C’est en 1975 que sort le rap­port Sudreau sur la « réf­orme de l’entre­prise »

La par­ti­ci­pa­tion à la vie de l’entre­prise s’est ter­minée pour des mil­lions d’ouvriers et de sala­riés au bureau de chômage.

Au prin­temps 1977, une nou­velle confér­ence tri­par­tite cons­tate (notez le terme) un « encom­bre­ment » du marché du tra­vail des deman­deurs d’emploi, doublé de la poussée des femmes qui veu­lent trou­ver un emploi. La confér­ence déc­ouvre, avec effroi, qu’il n’est plus évident que les futurs inves­tis­se­ments per­met­tent d’enrayer la montée du chômage, car l’auto­ma­tion et la ratio­na­li­sa­tion vien­nent contra­rier cette ten­dance.

Le BIT (Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail) fait une déc­la­ration qui confirme cette ten­dance ; il considère que l’évo­lution du chômage dans le monde va pro­gres­ser à la cadence de 100 chômeurs de plus par seconde.

En 1979, les minis­tres du tra­vail des neuf pays européens, après avoir plan­ché sur « la rép­ar­tition du tra­vail », considèrent après le congrès syn­di­cal de Munich, que l’Europe des 35 heures est à l’ordre du jour. Mitterrand lui-même, après son élection, par­lera de l’urgence d’aller le plus vite pos­si­ble aux 35 heures.

Sous le règne du capi­tal, ce n’est point le tra­vail qu’il faut par­ta­ger, c’est le chômage

Marx, par­lant de la guerre que se livrent les capi­ta­lis­tes entre eux, disait :.

« Cette guerre a ceci de par­ti­cu­lier que les batailles y sont moins gagnées par le recru­te­ment que par le congéd­iement de l’armée ouvrière. Les généraux, les capi­ta­lis­tes riva­li­sent entre eux à qui pourra licen­cier le plus de sol­dats d’indus­trie » (Travail sala­rié et capi­tal).

L’objec­tif de toutes les confér­ences, de tous les rap­ports syn­di­cats-patrons, des réunions tri­par­ti­tes et du bour­rage de crâne de la télé et de la presse fémi­nine sur le temps de tra­vail est de faire accep­ter le « par­tage du chômage et de la misère » et d’exploi­ter sans merci ceux qui res­tent au tra­vail.

« La guerre mon­diale » que se livrent les capi­ta­lis­tes exige qu’en Europe la pro­duc­ti­vité riva­lise avec celle du Japon, celle des pays du tiers monde. Pour y par­ve­nir, il est néc­ess­aire de briser les rigi­dités du temps de tra­vail. C’est en ce sens que le rap­port Giraudet indi­quait : « Certaines caté­gories d’acti­vité exi­gent des horai­res diver­si­fiés dans l’année : c’est le cas des indus­tries sai­son­nières telles que l’agro-ali­men­taire, le tou­risme, l’hôte­llerie, ou des bran­ches sou­mi­ses à des irré­gu­larités, telles que le bâtiment et les tra­vaux publics. C’est aussi celui des indus­tries for­te­ment expor­ta­tri­ces dont la pro­duc­tion dépend de com­man­des irré­gulières et aléat­oires, ou encore des entre­pri­ses en contact avec le public, qui doi­vent tenir compte de la dis­po­ni­bi­lité de leurs clients (ban­ques, petits com­mer­ces, admi­nis­tra­tions). »

Le prin­cipe de l’annua­li­sa­tion du temps de tra­vail venait d’être sacra­lisé par ce rap­port. Pour faire face à la concur­rence inter­na­tio­nale, les capi­ta­lis­tes doi­vent se doter d’usines ultra-moder­nes qu’ils devront faire tour­ner à plein ren­de­ment (jour et nuit, pen­dant les congés, les week-end...) pour contre­car­rer le phénomène de l’usure pré­maturée des équi­pements. Ils veu­lent une force de tra­vail puri­fiée, dont on aura éliminé « la mala­die, l’absenté­isme, la mater­nité, la vieillesse... »

Tous les rap­ports (Boulin, Lucas, Giraudet) et lois (quin­quen­nale, Robien) sur le temps de tra­vail et son amé­na­gement, condui­sent à une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements et à l’aug­men­ta­tion des licen­cie­ments. Citons encore Giraudet :

« L’uti­li­sa­tion des équi­pements, les rigi­dités de l’amé­na­gement du temps de tra­vail, par­ti­cu­liè­rement mar­quées dans notre pays, condui­sent à des uti­li­sa­tions annuel­les sou­vent insuf­fi­san­tes des outilla­ges de plus en plus per­fec­tionnés et coûteux dont les entre­pri­ses doi­vent néc­ess­ai­rement s’équiper.  » Supportable en pér­iode de forte crois­sance, cette dif­fi­culté conduit par­fois à renon­cer à l’inves­tis­se­ment, et donc au dével­op­pement de la pro­duc­ti­vité des équi­pements en pér­iode de quasi - sta­gna­tion. »

Et Giraudet pour­suit en avouant sans détour que si le « temps annuel n’est pas uti­lisé pour dégra­isser le per­son­nel à faible pro­duc­ti­vité (...), il devient alors impos­si­ble de finan­cer et de ren­ta­bi­li­ser un outil plus moderne si le poids de son amor­tis­se­ment est obéré par sa trop faible uti­li­sa­tion » (page 22).

Le rap­port Giraudet avait au moins le mérite de ne pas mas­quer que la réd­uction du temps de tra­vail sur le cycle annuel ne serait pas cré­at­rice d’emploi : « Dans la plu­part des cas, les dimi­nu­tions de temps de tra­vail sont par­tiel­le­ment com­pensées par des gains de pro­duc­ti­vité. Même dans le cas du tra­vail en continu, il n’est pas néc­ess­aire de recru­ter à due pro­por­tion des heures per­dues, car l’équipe sup­plém­ent­aire absorbe dans un pre­mier temps les ren­forts ou les équipes de rem­pla­ce­ments préex­istants. La réd­uction des temps de tra­vail ne conduit donc jamais à la création pro­por­tion­nelle d’emplois » (page 23).

Il suffit de voir l’accord de chez Whirpool (600 sala­riés) pour s’en convain­cre. L’accord est accom­pa­gné d’une baisse d’horaire heb­do­ma­daire, de 37 heures 75 à 36 heures 50. Cette société fabri­que des sèche-linge et les varia­tions de com­man­des sont de 1 à 5 et par­fois de 1 à 10 selon les sai­sons.

Avec l’annua­li­sa­tion, la poro­sité du temps de tra­vail dis­pa­raît, l’employeur éco­no­mise le recours aux inté­rim­aires (350 en automne 94), soit 45 % du per­son­nel. Grâce à la loi quin­quen­nale, qui permet dés­ormais d’embau­cher à temps par­tiel annua­lisé, l’entre­prise va embau­cher 40 inté­rim­aires à temps par­tiel pour sept mois, de juin à déc­embre. Nous pour­rions même prét­endre qu’au concas­sage du temps de tra­vail doit cor­res­pon­dre celui des contrats de tra­vail en tout genre.

La cam­pa­gne actuelle sur le temps de tra­vail, loin de créer des emplois, ne fera qu’aider le patro­nat à en sup­pri­mer sous cou­vert d’embau­che.

G. B.

octo­bre 1996 Les illu­sions réf­orm­istes revien­nent au galop et le par­tage du tra­vail entre tous est remis en selle par la CFDT. Seulement nous savons que toute baisse du temps de tra­vail sera tou­jours com­pensée par un accrois­se­ment de la pro­duc­ti­vité, notam­ment par une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements.

Pour cela, le patro­nat veut : plus de flexi­bi­lité, de mobi­lité, le tra­vail 24 heures sur 24, le temps annuel pour n’uti­li­ser la force de tra­vail que lorsqu’il en a besoin. Dans des bran­ches comme la banque et les assu­ran­ces, il veut sup­pri­mer le décret de 1937 qui garan­tit deux jours consé­cut­ifs de repos dont le diman­che. D’ailleurs, ne venons-nous pas d’enten­dre le patro­nat alle­mand reven­di­quer le retour aux 40 heures ?

Il tente aussi, sous cou­vert de baisse du temps de tra­vail, d’ aug­men­ter celui-ci par la pro­lon­ga­tion du temps de tra­vail pour tou­cher sa retraite pleine et entière de dix tri­mes­tres. Le patro­nat pour­suit cette poli­ti­que, en bri­sant ou en révisant les conven­tions col­lec­ti­ves : sup­pres­sion des jours de congés pour ancien­neté et grades, sup­pres­sion des jours pour mala­die d’une journée, ren­for­ce­ment des péna­li­sations pour absen­ces, notam­ment dans les accords d’intér­es­sement.

Il y a aussi, dans de nom­breux sec­teurs, des pres­sions sur l’emploi qui se tra­dui­sent par un accrois­se­ment des temps de prés­ence bien au-delà des 39 heures, c’est-à-dire des heures sup­plém­ent­aires non payées. Dans une enquête réalisée par les syn­di­cats de la com­pa­gnie d’assu­rance le GAN, 42,5% des sondés déc­larent effec­tuer des heures non com­pensées en moyenne de 7 heures par mois..

Les syn­di­cats du tex­tile veu­lent « mettre le paquet » pour les 32 heures ; c’est encore une illu­sion, quand on sait qu’il se pré­pare en Europe la liqui­da­tion de 850 000 emplois dans le tex­tile suite à l’annu­la­tion de l’accord mul­ti­fi­bres.

Ce que cher­che le patro­nat, avec ses lois quin­quen­nale et Robien... c’est à obte­nir, sous cou­vert d’embau­che, plus de flexi­bi­lité pour jus­te­ment licen­cier davan­tage. La loi Robien est chargée de réussir là ou la loi quin­quen­nale a échouée : l’arti­cle 39 de cette loi prévoyait que les réd­uctions de char­ges socia­les ne concer­ne­raient que les entre­pri­ses qui bais­se­raient le temps de tra­vail avec perte de salaire.

Comme on ne peut pas attra­per le ser­pent par la gueule, attra­pons-le par la queue, c’est la dém­arche de la loi Robien qui ne parle plus de cette obli­ga­tion de bais­ser les salai­res pour obte­nir d’impor­tan­tes réd­uctions de char­ges socia­les que le contri­bua­ble devra amor­tir. Comme cette loi parle de réd­uction du temps de tra­vail assor­tie de créations d’emplois ou de RENONCEMENT à licen­cier, parions qu’avec les plans de licen­cie­ments en chaîne qui tom­bent depuis le mois de juillet, les licen­cie­ments seront nom­breux et les embau­ches extrê­mement limitées.

Parions aussi que, sous la hou­lette de la CFDT et autres, la baisse de salaire se fera par un gel des reva­lo­ri­sa­tions de salai­res.

Il faut savoir, que dans cer­tai­nes entre­pri­ses, des accords à temps choisi ou par­tiel sti­pu­lent que le sala­rié béné­fici­aire de cet accord ne peut plus reve­nir à plein temps : il s’agit donc d’un licen­cie­ment par­tiel.

La saga d’une réd­uction impos­si­ble et tou­jours d’actua­lité

L’affaire du « temps de tra­vail » ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt-cinq ans que le patro­nat fait la chasse aux temps morts, à l’absenté­isme.

Remontons à 1975 : dès cette année-là, la situa­tion de l’emploi com­mence à pren­dre un tour­nant inquiétant, si inquiétant que les pays européens décident de convo­quer une confér­ence tri­par­tite de l’emploi (syn­di­cats, patro­nats, et minis­tres du tra­vail et des finan­ces des pays mem­bres). Bien que le pro­blème de l’emploi soit jugé pré­oc­cupant, la confér­ence se sol­dera par des mesu­res de types clas­si­que :

-  modé­ration de l’accrois­se­ment des salai­res ;

-  ralen­tis­se­ment des dép­enses publi­ques ;

-  le tout accom­pa­gné d’un ren­for­ce­ment de la col­la­bo­ra­tion de classe sous les voca­bles « d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la vie de l’entre­prise ». C’est en 1975 que sort le rap­port Sudreau sur la « réf­orme de l’entre­prise »

La par­ti­ci­pa­tion à la vie de l’entre­prise s’est ter­minée pour des mil­lions d’ouvriers et de sala­riés au bureau de chômage.

Au prin­temps 1977, une nou­velle confér­ence tri­par­tite cons­tate (notez le terme) un « encom­bre­ment » du marché du tra­vail des deman­deurs d’emploi, doublé de la poussée des femmes qui veu­lent trou­ver un emploi. La confér­ence déc­ouvre, avec effroi, qu’il n’est plus évident que les futurs inves­tis­se­ments per­met­tent d’enrayer la montée du chômage, car l’auto­ma­tion et la ratio­na­li­sa­tion vien­nent contra­rier cette ten­dance.

Le BIT (Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail) fait une déc­la­ration qui confirme cette ten­dance ; il considère que l’évo­lution du chômage dans le monde va pro­gres­ser à la cadence de 100 chômeurs de plus par seconde.

En 1979, les minis­tres du tra­vail des neuf pays européens, après avoir plan­ché sur « la rép­ar­tition du tra­vail », considèrent après le congrès syn­di­cal de Munich, que l’Europe des 35 heures est à l’ordre du jour. Mitterrand lui-même, après son élection, par­lera de l’urgence d’aller le plus vite pos­si­ble aux 35 heures.

Sous le règne du capi­tal, ce n’est point le tra­vail qu’il faut par­ta­ger, c’est le chômage

Marx, par­lant de la guerre que se livrent les capi­ta­lis­tes entre eux, disait :.

« Cette guerre a ceci de par­ti­cu­lier que les batailles y sont moins gagnées par le recru­te­ment que par le congéd­iement de l’armée ouvrière. Les généraux, les capi­ta­lis­tes riva­li­sent entre eux à qui pourra licen­cier le plus de sol­dats d’indus­trie » (Travail sala­rié et capi­tal).

L’objec­tif de toutes les confér­ences, de tous les rap­ports syn­di­cats-patrons, des réunions tri­par­ti­tes et du bour­rage de crâne de la télé et de la presse fémi­nine sur le temps de tra­vail est de faire accep­ter le « par­tage du chômage et de la misère » et d’exploi­ter sans merci ceux qui res­tent au tra­vail.

« La guerre mon­diale » que se livrent les capi­ta­lis­tes exige qu’en Europe la pro­duc­ti­vité riva­lise avec celle du Japon, celle des pays du tiers monde. Pour y par­ve­nir, il est néc­ess­aire de briser les rigi­dités du temps de tra­vail. C’est en ce sens que le rap­port Giraudet indi­quait : « Certaines caté­gories d’acti­vité exi­gent des horai­res diver­si­fiés dans l’année : c’est le cas des indus­tries sai­son­nières telles que l’agro-ali­men­taire, le tou­risme, l’hôte­llerie, ou des bran­ches sou­mi­ses à des irré­gu­larités, telles que le bâtiment et les tra­vaux publics. C’est aussi celui des indus­tries for­te­ment expor­ta­tri­ces dont la pro­duc­tion dépend de com­man­des irré­gulières et aléat­oires, ou encore des entre­pri­ses en contact avec le public, qui doi­vent tenir compte de la dis­po­ni­bi­lité de leurs clients (ban­ques, petits com­mer­ces, admi­nis­tra­tions). »

Le prin­cipe de l’annua­li­sa­tion du temps de tra­vail venait d’être sacra­lisé par ce rap­port. Pour faire face à la concur­rence inter­na­tio­nale, les capi­ta­lis­tes doi­vent se doter d’usines ultra-moder­nes qu’ils devront faire tour­ner à plein ren­de­ment (jour et nuit, pen­dant les congés, les week-end...) pour contre­car­rer le phénomène de l’usure pré­maturée des équi­pements. Ils veu­lent une force de tra­vail puri­fiée, dont on aura éliminé « la mala­die, l’absenté­isme, la mater­nité, la vieillesse... »

Tous les rap­ports (Boulin, Lucas, Giraudet) et lois (quin­quen­nale, Robien) sur le temps de tra­vail et son amé­na­gement, condui­sent à une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements et à l’aug­men­ta­tion des licen­cie­ments. Citons encore Giraudet :

« L’uti­li­sa­tion des équi­pements, les rigi­dités de l’amé­na­gement du temps de tra­vail, par­ti­cu­liè­rement mar­quées dans notre pays, condui­sent à des uti­li­sa­tions annuel­les sou­vent insuf­fi­san­tes des outilla­ges de plus en plus per­fec­tionnés et coûteux dont les entre­pri­ses doi­vent néc­ess­ai­rement s’équiper.  » Supportable en pér­iode de forte crois­sance, cette dif­fi­culté conduit par­fois à renon­cer à l’inves­tis­se­ment, et donc au dével­op­pement de la pro­duc­ti­vité des équi­pements en pér­iode de quasi - sta­gna­tion. »

Et Giraudet pour­suit en avouant sans détour que si le « temps annuel n’est pas uti­lisé pour dégra­isser le per­son­nel à faible pro­duc­ti­vité (...), il devient alors impos­si­ble de finan­cer et de ren­ta­bi­li­ser un outil plus moderne si le poids de son amor­tis­se­ment est obéré par sa trop faible uti­li­sa­tion » (page 22).

Le rap­port Giraudet avait au moins le mérite de ne pas mas­quer que la réd­uction du temps de tra­vail sur le cycle annuel ne serait pas cré­at­rice d’emploi : « Dans la plu­part des cas, les dimi­nu­tions de temps de tra­vail sont par­tiel­le­ment com­pensées par des gains de pro­duc­ti­vité. Même dans le cas du tra­vail en continu, il n’est pas néc­ess­aire de recru­ter à due pro­por­tion des heures per­dues, car l’équipe sup­plém­ent­aire absorbe dans un pre­mier temps les ren­forts ou les équipes de rem­pla­ce­ments préex­istants. La réd­uction des temps de tra­vail ne conduit donc jamais à la création pro­por­tion­nelle d’emplois » (page 23).

Il suffit de voir l’accord de chez Whirpool (600 sala­riés) pour s’en convain­cre. L’accord est accom­pa­gné d’une baisse d’horaire heb­do­ma­daire, de 37 heures 75 à 36 heures 50. Cette société fabri­que des sèche-linge et les varia­tions de com­man­des sont de 1 à 5 et par­fois de 1 à 10 selon les sai­sons.

Avec l’annua­li­sa­tion, la poro­sité du temps de tra­vail dis­pa­raît, l’employeur éco­no­mise le recours aux inté­rim­aires (350 en automne 94), soit 45 % du per­son­nel. Grâce à la loi quin­quen­nale, qui permet dés­ormais d’embau­cher à temps par­tiel annua­lisé, l’entre­prise va embau­cher 40 inté­rim­aires à temps par­tiel pour sept mois, de juin à déc­embre. Nous pour­rions même prét­endre qu’au concas­sage du temps de tra­vail doit cor­res­pon­dre celui des contrats de tra­vail en tout genre.

La cam­pa­gne actuelle sur le temps de tra­vail, loin de créer des emplois, ne fera qu’aider le patro­nat à en sup­pri­mer sous cou­vert d’embau­che.

G. B.

octo­bre 1996 Les illu­sions réf­orm­istes revien­nent au galop et le par­tage du tra­vail entre tous est remis en selle par la CFDT. Seulement nous savons que toute baisse du temps de tra­vail sera tou­jours com­pensée par un accrois­se­ment de la pro­duc­ti­vité, notam­ment par une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements.

Pour cela, le patro­nat veut : plus de flexi­bi­lité, de mobi­lité, le tra­vail 24 heures sur 24, le temps annuel pour n’uti­li­ser la force de tra­vail que lorsqu’il en a besoin. Dans des bran­ches comme la banque et les assu­ran­ces, il veut sup­pri­mer le décret de 1937 qui garan­tit deux jours consé­cut­ifs de repos dont le diman­che. D’ailleurs, ne venons-nous pas d’enten­dre le patro­nat alle­mand reven­di­quer le retour aux 40 heures ?

Il tente aussi, sous cou­vert de baisse du temps de tra­vail, d’ aug­men­ter celui-ci par la pro­lon­ga­tion du temps de tra­vail pour tou­cher sa retraite pleine et entière de dix tri­mes­tres. Le patro­nat pour­suit cette poli­ti­que, en bri­sant ou en révisant les conven­tions col­lec­ti­ves : sup­pres­sion des jours de congés pour ancien­neté et grades, sup­pres­sion des jours pour mala­die d’une journée, ren­for­ce­ment des péna­li­sations pour absen­ces, notam­ment dans les accords d’intér­es­sement.

Il y a aussi, dans de nom­breux sec­teurs, des pres­sions sur l’emploi qui se tra­dui­sent par un accrois­se­ment des temps de prés­ence bien au-delà des 39 heures, c’est-à-dire des heures sup­plém­ent­aires non payées. Dans une enquête réalisée par les syn­di­cats de la com­pa­gnie d’assu­rance le GAN, 42,5% des sondés déc­larent effec­tuer des heures non com­pensées en moyenne de 7 heures par mois..

Les syn­di­cats du tex­tile veu­lent « mettre le paquet » pour les 32 heures ; c’est encore une illu­sion, quand on sait qu’il se pré­pare en Europe la liqui­da­tion de 850 000 emplois dans le tex­tile suite à l’annu­la­tion de l’accord mul­ti­fi­bres.

Ce que cher­che le patro­nat, avec ses lois quin­quen­nale et Robien... c’est à obte­nir, sous cou­vert d’embau­che, plus de flexi­bi­lité pour jus­te­ment licen­cier davan­tage. La loi Robien est chargée de réussir là ou la loi quin­quen­nale a échouée : l’arti­cle 39 de cette loi prévoyait que les réd­uctions de char­ges socia­les ne concer­ne­raient que les entre­pri­ses qui bais­se­raient le temps de tra­vail avec perte de salaire.

Comme on ne peut pas attra­per le ser­pent par la gueule, attra­pons-le par la queue, c’est la dém­arche de la loi Robien qui ne parle plus de cette obli­ga­tion de bais­ser les salai­res pour obte­nir d’impor­tan­tes réd­uctions de char­ges socia­les que le contri­bua­ble devra amor­tir. Comme cette loi parle de réd­uction du temps de tra­vail assor­tie de créations d’emplois ou de RENONCEMENT à licen­cier, parions qu’avec les plans de licen­cie­ments en chaîne qui tom­bent depuis le mois de juillet, les licen­cie­ments seront nom­breux et les embau­ches extrê­mement limitées.

Parions aussi que, sous la hou­lette de la CFDT et autres, la baisse de salaire se fera par un gel des reva­lo­ri­sa­tions de salai­res.

Il faut savoir, que dans cer­tai­nes entre­pri­ses, des accords à temps choisi ou par­tiel sti­pu­lent que le sala­rié béné­fici­aire de cet accord ne peut plus reve­nir à plein temps : il s’agit donc d’un licen­cie­ment par­tiel.

La saga d’une réd­uction impos­si­ble et tou­jours d’actua­lité

L’affaire du « temps de tra­vail » ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt-cinq ans que le patro­nat fait la chasse aux temps morts, à l’absenté­isme.

Remontons à 1975 : dès cette année-là, la situa­tion de l’emploi com­mence à pren­dre un tour­nant inquiétant, si inquiétant que les pays européens décident de convo­quer une confér­ence tri­par­tite de l’emploi (syn­di­cats, patro­nats, et minis­tres du tra­vail et des finan­ces des pays mem­bres). Bien que le pro­blème de l’emploi soit jugé pré­oc­cupant, la confér­ence se sol­dera par des mesu­res de types clas­si­que :

-  modé­ration de l’accrois­se­ment des salai­res ;

-  ralen­tis­se­ment des dép­enses publi­ques ;

-  le tout accom­pa­gné d’un ren­for­ce­ment de la col­la­bo­ra­tion de classe sous les voca­bles « d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la vie de l’entre­prise ». C’est en 1975 que sort le rap­port Sudreau sur la « réf­orme de l’entre­prise »

La par­ti­ci­pa­tion à la vie de l’entre­prise s’est ter­minée pour des mil­lions d’ouvriers et de sala­riés au bureau de chômage.

Au prin­temps 1977, une nou­velle confér­ence tri­par­tite cons­tate (notez le terme) un « encom­bre­ment » du marché du tra­vail des deman­deurs d’emploi, doublé de la poussée des femmes qui veu­lent trou­ver un emploi. La confér­ence déc­ouvre, avec effroi, qu’il n’est plus évident que les futurs inves­tis­se­ments per­met­tent d’enrayer la montée du chômage, car l’auto­ma­tion et la ratio­na­li­sa­tion vien­nent contra­rier cette ten­dance.

Le BIT (Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail) fait une déc­la­ration qui confirme cette ten­dance ; il considère que l’évo­lution du chômage dans le monde va pro­gres­ser à la cadence de 100 chômeurs de plus par seconde.

En 1979, les minis­tres du tra­vail des neuf pays européens, après avoir plan­ché sur « la rép­ar­tition du tra­vail », considèrent après le congrès syn­di­cal de Munich, que l’Europe des 35 heures est à l’ordre du jour. Mitterrand lui-même, après son élection, par­lera de l’urgence d’aller le plus vite pos­si­ble aux 35 heures.

Sous le règne du capi­tal, ce n’est point le tra­vail qu’il faut par­ta­ger, c’est le chômage

Marx, par­lant de la guerre que se livrent les capi­ta­lis­tes entre eux, disait :.

« Cette guerre a ceci de par­ti­cu­lier que les batailles y sont moins gagnées par le recru­te­ment que par le congéd­iement de l’armée ouvrière. Les généraux, les capi­ta­lis­tes riva­li­sent entre eux à qui pourra licen­cier le plus de sol­dats d’indus­trie » (Travail sala­rié et capi­tal).

L’objec­tif de toutes les confér­ences, de tous les rap­ports syn­di­cats-patrons, des réunions tri­par­ti­tes et du bour­rage de crâne de la télé et de la presse fémi­nine sur le temps de tra­vail est de faire accep­ter le « par­tage du chômage et de la misère » et d’exploi­ter sans merci ceux qui res­tent au tra­vail.

« La guerre mon­diale » que se livrent les capi­ta­lis­tes exige qu’en Europe la pro­duc­ti­vité riva­lise avec celle du Japon, celle des pays du tiers monde. Pour y par­ve­nir, il est néc­ess­aire de briser les rigi­dités du temps de tra­vail. C’est en ce sens que le rap­port Giraudet indi­quait : « Certaines caté­gories d’acti­vité exi­gent des horai­res diver­si­fiés dans l’année : c’est le cas des indus­tries sai­son­nières telles que l’agro-ali­men­taire, le tou­risme, l’hôte­llerie, ou des bran­ches sou­mi­ses à des irré­gu­larités, telles que le bâtiment et les tra­vaux publics. C’est aussi celui des indus­tries for­te­ment expor­ta­tri­ces dont la pro­duc­tion dépend de com­man­des irré­gulières et aléat­oires, ou encore des entre­pri­ses en contact avec le public, qui doi­vent tenir compte de la dis­po­ni­bi­lité de leurs clients (ban­ques, petits com­mer­ces, admi­nis­tra­tions). »

Le prin­cipe de l’annua­li­sa­tion du temps de tra­vail venait d’être sacra­lisé par ce rap­port. Pour faire face à la concur­rence inter­na­tio­nale, les capi­ta­lis­tes doi­vent se doter d’usines ultra-moder­nes qu’ils devront faire tour­ner à plein ren­de­ment (jour et nuit, pen­dant les congés, les week-end...) pour contre­car­rer le phénomène de l’usure pré­maturée des équi­pements. Ils veu­lent une force de tra­vail puri­fiée, dont on aura éliminé « la mala­die, l’absenté­isme, la mater­nité, la vieillesse... »

Tous les rap­ports (Boulin, Lucas, Giraudet) et lois (quin­quen­nale, Robien) sur le temps de tra­vail et son amé­na­gement, condui­sent à une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements et à l’aug­men­ta­tion des licen­cie­ments. Citons encore Giraudet :

« L’uti­li­sa­tion des équi­pements, les rigi­dités de l’amé­na­gement du temps de tra­vail, par­ti­cu­liè­rement mar­quées dans notre pays, condui­sent à des uti­li­sa­tions annuel­les sou­vent insuf­fi­san­tes des outilla­ges de plus en plus per­fec­tionnés et coûteux dont les entre­pri­ses doi­vent néc­ess­ai­rement s’équiper.  » Supportable en pér­iode de forte crois­sance, cette dif­fi­culté conduit par­fois à renon­cer à l’inves­tis­se­ment, et donc au dével­op­pement de la pro­duc­ti­vité des équi­pements en pér­iode de quasi - sta­gna­tion. »

Et Giraudet pour­suit en avouant sans détour que si le « temps annuel n’est pas uti­lisé pour dégra­isser le per­son­nel à faible pro­duc­ti­vité (...), il devient alors impos­si­ble de finan­cer et de ren­ta­bi­li­ser un outil plus moderne si le poids de son amor­tis­se­ment est obéré par sa trop faible uti­li­sa­tion » (page 22).

Le rap­port Giraudet avait au moins le mérite de ne pas mas­quer que la réd­uction du temps de tra­vail sur le cycle annuel ne serait pas cré­at­rice d’emploi : « Dans la plu­part des cas, les dimi­nu­tions de temps de tra­vail sont par­tiel­le­ment com­pensées par des gains de pro­duc­ti­vité. Même dans le cas du tra­vail en continu, il n’est pas néc­ess­aire de recru­ter à due pro­por­tion des heures per­dues, car l’équipe sup­plém­ent­aire absorbe dans un pre­mier temps les ren­forts ou les équipes de rem­pla­ce­ments préex­istants. La réd­uction des temps de tra­vail ne conduit donc jamais à la création pro­por­tion­nelle d’emplois » (page 23).

Il suffit de voir l’accord de chez Whirpool (600 sala­riés) pour s’en convain­cre. L’accord est accom­pa­gné d’une baisse d’horaire heb­do­ma­daire, de 37 heures 75 à 36 heures 50. Cette société fabri­que des sèche-linge et les varia­tions de com­man­des sont de 1 à 5 et par­fois de 1 à 10 selon les sai­sons.

Avec l’annua­li­sa­tion, la poro­sité du temps de tra­vail dis­pa­raît, l’employeur éco­no­mise le recours aux inté­rim­aires (350 en automne 94), soit 45 % du per­son­nel. Grâce à la loi quin­quen­nale, qui permet dés­ormais d’embau­cher à temps par­tiel annua­lisé, l’entre­prise va embau­cher 40 inté­rim­aires à temps par­tiel pour sept mois, de juin à déc­embre. Nous pour­rions même prét­endre qu’au concas­sage du temps de tra­vail doit cor­res­pon­dre celui des contrats de tra­vail en tout genre.

La cam­pa­gne actuelle sur le temps de tra­vail, loin de créer des emplois, ne fera qu’aider le patro­nat à en sup­pri­mer sous cou­vert d’embau­che.

G. B.

octo­bre 1996 Les illu­sions réf­orm­istes revien­nent au galop et le par­tage du tra­vail entre tous est remis en selle par la CFDT. Seulement nous savons que toute baisse du temps de tra­vail sera tou­jours com­pensée par un accrois­se­ment de la pro­duc­ti­vité, notam­ment par une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements.

Pour cela, le patro­nat veut : plus de flexi­bi­lité, de mobi­lité, le tra­vail 24 heures sur 24, le temps annuel pour n’uti­li­ser la force de tra­vail que lorsqu’il en a besoin. Dans des bran­ches comme la banque et les assu­ran­ces, il veut sup­pri­mer le décret de 1937 qui garan­tit deux jours consé­cut­ifs de repos dont le diman­che. D’ailleurs, ne venons-nous pas d’enten­dre le patro­nat alle­mand reven­di­quer le retour aux 40 heures ?

Il tente aussi, sous cou­vert de baisse du temps de tra­vail, d’ aug­men­ter celui-ci par la pro­lon­ga­tion du temps de tra­vail pour tou­cher sa retraite pleine et entière de dix tri­mes­tres. Le patro­nat pour­suit cette poli­ti­que, en bri­sant ou en révisant les conven­tions col­lec­ti­ves : sup­pres­sion des jours de congés pour ancien­neté et grades, sup­pres­sion des jours pour mala­die d’une journée, ren­for­ce­ment des péna­li­sations pour absen­ces, notam­ment dans les accords d’intér­es­sement.

Il y a aussi, dans de nom­breux sec­teurs, des pres­sions sur l’emploi qui se tra­dui­sent par un accrois­se­ment des temps de prés­ence bien au-delà des 39 heures, c’est-à-dire des heures sup­plém­ent­aires non payées. Dans une enquête réalisée par les syn­di­cats de la com­pa­gnie d’assu­rance le GAN, 42,5% des sondés déc­larent effec­tuer des heures non com­pensées en moyenne de 7 heures par mois..

Les syn­di­cats du tex­tile veu­lent « mettre le paquet » pour les 32 heures ; c’est encore une illu­sion, quand on sait qu’il se pré­pare en Europe la liqui­da­tion de 850 000 emplois dans le tex­tile suite à l’annu­la­tion de l’accord mul­ti­fi­bres.

Ce que cher­che le patro­nat, avec ses lois quin­quen­nale et Robien... c’est à obte­nir, sous cou­vert d’embau­che, plus de flexi­bi­lité pour jus­te­ment licen­cier davan­tage. La loi Robien est chargée de réussir là ou la loi quin­quen­nale a échouée : l’arti­cle 39 de cette loi prévoyait que les réd­uctions de char­ges socia­les ne concer­ne­raient que les entre­pri­ses qui bais­se­raient le temps de tra­vail avec perte de salaire.

Comme on ne peut pas attra­per le ser­pent par la gueule, attra­pons-le par la queue, c’est la dém­arche de la loi Robien qui ne parle plus de cette obli­ga­tion de bais­ser les salai­res pour obte­nir d’impor­tan­tes réd­uctions de char­ges socia­les que le contri­bua­ble devra amor­tir. Comme cette loi parle de réd­uction du temps de tra­vail assor­tie de créations d’emplois ou de RENONCEMENT à licen­cier, parions qu’avec les plans de licen­cie­ments en chaîne qui tom­bent depuis le mois de juillet, les licen­cie­ments seront nom­breux et les embau­ches extrê­mement limitées.

Parions aussi que, sous la hou­lette de la CFDT et autres, la baisse de salaire se fera par un gel des reva­lo­ri­sa­tions de salai­res.

Il faut savoir, que dans cer­tai­nes entre­pri­ses, des accords à temps choisi ou par­tiel sti­pu­lent que le sala­rié béné­fici­aire de cet accord ne peut plus reve­nir à plein temps : il s’agit donc d’un licen­cie­ment par­tiel.

La saga d’une réd­uction impos­si­ble et tou­jours d’actua­lité

L’affaire du « temps de tra­vail » ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt-cinq ans que le patro­nat fait la chasse aux temps morts, à l’absenté­isme.

Remontons à 1975 : dès cette année-là, la situa­tion de l’emploi com­mence à pren­dre un tour­nant inquiétant, si inquiétant que les pays européens décident de convo­quer une confér­ence tri­par­tite de l’emploi (syn­di­cats, patro­nats, et minis­tres du tra­vail et des finan­ces des pays mem­bres). Bien que le pro­blème de l’emploi soit jugé pré­oc­cupant, la confér­ence se sol­dera par des mesu­res de types clas­si­que :

-  modé­ration de l’accrois­se­ment des salai­res ;

-  ralen­tis­se­ment des dép­enses publi­ques ;

-  le tout accom­pa­gné d’un ren­for­ce­ment de la col­la­bo­ra­tion de classe sous les voca­bles « d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la vie de l’entre­prise ». C’est en 1975 que sort le rap­port Sudreau sur la « réf­orme de l’entre­prise »

La par­ti­ci­pa­tion à la vie de l’entre­prise s’est ter­minée pour des mil­lions d’ouvriers et de sala­riés au bureau de chômage.

Au prin­temps 1977, une nou­velle confér­ence tri­par­tite cons­tate (notez le terme) un « encom­bre­ment » du marché du tra­vail des deman­deurs d’emploi, doublé de la poussée des femmes qui veu­lent trou­ver un emploi. La confér­ence déc­ouvre, avec effroi, qu’il n’est plus évident que les futurs inves­tis­se­ments per­met­tent d’enrayer la montée du chômage, car l’auto­ma­tion et la ratio­na­li­sa­tion vien­nent contra­rier cette ten­dance.

Le BIT (Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail) fait une déc­la­ration qui confirme cette ten­dance ; il considère que l’évo­lution du chômage dans le monde va pro­gres­ser à la cadence de 100 chômeurs de plus par seconde.

En 1979, les minis­tres du tra­vail des neuf pays européens, après avoir plan­ché sur « la rép­ar­tition du tra­vail », considèrent après le congrès syn­di­cal de Munich, que l’Europe des 35 heures est à l’ordre du jour. Mitterrand lui-même, après son élection, par­lera de l’urgence d’aller le plus vite pos­si­ble aux 35 heures.

Sous le règne du capi­tal, ce n’est point le tra­vail qu’il faut par­ta­ger, c’est le chômage

Marx, par­lant de la guerre que se livrent les capi­ta­lis­tes entre eux, disait :.

« Cette guerre a ceci de par­ti­cu­lier que les batailles y sont moins gagnées par le recru­te­ment que par le congéd­iement de l’armée ouvrière. Les généraux, les capi­ta­lis­tes riva­li­sent entre eux à qui pourra licen­cier le plus de sol­dats d’indus­trie » (Travail sala­rié et capi­tal).

L’objec­tif de toutes les confér­ences, de tous les rap­ports syn­di­cats-patrons, des réunions tri­par­ti­tes et du bour­rage de crâne de la télé et de la presse fémi­nine sur le temps de tra­vail est de faire accep­ter le « par­tage du chômage et de la misère » et d’exploi­ter sans merci ceux qui res­tent au tra­vail.

« La guerre mon­diale » que se livrent les capi­ta­lis­tes exige qu’en Europe la pro­duc­ti­vité riva­lise avec celle du Japon, celle des pays du tiers monde. Pour y par­ve­nir, il est néc­ess­aire de briser les rigi­dités du temps de tra­vail. C’est en ce sens que le rap­port Giraudet indi­quait : « Certaines caté­gories d’acti­vité exi­gent des horai­res diver­si­fiés dans l’année : c’est le cas des indus­tries sai­son­nières telles que l’agro-ali­men­taire, le tou­risme, l’hôte­llerie, ou des bran­ches sou­mi­ses à des irré­gu­larités, telles que le bâtiment et les tra­vaux publics. C’est aussi celui des indus­tries for­te­ment expor­ta­tri­ces dont la pro­duc­tion dépend de com­man­des irré­gulières et aléat­oires, ou encore des entre­pri­ses en contact avec le public, qui doi­vent tenir compte de la dis­po­ni­bi­lité de leurs clients (ban­ques, petits com­mer­ces, admi­nis­tra­tions). »

Le prin­cipe de l’annua­li­sa­tion du temps de tra­vail venait d’être sacra­lisé par ce rap­port. Pour faire face à la concur­rence inter­na­tio­nale, les capi­ta­lis­tes doi­vent se doter d’usines ultra-moder­nes qu’ils devront faire tour­ner à plein ren­de­ment (jour et nuit, pen­dant les congés, les week-end...) pour contre­car­rer le phénomène de l’usure pré­maturée des équi­pements. Ils veu­lent une force de tra­vail puri­fiée, dont on aura éliminé « la mala­die, l’absenté­isme, la mater­nité, la vieillesse... »

Tous les rap­ports (Boulin, Lucas, Giraudet) et lois (quin­quen­nale, Robien) sur le temps de tra­vail et son amé­na­gement, condui­sent à une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements et à l’aug­men­ta­tion des licen­cie­ments. Citons encore Giraudet :

« L’uti­li­sa­tion des équi­pements, les rigi­dités de l’amé­na­gement du temps de tra­vail, par­ti­cu­liè­rement mar­quées dans notre pays, condui­sent à des uti­li­sa­tions annuel­les sou­vent insuf­fi­san­tes des outilla­ges de plus en plus per­fec­tionnés et coûteux dont les entre­pri­ses doi­vent néc­ess­ai­rement s’équiper.  » Supportable en pér­iode de forte crois­sance, cette dif­fi­culté conduit par­fois à renon­cer à l’inves­tis­se­ment, et donc au dével­op­pement de la pro­duc­ti­vité des équi­pements en pér­iode de quasi - sta­gna­tion. »

Et Giraudet pour­suit en avouant sans détour que si le « temps annuel n’est pas uti­lisé pour dégra­isser le per­son­nel à faible pro­duc­ti­vité (...), il devient alors impos­si­ble de finan­cer et de ren­ta­bi­li­ser un outil plus moderne si le poids de son amor­tis­se­ment est obéré par sa trop faible uti­li­sa­tion » (page 22).

Le rap­port Giraudet avait au moins le mérite de ne pas mas­quer que la réd­uction du temps de tra­vail sur le cycle annuel ne serait pas cré­at­rice d’emploi : « Dans la plu­part des cas, les dimi­nu­tions de temps de tra­vail sont par­tiel­le­ment com­pensées par des gains de pro­duc­ti­vité. Même dans le cas du tra­vail en continu, il n’est pas néc­ess­aire de recru­ter à due pro­por­tion des heures per­dues, car l’équipe sup­plém­ent­aire absorbe dans un pre­mier temps les ren­forts ou les équipes de rem­pla­ce­ments préex­istants. La réd­uction des temps de tra­vail ne conduit donc jamais à la création pro­por­tion­nelle d’emplois » (page 23).

Il suffit de voir l’accord de chez Whirpool (600 sala­riés) pour s’en convain­cre. L’accord est accom­pa­gné d’une baisse d’horaire heb­do­ma­daire, de 37 heures 75 à 36 heures 50. Cette société fabri­que des sèche-linge et les varia­tions de com­man­des sont de 1 à 5 et par­fois de 1 à 10 selon les sai­sons.

Avec l’annua­li­sa­tion, la poro­sité du temps de tra­vail dis­pa­raît, l’employeur éco­no­mise le recours aux inté­rim­aires (350 en automne 94), soit 45 % du per­son­nel. Grâce à la loi quin­quen­nale, qui permet dés­ormais d’embau­cher à temps par­tiel annua­lisé, l’entre­prise va embau­cher 40 inté­rim­aires à temps par­tiel pour sept mois, de juin à déc­embre. Nous pour­rions même prét­endre qu’au concas­sage du temps de tra­vail doit cor­res­pon­dre celui des contrats de tra­vail en tout genre.

La cam­pa­gne actuelle sur le temps de tra­vail, loin de créer des emplois, ne fera qu’aider le patro­nat à en sup­pri­mer sous cou­vert d’embau­che.

G. B.

octo­bre 1996 Les illu­sions réf­orm­istes revien­nent au galop et le par­tage du tra­vail entre tous est remis en selle par la CFDT. Seulement nous savons que toute baisse du temps de tra­vail sera tou­jours com­pensée par un accrois­se­ment de la pro­duc­ti­vité, notam­ment par une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements.

Pour cela, le patro­nat veut : plus de flexi­bi­lité, de mobi­lité, le tra­vail 24 heures sur 24, le temps annuel pour n’uti­li­ser la force de tra­vail que lorsqu’il en a besoin. Dans des bran­ches comme la banque et les assu­ran­ces, il veut sup­pri­mer le décret de 1937 qui garan­tit deux jours consé­cut­ifs de repos dont le diman­che. D’ailleurs, ne venons-nous pas d’enten­dre le patro­nat alle­mand reven­di­quer le retour aux 40 heures ?

Il tente aussi, sous cou­vert de baisse du temps de tra­vail, d’ aug­men­ter celui-ci par la pro­lon­ga­tion du temps de tra­vail pour tou­cher sa retraite pleine et entière de dix tri­mes­tres. Le patro­nat pour­suit cette poli­ti­que, en bri­sant ou en révisant les conven­tions col­lec­ti­ves : sup­pres­sion des jours de congés pour ancien­neté et grades, sup­pres­sion des jours pour mala­die d’une journée, ren­for­ce­ment des péna­li­sations pour absen­ces, notam­ment dans les accords d’intér­es­sement.

Il y a aussi, dans de nom­breux sec­teurs, des pres­sions sur l’emploi qui se tra­dui­sent par un accrois­se­ment des temps de prés­ence bien au-delà des 39 heures, c’est-à-dire des heures sup­plém­ent­aires non payées. Dans une enquête réalisée par les syn­di­cats de la com­pa­gnie d’assu­rance le GAN, 42,5% des sondés déc­larent effec­tuer des heures non com­pensées en moyenne de 7 heures par mois..

Les syn­di­cats du tex­tile veu­lent « mettre le paquet » pour les 32 heures ; c’est encore une illu­sion, quand on sait qu’il se pré­pare en Europe la liqui­da­tion de 850 000 emplois dans le tex­tile suite à l’annu­la­tion de l’accord mul­ti­fi­bres.

Ce que cher­che le patro­nat, avec ses lois quin­quen­nale et Robien... c’est à obte­nir, sous cou­vert d’embau­che, plus de flexi­bi­lité pour jus­te­ment licen­cier davan­tage. La loi Robien est chargée de réussir là ou la loi quin­quen­nale a échouée : l’arti­cle 39 de cette loi prévoyait que les réd­uctions de char­ges socia­les ne concer­ne­raient que les entre­pri­ses qui bais­se­raient le temps de tra­vail avec perte de salaire.

Comme on ne peut pas attra­per le ser­pent par la gueule, attra­pons-le par la queue, c’est la dém­arche de la loi Robien qui ne parle plus de cette obli­ga­tion de bais­ser les salai­res pour obte­nir d’impor­tan­tes réd­uctions de char­ges socia­les que le contri­bua­ble devra amor­tir. Comme cette loi parle de réd­uction du temps de tra­vail assor­tie de créations d’emplois ou de RENONCEMENT à licen­cier, parions qu’avec les plans de licen­cie­ments en chaîne qui tom­bent depuis le mois de juillet, les licen­cie­ments seront nom­breux et les embau­ches extrê­mement limitées.

Parions aussi que, sous la hou­lette de la CFDT et autres, la baisse de salaire se fera par un gel des reva­lo­ri­sa­tions de salai­res.

Il faut savoir, que dans cer­tai­nes entre­pri­ses, des accords à temps choisi ou par­tiel sti­pu­lent que le sala­rié béné­fici­aire de cet accord ne peut plus reve­nir à plein temps : il s’agit donc d’un licen­cie­ment par­tiel.

La saga d’une réd­uction impos­si­ble et tou­jours d’actua­lité

L’affaire du « temps de tra­vail » ne date pas d’hier. Cela fait plus de vingt-cinq ans que le patro­nat fait la chasse aux temps morts, à l’absenté­isme.

Remontons à 1975 : dès cette année-là, la situa­tion de l’emploi com­mence à pren­dre un tour­nant inquiétant, si inquiétant que les pays européens décident de convo­quer une confér­ence tri­par­tite de l’emploi (syn­di­cats, patro­nats, et minis­tres du tra­vail et des finan­ces des pays mem­bres). Bien que le pro­blème de l’emploi soit jugé pré­oc­cupant, la confér­ence se sol­dera par des mesu­res de types clas­si­que :

-  modé­ration de l’accrois­se­ment des salai­res ;

-  ralen­tis­se­ment des dép­enses publi­ques ;

-  le tout accom­pa­gné d’un ren­for­ce­ment de la col­la­bo­ra­tion de classe sous les voca­bles « d’une plus grande par­ti­ci­pa­tion des tra­vailleurs à la vie de l’entre­prise ». C’est en 1975 que sort le rap­port Sudreau sur la « réf­orme de l’entre­prise »

La par­ti­ci­pa­tion à la vie de l’entre­prise s’est ter­minée pour des mil­lions d’ouvriers et de sala­riés au bureau de chômage.

Au prin­temps 1977, une nou­velle confér­ence tri­par­tite cons­tate (notez le terme) un « encom­bre­ment » du marché du tra­vail des deman­deurs d’emploi, doublé de la poussée des femmes qui veu­lent trou­ver un emploi. La confér­ence déc­ouvre, avec effroi, qu’il n’est plus évident que les futurs inves­tis­se­ments per­met­tent d’enrayer la montée du chômage, car l’auto­ma­tion et la ratio­na­li­sa­tion vien­nent contra­rier cette ten­dance.

Le BIT (Bureau inter­na­tio­nal du tra­vail) fait une déc­la­ration qui confirme cette ten­dance ; il considère que l’évo­lution du chômage dans le monde va pro­gres­ser à la cadence de 100 chômeurs de plus par seconde.

En 1979, les minis­tres du tra­vail des neuf pays européens, après avoir plan­ché sur « la rép­ar­tition du tra­vail », considèrent après le congrès syn­di­cal de Munich, que l’Europe des 35 heures est à l’ordre du jour. Mitterrand lui-même, après son élection, par­lera de l’urgence d’aller le plus vite pos­si­ble aux 35 heures.

Sous le règne du capi­tal, ce n’est point le tra­vail qu’il faut par­ta­ger, c’est le chômage

Marx, par­lant de la guerre que se livrent les capi­ta­lis­tes entre eux, disait :.

« Cette guerre a ceci de par­ti­cu­lier que les batailles y sont moins gagnées par le recru­te­ment que par le congéd­iement de l’armée ouvrière. Les généraux, les capi­ta­lis­tes riva­li­sent entre eux à qui pourra licen­cier le plus de sol­dats d’indus­trie » (Travail sala­rié et capi­tal).

L’objec­tif de toutes les confér­ences, de tous les rap­ports syn­di­cats-patrons, des réunions tri­par­ti­tes et du bour­rage de crâne de la télé et de la presse fémi­nine sur le temps de tra­vail est de faire accep­ter le « par­tage du chômage et de la misère » et d’exploi­ter sans merci ceux qui res­tent au tra­vail.

« La guerre mon­diale » que se livrent les capi­ta­lis­tes exige qu’en Europe la pro­duc­ti­vité riva­lise avec celle du Japon, celle des pays du tiers monde. Pour y par­ve­nir, il est néc­ess­aire de briser les rigi­dités du temps de tra­vail. C’est en ce sens que le rap­port Giraudet indi­quait : « Certaines caté­gories d’acti­vité exi­gent des horai­res diver­si­fiés dans l’année : c’est le cas des indus­tries sai­son­nières telles que l’agro-ali­men­taire, le tou­risme, l’hôte­llerie, ou des bran­ches sou­mi­ses à des irré­gu­larités, telles que le bâtiment et les tra­vaux publics. C’est aussi celui des indus­tries for­te­ment expor­ta­tri­ces dont la pro­duc­tion dépend de com­man­des irré­gulières et aléat­oires, ou encore des entre­pri­ses en contact avec le public, qui doi­vent tenir compte de la dis­po­ni­bi­lité de leurs clients (ban­ques, petits com­mer­ces, admi­nis­tra­tions). »

Le prin­cipe de l’annua­li­sa­tion du temps de tra­vail venait d’être sacra­lisé par ce rap­port. Pour faire face à la concur­rence inter­na­tio­nale, les capi­ta­lis­tes doi­vent se doter d’usines ultra-moder­nes qu’ils devront faire tour­ner à plein ren­de­ment (jour et nuit, pen­dant les congés, les week-end...) pour contre­car­rer le phénomène de l’usure pré­maturée des équi­pements. Ils veu­lent une force de tra­vail puri­fiée, dont on aura éliminé « la mala­die, l’absenté­isme, la mater­nité, la vieillesse... »

Tous les rap­ports (Boulin, Lucas, Giraudet) et lois (quin­quen­nale, Robien) sur le temps de tra­vail et son amé­na­gement, condui­sent à une meilleure uti­li­sa­tion des équi­pements et à l’aug­men­ta­tion des licen­cie­ments. Citons encore Giraudet :

« L’uti­li­sa­tion des équi­pements, les rigi­dités de l’amé­na­gement du temps de tra­vail, par­ti­cu­liè­rement mar­quées dans notre pays, condui­sent à des uti­li­sa­tions annuel­les sou­vent insuf­fi­san­tes des outilla­ges de plus en plus per­fec­tionnés et coûteux dont les entre­pri­ses doi­vent néc­ess­ai­rement s’équiper.  » Supportable en pér­iode de forte crois­sance, cette dif­fi­culté conduit par­fois à renon­cer à l’inves­tis­se­ment, et donc au dével­op­pement de la pro­duc­ti­vité des équi­pements en pér­iode de quasi - sta­gna­tion. »

Et Giraudet pour­suit en avouant sans détour que si le « temps annuel n’est pas uti­lisé pour dégra­isser le per­son­nel à faible pro­duc­ti­vité (...), il devient alors impos­si­ble de finan­cer et de ren­ta­bi­li­ser un outil plus moderne si le poids de son amor­tis­se­ment est obéré par sa trop faible uti­li­sa­tion » (page 22).

Le rap­port Giraudet avait au moins le mérite de ne pas mas­quer que la réd­uction du temps de tra­vail sur le cycle annuel ne serait pas cré­at­rice d’emploi : « Dans la plu­part des cas, les dimi­nu­tions de temps de tra­vail sont par­tiel­le­ment com­pensées par des gains de pro­duc­ti­vité. Même dans le cas du tra­vail en continu, il n’est pas néc­ess­aire de recru­ter à due pro­por­tion des heures per­dues, car l’équipe sup­plém­ent­aire absorbe dans un pre­mier temps les ren­forts ou les équipes de rem­pla­ce­ments préex­istants. La réd­uction des temps de tra­vail ne conduit donc jamais à la création pro­por­tion­nelle d’emplois » (page 23).

Il suffit de voir l’accord de chez Whirpool (600 sala­riés) pour s’en convain­cre. L’accord est accom­pa­gné d’une baisse d’horaire heb­do­ma­daire, de 37 heures 75 à 36 heures 50. Cette société fabri­que des sèche-linge et les varia­tions de com­man­des sont de 1 à 5 et par­fois de 1 à 10 selon les sai­sons.

Avec l’annua­li­sa­tion, la poro­sité du temps de tra­vail dis­pa­raît, l’employeur éco­no­mise le recours aux inté­rim­aires (350 en automne 94), soit 45 % du per­son­nel. Grâce à la loi quin­quen­nale, qui permet dés­ormais d’embau­cher à temps par­tiel annua­lisé, l’entre­prise va embau­cher 40 inté­rim­aires à temps par­tiel pour sept mois, de juin à déc­embre. Nous pour­rions même prét­endre qu’au concas­sage du temps de tra­vail doit cor­res­pon­dre celui des contrats de tra­vail en tout genre.

La cam­pa­gne actuelle sur le temps de tra­vail, loin de créer des emplois, ne fera qu’aider le patro­nat à en sup­pri­mer sous cou­vert d’embau­che.

G. B.

octo­bre 1996

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