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Brochure d’ Echanges d’ octobre 1999

Les Droits de l’homme bombardent la Serbie. Pour le 50e anniversaire de l’OTAN, feux d’artifice sur Belgrade

Gérard Bad

publié le dimanche 1er janvier 2006

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« Au 26e jour de l’opération « Force Alliée », une chose est sûre : le sommet atlantique de Washington, vendredi et samedi prochains, ne sera pas la fête attendue. Les feux d’artifice et les flonflons qui devaient célébrer le 50e anniversaire de l’OTAN ont été annulés. » Le Figaro, 19 avril 1999

1-Introduction

Ce sont 19 pays qui sous la ban­nière de l’OTAN mènent la guerre dans les Balkans, et notam­ment contre la Serbie, ce qui est nou­veau c’est que cette guerre est la pre­mière en Europe contre un état sou­ve­rain depuis la 2éme guerre mon­diale, que l’Allemagne s’engage dans des opé­rations mili­tai­res offen­si­ves, que la France bom­barde dans le cadre d’une opé­ration de l’OTAN et que la Grande-Bretagne réc­lame une inter­ven­tion ter­res­tre..

En dehors de tout le tin­ta­marre méd­ia­tique, et des col­lec­tes (efforts de guerre, intoxi­ca­tion huma­ni­taire) qui vont de la croix rouge à la mobi­li­sa­tion dans les écoles pour « le natio­na­lisme Kosovar » c’est tou­jours les intérêts éco­no­miques, le sau­ve­tage du taux de profit qui pous­sent les gran­des puis­san­ces à s’unir contre les capi­taux les plus fai­bles pour le par­tage du butin. Depuis la liqui­da­tion de Yalta et le dém­emb­rement de l’URSS, le repar­tage du monde est à l’ordre du jour des jeux diplo­ma­ti­ques et l’Allemagne est au centre des contra­dic­tions comme puis­sance mon­tante. L’alliance est une alliance pour le dépeçage du bloc de l’Est, il s’agit de repous­ser la Russie vers l’Orient et de lui couper tout déb­ouché directe sur la Méditerranée, pour y par­ve­nir il faut établir un véri­table rideau de fer autour de la Russie. Sur ce point, les capi­ta­lis­tes européens, comme nous allons le voir, sont d’accord pour s’appro­prier par la guerre et la des­truc­tion les restes des pays d’Europe de l’Est et d’Europe Centrale, mais ils redou­tent comme la Russie que seuls les USA contrôlent les routes du pét­role vers l’Europe, ils auront donc ten­dance à sou­te­nir la Russie et même pour cer­tains à vou­loir l’inclure dans l’Europe comme force mili­taire et ainsi voir émerger l’Europe Militaire capa­ble de riva­li­ser avec les USA.. Une alliance Eurasie contre les USA c’est ce que redou­tait Zbigniew Brzezinski dans son livre « Le grand échiquier », alliance qui permet (aux yeux des amé­ricains) de jus­ti­fier aujourd’hui un budget de guerre colos­sal.

2- LA GUERRE COMME CONTRE-TENDANCE A LA CHUTE DU TAUX DE PROFIT

La baisse ten­dan­cielle du taux de profit, et sur­tout le ralen­tis­se­ment des pos­si­bi­lités de l’accu­mu­la­tion du capi­tal sur une longue pér­iode, contrai­gnent les capi­ta­lis­tes à une concur­rence de plus en plus âpre à tous les niveaux : course à la « taille cri­ti­que », concen­tra­tions, fusions, acqui­si­tions d’entre­pri­ses... Tendance au ren­for­ce­ment de car­tels mon­diaux pour endi­guer la chute du taux de profit . Ces mesu­res accé­lèrent du même coup, sur une base élargie l’accu­mu­la­tion du capi­tal et donc toutes les contra­dic­tions du capi­ta­lisme. Les déva­lo­ri­sations suc­ces­si­ves et les crises finan­cières, bien qu’elles indi­quent que le système est bien malade ( éli­mi­nation de la plét­hore de capi­tal , c’est-à-dire du capi­tal pour lequel la chute du taux de profit n’est pas com­pensée par sa masse), sont-elles aussi une manière de contre­car­rer la baisse du taux de profit . Le capi­tal n’est véri­tab­lement pas atteint, il se valo­rise tou­jours, mais tou­jours plus à la limite de ses pos­si­bi­lités, il est de plus en plus contraint de dévorer ses enfants pour sur­vi­vre.

La guerre sous son aspect direc­te­ment éco­no­mique, est un inves­tis­se­ment pro­duc­tif, dans le sens ou le but est de liqui­der ou de s’appro­prier le poten­tiel éco­no­mique d’un autre pays, c’est à dire d’un capi­tal moins puis­sant, de le mettre à genoux de l’endet­ter et de le tenir par les ficel­les du FMI et de la Banque Mondiale comme une marion­nette. Cependant la guerre coûte de plus en plus cher et en règle géné­rale les capi­ta­lis­tes uti­li­sent bien d’autres moyens de pres­sion avant d’y avoir recours, le blocus, l’embargo, la dés­ta­bi­li­sation poli­ti­que, les coups d’Etats, guerre eth­ni­que ( Afrique), les assas­si­nats....

Le jour­nal patro­nal « Les Echos du 21 avril 1999, sous le titre « La guerre par l’embargo », tra­dui­sait les angois­ses de cer­tai­nes entre­pri­ses face à la poli­ti­que de l’ embargo ( spéc­ialité amé­ric­aine), qui fina­le­ment se retourne contre les capi­ta­lis­tes européens. « La célérité avec laquelle l’union europé­enne a annoncé la sus­pen­sion des sanc­tions à la suite du geste de bonne volonté de Muammar Al-Kadhafi extra­dant deux sus­pects de l’affaire Lockerbie aux Pays-Bas, montre à quel point les Européens sont pressés de réintégrer ce pays dans la « com­mu­nauté inter­na­tio­nale. »

Lorsque, en 1980, les Etats-Unis deman­dent à l’Occident de faire le blocus de l’IRAN, puis de l’URSS, la rép­onse de Claude Cheysson membre de la com­mis­sion europé­enne est très expli­cite :

« Nous ne sommes pas soli­dai­res des amé­ricains, comme eux, nous avons nos intérêts et nous les expri­mons parallè­lement, sou­vent comme eux, lorsqu’ils dis­cu­tent avec les russes, les amé­ricains s’expri­ment en terme de puis­sance ; puis­sance mili­taire, uti­li­sa­tion des autres armes dont ils dis­po­sent. Il y a bien long­temps que les amé­ricains par­lent de l’arme ali­men­taire. Je n’ai jamais entendu dire qu’aucun de nos pays n’ait jamais uti­lisé cette expres­sion de l’arme ali­men­taire. Je ne crois pas qu’il soit de l’intérêt de nos pays d’envi­sa­ger le pro­blème de l’ali­men­ta­tion du monde en terme de puis­sance. Nous n’avons cer­tai­ne­ment pas intérêt à ce que les cir­cuits com­mer­ciaux dans ce domaine soient bou­le­versés, à ce que la pénurie ali­men­taire ( qui est la deuxième après l’énergie et qui se des­sine dans la même pers­pec­tive) soit aggravée par des modi­fi­ca­tions bru­ta­les des cou­rants com­mer­ciaux, par des fer­me­tu­res ou des ouver­tu­res. Nous avons pro­testé contre le boy­cott pét­rolier. A mon avis, nous devons avoir la même appro­che en ce qui concerne le boy­cott ali­men­taire...

Je serais très étonné que les pays européens ( il leur appar­tient certes de décider, ce n’est pas à la com­mis­sion ou à la com­mu­nauté europé­enne que la décision revient) envi­sa­gent de bran­dir cette arme » ( le monde du 15/01/1980

La guerre des Balkans , n’est pas suf­fi­sante en elle-même pour véri­tab­lement jouer sur le taux de profit global ( seules quel­ques entre­pri­ses , les car­tels pét­roliers, et les com­plexes mili­taro-indus­triels vont en béné­ficier )1 le déman­tèlement de l’URSS n’y est pas par­venu , mais au contraire a miné les espoirs de cer­tains capi­ta­lis­tes qui pen­saient faire de bonnes affai­res. Ce qui veut dire que la guerre entre l’OTAN et la Serbie est une guerre de posi­tion, on prend place et on se posi­tionne pour un conflit plus large, cer­tains par­lent d’une guerre entre l’Europe et les USA, bien que cette évent­ualité n’est pas à écarter . Le jour­nal le monde du 22 avril 1999 titrait : « guerre contre les serbes ou guerre contre l’Europe ? » avec comme com­men­taire que la guerre des Balkans serait des­tinée à briser « le der­nier obs­ta­cle majeur aux puis­san­ces de l’argent uti­li­sant le dra­peau amé­ricain pour empêcher tout espoir d’une planète mul­ti­po­laire : l’Europe ». L’autre évent­ualité, celle d’un arran­ge­ment entre les trusts les plus puis­sants d’Europe et ceux des USA pour le contrôle de la planète est tout aussi vrai­sem­bla­ble pour l’ins­tant, l’objec­tif d’un condo­mi­nium USA/ Europe est bien réel comme en tém­oigne « Le Monde diplo­ma­ti­que » .

« Mais le docu­ment signé au sommet trans­at­lan­ti­que de Londres le 18 mai 1998, a un autre objec­tif : ins­tau­rer un condo­mi­nium Etats-Unis - Union Européenne en mesure d’impo­ser sa volonté au reste du monde, et en par­ti­cu­lier aux pays du Sud, dans les négoc­iations qui doi­vent s’ouvrir en déc­embre à l’OMC . »Le jour­nal « Le monde diplo­ma­ti­que » ( L’ AMI nou­veau va arri­ver de Mai 99).

Pour que le conflit Europe/USA prenne un tour plus sérieux, il fau­drait déjà que l’Europe se dote d’une armée Européenne2 , Jospin l’a évoqué à plu­sieurs reprise ; ce qui laisse enten­dre que la France est pour accé­lérer le pro­ces­sus. Une chose est cer­taine c’est que le conflit du KOSOVO vient , de mettre hors cir­cuit l’ONU3 et le CONSEIL de sécurité. Ce qui prend comme signi­fi­ca­tion, que l’on écarte « le par­le­ment » au profit de l’exé­cutif « les forces de l’OTAN »4 , c’est donc un coup d’Etat mili­taire à l’éch­elle mon­diale qui vient de se pro­duire. Il est même pos­si­ble qu’à l’avenir les USA fas­sent cava­lier seul, c’est ce qui res­sort du rap­port annuel du dép­ar­tement de la déf­ense US.

« En tant que seule nation capa­ble de mener des opé­rations à grande éch­elle intégrées ( c’est à dire poly­va­len­tes) sur des théâtres très éloignés de ses fron­tières, les Etats-Unis occu­pent une posi­tion unique (...) ,Pour conser­ver leur supré­matie, les Etats-Unis doi­vent entre­te­nir des forces tou­jours prêtes à inter­ve­nir, poly­va­len­tes et capa­bles de mener une vaste gamme d’opé­rations et d’acti­vités mili­tai­res. » rap­port annuel du dép­ar­tement de la déf­ense US.

Déjà, en 1981 les Etats-Unis indi­quaient clai­re­ment leurs objec­tifs :

« L’armée amé­ric­aine doit être prête à déployer deux guer­res de gran­des enver­gu­res en même temps l’une en Europe et l’autre dans une autre région du monde par exem­ple le Moyen -Orient ».Weinberger secrét­aire de la déf­ense US juin 1981.

« La 3émé Guerre mon­diale est-elle com­mencée ? » s’inter­roge dans le N°14 de Prométhée « la gauche com­mu­niste du PCF » si elle n’est pas com­mencée nous com­mençons à en connaître les contours et intérêts, avec toutes les hési­tations et retour­ne­ment d’alliance pro­pres aux gran­des guer­res. Avec plus de 300 conflits depuis la seconde guerre mon­diale ont peut même se deman­der si la seconde guerre mon­diale a vrai­ment pris fin.

3- UNE GUERRE POUR LE CONTROLE DES SOURCES ENERGETIQUES.

Le déman­tèlement de l’URSS, a aiguisé les appétits des gran­des puis­san­ces pour le contrôle des sour­ces éner­gétiques des pays riches en hydro­car­bu­res, notam­ment ceux qui bor­dent la mer Caspienne. Les pays concernés par le contrôle de cette zone sont les USA, L’Europe, la Chine, l’Iran, la Russie et la Turquie. La Turquie fidèle alliée des USA et membre impor­tant de l’OTAN forte d’une armée de 639000 hommes , se pro­po­sait comme la Grande- Bretagne, dès le début de la guerre des Balkans pour une atta­que au sol de la Serbie. Son objec­tif étant d’obte­nir auprès des USA le rôle de second pour la maît­rise des routes du pét­role et du gaz des pays turkmènes de l’ex-URSS. Après plus de 70 ans d’absence de la région, les trusts pét­roliers des gran­des puis­san­ces revien­nent au pas de charge .

Signature le 20 sep­tem­bre 1994, du « contrat du siècle » d’un mon­tant de 8 mil­liards de $ avec British Pétroléum, Amoco, American Exxon, Pennzoil, Unocal et le russe Lukoil (L’Iran est exclu de ce contrat par les USA). Ce Consortium International du nom d’ AIOC est une entente « paci­fi­que » pour l’exploi­ta­tion de 3 champs off­shore situés en eau pro­fonde (Azéri, Chirag et Guneshi). Après la signa­ture de ce contrat des diver­gen­ces au sein du pou­voir russe vont se mani­fes­ter contre le Consortium International ; Bakou capi­tale de l’Azerbaïdjan fut menacée par la Russie de sanc­tions éco­no­miques. En effet un conflit impor­tant va oppo­ser l’Azerbaïdjan et le Kazakhstan à la Russie et au Turkménistan, les pre­miers considèrent les champs off­shore au large des côtes comme dép­endant de leur sou­ve­rai­neté, les seconds, s’appuyant sur des traités signés avec l’Iran en 1921 et 1940, esti­ment que la mer Caspienne s’appa­rente à un lac, et est pro­priété com­mune des 5 états rive­rains. Le 13 novem­bre 1996, la Russie, le Turkménistan et l’Iran signent un accord prévoyant la cons­ti­tu­tion d’une société mixte chargée de la pros­pec­tion off­shore, et en mai 1997 le minis­tre des affai­res étrangère du Turkménistan reven­di­que les champs d’Azéri et une partie de ceux de Chirag ( la Nezavisimaia Gazetta du 30 mai 97).

La « guerre des oléoducs » va com­men­cer,1 l’Iran va tenter de rame­ner de son côté les pays de l’Asie cen­trale et notam­ment l’Azerbaïdjan, en leur offrant un accès à un impor­tant réseau d’oléoducs. Les com­pa­gnies occi­den­ta­les optent pour la filière turque qui tran­site par la Géorgie via la côte médit­erra­néenne turque. La Russie pro­pose son réseau ( Bakou, Grozny, Tikhoretsk, Novorossisk, Touapse).

La poli­ti­que des USA, et de l’OTAN ne cesse d’accu­ler la Russie, en s’atta­quant à la Serbie alliée his­to­ri­que des Russes. Ils vien­nent de dém­ontrer une fois de plus leur inten­tion d’isoler com­plè­tement la Russie et de lui inter­dire les prin­ci­pa­les routes du pét­role et du gaz. Consciente de cette poli­ti­que , la Russie comme nous allons le voir, va repas­ser à l’offen­sive.

4° - LES INTERETS DES GRANDES PUISSANCES DANS CETTE GUERRE INTERNATIONALE.

Dans cette partie, nous allons dével­opper notre ana­lyse de la guerre sur­tout sur la Russie, la France et l’Allemagne ; la poli­ti­que des USA est cons­tam­ment indi­quée dans l’ensem­ble du texte ainsi que l’impor­tance de la Turquie et de la Chine...

LA RUSSIE REPASSE A L’OFFENSIVE.

Au moment de l’écla­tement de l’URSS en déc­embre 1991, la menace d’une bal­ka­ni­sa­tion de l’espace sovié­tique va pré­ci­piter la création de la C.E.I. La dis­pa­ri­tion de l’empire sovié­tique va donner nais­sance à quatre nou­veaux états ( la Russie, l’Ukraine, la Biélorussie et le Kazakhstan. Ces pays ont en commun de posséder des armes nuclé­aires, vis-à-vis des ces pays, la Russie est la nation domi­nante, plus de 25 mil­lions de russes vivent hors de ses fron­tières. Si la Russie le vou­lait, elle pour­rait allu­mer, au nom de l’autodét­er­mi­nation des Kosovos en Ukraine, en Moldavie, dans les pays Baltes, au Kazakhstan ou les russes sont majo­ri­tai­res. Si la Russie ne le fait pas, c’est qu’elle est sur la déf­en­sive et qu’en 1992 sa poli­ti­que extéri­eure est com­plè­tement favo­ra­ble à l’intro­duc­tion du libé­ral­isme et des valeurs occi­den­ta­les (démoc­ratie, droit de l’homme et éco­nomie de marché). De plus, elle va se trou­ver après son écla­tement aux prises avec une série de conflits dit « eth­ni­ques » ou les forces d’inter­po­si­tion ( mot à la mode) de la CEI et pas seu­le­ment de la Russie vont devoir inter­ve­nir ( Ostéite du Sud juillet 1992, Transnistrie juillet 92, Tadjikistan sep­tem­bre 93) . Cependant dés 1992 par vote du par­le­ment la Russie déc­lare « illégal et nul » le trans­fert de la Crimée (70% de russes) à l’Ukraine. La Russie veut encore séd­uire l’occi­dent et se faire admet­tre de la « com­mu­nauté inter­na­tio­nale ». La fin des illu­sions. C’est au sommet de Minsk des 12 chefs d’états de la CEI ( le 22 jan­vier 1993) que les déb­oires com­men­cent, l’éco­nomie russe est au point mort, et l’infla­tion tou­jours impor­tante. Les russes ne vont pas tarder à avoir un cer­tain res­sen­ti­ment vis-à-vis de l’occi­dent, l’aide se fait atten­dre et les diri­geants russes et sur­tout les mili­tai­res sont de plus en plus convain­cus d’avoir « lâché la proie pour l’ombre ». C’est dans l’amer­tume que la Russie perçoit son retrait d’Europe cen­trale et son recul général dans le tiers monde. En 1993, quatre forces poli­ti­ques sont en prés­ence en Russie, ceux tou­jours confiants en l’Occident, ceux qui considèrent que l’ouest est l’ennemi éternel de la Russie et qui se pro­non­cent pour une alliance avec les pays de la CEI, la Chine et l’Iran. C’est cette ten­dance qui semble l’empor­ter depuis. Ensuite, nous avons les ultra-natio­na­lis­tes , pour qui le monde entier est contre la Russie et enfin les cen­tris­tes démoc­rates qui vou­draient la bonne entente avec tous.

La Russie va donc faire sentir à l’Occident et sur­tout aux USA qu’elle n’entend plus recu­ler d’un seul pouce. Elle va donc mener une double poli­ti­que, d’une part elle va cher­cher à faire admet­tre aux ins­tan­ces inter­na­tio­na­les, son rôle de gen­darme rég­ional de la CEI . Le secrét­aire du Conseil des minis­tres de la Défense de la CEI (Leonid Ivachov) considère qu’il faut un nou­veau « pacte de Varsovie » pour déf­endre toute l’ex-URSS . De 1993 à 1994, la poli­ti­que russe va s’affir­mer dans ce sens et le 6 février la 201 éme divi­sion russe moto­risée reste au Tadjikistan.

Le 18 février 1993, B. Elsine décrète l’embargo sur les four­ni­tu­res d’armes et de tech­no­lo­gies mili­tai­res aux états de la CEI, le 20 février, Soukhouni (Géorgie) est bom­bardé par les russes ; le 17 mars la Russie met fin à sa décision d’appli­quer le prix mon­dial du gaz aux états de la CEI sortis de la zone rouble , c’est donc une faveur pour recons­ti­tuer le « Comecon ». Le 4juillet la Géorgie et l’Abkhazie sont menacées de rét­orsions éco­no­miques si elles refu­sent un cessez -le-feu.. Le 3 sep­tem­bre 93 l’accord de Massandra avec l’Ukraine va annu­ler la dette éner­gétique de celle-ci en éch­ange de la res­ti­tu­tion des ogives nuclé­aires, de la flotte de la mer noire et du port de Sébastopol qui sera confirmé le 6 novem­bre 93,avec la rati­fi­ca­tion de START-I par l’Ukraine.

La Russie effec­tue une véri­table reprise en main de son empire, tout en jouant sur les contra­dic­tions Europe /USA / Tiers-monde En Octobre 93, l’Azerbaïdjan et la Géorgie adhérent à la CEI, le 3 mars 94 conclu­sion d’un accord éco­no­mique d’intég­ration avec l’Ouzbékistan, et le 25 mars 94 la CEI obtient le statut d’obser­va­teur à l’ONU.

En Avril 1996, Boris Eltsine et Jiang Zemin signent un pacte mili­taire sans les Occidentaux et le Japon avec trois pays d’Asie cen­trale ( Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan) en dénonçant les prét­entions de Washington à exer­cer un lea­der­ship mon­dial. Au moment de la guerre du Kosovo , Eltsine donne l’ordre de poin­ter les mis­si­les sur les pays de l’OTAN. Clinton, suite aux opé­rations de l’OTAN sur le Kosovo a déclaré que l’opé­ration pou­vait se répéter « si néc­ess­aire ailleurs en Afrique ou en Europe Centrale ». Quelques jours avant cette déc­la­ration, l’Azerbaïdjan en conflit avec l’Arménie à propos de l’enclave séc­essi­onn­iste à majo­rité arméni­enne du Haut-Karabakh (ter­ri­toire azeri) a réclamé l’arbi­trage de l’OTAN.

L’Azerbaïdjan a le sou­tien des USA et de la Turquie sous forme de conseillers mili­tai­res. Quant à l’Arménie, elle est armée par la Russie. But de l’opé­ration : qui mettra la main sur les oléoducs du Caucase ?

Début juin 1999, déb­arq­uement des trou­pes russes, à la sur­prise de tous, sur l’aéroport de Pristina.

Le sommet de Cologne du 18 au 20 juin 1999 a offi­ciel­le­ment voulu mon­trer, une réc­on­cil­iation entre la Russie et l’Occident. En réalité, Eltsine atten­dait le nou­veau prêt du FMI de 15 mil­liards de $ ; la conséqu­ence sera la réd­uction des allo­ca­tions pour le peuple russe. D’autre part Eltsine a engagé la Russie sur la voie d’une coopé­ration russo-USA sur le nuclé­aire mili­taire. Des contacts russes avec l’OTAN sont à l’étude, des négoc­iations sur le traité de dés­ar­mement Start-III et sur le traité anti­mis­si­les (HBM) seront engagées à l’automne.

LA FRANCE VEUT SON ARMEE EUROPEENNE.

Il faut remon­ter à la guerre de Suez, pour « libérer le canal du natio­na­lisme arabe », pour mieux com­pren­dre ce qui se passe aujourd’hui. En effet c’est après l’échec de la cam­pa­gne d’Egypte ou les impér­ial­istes franco-anglais bom­bardèrent Pord -Saîd ( 15 000 morts dans la popu­la­tion civile) qu’ils vont relan­cer l’idée de la CED ( Communauté Européenne de Défense) . Les amé­ricains, qui avaient poussé à la guerre, jouèrent encore sur les deux tableaux . Tout en encou­ra­geant les pré­pa­rat­ifs de guerre des trois puis­san­ces (USA, France ,Grande-Bretagne) ils restèrent dans l’expec­ta­tive au moment du conflit afin de se faire bien voir des pays arabes pro­duc­teurs de pét­role.Ceci expli­que pour­quoi les européens ne se sont pas pré­cipités au côté des USA dans l’affaire du minage du Golfe. Quand la France à la manière de Tatcher aux Malouines envoyait le porte-avion Clémenceau au Moyen-Orient, c’était pour dém­ontrer que la bour­geoi­sie franç­aise était en mesure d’assu­mer non seu­le­ment sa propre déf­ense mais aussi celle de l’Europe aux quatre coins du monde. C’est une cons­tante de la poli­ti­que de la bour­geoi­sie franç­aise aussi bien de gauche que de droite.

En 1991, lors de la Guerre du Golfe, Mitterrand va réaff­irmer cette vision :

« Il faut que vous en soyez sûrs : protéger le droit dans le golfe au Moyen -Orient, aussi loin de nous qu’il semble sur une carte de géog­raphie, c’est protéger notre pays » Message à la nation 17/1/1991.

Avec la guerre des Balkans, la ques­tion de former une armée europé­enne a fait l’objet d’une cam­pa­gne méd­ia­tique franco -alle­mande, si durant les année 1950 la déf­ense de l’europe était envi­sagée le plus à l’Est pos­si­ble en auto­ri­sant l’arme­ment de la RFA ( pro­po­si­tion amé­ric­aine). Le Président de la République de l’époque René Pleven pro­posa le 24 octo­bre 1950 la création d’une armée europé­enne qui serait asso­ciée à des ins­ti­tu­tions poli­ti­ques europé­ennes. Les USA, pas très chauds pour cette ini­tia­tive franç­aise acceptèrent de dis­cu­ter du projet.

Pour les USA, la CED devait per­met­tre la mise en place d’une armée europé­enne de déf­ense sous com­man­de­ment suprême de l’OTAN ( c’est-à-dire des USA.)comme cela vient de se pro­duire dans les Balkans. Pour la bour­geoi­sie franç­aise, l’enjeu consis­tait à pren­dre la tête de la CED et ne pas lais­ser la RFA se rele­ver avec l’aide des USA. Les USA étaient furieux et Foster Dulles menaça direc­te­ment la France de procéder à une révision déc­hir­ante de leur poli­ti­que étrangère. L’arrivée d’un mili­taire ( le Général De Gaulle) à la tête de l’état français, va confir­mer la poli­ti­que indép­end­ant­iste de la France vis-à-vis des USA, le 7 mars 1966, De Gaulle1 annonce au pré­sident Jonhson que la France se retire de l’OTAN. L’impér­ial­isme français vou­lait voler de ses pro­pres ailes, et avec la « FORCE DE FRAPPE » il va se doter de l’un des plus impor­tants com­plexes mili­taro-indus­triels du monde. La Défense natio­nale et le poids du com­plexe mili­taro-indus­triel de la France a tou­jours été une pièce maîtr­esse de la diplo­ma­tie franç­aise, le leader du RPR J . CHIRAC aujourd’hui Président de la République disait le 23 jan­vier 79 :

« Lorsque nous voyons le débat européen se situer exclu­si­ve­ment en terme de com­pa­rai­son éco­no­mique, nous disons que ce n’est pas la bonne voie. C’est peut être la bonne voie pour l’Allemagne, à qui cela a permis de se haus­ser au rang des plus gran­des nations du monde . Et nous avons pu le voir réc­emment je dirai avec quel­que éton­nement à la Guadeloupe. Mais ce n’est pas l’intérêt de la France, qui a d’autres atouts que sa capa­cité mar­chande ( elle doit en être bien cons­ciente) et d’autres res­pon­sa­bi­lités inter­na­tio­na­les ».

Pour bien mon­trer, qu’elle ne renon­ce­rait pas à son objec­tif, la bour­geoi­sie franç­aise avait pu se per­met­tre de refu­ser le système d’alerte aéroporté de l’OTAN en se dotant elle-même de son propre réseau de « radars volants ».

Depuis, la bour­geoi­sie franç­aise a été contrainte de lou­voyer, elle est depuis 1993 de nou­veau membre de l’OTAN, en éch­ange de cette par­ti­ci­pa­tion la France de Chirac a essayé d’obte­nir le com­man­de­ment sud de l’OTAN ( celui qui couvre la zone des Balkans) les USA ont bien entendu rejeté cette demande parce que le but des USA est de neu­tra­li­ser les ambi­tions franç­aises d’une Europe mili­taire indép­end­ante. Le simple fait que le 4 déc­embre 1998, au sommet franco- bri­tan­ni­que de Saint-Malo Tony Blair se déc­lare favo­ra­ble à une armée europé­enne a pro­vo­qué la réaction sui­vante des USA : « nous ne vou­lons pas que l’iden­tité europé­enne de déf­ense sape la vita­lité de l’OTAN »devait dire Madeleine Albright.

L’ALLEMAGNE VEUT SA MITELLEUROPA.

.Le capi­ta­lisme alle­mand depuis la réu­ni­fi­cation des deux Allemagnes s’impli­que de plus en plus dans des actions visant à rega­gner sa sphère d’influence de la Mitelleuropa3 au dét­riment de la zone slave2 . De plus il dis­pute à la France son rôle hégé­mo­nique dans la création d’une armée europé­enne indép­end­ante à laquelle il veut col­la­bo­rer d’égal à égal avec la France. Le dépeçage de la Yougoslavie mis en œuvre en 1991 par la RFA et les USA pour des rai­sons différ­entes, l’Allemagne ayant tou­jours son pro­blème d’accès à la Méditerranée et les USA le contrôle de l’Europe et de la Méditerranée ( la route du pét­role vers l’Europe). L’affaire du dépeçage com­mence en 1988 , quand Tudjman (futur pré­sident de la Croatie) ren­contre Kohl pour envi­sa­ger la création d’un état croate, par la suite les pré­sidents croate et slovéne deman­dent le patro­nage de l’Allemagne pour tenir à Francfort une « confér­ence you­go­slave », le patro­nage va plus loin, Bonn finance le HDZ, parti natio­na­liste de Tudjman qui ren­porte les élections. Le 25 juin 1991 les par­le­ments slovéne et croate se déc­larent indép­endants, le len­de­main la Deutsche Bank se dit prête à aider les deux répub­liques. L’Europe des 12 est divisée et plutôt opposée aux indép­end­ances. Le 17 sep­tem­bre la Macédoine devient elle aussi indép­end­ante (après référ­endum). Fin 1991 le conflit entre les indép­end­ant­istes croa­tes et l’armée fédé­rale aug­mente d’inten­sité ; le gou­ver­ne­ment alle­mand va livrer des chars et des obus à la Croatie5 et décrète le blocus com­plet du trafic vers la Serbie et le Montenegro. De Cuellar ( ONU) et Lord Carrington ( méd­iateur européen) met­tent en garde contre une reconnais­sance pou­vant générer une guerre civile.

Le 23 déc­embre 1991, l’Allemagne reconnaît les deux Etats, le Vatican le 13 jan­vier 92, la CEE le 15 jan­vier 92, la Russie le 17 jan­vier, les USA le 7 avril et Israêl le 16 avril. Le 28 février 1992, le Référendum sur l’indép­end­ance de la Bosnie imposé par la CCE décl­enche la guerre civile. L’Allemagne, il est bon de le rap­pe­ler, exporte aujourd’hui davan­tage vers le bloc de l’Est que vers les USA et dans l’ex-Yougoslavie elle est le pre­mier impor­ta­teur et expor­ta­teur .

En août 1995, c’est l’évac­uation forcée des popu­la­tions serbes de Krajina ( 200 000 per­son­nes).

Depuis les évé­nements n’ont fait que confir­mer, cette volonté de l’Allemagne d’étendre ( avec l’appro­ba­tion des USA) sa zone d’influence vers les pays de l’Europe de l’Est, comme ci les USA vou­laient de cette manière faire éclater l’Europe en trois pôles : Europe du Nord avec la Grande -Bretagne à la tète, l’Europe latine ou du Sud avec la France comme loco­mo­tive, et l’Europe de l’Est avec l’Allemagne et la Turquie.

L’ALBANIE COMME PLAQUE TOURNANTE DES USA EN EUROPE.

L’ Albanie il faut s’en sou­ve­nir est le pre­mier pays du bloc de l’Est à avoir intégré l’OTAN. Non seu­le­ment à l’intégrer, mais à offrir aux amé­ricains une véri­table base mili­taire ; les sémin­aires et séjours d’offi­ciers alba­nais aux Etats-Unis sont réguliers. Le Pentagone a affecté quel­ques mil­lions de dol­lars de son budget pour mili­ta­ri­ser « La grande Albanie ». Depuis 1994 des avions espions du ministère de la Défense amé­ricain ainsi que la CIA uti­li­sent les bases alba­nai­ses pour des mis­sions de reconnais­sance en ex-Yougoslavie (infor­ma­tions publiées dans le jour­nal Courrier inter­na­tio­nal du 7/12/95 sous le titre « Les mari­nes accueillis à bras ouverts par Tirana »). De là à dire que les 9 mil­lions d’Albanais des Balkans (deuxième com­mu­nauté eth­ni­que après les Serbes dans la région) ser­vent comme les Kurdes de mon­naie d’éch­ange aux USA pour mener leur poli­ti­que de « paci­fi­ca­tion » il n’y a qu’un pas à faire. Sali Berisha, l’avait ouver­te­ment pro­clamé « Les Balkans sont en flam­mes. Il faut éte­indre ce feu et le seul moyen d’y par­ve­nir, c’est en assu­rant la prés­ence de l’OTAN »2 .

L’écla­tement voulu de la Yougoslavie, va modi­fier pro­fondément les axes de com­mu­ni­ca­tion de la région, l’axe tra­di­tion­nel nord-sud est concur­rencé par l’axe est-ouest qui va relier direc­te­ment la Mer Noire à l’Adriatique , la Turquie à l’Albanie ( auto­route verte et voie fer­ro­viaire). Cependant la cons­truc­tion du tronçon de voie ferrée entre la Macédoine et la Bulgarie va faci­li­ter l’arrivée de l’Islam jusqu’au Kosovo (pro­vince serbe peu­plée à près de 90% d’Albanais musul­mans de souche). De par leur his­toire, les natio­na­lis­tes serbes ne peu­vent pas admet­tre de perdre ce ter­ri­toire, qui est le foyer mytho­lo­gi­que serbe depuis le moyen âge ; le Kosovo y fut le théâtre d’une bataille deve­nue l’une des épopées cen­tra­les de la tra­di­tion orale serbe pen­dant des siècles. Au cours de cette bataille, le roi Lazare et toute la che­va­le­rie chréti­enne, selon la tra­di­tion , pré­férant le sacri­fice à l’escla­vage livra bataille et y fut ané­anti par l’armée otto­mane . De plus éco­no­miq­uement, la Macédoine va deve­nir plus indép­end­ante avec la réa­li­sation des nou­vel­les liai­sons et la Serbie va perdre un marché impor­tant, de même que la Grèce4 qui a un projet concur­rent « Egnatia » du nom de la voie romaine qui reliait dans l’anti­quité, le port alba­nais de Durrës à Salonique ( il a obtenu le finan­ce­ment des douze). ( source Le Monde du 22 avril 94)

5°-SUR LE DROIT DES PEUPLES A DISPOSER D’EUX-MEMES, ET L’AUTODETERMINATION.

Déjà au moment où Lénine posait sa reven­di­ca­tion bour­geoise démoc­ra­tique du « droit des peu­ples à dis­po­ser d’eux- mêmes » , le cycle des révo­lutions bour­geoi­ses était clos et la 1ére guerre impér­ial­iste en était la preuve. Il ne pou­vait plus y avoir que des par­ta­ges et repar­ta­ges du monde. La ques­tion de la Pologne de l’époque 1848/1900 allait faire dire à Mehring :

« Le temps est passé où la révo­lution bour­geoise pou­vait créer une Pologne libre ; à l’heure actuelle, la renais­sance de la Pologne n’est pos­si­ble que par la révo­lution sociale, lors­que le prolé­tariat contem­po­rain aura brisé ses chaînes. » (T 6 des oeu­vres de Lénine p 481 édt Moscou). Lénine va approu­ver ce texte avec cer­tai­nes rés­erves révé­lat­rices pour le futur.

Si la ques­tion natio­nale était morte dans les faits, ni la classe capi­ta­liste, ni le prolé­tariat n’y ayant intérêt, la ques­tion natio­nale et le natio­na­lisme se trans­formèrent en idéo­logie pour séd­uire la petite bour­geoi­sie et la pay­san­ne­rie et sur­tout comme moyen réacti­onn­aire pour écraser les rév­oltes de la misère. La grande vague des luttes de libé­ration natio­nale n’a été qu’un éto­uffoir et une pure illu­sion pour les soit disant -peu­ples à libérer. Le « droit à la libre dis­po­si­tion » aura pour conséqu­ence d’affai­blir la révo­lution mon­diale , le 1er congrès de l’Internationale est cons­cient du danger que signa­lait Rosa Luxembourg et que la pra­ti­que révo­luti­onn­aire prou­vera :

« Les vain­queurs ont arra­ché à la Russie sans déf­ense, des contri­bu­tions et des annexions, ils ont uti­lisé le droit de libre dis­po­si­tion des peu­ples comme prét­exte d’une poli­ti­que d’annexions, en créant des Etats vas­saux, dont les gou­ver­ne­ments réacti­onn­aires favo­risèrent la poli­ti­que de rapine et réprimèrent le mou­ve­ment révo­luti­onn­aire des masses labo­rieu­ses » Thèses sur la situa­tion inter­na­tio­nale et la poli­ti­que de l’entente 1ére Internationale Communiste page 22 édition MASPERO

Au lieu de res­ser­rer davan­tage les liens du prolé­tariat mon­dial, de com­pren­dre que la révo­lution amorçait une pér­iode de reflux, les bol­che­viks élar­giront le front uni mon­dial. L’ impér­ial­isme, devien­dra un super-capi­ta­lisme, que les prolét­aires peu­ples et nation opprimés doi­vent com­bat­tre. Le monde n’était déjà plus divisé en clas­ses, mais en termes hors clas­ses « les gran­des puis­san­ces » d’une part et « les opprimés de l’autre », les riches et les pau­vres ( le nord et le sud aujourd’hui) dont le représ­entant le plus idyl­li­que fut le gué­var­isme avec ses « allu­mons un deux trois Vietnam ». Plus les contra­dic­tions du capi­ta­lisme s’accen­tuaient, plus nous avions de nou­veaux fronts, les non -ali­gnés, puis la ver­sion chi­noise du front uni mon­dial contre les deux super- puis­san­ces (USA/URSS) et depuis un cer­tain temps une espèce de front contre les USA. Ce que nous cons­ta­tons aujourd’hui, c’est jus­te­ment un écla­tement des états sous la pres­sion du Capital qui se mon­dia­lise. Celui-ci va cher­cher dans l’his­toire les moyens de divi­ser et redi­vi­ser le monde en fonc­tion de ses impé­rat­ifs éco­no­miques et poli­ti­ques.

Aujourd’hui le Kosovo, demain le Québec, la Belgique entre Wallons et Flamands , l’Inde et le pro­blème du Cachemire, L’Indonésie et le Timor ,en Amérique du Nord, entre la Colombie bri­tan­ni­que, l’Alberta et L’état de Washington., le Turkestan orien­tal fait déjà appel à l’OTAN pour se scin­der de la Chine (depuis la déc­ouv­erte de gise­ments de pét­role). Ces regrou­pe­ments (Europe des 15) et ces écla­tements prou­vent jus­te­ment que la ques­tion natio­nale n’a plus de sens, même pour la bour­geoi­sie, seuls des arriérés peu­vent encore sou­te­nir le « droit à l’autodét­er­mi­nation ».

Lénine sépare les nations et le capi­ta­lisme : « De libé­rateur des nations, le capi­ta­lisme impér­ial­iste est devenu oppres­seur des nations » (le socia­lisme et la guerre Tome 21 ,p 312) D’un côté exis­tent les nations, de l’autre le capi­ta­lisme. Au 19 éme siècle , le capi­ta­lisme ne libérait pas les nations en général, il libérait la bour­geoi­sie. La nation est une caté­gorie poli­ti­que du capi­ta­lisme. En 1914/18 et après, les luttes de libé­rations natio­na­les ont tou­jours le même objec­tif,le repar­tage du monde en faveur du capi­tal le plus puis­sant.

Lénine rat­ta­che la démoc­ratie bour­geoise ( liberté des nations) à la révo­lution socia­liste par le moyen de la lutte contre les gran­des puis­san­ces. A la thèse de Parabellum (Radek) : « Toutes les ques­tions natio­na­les se posent dans le cadre de l’impér­ial­isme », Lénine répond : « L’oppres­sion natio­nale s’élargit et s’aggrave sur une nou­velle base his­to­ri­que » ( Le prolé­tariat et le droit des nations, Tome 21, p 423).

Alors que Parabellum comme Kievski, part du fait que nous sommes à l’époque de la révo­lution sociale et que les prét­endus « intérêts natio­naux » unis­sent les prolét­aires à leur bour­geoi­sie, les iso­lent des ouvriers des autres pays et divi­sent le prolé­tariat mon­dial,Lénine prend l’impér­ial­isme comme « base his­to­ri­que » mais le fait prin­ci­pal qu’il met en avant est l’oppres­sion des nations en général., alors que pour nous l’impér­ial­isme glo­ba­lise le monde et met à l’ordre du jour la révo­lution sociale mon­diale.

Il faut espérer que ce conflit, comme bien d’autres ajou­tera un clou au cer­cueil de cette vieille reven­di­ca­tion démoc­ra­tique reprise tac­ti­que­ment par Lénine pour isoler « les impér­ial­istes », de même que cette « autodét­er­mi­nation » qui n’est faite que pour mettre un para­vent aux véri­tables mots d’ordre inter­na­tio­na­liste « l’ennemi c’est la bour­geoi­sie mon­diale et le capi­tal » , « déf­ait­isme révo­luti­onn­aire » . Par conséquent il ne s’agit pas d’aider « les peu­ples » ni de reven­di­quer auprès de JOSPIN l’accueil de 100 000 Kosovars, ni de faire des quêtes pour sou­te­nir l’effort de guerre, ni d’exiger l’arme­ment de l’UCK. Il s’agit d’accen­tuer la lutte des clas­ses dans chaque pays et d’en mon­trer le caractère mon­dial. La crise est aujourd’hui suf­fi­sam­ment pro­fonde pour que l’aspect sub­jec­tif colle à la réalité objec­tive. La guerre à laquelle se pré­pare le Capital c’est la guerre civile et ceci au tra­vers de guer­res eth­ni­ques ou autres, où la misère est poussée à se battre contre la misère avant qu’elle ne le déb­orde. On ne nous pren­dra pas au piège de l’inter­ven­tion « huma­ni­taire » et de « l’autodét­er­mi­nation ». D’ailleurs le « New York Times » du 11 juin 1999 nous don­nait un avant-goût de ce que sera le « Nouveau Kosovo » c’est-à-dire le Kosovo sous la tutelle de la KFOR. Le Kosovo sera un « Etat sans taxes ni impôts » dont les mon­naies offi­ciel­les seront le mark alle­mand et le dollar amé­ricain.

6°- L’ETAT ET L’IDEOLOGIE JURIDIQUE.

Dans le texte qui va suivre, nous allons nous atta­cher à cri­ti­quer plus spéc­ia­lement l’idéo­logie juri­di­que. En effet, l’idéo­logie juri­di­que n’est pas en elle-même le « Droit » ou la « Loi » elle est le véhi­cule mora­li­sa­teur indis­pen­sa­ble à son bon fonc­tion­ne­ment. Le rôle de l’idéo­logie juri­di­que est de jus­ti­fier en per­ma­nence le bien- fondé ( pour l’espèce citoyenne) des contrain­tes de l’Etat, à les prés­enter comme natu­rel­les et indis­pen­sa­bles à la sécurité du citoyen. Toutes les guer­res sont par­ve­nues à mobi­li­ser les peu­ples au nom d’idéaux divers déf­ense de la civi­li­sa­tion de la patrie, guerre juste, guerre anti­fas­ciste, guerre de libé­ration popu­laire ou natio­nale...Depuis quel­ques temps, les guer­res sont menées sous le cou­vert des droits de l’homme, du droit inter­na­tio­nal huma­ni­taire et depuis le Kosovo du droit d’ingér­ence huma­ni­taire. La juri­di­cia­li­sa­tion des guer­res n’est pas nou­velle elle com­mence avec la Convention de Genève de 1864. Ce qui est nou­veau c’est le côté arbi­tre et de gen­darme mon­dial que le droit inter­na­tio­nal veut impo­ser comme néc­ess­aire « quand des peu­ples bar­ba­res procèdent à des guer­res eth­ni­ques » ou que les sacro-saints droits de l’homme ne sont pas res­pectés ; et pour punir les méchants , la mise sur pied d’un Tribunal Pénal International....

Comme toutes les guer­res se pré­parent sous le man­teau de la paix, la guerre des droits de l’homme prend un visage humain, elle se veut non seu­le­ment civi­li­sa­trice , mais aussi huma­ni­taire et jus­ti­cia­liste, elle ne vient pas pour tuer, mais pour dép­ar­tager « à son profit » les guer­res des bar­ba­res au nom de la bible des droits de l’homme.

La bible juri­di­que est donc ensei­gnée par la civi­li­sa­tion, dés l’école pri­maire par les tenants de la laïcité. L’état de droit se veut neutre, sa reli­gion le place comme dieu au-dessus des clas­ses et des partis, il est le représ­entant, l’alié­nation en acte, par la « démoc­ratie » de la sou­ve­rai­neté du pou­voir du peuple.. L’état de droit reconnaît les clas­ses y com­pris même les oppo­si­tions de clas­ses ; ce qu’il cher­che à faire en per­ma­nence s’est de conci­lier ces clas­ses sur la base de l’exploi­ta­tion mil­lén­aire de l’homme par l’homme. La poli­ti­que contrac­tuelle des orga­ni­sa­tions syn­di­ca­les est l’acte pre­mier de cette « fra­ter­ni­sa­tion répub­lic­aine » entre les clas­ses, le contrat de tra­vail en est le second, entre l’ache­teur et le ven­deur de « force de tra­vail » qui traite d’égal à égal « l’égalité répub­lic­aine » ,quant à la « liberté, » elle devrait s’arrêter là où elle entrave celle de l’autre. L’homme contraint de vendre sa force de tra­vail n’est pas un homme libre. Tout le monde sait ,que l’Etat, ses tri­bu­naux, ses flics armés et ses flics sociaux, inter­vien­nent en per­ma­nence pour faire res­pec­ter « les libertés démoc­ra­tiques », la sainte « liberté du tra­vail », celle du « qui ne tra­vail pas ne mange pas » qui d’est en ouest, du nord au sud déf­endue par la loi au nom des citoyens « libres et égaux en droits ». Que les indi­vi­dus soient inégaux socia­le­ment et éco­no­miq­uement, cela ne pré­oc­cupe pas l’état, puis­que cette iné­galité est le fon­de­ment matériel de la richesse et de l’accu­mu­la­tion per­ma­nente de celle-ci. Ce qui pré­oc­cupe l’état, c’est de main­te­nir en per­ma­nence l’alié­nation éga­lit­aire de sa sphère juri­di­que, l’égalité de la société civile, l’égalité en droit. La fameuse et fumeuse égalité en droit ;fus­tigée aussi bien par Marx que Bakounine.

Marx dira de l’égalité qu’elle devait « servir ensuite à de pau­vres cer­vel­les pour fabri­quer des systèmes » Le Capital, p 36

L’idéo­logie juri­di­que, tend conti­nuel­le­ment à mor­ce­ler les conflits afin qu’ils ne puis­sent pas pren­dre un caractère de classe ouvert, elle fabri­que tout un système de sta­tuts pour créer des faus­ses oppo­si­tions et gérer au centre . Les plus connues sont : l’oppo­si­tion entre sec­teur public et privé, entre l’école laïque et l’école privée, et en ce moment la mise en spec­ta­cle « des inad­mis­si­bles régimes spéciaux de retrai­tes » que l’on oppose au sec­teur privé. L’idéo­logie juri­di­que fabri­que des dizai­nes de sta­tuts, dans les­quels elle cir­cons­crit les luttes de clas­ses ( les sans papiers, les S DF, les CDD, les CDI, ...) le ges­tion­nisme, avec ses droits spé­ci­fiques ne conduit qu’à l’échec ,à l’enfer­me­ment des luttes.

L’idéo­logie juri­di­que, est entiè­rement au ser­vice de la pro­priété et donc du droit, mais elle pense qu’elle est la cons­cience du monde, et donc qu’elle est au-dessus de la pro­priété privée comme la reli­gion et les partis sont au-dessus des hommes. L’idéo­logie juri­di­que tend de plus en plus à s’auto­no­mi­ser, elle s’est inves­tie en tant que cons­cience de l’état d’un rôle huma­ni­taire qui main­te­nant trans­gresse les états, elle veut ses croi­sa­des et ses nou­veaux croisés. Mais le droit, nous le savons n’est rien de plus que la codi­fi­ca­tion arti­fi­cielle du pou­voir d’une classe sur un autre à savoir une dic­ta­ture, le pou­voir du peuple n’est que le pou­voir sur le peuple pas d’illu­sion à avoir sur cette ques­tion, la démoc­ratie en tant que système per­verse à mon­trée ses limi­tes, il faut passer à autre chose.

POUR CONCLURE :

Comme vous avez pu le cons­ta­ter, notre texte est prin­ci­pa­le­ment centré sur les contra­dic­tions au sein même du monde capi­ta­lis­te1 Nous avons volon­tai­re­ment mis en exer­gue les riva­lités des gran­des puis­san­ces ( riva­lités entre gangs capi­ta­lis­tes) afin de dém­ontrer que la guerre « pour la libé­ration du Kosovo » n’est qu’un leurre et qu’elle masque des intérêts « huma­ni­tai­res » d’un autre genre . Nous savons depuis long­temps, que toutes les guer­res natio­na­les , toutes les guer­res eth­ni­ques et rég­io­nal­istes ne sont que l’expres­sion des riva­lités éco­no­miques des gran­des puis­san­ces et des puis­sants pour rele­ver le taux de profit, pour s’appro­prier des matières pre­mières et des hommes à exploi­ter ou une zone straté­gique sur l’échiquier géo­po­li­tique inter­na­tio­nal. Nous n’avons jamais mordu aux théories « du droit des peu­ples à dis­po­ser d’eux- mêmes » car en fait il ne s’agis­sait que de dis­po­ser d’une « bour­geoi­sie natio­nale » qui allait négocier sa place de sous-fifre dans l’arène inter­na­tio­nale ( après avoir liquidé les com­mu­nis­tes et autres révo­luti­onn­aires ) et dont la pre­mière pré­oc­cu­pation est d’exploi­ter sans merci son propre prolé­tariat et de le dép­orter vers les pays riches pour avoir des devi­ses.( les exem­ples ne man­quent pas .) Actuellement, le monde entier est en crise sociale et c’est cette crise que la guerre veut dénouer avant qu’elle ne se retourne en guerre civile révo­luti­onn­aire contre le dés­ordre capi­ta­liste. , peu importe le prét­exte qui engen­dre la ou les guer­res ( de repar­tage du monde, de libé­ration des peu­ples, de guerre juste , de guerre huma­ni­taire, anti­fas­ciste..) Le caractère fon­da­men­tal des guer­res actuel­les a pour essence la divi­sion en clas­ses de la société et du fait de cette divi­sion pour l’exploi­ta­tion de l’homme par l’homme, toutes les guer­res ont pour fina­lité le main­tien du régime d’exploi­ta­tion, soit par la des­truc­tion du poten­tiel éco­no­mique de l’adver­saire ( le prolé­tariat en fait partie ) ,soit par la sou­mis­sion du prolé­tariat, qui alors va servir son nou­veau maître. Soit la guerre bour­geoise se trans­forme en guerre civile révo­luti­onn­aire, en guerre de classe et alors nous voyons les armées « adver­ses » s’asso­cier pour régler son compte au prolé­tariat ou pré­ci­piter les accords de paix ( Il suffit de voir com­ment la France huma­ni­taire procède vis-à-vis des dés­erteurs serbes.). Dans toute guerre, il nous faut donc mettre en avant les actes allant dans le sens de la guerre de classe, et bien déli­miter notre camp : le 3éme camp.

« La natio­na­lité de l’ouvrier n’est pas franç­aise, ni anglaise, ni alle­mande, c’est le tra­vail, l’escla­vage libre, le mar­chan­dage de soi-même. Son gou­ver­ne­ment, n’est pas français, ni anglais, ni alle­mand, c’est le Kapital. Son atmos­phère natale n’est pas franç­aise, ni anglaise, ni alle­mande, c’est l’atmos­phère de l’usine. Le sol qui lui appar­tient en propre n’est pas un sol français, ni anglais, ni alle­mand ; il se trouve quel­ques pieds sous terre » ( Karl Marx-1845 ).

Gérard Bad (rédigé entre juin et août 1999)

Le coût des guer­res au Xxéme siècle ( en mil­liards de dol­lars de 1995.) CONFLITS COUTS Première guerre mon­diale 2850 Deuxième guerre mon­diale 4000 Guerre de Corée 540 Guerre de SUEZ 13 Guerre du Vietnam 720 Guerre des 6 jours israëlo-arabe 3 Guerre du Kippour 21 Guerre d’Afghanistan 116 Guerre Iran-Irak 150 Guerre des Malouines 5 Guerre du Golfe 102 Guerre des Balkans 20 Source : International ins­ti­tute for stra­te­gic stu­dies. Sauf pour les Balkans qui sont d’autres sour­ces

Epuration eth­ni­que ou épu­ration sociale, le système capi­ta­liste sème la mort et s’en vante.

Le capi­ta­lisme, lui qui chaque jour engen­dre l’exclu­sion, c’est- à -dire la mort lente de mil­lions d’être humains « libérés du tra­vail sala­rié » ou ne trou­vant pas à se vendre, le capi­ta­lisme veut nous faire pleu­rer sur des notions de peuple de nation, de races, de reli­gions...Sa soit -disante égalité en droit. Le pays capi­ta­liste le plus puis­sant du globe uti­lise l’arme ali­men­taire pour faire crever des mil­lions d’hommes femmes et enfants . De retour de Yougoslavie, l’ancien minis­tre de la jus­tice des USA Ramsey Clark écrivait « (...) ces cibles confir­ment ce que les Etats-Unis ont main­te­nant annoncé, qu’ils frap­pe­ront l’ali­men­ta­tion, l’énergie et d’autres pro­duits essen­tiels aux civils. L’usage de la faim comme arme est, bien sûr, inter­dite par la Déclaration Universelle des Droits de l’homme et le Protocole I addi­tion­nel de 1977 aux Conventions de Genève » (extrait de la lettre adressée le 5 avril 1999 à tous les mem­bres du Conseil de sécurité de l’ONU. )

Le 9 avril 1948, les grou­pes ter­ro­ris­tes sio­nis­tes Irgoun et Stern vont exter­mi­ner la popu­la­tion de Deyr Yassin prés de Jérusalem . Parmi les morts 25 femmes encein­tes, 52 mères avec des bébés et plus de 60 femmes. Menachen Beghin ( prix Nobel de la paix) diri­gera l’assaut du vil­lage dont il don­nera l’expli­ca­tion sui­vante :

« Non seu­le­ment il fut jus­ti­fié, mais, si la vic­toire de Deyr Yassin n’avait pas été obte­nue, l’Etat d’ Israël n’aurait pas été cons­ti­tué... La pani­que gagna les Arabes... L’impres­sion créée par le mas­sa­cre de Deyr Yassin équi­valut à la force de six régiments mili­tai­res. Les Arabes com­mençaient à fuir, tout ter­ro­risés, avant de s’affron­ter aux forces juives... Le mas­sa­cre de Deyr Yassin nous a par­ti­cu­liè­rement aidé à libérer Tibériade et à enva­hir Haifa. » Beyrouth 1982.

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