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Bulletin ouvrier : Lutte de classe dans le Léon (1) - Grève à la CBA

publié par Yves, le jeudi 27 octobre 2005

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Ce bulletin est le récit et l’analyse d’une grève qui s’est déroulée à la CBA (Compagnie Bretonne de l’Artichaut) en juin et juillet 2005. Il est le fruit d’un travail mené en commun par des camarades de Mouvement Communiste et plusieurs ouvriers ayant fortement participé à l’animation de la grève. La première partie a été rédigée avec la participation de deux salariés de la CBA ; la seconde par des camarades de Mouvement Communiste.

Comme nous le disions déjà en 1995 : « Que des militants différents sur le plan de la tradition politique se retrouvent aujourd’hui et partagent l’essentiel en matière de préoccupations et de conceptions concernant les luttes défensives (ce qui n’empêche pas les divergences dans d’autres domaines), dans le cadre d’une structure à la fois plus vaste, plus ouverte ne peut qu’inciter à persévérer, à l’heure où la voix des communistes est dramatiquement absente en milieu ouvrier. C’est ainsi que nous souhaiterions faire de notre regroupement un lieu stable voué à l’écoute attentive des ferments ouvriers et, si possible, un lieu privilégié où une intervention concrète au sein des luttes pourrait s’élaborer. …. Cette activité globale se déploiera, bien sûr, à partir d’acquis et d’objectifs communs à savoir : la nécessaire participation aux luttes économiques défensives du prolétariat, en vue de la cristallisation d’un milieu ouvrier minoritaire d’avant-garde en rupture avec les organisations syndicales intégrées à l’Etat capitaliste. »

Il est nécessaire de rappeler la difficulté énorme de cette démarche qui, si elle ne veut pas se confiner à l’énonciation de quelques généralités caricaturales sur les « syndicalistes traîtres » et les vertus des « extensions miracles », devra se nourrir d’études détaillées des capitaux individuels concernés par les conflits afin d’offrir aux prolétaires combatifs des outils efficaces pour l’action et, par là même, une intelligence claire de leur condition. La reconstitution d’un authentique milieu prolétarien révolutionnaire est à ce prix.

Si des militants de Mouvement Communiste participent au Bulletin Ouvrier, cela ne fait pas de celui-ci la structure « ouvrière » - de même qu’il n’existe pas de structure « jeune » ou « immigrée » - où il irait racketter des militants. Comme toute formation communiste digne de ce nom, Mouvement Communiste prépare sa disparition dans un ensemble organisé plus vaste dont il ne prétend être ni le pépin, ni le noyau, ni l’embryon.

Une existence plus régulière, plus rayonnante de ce bulletin constituera une première preuve concrète de l’avancement de ce projet.

Pour tout contact, écrire, sans autre mention, à : Christian Fletcher, 17 rue de l’Alun 91630 - Marolles en Hurepoix.

Introduction Le lundi 21 juin 2005, des sala­riés de la CBA (Compagnie Bretonne de l’Artichaut) décident de lancer une grève illi­mitée, en réaction aux licen­cie­ments mas­sifs annoncés par la direc­tion. Elle va durer 22 jours, être payante et les sala­riés vont en sortir la tête haute.

Ce mou­ve­ment de grève des sala­riés de la CBA s’est déroulé, entre juin et juillet 2005, au cœur du pays léonard en Bretagne. C’est une région for­te­ment agri­cole ; les mou­ve­ments de prolét­aires y sont très rares. Le res­pect du tra­vail y est très fort.

La CBA (Compagnie Bretonne de l’Artichaut) est une usine de surgé­lation de légumes, filiale de la SICA (Société d’Initiative et de Coopération Agricole) de Saint-Pol-de-Léon (Finistère). La SICA représ­ente le 1er grou­pe­ment français de la bran­che fruits et légumes avec 2 000 exploi­tants agri­co­les, et cons­ti­tue, avec trois autres grou­pe­ments finistériens, l’asso­cia­tion de mise en marché du Nord Finistère. En 2004, la SICA a annoncé un chif­fre d’affai­res de 206 mil­lions d’euros et a assuré, entre autres, une pro­duc­tion de 40 000 tonnes d’arti­chauts. Elle est présidée par M. Bihan-Poudec, agri­culteur et maire d’une petite com­mune du pays léonard (Plounéour-Trez).

En 1992, Alexis Gourvennec, fon­da­teur et pré­sident, à l’époque, de la SICA, de la société de navi­ga­tion Brittany Ferry et de CERAFEL aug­menta ses parts dans la CBA jusqu’à 99,7 %. Entre 1998 et 2000, la CBA pro­dui­sait 20 000 tonnes de légumes sur­gelés et 2 000 tonnes de légumes apper­tisés (conserve). Puis la pro­duc­tion est retombée entre 12 000 et 15 000 tonnes de pro­duits finis. Aujourd’hui, la CBA (avec un chif­fre d’affai­res de 25 mil­lions d’euros) connaît de gros­ses dif­fi­cultés finan­cières et une perte de 8,6 mil­lions en 2004 après les 3,57 mil­lions de 2003. Depuis 1992, la SICA n’a jamais investi dans le renou­vel­le­ment du parc des machi­nes, qui ont toutes plus de 15 ans.

En mars 2004, après l’échec de la revente de la CBA à ARDO, (groupe belge qui possède 15 usines de surgé­lation de légumes en Europe), qui prévoyait de garder tous les sala­riés, un pre­mier plan de licen­cie­ment est envi­sagé.. Mais, suite à une action en jus­tice des syn­di­cats, le plan social fut annulé le 12 octo­bre 2004.

En mars 2005, la CBA annonce un nou­veau plan de licen­cie­ment. Le plan social évolue de 87 licen­cie­ments, au départ, sur les unités de Saint-Pol-de-Léon et Plouénan, à 145 licen­ciés sur un total de 190 sala­riés. Au final, il doit rester 43,1 postes (selon les données de la direc­tion) dont deux à la pro­duc­tion pour 8 agents de maît­rise ! Le projet de la CBA consiste à rem­pla­cer les CDI par des contrats préc­aires. Les ouvriers sont employés uni­que­ment pen­dant les pér­iodes de réc­oltes.

L’usine se com­pose :

- d’une majo­rité d’employés et ouvriers (159),
- d’inter­mit­tents (8),
- d’un apprenti,
- d’agents de maît­rise (14),
- de cadres (7).

Après les licen­cie­ments, il res­tera :

- 29,8 employés et ouvriers,
- un apprenti,
- 8 agents de maît­rise,
- 4,3 cadres.

Les sala­riés ont pour la plu­part 15 ans d’ancien­neté et une moyenne d’âge de 40 ans. Les condi­tions de tra­vail sur les chaînes de pro­duc­tion sont très dures. Le bruit des machi­nes est inces­sant, les décibels sont exces­si­ve­ment élevés. Le port obli­ga­toire des pro­tec­tions audi­ti­ves est plus ou moins res­pecté car elles sont dif­fi­ci­les à sup­por­ter toute la journée. Le temps de tra­vail est orga­nisé en deux équipes de sept heures. Les caden­ces de condi­tion­ne­ment et de pro­duc­tion sont inten­si­ves et les postes mal adaptés. La vétusté des machi­nes ren­force la péni­bilité du tra­vail. A cela se rajoute la forte odeur des légumes, l’humi­dité et le froid.

En rép­onse au plan social, la pres­sion com­mence à monter. A l’appel de l’inter­syn­di­cale, formée par la CFDT et FO, une assem­blée géné­rale se tient le 8 juin 2005 avec une par­ti­ci­pa­tion d’envi­ron 80 sala­riés.

Les tra­vailleurs sont très remontés contre la direc­tion qui leur pro­pose un mois de salaire, différ­encié selon les coef­fi­cients, en plus des indem­nités légales de départ qui sont de deux mois de préavis, plus un pour­cen­tage par année d’ancien­neté. Ils décident majo­ri­tai­re­ment de lancer un mou­ve­ment de lutte pour obte­nir une prime de 20 000 € en com­plément des indem­nités. Lors de cette réunion, ils décident d’une série de débra­yages, d’une heure par jour, qui vont se tenir dans la semaine du 9 au 17 juin.

Si les ouvriers n’avaient pas fait grève jusqu’à ce moment-là, c’est parce qu’ils avaient préféré atten­dre la pleine saison d’arti­chauts pour avoir un moyen de pres­sion plus impor­tant et dém­arrer un combat dur.

A l’issue de ces grèves et des per­tur­ba­tions pro­vo­quées dans la pro­duc­tion, au vu de l’impor­tance de la mobi­li­sa­tion et de l’absence de rép­onse de la direc­tion, une assem­blée est décidée le lundi 20 juin à 6 heures du matin. Elle se dér­ou­lera sur le par­king de la CBA à Saint-Pol-de-Léon. Ce sera le point de départ de la grève illi­mitée. 1re semaine de grève

Lundi 20 juin

Environ 80 sala­riés se réun­issent en assem­blée à 6 h sur le par­king de l’usine de Saint-Pol-de-Léon. Vote à main levée et à l’una­ni­mité de la grève illi­mitée.

Sur le site de Saint-Pol-de-Léon, usine prin­ci­pale de pro­duc­tion de l’arti­chaut, seules 5 machi­nes sur 27 tour­nent sans les méca­niciens d’entre­tien qui sont au nombre de trois.

Les grév­istes se bat­tent pour un vrai reclas­se­ment et une prime de 20 000 €. Ils votent la pour­suite ou l’arrêt de la grève tous les matins.

L’inter­syn­di­cale (FO et CFDT) prend la parole pour faire le point sur la situa­tion. Le Comité des chômeurs et soli­dai­res des Pays de Morlaix vient sou­te­nir les grév­istes. Ses représ­entants évoquent l’idée d’une caisse de sou­tien. Les grév­istes sont cepen­dant réservés sur cette pro­po­si­tion car ils ne savent pas ce qu’est deve­nue la der­nière caisse de grève. Des sala­riés suggèrent d’orga­ni­ser des repas réguliers entre sala­riés en lutte, mais un délégué FO du Comité d’entre­prise (CE) rét­orque qu’il n’y a plus de sous dans la caisse du CE (info dém­entie par la suite par un membre de cet orga­nisme).

Les grév­istes pas­sent à l’action…

Le matin, les grév­istes décident d’aller voir M. Bihan-Poudec à sa mairie. Les représ­entants du Comité de chômeurs pro­po­sent de four­nir aux sala­riés, draps et bombes de pein­ture pour fabri­quer des ban­de­ro­les, ce sera sa pre­mière action concrète de par­tage du combat des sala­riés en grève.

Une délé­gation, com­posée des délégués syn­di­caux, d’élus du CE et de trois sala­riés, est reçue par le maire. Une réunion des représ­entants du CE avec M. Bihan-Poudec et le direc­teur de la CBA doit avoir lieu à 16 heures. Les sala­riés ren­trent chez eux à midi.

Ce jour-là, aucune infor­ma­tion n’est dif­fusée sur l’état de la pro­duc­tion, même si l’on ima­gine qu’elle est for­te­ment per­turbée.

Mardi 21 juin

Vote à main levée et à l’una­ni­mité d’envi­ron 80 grév­istes (une seule abs­ten­tion) pour conti­nuer la grève malgré l’appel à la reprise lancé par la CFDT

La CFDT, dans son inter­ven­tion, prétend « avoir obtenu des avancées » : 40 sala­riés pour­raient être gardés en contrats inter­mit­tents de 600 h à 900 h par an ; 10 CDI de plus seraient gardés (les plus de 50 ans…) et deux mois de salaire en plus du mois pro­posé au départ (tou­jours différ­enciés selon les coef­fi­cients). Certains grév­istes s’insur­gent : « La der­nière fois déjà on a dû influen­cer la CFDT pour conti­nuer la grève. On ne va pas arrêter au bout d’un jour de grève sinon la SICA va penser qu’on est des mou­tons et qu’ils ont gagné. »

La CFDT fait pres­sion pour que les votes se fas­sent à bul­le­tins secrets. Un membre de FO défend auprès des sala­riées, la pro­po­si­tion du vote à main levée.

La direc­tion a contacté tous les non-grév­istes par télép­hone ou direc­te­ment sur leur lieu de tra­vail afin qu’ils se dép­lacent pour faire bas­cu­ler le vote à la faveur d’une reprise. Ils sont une tren­taine à se dép­lacer. Le délégué dép­ar­tem­ental FO, rap­pelle que seuls les grév­istes sont légi­times pour voter car ceux qui n’ont pas par­ti­cipé au mou­ve­ment ont accepté dans les faits ce que la direc­tion pro­pose. A l’excep­tion près du mardi 5 juillet, le représ­entant FO sera présent tous les matins jusqu’à la fin de la grève. C’est le res­pon­sa­ble de l’union dép­ar­tem­en­tale. Il est détaché de son emploi (dans son cas, la fonc­tion publi­que) et tra­vaille à plein temps pour le syn­di­cat. Il inter­vient dans les différ­entes grèves qui ont lieu dans la région.

Les grév­istes décident à l’una­ni­mité que les votes se feront à main levée. La prés­ence des femmes est très forte. Elles sont par­ti­cu­liè­rement viru­len­tes pour déf­endre leur droit à la grève.

La CFDT, ren­forcée par la prés­ence de son délégué dép­ar­tem­ental, appelle tous ses adhérents à repren­dre le tra­vail. Mais la majo­rité de ceux-ci rép­ondent « on a voté, on ne revient pas sur le vote ».. Cependant, cer­tains d’entre eux n’iront pas défiler dans les rues de Saint-Pol-de-Léon. Le direc­teur de la CBA, M. Le Floch, est présent en se mon­trant très agres­sif à l’égard des tra­vailleurs en lutte.

Les grév­istes inves­tis­sent la ville de Saint-Pol-de-Léon

Les sala­riés par­tent à pied au centre ville de Saint-Pol-de-Léon. Le cortège est ouvert par le camion sono de FO. Ils dis­tri­buent aux pas­sants et auto­mo­bi­lis­tes des tracts rédigés par les res­pon­sa­bles FO et CFDT.

Mercredi 22 juin

Assemblée Générale à 9 heures sur le par­king de Saint-Pol-de-Léon ; envi­ron 90 grév­istes présents

Un délégué dép­ar­tem­ental CFDT présent ce jour-là appelle à nou­veau les grév­istes à la reprise et demande à nou­veau le vote à bul­le­tins secrets. Les grév­istes refu­sent et s’expri­ment pour la pour­suite de la grève. Six adhérents de la CFDT votent pour la reprise, d’autres ne choi­sis­sent pas.

Le direc­teur par­vient à faire repren­dre le tra­vail à une dizaine de sala­riés en les pre­nant par petits grou­pes pour les convain­cre. L’ensem­ble des tra­vailleurs a reçu le matin un cour­rier de la direc­tion plai­dant pour la reprise.

Les grév­istes vont dér­anger le sous-préfet

Le délégué dép­ar­tem­ental FO, qui n’est pas par­venu à obte­nir un rendez-vous avec le sous-préfet, pro­pose aux ouvriers d’aller le voir tous ensem­ble.

Les grév­istes se dép­lacent en convoi escar­got jusqu’à la sous-préf­ec­ture de Morlaix. Pendant la réunion, quel­ques-uns d’entre eux vont dis­tri­buer dans le centre ville les tracts FO-CFDT. Tracts écrits par les res­pon­sa­bles syn­di­caux. Participent à la réunion, les délégués dép­ar­tem­entaux FO et CFDT, deux délégués syn­di­caux FO et CFDT de la CBA, la secrét­aire du CE FO et un délégué du per­son­nel de la CFDT. A la sortie, un représ­entant de FO rend compte de la ren­contre à l’assem­blée. Après quoi, les par­ti­ci­pants se quit­tent en se don­nant rendez-vous le len­de­main.

Jeudi 23 juin

Assemblée géné­rale à 9 heures : envi­ron 80 sala­riés. Bilan du CE extra­or­di­naire du matin et de la ren­contre entre le sous préfet, la CBA et le CE : pra­ti­que­ment pas d’avancées. Que du flou.

Les deux syn­di­cats en place s’accor­dent pour pro­po­ser aux grév­istes le vote à bul­le­tins secrets. Ils disent d’agir ainsi « sous la pres­sion du sous-préfet »... Les sala­riés choi­sis­sent à nou­veau la mét­hode de la main levée. Cette moda­lité de vote va être conservée jusqu’au der­nier jour de grève.

Le direc­teur prétend que les sala­riés de la CBA vont conduire la boîte au dépôt de bilan comme pour la société Europa. Le délégué dép­ar­tem­ental FO fait venir un sala­rié FO de cette entre­prise, pour expli­quer aux sala­riés et rép­ondre au direc­teur que le contexte n’était pas du tout com­pa­ra­ble à celui de la CBA.

M. Le Floch apporte les pho­to­co­pies du compte rendu du CE du matin signé de sa main. Il n’y en a pas assez pour tout le monde. Les sala­riés en font des bou­let­tes et avions et les jet­tent aux pieds du direc­teur. Les grév­istes refu­sent l’accord à l’una­ni­mité (une abs­ten­tion) et votent à la majo­rité pour pour­sui­vre la grève. Trois adhérents de la CFDT votent contre.

Avant que les sala­riés ne se dis­per­sent, du sein de la CFDT surgit la pro­po­si­tion de rédiger une pétition. Plusieurs tra­vailleurs par­ti­ci­pe­ront ainsi à la réd­action col­lec­tive d’un tract signé par l’inter­syn­di­cale. Vendredi 24 juin

Environ 80 sala­riés présents. Vote à la grande majo­rité pour la reconduc­tion de la grève, deux contre.

La CFDT n’est plus représentée sur le ter­rain. L’inter­syn­di­cale est cassée, un délégué CFDT qui est en congé mala­die est resté chez lui, deux autres ont repris le tra­vail.

Des mem­bres du Comité de chômeurs et des ouvriers révo­luti­onn­aires venus éga­lement sou­te­nir les grév­istes relan­cent la pro­po­si­tion de la caisse de sou­tien. Plusieurs d’entre eux pren­nent la parole à ce sujet. Sa création sera fina­le­ment adoptée en fin de matinée. Les sala­riés dépo­seront une quin­zaine de boîtes dans les com­mer­ces de la ville.

Un membre de la CFDT prés­ente une pétition com­mune signée CFDT-FO dénonçant l’embau­che de sala­riés sai­son­niers inter­mit­tents ou inté­rim­aires en rem­pla­ce­ment de ceux à temps plein et appe­lant la popu­la­tion à se mobi­li­ser pour le droit à un vrai tra­vail, un vrai salaire et contre la pré­carité et la flexi­bi­lité.

La direc­tion a fait savoir à un délégué du per­son­nel de FO qu’elle ne se prés­en­terait plus devant les sala­riés comme cela avait été le cas jusqu’ici. Ce qui signi­fie qu’elle n’accep­te­rait plus de négocier direc­te­ment avec l’assem­blée des grév­istes. Le patron rés­ervait dés­ormais ses entre­tiens à la seule CFDT et affir­mait qu’il n’accor­de­rait le paie­ment d’aucune heure de grève. Le délégué de FO va choi­sir de ne pas com­mu­ni­quer ces infor­ma­tions aux grév­istes pour ne pas leur « casser le moral ».

Les grév­istes se ren­dent au marché au cadran…

Dans la matinée, les sala­riés de la CBA enva­his­sent le « marché au cadran » (marché aux enchères des légumes) de la SICA en face du site de Saint-Pol-de-Léon. Des représ­entants de FO s’adres­sent aux ache­teurs. Les sala­riés leur dis­tri­buent le tract FO-CFDT et leur pro­po­sent les pétitions. Une majo­rité d’entre eux la signe. Puis, un cortège de voi­tu­res est orga­nisé jusqu’au siège de la Brittany Ferry, à Roscoff. Les sala­riés de la CBA ne ren­contrent qua­si­ment per­sonne dans le hall de la com­pa­gnie mari­time. Ils n’ont aucun contact avec les res­pon­sa­bles. Le cortège de voi­tu­res repart du port vers le centre de la ville en blo­quant la cir­cu­la­tion. Les grév­istes en pro­fi­tent pour dis­tri­buer les tracts FO-CFDT.

Les pro­po­si­tions de la direc­tion appa­rais­sent très floues aux tra­vailleurs. Certains par­lent de 3 000 € de prime de départ ; d’autres ne savent pas trop. Le mon­tant de la reven­di­ca­tion n’est pas précisé en assem­blée. Il ne sera voté que le der­nier jour de la grève. Pourtant, le délégué dép­ar­tem­ental FO a annoncé la veille par voix de presse la reven­di­ca­tion de 10 000 €. Certains sala­riés ne sem­blent pas com­pren­dre pour­quoi les syn­di­cats sont passés d’une reven­di­ca­tion de 20 000 € à 10 000 €. « Pourquoi avoir coupé la poire en deux ? », s’inter­ro­gent-ils. Certains rép­ondent qu’« on demande trop ». D’autres rét­orquent qu’« il faut deman­der plus ». « On aurait dû exiger 15 000 €. C’était plus facile de les conver­tir en francs », avance un tra­vailleur. Tout le long de la semaine les assem­blées sont lancées et menées par les représ­entants syn­di­caux.

Samedi 25 juin

Le Comité de chômeurs se rend sur le marché avec les cais­ses de sou­tien pour infor­mer la popu­la­tion. Un sala­rié de la CBA, qui a lu dans la presse locale l’appel à sou­tien du Comité, rejoint les mem­bres de l’asso­cia­tion. 93 € sont récoltés.

Des arti­cles dans la presse locale (Ouest France et Télégramme) font bondir les mem­bres du Comité de chômeurs : la CFDT négocie avec la direc­tion malgré son retrait de la lutte et appelle par jour­naux inter­posés à la reprise du tra­vail. Elle prétend que 144,5 emplois seraient sauvés grâce à son action ! Il n’en est rien.

Le Comité de chômeurs renou­vel­lera ce rendez-vous sur le marché de Morlaix les deux same­dis sui­vants et sera rejoint par quel­ques grév­istes. Ils réc­ol­teront 130 € et 129 €. 2e semaine de grève

Lundi 27 juin

Vote des 75 sala­riés présents à l’una­ni­mité pour la pour­suite de la grève

Le délégué dép­ar­tem­ental FO, prend la parole et dén­once les agis­se­ments de la CFDT. Un délégué du per­son­nel décide, à la suite des arti­cles parus le week-end dans la presse locale, d’invi­ter les jour­na­lis­tes aux portes de l’usine. Ceux du Télégramme et d’Ouest France rép­ondent à l’appel. Ils leur pré­cisent que « ce sont les sala­riés qui gèrent leur grève et non pas les délégués ».

Un groupe de sala­riés, d’élus et de mem­bres du Comité de chômeurs font le déco­mpte de la caisse de sou­tien et en confie la somme col­lectée aux représ­entants du CE. Les col­lec­teurs sou­hai­tent que la somme de 93 € soit annoncée avant le vote afin d’encou­ra­ger les grév­istes. Un sala­rié élu tente d’en faire part au micro mais sera repoussé par le délégué dép­ar­tem­ental FO.

Ça ne tourne pas rond au rond-point du pont de la Corde

Les grév­istes décident de blo­quer le rond point du pont de la Corde à quel­ques kilomètres de Saint-Pol-de-Léon, lieu straté­gique de l’axe Roscoff-Morlaix. Arrivés sur place en cortège escar­got, ils inter­cep­tent un camion d’arti­chauts de la CBA et le vident sur la voie express blo­quant ainsi sa sortie pen­dant plus d’une heure. La satis­fac­tion des grév­istes est grande.

De là, un cortège d’une ving­taine de voi­tu­res repart sur Plouénan afin de ren­contrer le maire de la com­mune où se trouve la maison mère de la CBA. Ce der­nier n’a pas encore mani­festé publi­que­ment la moin­dre marque de sym­pa­thie à l’égard des tra­vailleurs licen­ciés. Cette fois, les grév­istes ne res­te­ront pas à l’extérieur du bâtiment pen­dant qu’une délé­gation ren­contre le maire. Tous ren­trent en force dans la mairie. Certains délégués ouvrent la dis­cus­sion avec l’adjoint au maire, des grév­istes habi­tant la com­mune inter­vien­nent. L’adjoint au maire cer­ti­fie que la muni­ci­pa­lité adop­tera un com­mu­ni­qué de sou­tien. A 12 h 30, le ras­sem­ble­ment prend fin.

Quelques dis­cus­sions se font en aparté. Certains pen­sent que la plu­part va repren­dre le mer­credi sui­vant, après la réunion du CE. Un élu FO déc­lare « qu’il faudra bien repren­dre un jour et qu’on pourra tou­jours faire des débra­yages ». Depuis plu­sieurs jours déjà, le syn­di­cat FO affirme que : « de toute façon, la direc­tion sait très bien que si les sala­riés repren­nent le tra­vail, ils ne seront pas motivés tant que les négoc­iations n’auront pas lieu. »

Mardi 28 juin

73 sala­riés présents, sur le par­king habi­tuel.

Une réunion du CE consa­crée au plan social doit se tenir dans l’après-midi. Les grév­istes décident à la majo­rité de repor­ter au matin sui­vant leur avis sur le plan social. Six sala­riés pré­fèrent pren­dre posi­tion dès la sortie de la réunion du CE en arguant que cer­tains tra­vailleurs ne seront pas présents le len­de­main.

Des signes de déc­ou­ra­gement appa­rais­sent et quel­ques grév­istes annon­cent leur reprise du tra­vail pour le len­de­main. Le moral baisse. Les dif­fi­cultés finan­cières se font sentir.

Des fric­tions appa­rais­sent au sein de la sec­tion FO de l’entre­prise. Malgré les hési­tations de cer­tains, les élus de ce syn­di­cat décident d’appor­ter leurs heures de délé­gation à la caisse de sou­tien (équi­valent en salaire de 20 heures en moyenne). Le syn­di­cat FO suggère de repren­dre le tra­vail et opérer des débra­yages ensuite. Un de ses adhérents annonce d’ores et déjà que l’assem­blée du matin sui­vant sera « la der­nière ».

Un méca­nicien FO qui veut repren­dre le tra­vail dit : « Ils arri­vent quand même à faire tour­ner les chaînes car cer­tains méca­niciens ont repris ; quand on débrayait c’était plus effi­cace car les femmes à la chaîne ne pou­vaient plus tra­vailler »

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