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Religion et répression aux Etats-Unis (2)

publié par Yves, le mardi 26 avril 2005

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Voici la fin de l’article que Richard Greeman nous a gentiment autorisés à reproduire sur ce site.

III. Censure et pro­pa­gande aux EU

Cette dure réalité vécue par des mil­lions d’amé­ricains ne cor­res­pond pas à celle du gou­ver­ne­ment Bush trans­mise quo­ti­dien­ne­ment par nos médias. Dans le N.Y. Times du 18 mars la grande jour­na­liste Maureen Dowd expose com­ment la Maison Blanche mani­pule les médias. D’abord, l’Administration ne tolère pas de cri­ti­que. Elle vient d’obli­ger le doyen des prés­en­tateurs des infos de la télé­vision natio­nale Dan Rather à pren­dre une ’retraite anti­cipée’ après avoir cité un docu­ment de source non-confirmée au sujet du ser­vice mili­taire de Georges W. Bush pen­dant la Guerre du Vietnam. Pourtant, l’infor­ma­tion était cor­recte : per­sonne ne conteste que Bush s’était lon­gue­ment absenté sans per­mis­sion de la Texas Air National Guard, où l’inter­ven­tion d’un client de son père lui avait ouvert une place, très prisée, car cette unité ne pou­vait pas être envoyée au combat viet­na­mien.

Quant à Dowd elle-même, la célèbre et gla­mou­reu­ses chro­ni­queuse de la Maison Blanche depuis plu­sieurs admi­nis­tra­tions se trouve inter­dite des confér­ences de presse pré­sid­enti­elles. Elle y posait des ques­tions trop per­ti­nen­tes. En revan­che, elle parle du scan­dale d’un faux jour­na­liste embau­ché par la Maison Blanche pour y poser des ques­tions faci­les devant les caméras. On a même retrouvé la photo du faux jour­na­liste sur un Site Web qui offrait ses ser­vi­ces comme Escort (gigolo) pour dames et mes­sieurs ! De plus, le gou­ver­ne­ment de Bush a fini par admet­tre qu’il com­man­dait systé­ma­tiq­uement des arti­cles favo­ra­bles à des jour­na­lis­tes à gages, et que le Trésor public payait de gros­ses sommes à une ving­taine d’agen­ces publi­ci­tai­res pour réa­liser de faux ’repor­ta­ges’ régul­ièrement retrans­mis comme vrais par les télé­visions rég­io­nales. Peu importe : le Ministère de la Justice a statué que ces faux repor­ta­ges sont par­fai­te­ment légaux « du moment qu’ils se basent sur des faits et ne sont pas par­ti­sans » ( !) Dowd qua­li­fie cette offen­sive de « cam­pa­gne de pro­pa­gande dans le style sovié­tique. » Pour moi, elle cor­res­pond plutôt au 1984 d’Orwell avec son ’Ministère de la Vérité,’ sa ’Ligue anti-sexe,’ et sa devise « La guerre, c’est la paix. »

« Nous créons notre propre réalité. »

De toute façon, le régime ins­taure un système de men­son­ges et d’hal­lu­ci­na­tion où la réalité se perd vite. La télé­vision amé­ric­aine pro­jette un Bushland ima­gi­naire habité par des mil­liar­dai­res en fête. Là, la paix et la démoc­ratie s’ins­tal­lent au Moyen Orient grâce à la vic­toire de Bush sur Saddam le Mauvais. Là, l’éco­nomie amé­ric­aine reprend grâce aux exemp­tions d’impôts qui encou­ra­gent les riches à créer de l’emploi. Les faits indi­quent autre chose ? On les nie, et les voilà écartés du dis­cours. Confronté à l’absence des « ADM de Saddam » et ses « liens avec le 11 sep­tem­bre » un conseil de Bush a déclaré : « Nous créons notre propre réalité. » C’est ce que les psy­cho­lo­gues appel­lent ’la pensée magi­que’. Hélas, il savait bien dire : selon des son­da­ges, près de la moitié des électeurs états-uniens croyait encore à ces deux mythes en 2004. N’est-ce pas Hitler qui a pro­clamé : « Si on répète un gros men­songe assez sou­vent, les gens le croi­ront » ? Effectivement. Mais il faut aussi dis­po­ser du pou­voir d’asser­vir les médias, cen­su­rer les cri­ti­ques, dis­cré­diter la raison empi­ri­que et impo­ser une idéo­logie illu­sion­niste. Rappelons tou­te­fois que la réalité finit tôt ou tard par se retour­ner contre les illu­minés qui s’aveu­glent en la niant. Après tout « l’Empire de 1000 ans » des délires du Fürer n’a duré que treize ans.

IV. Des éléphants au salon

Comment « créer sa propre réalité » ? L’alcoo­li­que, le père inces­tueux, l’abu­seur phy­si­que ’intro­dui­sent des éléphants dans leur salon’ puis enga­gent la com­pli­cité de la famille dans son déni du pro­blème de leur culpa­bi­lité secret. Ils impo­sent leur ’réalité’ à leurs pro­ches par un mél­ange de mena­ces vio­len­tes et de séd­uction.

L’éléphant intro­duit dans la Maison Blanche par Bush, Cheney, Rice, Rumsfeld et Wolfowitz s’appelle « Irak ». On fait sem­blant de ne pas le voir, mais on le sent, car le salon se rem­plit mystéri­eu­sement de ses crot­tes : enli­se­ment indé­fini de l’Armée Etats-unienne, démo­ra­li­sation des trou­pes amé­ric­aines sur­menées et mal équipées, intel­li­gence fausse ou faussée, scan­dale de la tor­ture offi­ciel­le­ment sanc­tionnée mais impu­nie, pro­fits abu­sifs des ’copains’ four­nis­seurs de guerre, coûts démesurés, endet­te­ment astro­no­mi­que etc. Les médias et les Démocrates se bou­chent le nez. Quelques témér­aires deman­dent « Quelle est cette odeur ? » Mais l’on n’ose pas parler direc­te­ment de l’éléphant. Mieux vaut parler de la morale privée et de Dieu. Dans le consen­sus méd­ia­tique l’exis­tence des éléphants « n’est pas prouvée » et la zoo­lo­gie « n’est qu’une théorie » . Enfin, il n’y a pas d’éléphants dans la Bible.

Les abu­seurs ten­dent aussi à ’pro­je­ter’ (transférer) leur vio­lence intéri­eure sur des enne­mis sym­bo­li­ques afin de jus­ti­fier leur tyran­nie. Dans le cas d’une psy­chose sociale, un gou­ver­ne­ment abu­seur déc­lare une guerre sans fin contre des enne­mis abs­traits, invi­si­bles, insai­sis­sa­bles : ’le com­mu­nisme,’ ’la drogue,’ ’le ter­ro­risme,’ ’le Mal’. Ainsi en pleine fuite en avant, les stratèges ratés de la guerre en Irak déc­larent la guerre per­ma­nente et illi­mitée au monde entier. Afin de tyran­ni­ser ses citoyens, ses alliés et ses adver­sai­res, ils s’auto­ri­sent à ’chan­ger de régime’ toute nation qu’ils juge­ront ’favo­ra­ble au ter­ro­risme’ ou par­ti­ci­pant à une « Axe du Mal » ima­gi­naire. C’est du délire. Selon les son­da­ges, le monde a plus peur de Bush que d’Osama ben Laden. Mais aucun leader ne bron­che.

Des citoyens et alliés inti­midés

Le bel­li­cisme uni­latéral de Washington sert à faire peur non seu­le­ment aux pays déclarés ’voyous’ par les voyous de la Maison Blanche mais aussi aux ’alliés.’ Il s’agit d’inti­mi­der les impér­ial­ismes rivaux de 2e rang comme la France, la Russie, la Chine qui avaient osé contes­ter la guerre amé­ric­aine en Irak à l’ONU en 2002. Aujourd’hui, Bush montre son mépris pour ces ’alliés’ en nom­mant à l’ONU Bolton, ennemi déclaré de l’ONU, et en ins­tal­lant à la Banque mon­diale l’archi­tecte de la guerre, l’idéo­logue de droite Wolfowitz. Ex-res­pon­sa­ble de la recons­truc­tion d’Irak (où il ne répara rien et pri­va­tisa pres­que tout), Wolfowitz va dés­ormais admi­nis­trer le dével­op­pement du tiers monde. Scandale ? Aucun gou­ver­ne­ment allié n’ose contes­ter ces nomi­na­tions impér­iales qui sont pour­tant des gifles diplo­ma­ti­ques de la part de Bush. Aussi inti­midés que les Démocrates dans le Congrès états-unien, les alliés se tai­sent. Schröder et Mme Clinton chan­tent en duo les louan­ges du pro­posé de la Maison Blanche.

Pour inti­mi­der ses conci­toyens, le Président impérial ins­taure un régime sécu­rit­aire où les libertés civi­ques sont abrogées. Avec les Lois Patriotes, le citoyen n’est plus protégé contre les abus du gou­ver­ne­ment. L’Exécutif prétend désigner comme ’sus­pect’ tout citoyen ou étr­anger (alien) afin de l’espion­ner, l’incarcérer, le garder indé­fi­niment au secret et sans nom, le tor­tu­rer même — sans rendre de compte à aucun tri­bu­nal public. Pour empêcher tout recours à la Justice, Bush ins­talle comme Avocat général Alberto Gonzales, l’auteur célèbre du mém­oire exé­cutif auto­ri­sant les tor­tu­res de Guantanamo et d’Abu Ghraïb. « La Maison Blanche a main­te­nant son propre goulag » écrit la jour­na­liste Maureen Dowd dans le NY Times du 18 mars. En effet les Etats-Unis, dont les pri­sons regor­gent de plus de deux mil­lions de détenus, dép­assent la Russie et la Chine com­mu­niste comme société carcé­rale.

Le bunker idéo­lo­gique

Sur le plan poli­ti­que, les occu­pants de la Maison Blanche s’iso­lent de plus en plus dans le bunker de leur idéo­logie ’néo-conser­va­trice’. Ils tolèrent mal la contra­dic­tion — même de la part de leurs pro­pres offi­ci­nes d’intel­li­gence - et exi­gent la loyauté avant tout. Une com­mis­sion d’enquête pré­sid­enti­elle sur les ser­vi­ces d’espion­nage déc­lare que les moti­va­tions de la guerre en Irak étaient ’com­plè­tement erronées’ ? On donne la pro­mo­tion à ses archi­tec­tes, Rice et Wolfowitz, on se déb­arr­asse des tièdes, Powell en tête, et on persé­cute les cri­ti­ques. Les nou­veaux ’maîtres de l’uni­vers’ sont, comme Bush lui-même, mal à l’aise avec la com­plexité, peu curieux des autres. Ce sont des pro­vin­ciaux plus ou moins incultes, ne par­lant pas d’autres lan­gues que l’amé­ricain, ayant peu ou pas d’expéri­ence à l’étr­anger ni en dehors du monde des affai­res et de l’uni­ver­sité états-unien­nes. Le cos­mo­po­lite Colin Powell, dont ils se moquaient, était leur alibi diplo­ma­ti­que. Ils n’en ont plus besoin. Ils ont choisi la solu­tion la plus simple : la force. A l’étr­anger, leurs véri­tables alliés ne sont pas les démoc­raties capi­ta­lis­tes riva­les, mais les dic­ta­tu­res réacti­onn­aires qui protègent leurs inves­tis­se­ments et à qui ils ven­dent pro­fi­ta­ble­ment des armes. (Rappelons que naguère le Vice-pré­sident Cheney, alors PDG d’Halliburton, en a vendu à Saddam, avec qui il s’est fait fameu­se­ment pho­to­gra­phier à l’époque de la guerre Iran-Irak). Ces gou­ver­ne­ments tyran­ni­ques sont des chiens de garde féroces qui ter­ro­ri­sent la mul­ti­tude des pau­vres, mais qui font peur aux maîtres aussi. Car ils peu­vent se retour­ner et mordre, comme jus­te­ment Saddam et ben Ladden - deux assas­sins entre les­quels le seul ’lien’ réel­lement exis­tant est d’avoir reçu des sub­si­des de la CIA. La tyran­nie ras­sure cette droite. La com­plexité l’inquiète. Bush, ayant regardé dans les yeux bleu-gla­cier du poli­cier Poutine, l’adouba ’mon ami Vladimir.’ Les maîtres de Washington pré­fèrent ins­tinc­ti­ve­ment s’allier avec la dic­ta­ture mili­taire isla­miste pakis­ta­nais (par­raine des Talibans et ven­deuse de secrets nuclé­aires aux Coréens du Nord) qu’avec la démoc­ratie capi­ta­liste indienne (considérée molle, ins­ta­ble et pro-com­mu­niste).

Affinités élec­tives

Sur la scène poli­ti­que natio­nale, les Républicains au pou­voir s’appuient sur les éléments racis­tes vio­lents imbus de fana­tisme reli­gieux. Comme on a vu, la droite des mil­liar­dai­res se sert de ces masses de petits-blancs intégr­istes comme base élec­to­rale et trou­pes de choc. Mais cette pro­fi­ta­ble alliance entre PDGs et pré­di­cateurs intégr­istes n’est pas uni­que­ment un mariage de raison. Il y a une affi­nité pro­fonde, pour ainsi dire spi­ri­tuelle, dans leur per­cep­tion de l’esprit du temps zeit­geist et leur vision du monde wel­tan­schaum. Le délirant scé­nario de l’Apocalypse ima­giné par les Chrétiens du 2e siècle cor­res­pond assez précisément aux catas­tro­phes que nous voyons arri­ver au 21e : guer­res et épidémies géné­ralisées, chan­ge­ments cli­ma­ti­ques, rup­ture du tissu social, fami­nes, séc­her­esses, des­truc­tions de villes, gran­des peurs, divi­sions, vio­len­ces.

Or, si ce n’est pas Dieu qui en est res­pon­sa­ble, on pour­rait bien accu­ser le capi­ta­lisme, le gou­ver­ne­ment, les riches. La masse des chrétiens intégr­istes, pour­tant très affectée par le chômage et la ban­que­route de la petite entre­prise aux Etats-Unis, n’y songe point. Elle fait face à la crise sociale en se berçant du phan­tasme d’appar­te­nir à une tribu d’élus qui sera sauvée. Provinciale, igno­rante et xénop­hobe, ter­ri­fiée par le monde hos­tile qu’elle entre­voit par les médias, elle est hantée par le cau­che­mar raciste d’un soulè­vement de noirs ven­geurs qui s’incarne aujourd’hui dans des hordes d’enva­his­seurs arabes envieu­ses de son ’mode de vie amé­ric­aine.’

V. Décadence et régr­ession

Comment expli­quer cette chute dans la décad­ence et la régr­ession de la société amé­ric­aine, naguère considérée comme un modèle démoc­ra­tique et pro­gres­siste à suivre ? En effet, au 18e siècle libéral, les capi­ta­lis­tes amé­ricains se bat­taient pour la ratio­na­lité, la tolér­ance et la science contre la super­sti­tion et le des­po­tisme. Et voilà qu’au 21e siècle néo-libéral les capi­ta­lis­tes amé­ricains com­bat­tent la ratio­na­lité, la tolér­ance et la science et prônent la super­sti­tion et le des­po­tisme. Si les chefs de l’empire amé­ricain se com­por­tent plutôt comme des Néron ou des Caligula que comme des Wilson ou des Roosevelt, c’est que cet empire - triom­phant en 1945 — est déjà décadent. En fait, la société amé­ric­aine a tou­jours été tiraillée entre ses tra­di­tions démoc­ra­tiques-pro­gres­sis­tes et la culture décad­ente, vio­lente et réacti­onn­aire du Sud escla­va­giste. Les majo­rités élec­to­rales du Parti démoc­rate pro­gres­siste de Wilson et de Roosevelt se basait sur une alliance ins­ta­ble entre les tra­vailleurs immi­grés et petits-bour­geois éclairés des villes du Nord et les ’Dixie-crates’ ség­réga­tio­nnistes des états du Sud apar­theid où seuls les blancs pou­vaient voter et où les Démocrates régnaient en parti unique au niveau local.

Mais tout a bas­culé en 1968 avec la rév­olte des Noirs et le sou­tien donné par le Président démoc­rate Johnson à la cause de l’égalité légale entre les races. Par réaction, les ’Dixie-crates’ sont passés au Parti répub­licain conser­va­teur, pour donner les votes du Sud et donc la Présidence au réacti­onn­aire Nixon. Cette nou­velle droite domine la scène poli­ti­que amé­ric­aine. Nixon, puis Reagan, ont mené une contre-révo­lution cultu­relle contre les acquis des années ’60 (droit à l’IVG, liberté sexuelle, anti-racisme), croi­sade dont Bush est le nou­veau che­va­lier chrétien. D’ailleurs, les deux Présidents démoc­rates, Carter et Clinton (tous les deux anciens gou­ver­neurs des états du Sud) sont restés dans cette ’ligne’ néo-libéral et bel­li­ciste, malgré quel­ques belles paro­les sur les ’droits humains.’ C’est Clinton de l’Arkansas qui, avec les bom­bar­de­ments en Afghanistan et au Soudan, annonce la nou­velle doc­trine de l’uni­laté­ral­isme mili­taire amé­ricain que Bush du Texas a reprise pour jus­ti­fier sa guerre en Irak.

Depuis 2004, avec sa pre­mière véri­table vic­toire élec­to­rale, la coa­li­tion réacti­onn­aire de Bush se trouve en pos­ses­sion de tout le pou­voir et ne se gêne plus pour modérer ses ori­gi­nes sudis­tes décad­entes ni son hal­lu­ci­nante vision régr­es­sive du monde. Mais ce n’est pas la seule Amérique. Il y en a une autre, celle-ci saine, démoc­ra­tique, idéal­iste et tolér­ante, pour qui la reli­gion et la mora­lité sont des affai­res privées et les droits de l’indi­vidu sacrés. Ce sont les quatre Américain/es sur cinq qui ont déf­endu contre une cam­pa­gne de pro­pa­gande reli­gieuse et éta­tique hau­te­ment méd­iatisée, le droit de mourir de la pauvre Terri Schiavo, qui ont dit au son­dage de CBS qu’ils croyaient que les Républicains vou­laient ’pro­fi­ter’ de cette tragédie pour des rai­sons ’oppor­tu­nis­tes.’

Pour le moment cette Amérique-là est sur la déf­en­sive. Depuis sa mince déf­aite élec­to­rale de 2004, elle se trouve trahie par le Parti démoc­rate converti à la prière et privée d’accès au média. Cette Amérique pro­fonde regarde ahurie le déf­er­lement méd­iatisé d’une vague de psy­chose reli­gieuse d’extrême droite. Pour le moment, elle recule sous les coups, cher­che des repères. En atten­dant, l’éléphant de la guerre d’Irak conti­nue à empes­ter dans le salon. Actuellement, ce sont de cou­ra­geux sol­dats dis­si­dents et les famil­les de mili­tai­res qui pren­nent le devant de la scène pour dén­oncer cette salle guerre qui pue. Personne ne peut contes­ter leur patrio­tisme. Derrière eux, le mou­ve­ment anti-guerre amé­ricain se regroupe. Aux années ’60 il a fini par divi­ser l’opi­nion, pro­vo­quer la crise du régime et forcer la retraite des trou­pes états-unien­nes du Vietnam. Et voilà l’empire de Bush enlisé pour long­temps en Irak. Le der­nier mot n’est pas dit.

VI. De quoi ont-ils peur ? En atten­dant, le régime de Washington se durcit. Guerre per­ma­nente, cen­sure, cam­pa­gnes d’hystérie, lois excep­tion­nel­les, alliés des­po­ti­ques, pri­sons qui regor­gent, tor­ture : on se demande ’pour­quoi toute cette répr­ession dans une société de consom­ma­tion appa­rem­ment stable et qui domine le monde comme super­puis­sance éco­no­mique et mili­taire incontestée ?’ La ques­tion est bien posée. En psy­cha­na­lyse comme en poli­ti­que, on sup­pose que là où il y a répr­ession il y une force refoulée pro­por­tion­nelle dont on a peur. De quel ’retour du refoulé’ les occu­pants de la Maison Blanche ont-ils peur ?

Rappelons que Bush, Cheney, Wolfowitz et Cie ont tous vécu les années 1960 comme un trau­ma­tisme. D’abord ils ont dû faire face au risque du ser­vice mili­taire au Vietnam (qu’ils réus­sirent tous à éviter) puis au choc pro­fond de la super­puis­sance amé­ric­aine humi­liée par les révo­luti­onn­aires viet­na­miens en pyjama. De plus, ces jeunes conser­va­teurs ambi­tieux étaient sidérés par le spec­ta­cle incroya­ble de la société amé­ric­aine déchirée par la rés­ist­ance à la guerre, la rév­olte des noirs, les émeutes dans les gran­des villes, les campus occupés par les étudiant/es révolté/es, les femmes se libérant, les révo­lutions sexuel­les et cultu­rel­les. Ils ont tant entendu répéter le mot de ’révo­lution’ qu’ils ont eu peur pour leurs pri­vilèges et même pour leurs préci­euses per­son­nes.

Des ’maîtres de l’uni­vers’ schi­zo­phrènes

Voilà main­te­nant ces fils à papa portés au pou­voir par leur géné­ration de mil­liar­dai­res conser­va­teurs. D’une part ils doi­vent s’ima­gi­ner les ’maîtres de l’uni­vers’ à qui tout est permis. En effet, pour le moment ils arri­vent à cons­truire leur propre réalité et à nous obli­ger à y vivre. Ils enri­chis­sent les ’copains’ capi­ta­lis­tes qui finan­cent leurs cam­pa­gnes poli­ti­ques en les exhonérant d’impôts, en leur offrant des contrats hors prix, des sub­si­des exor­bi­tants et en fai­sant pro­fi­ta­ble­ment la guerre ensem­ble afin de se par­ta­ger les res­sour­ces de la planète. La pensée unique de leur néo-libé­ral­isme est une pensée magi­que où les Etats-Unis peu­vent conti­nuer à emprun­ter et à dép­enser indé­fi­niment sans jamais rem­bour­ser. Peu importe que le capi­ta­lisme pré­dateur amé­ricain ne soit plus pro­duc­tif, que pres­que toutes les voi­tu­res ’amé­ric­aines’ et tous les télé­viseurs qu’achètent les consom­ma­teurs amé­ricains soient importés, que les Etats-Unis n’expor­tent pres­que plus à part les armes, les déchets et le dum­ping de sur­plus agri­co­les sub­ven­tionnés. Dans la pensée magi­que des spé­cu­lateurs de 2005 (comme chez ceux de 1929), ce boum devrait conti­nuer indé­fi­niment.

Mais les nou­veaux maîtres du monde sont schi­zo­phrènes, car d’autre part ils ont peur. Ils ont peur de toutes ces mul­ti­tu­des qui grouillent sur la terre - tous ces gens pau­vres, étr­angers, de races et de cultu­res incom­préh­en­sibles qu’ils domi­nent et dépouillent. Ils ont peur de leur envie, peur de leur vio­lence, peur de leur capa­cité de se rév­olter de nou­veau comme pen­dant ces trau­ma­ti­ques années ’60. Car si la gauche a oublié la puis­sance de cette vague révo­luti­onn­aire qui en 1968 a fait chan­ce­ler plu­sieurs régimes , la droite des pri­vilégiés n’a pas oublié la frousse qu’elle a eue — ni la fra­gi­lité sou­dain révélée du régime. Voilà leur cau­che­mar. Plus ils en ont peur, plus ils ont ten­dance à rép­rimer, à s’évader dans la pensée magi­que.

Toutefois, les mil­liar­dai­res pré­dateurs au pou­voir à Washington se ren­dent très bien compte qu’ils sont une poi­gnée com­parée aux mil­liards d’humains qu’ils spo­lient. Ce gouf­fre doit leur donner le ver­tige, car il est devenu encore plus béant depuis les ter­ri­fian­tes éruptions vol­ca­ni­ques des années 1960. En effet, avec la rév­olte des Zapatistes de Chiapas, avec les sièges menés par les alter­mon­dia­lis­tes contre l’OMC à Seattle, à Montréal, à Cancun, à Gênes, le monde entier est au cou­rant de leur vices secrets. Et voilà qu’ils enten­dent aux quatre coins du globe une nou­velle géné­ration qui scande : ’Le monde n’est pas une mar­chan­dise’ et qui pro­clame ’Un autre monde est pos­si­ble.’ Redoutable retour du refoulé.

Le 9 avril 2005

Contact : rgree­man laposte.net

1. Universitaire amé­ricain

2. Le psy­cha­na­lyste Wilhelm Reich, ancien membre du cercle freu­dien de Vienne, est considéré comme le pion­nier de la psy­cho­lo­gie poli­ti­que avec son ana­lyse de la montée du Nazisme. (En revan­che, Freud igno­rait le pro­blème au point de se trou­ver coincé à Vienne en 1938). Voir son Fascisme et psy­cho­lo­gie de masse.

3. Notons que cette soi-disant fémin­iste est membre de la secte des Baptistes du Sud qui, dans sa concile de 2000 affirma que selon la loi du Christ ’la femme devait obéir à son mari.’

4. James Goodale, Report of the Independant Review Panel Concerning President Bush’s Texas Air National Guard Service, New York Review of Books, April 7, 2005.

5. Ancien sous-secrét­aire à la Guerre, ce protégé de Bush mép­risait naguère ’la vieille Europe.’ C’est ’Wolfie’ qui déc­laraient 2002 que les Irakiens accueilli­raient les Américains ’avec des fleurs’ et que les coûts de la recons­truc­tion « cou­verts par les reve­nus du pét­role ira­kien. »

6. ’Dead wrong’ Voir l’International Herald Tribune du 1er mai 2005.

7. Apparemment, la Maison Blanche est allé jusqu’à révéler au jour­na­liste de droite Robert Novak l’iden­tité de Valerie Palme, agente secrète de la CIA afin de se venger sur son mari, Joseph Wilson IV, ex-ambas­sa­deur de Bush, qui avait dém­asqué le men­songe de l’achat par Irak des matières nuclé­aires en Afrique. Voir le N.Y. Times du 9 avril 2005, p. 7.

8. De même, ils appuient les para­mi­li­tai­res narco-ter­ro­ris­tes de droite en Colombie et tour­nent le dos au gou­ver­ne­ment tra­vailliste de Lula, pour­tant par­fai­te­ment néo-libéral, au Brésil.

9. New York Times 24 mars 2005.

10. Karen Houppert « The New Face of Protest, » The Nation, 28 mars 2005.

11. Freud n’a-t-il pas émis l’hypo­thèse de l’exis­tence d’un ’incons­cient’ sur la base de ses obser­va­tions sur la répr­ession ?

12. L’idée de la révo­lution était si popu­laire à l’époque que les pubs la récupéraient. Par exem­ple le slogan ’Dodge Revolution’ — que les ouvriers noirs des usines d’auto­mo­bile Dodge à Detroit ont fameu­se­ment repris en 1968 avec leur ’Mouvement révo­luti­onn­aire Dodge’.

13. Par préc­aution, le Congrès amé­ricain pré­pare une lég­is­lation qui d’une part empêche les consom­ma­teurs endettés de déc­larer la ban­que­route per­son­nelle et qui allège la res­pon­sa­bi­lité fis­cale de cor­po­ra­tions en cas de faillite. Si la bulle crève, les PDG ne per­dront pas tout et leurs employés seront obligé de tra­vailler comme des serfs pour rem­bour­ser leur carte de crédit.

14. Rappelons le Président de Gaule en fuite en Allemagne (mai 1968) et le Président Johnson qui ’dém­issi­onne’ en refu­sant une réél­ection cer­taine (juillet 1968)..

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