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Quelle Histoire ? A propos des groupes PIC et Volonté communiste (III)

publié le jeudi 20 mai 2004

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Suite et (en ce qui nous concerne) fin. (voir précédents numéros d’Echanges 105 p 25 et 106, p. 37). Comme nous l’avons annoncé dans le précédent, nous donnons ci-après le texte envoyé par un autre membre du PIC et qui se réfère à la lettre parue dans le n° 105.

Les textes cités se trou­vent éga­lement sur le site mon­dia­lisme.org

Tout comme l’auteur de la lettre repro­duite dans Echanges (n° 105, pp. 25-30), cette cor­res­pon­dance [me] ramène une tren­taine d’années en arrière. Il ne s’agit pas dans cette « rép­onse » de dép­ar­tager qui alors avait raison et qui s’est trompé (sur le fond, je ne pense pas que ce soit si simple). Plus sim­ple­ment, le rappel « his­to­ri­que » fait que la lettre de quelqu’un qui n’a pas vécu les faits rap­portés de l’intérieur contient néc­ess­ai­rement quel­ques erreurs ou impré­cisions (je ne parle pas des diver­gen­ces que peu­vent avoir les uns et les autres sur l’appréc­iation des faits... c’est un autre pro­blème). Je m’en tien­drais à ce qui est écrit dans Echanges... l’his­toire de cette pér­iode reste éventu­el­lement à écrire.

Introduction

L’auteur de la lettre s’atta­che à ancrer les raci­nes (!) du PIC dans les débats de l’après-68 au sein d’ICO. Certes tout est dans tout, mais la réalité est plus com­plexe. Pour cla­ri­fier ce point, je pré­ci­serai com­ment s’est cons­ti­tué le noyau à l’ori­gine du PIC. De celui-ci, seul G. S. (cité dans la lettre) avait pu fréqu­enter le « milieu ICO » via l’Organisation conseilliste de Clermont-Ferrand. Pour ma part, j’avais par­ti­cipé très peu de temps à Révolution inter­na­tio­nale (Paris) (RI) après le départ [des mem­bres de ce groupe] d’ICO et avant la fusion avec les grou­pes de Clermont-Ferrand et de Marseille. Je les avais quitté sur des bases certes confu­ses, mais dans les­quel­les la nature pro­fondément lénin­iste du groupe — beau­coup plus per­cep­ti­ble de l’intérieur que de l’extérieur — tenait une part impor­tante. C’est à RI que j’avais fait la connais­sance de g. c. Dans la pér­iode sui­vante, je publiais avec un copain une petite revue conseilliste, Pour le pou­voir des conseils ouvriers (PPICO). Le der­nier numéro ten­tait de regrou­per quel­ques infor­ma­tions sur les grou­pes qui représ­entaient pour nous le passé comme l’IS, S ou B (comme beau­coup de ceux qui s’intér­essaient alors à ce cou­rant, nous étions très jeunes et sans contact avec des par­ti­ci­pants aux grou­pes passés). Ce texte qui fut très dif­fusé à l’époque avait été nommé La Jeune Taupe, en référ­ence à la cita­tion bien connue de Marx sur la vieille taupe et avec une idée de renou­veau.

Peu de temps après, le contact était établi avec G. S. qui venait de quit­ter RI, suite à quoi nous décidions de cons­ti­tuer un nou­veau groupe, le PIC. Cherchant un nom de publi­ca­tion, celui-ci me pro­posa de repren­dre le titre de La Jeune Taupe ou, plus précisément, Jeune Taupe. Cet embryon était vite rejoint par deux jeunes copains, préa­lab­lement « inor­ga­nisés » (qui par­ti­ci­pe­ront plus tard à la for­ma­tion de Volonté com­mu­niste). Puis, suite à des contacts décevants avec G. Munis et son groupe FOR, les trois « jeunes » du FOR (les autres étant des anciens res­capés de la guerre d’Espagne) rejoi­gnaient éga­lement le PIC. A ce stade, le noyau ini­tial du groupe était vrai­ment cons­ti­tué. D’autres vien­dront s’y join­dre par la suite... mais c’est une autre his­toire.

L’inter­ven­tion com­mu­niste

Certes le concept « d’orga­ni­sa­tion des révo­luti­onn­aires » recou­vrait un vieux dilemme du milieu ultra-gauche marxiste, mais cette cons­ta­ta­tion ne résout rien concer­nant sa vali­dité (même si on peut reje­ter sa théo­ri­sation à outrance et hors de tout contexte his­to­ri­que). Ce fut d’ailleurs un des points qui fut le plus évo­lutif dans le PIC, entraînant des remi­ses en cause suc­ces­si­ves de ses posi­tions ini­tia­les. Ainsi le livre publié ultéri­eu­rement par Révolution sociale en 1982 sous le pseu­do­nyme Collectif Junius et nommé Au-delà du parti (cahiers Spartacus 116B) donne-t-il une image de notre posi­tion au moment de l’écla­tement du groupe. Ces posi­tions s’ins­pi­raient lar­ge­ment des cri­ti­ques ébauchées par la gauche alle­mande (KAPD...) sans conces­sions pour les ten­ta­ti­ves de jus­ti­fi­ca­tions du lénin­isme style bor­di­guisme.

Quant à la pér­iode de for­ma­tion du groupe, même si alors le patro­nat fai­sait le « ménage », nous étions tout de même loin de l’appa­rente « paix sociale » qui a suivi. Le dével­op­pement de grou­pes comme le PIC, s’il est un pro­duit direct de 68, repo­sait éga­lement sur la per­sis­tance d’un niveau conséquent de lutte sociale. Il est pro­ba­ble que sans cela ce groupe et d’autres ne seraient jamais appa­rus. Je ne vois dans tout cela aucun para­doxe. Ceci indép­end­amment de la théo­ri­sation d’une perpétu­elle « montée des luttes » coupée de toute réalité.

De la révo­lution au révisi­onn­isme

L’évo­lution de l’ultra-gauche que tu prés­entes sous ce titre reste aujourd’hui impos­si­ble à trai­ter dans le détail de façon cri­ti­que (si tant est que cela prés­ente un intérêt).

Ta lettre contient une ana­lyse glo­bale de cette évo­lution, que je peux par­ta­ger dans ses gran­des lignes. La cri­ti­que des ten­ta­tions popu­lis­tes au sein de l’ultra-gauche (et plus géné­ra­lement des cou­rants radi­caux du marxisme et de l’anar­chisme) reste à faire, les exem­ples ne man­quant pas. On y retrouve géné­ra­lement un même point de départ : la recher­che d’un levier qui va per­met­tre de faire bas­cu­ler l’his­toire. La cri­ti­que du sta­li­nisme et des pays de l’Est avait sus­cité de telles espér­ances dans la pér­iode pré­céd­ente... on pour­rait aussi retrou­ver dans ce domaine d’étr­anges com­pa­gnon­na­ges.

Parmi les fac­teurs impor­tants de cette pér­iode, je pense qu’il faut pren­dre en compte une cer­taine ten­dance uni­taire au sein de l’ultra-gauche dans un sens très large (et qui était somme toute plutôt sym­pa­thi­que en face de cou­rants fonc­tion­nant sur la polé­mique et l’insulte). Si les grou­pes cons­ti­tués étaient plutôt sta­gnants (compte tenu en par­ti­cu­lier du contexte social) des pans entiers du gau­chisme influencés par ces grou­pes s’en étaient séparés, sou­vent sur des posi­tions peu sta­bi­lisés. D’autre part, une partie des cou­rants anar­chis­tes (OCL...) s’étaient éga­lement rap­pro­chés de l’ultra-gauche (entre autres sur la cri­ti­que des syn­di­cats). Tout ceci avait amené à la cons­ti­tu­tion d’un milieu plus ou moins flou, dont on peut voir une illus­tra­tion dans les journées orga­nisées dans la même pér­iode par le Cojra (Collectif pour l’orga­ni­sa­tion de journées de réflexions antiau­to­ri­tai­res... de mém­oire) et qui réun­issait un nombre conséquent de par­ti­ci­pants (dont le PIC). Ce climat était pro­pice d’une part au tis­sage de liens de copi­nage au-delà des grou­pes cons­ti­tués et d’autre part à un désir de « faire des choses ensem­ble ». Cela était encore une fois sym­pa­thi­que (sur­tout dans un milieu com­posé pour une bonne part d’indi­vi­dus jeunes), mais pou­vait concou­rir à un fléch­is­sement de l’esprit cri­ti­que face à ces pro­po­si­tions pro­ve­nant des com­po­san­tes de ce milieu, pour ne pas parler de sui­visme.

Dans l’espèce de fuite en avant qui abou­tira à l’écla­tement du PIC (cf. infra), le risque était réel d’oublier pour­quoi nous nous intér­essions aux ana­ly­ses hété­rodoxes de la deuxième guerre mon­diale (cri­ti­que parallèle des idéo­logies fas­ciste et anti-fas­ciste) et de tomber dans une déf­ense en soi d’une vérité his­to­ri­que alter­na­tive (qui plus est relayée par les médias). Je ne me sou­viens plus qui (la revue Négation ?) avait alors parlé de tempête dans un verre d’eau de Vichy. Il s’agis­sait sur le fond plus d’un symptôme que d’un chan­ge­ment de ter­rain ou d’orien­ta­tion comme le laisse sup­po­ser le sous-titre d’Echanges. Tout ceci n’a occupé au total que quel­ques pages de trois numéros de Jeune Taupe sur 38. Et encore s’agit-il pour l’essen­tiel de la repro­duc­tion de docu­ments dont le PIC n’était pas l’auteur (y com­pris les tracts cosi­gnés par le PIC). A pos­te­riori, je pense que nous étions bien loin d’une quel­conque théo­ri­sation et a for­tiori de la struc­tu­ra­tion d’une idéo­logie (ce qui se pro­duira effec­ti­ve­ment... mais plus tard et sans nous).

Au pas­sage, le PIC n’a jamais appar­tenu aux « grou­pes ultra-gau­ches gra­vi­tant autour de la Vieille Taupe » (c’est-à-dire en fait de Pierre Guillaume en tant qu’éditeur), si tant est qu’aucun groupe d’alors puisse être défini de la sorte. D’ailleurs ceci risque d’entre­te­nir une confu­sion auprès des jeunes copains avec la librai­rie de la Vieille Taupe, tenue par le même P. G. et dans laquelle pas­saient tous ceux qui se reconnais­saient dans l’ultra-gauche, le com­mu­nisme de conseils, le luxem­bour­gisme, etc. et qui eut entre autre un rôle majeur pour relan­cer les Cahiers Spartacus après 1968. Le noyau gra­vi­tant autour de cette librai­rie (et la librai­rie elle-même) avaient cessé d’exis­ter au début des années 1970 (de mém­oire), ses mem­bres se retrou­vant dans des grou­pes/publi­ca­tions comme Le Mouvement com­mu­niste.

P. G. a repris bien plus tard ce sigle pour ses acti­vités d’éditeur. C’est un secret de poli­chi­nelle de cons­ta­ter qu’il fut à l’ori­gine de « l’affaire » en ques­tion, mais de là à dire que des grou­pes gra­vi­taient autour... il y a un monde. Cela dit, la res­sem­blance des sigles (Jeune et Vieille Taupe) permit par la suite une série d’amal­ga­mes de plus ou moins bonne foi (orches­trés en par­ti­cu­lier par les gau­chis­tes qui nous avaient depuis long­temps dans le col­li­ma­teur, à l’excep­tion de Lutte ouvrière qui devait se rap­pe­ler qu’il n’y avait pas si long­temps que les mili­tants du groupe Barta étaient pour­chassés comme « hitléro-trots­kis­tes »). Quant à l’aban­don « sur la pointe des pieds » que tu signa­les, il n’y avait pas le choix dans l’atmos­phère d’alors.

Tendances et scis­sion

Le lien que tu fais entre la pér­iode pré­céd­ente (qui ne cons­ti­tue qu’une petite partie de l’exis­tence et de l’acti­vité du PIC) et l’écla­tement du groupe me paraît fondé. En fait, il serait plus juste de dire que tout ceci avait le même fon­de­ment : une fuite devant la réalité de la situa­tion condui­sant à un volon­ta­risme idéo­lo­gique. Il n’y avait que deux solu­tions : fuir encore plus vite ou « se poser » et remet­tre une part de notre passé en cause. Ces deux ten­dan­ces sont bien définies dans la lettre d’Echanges. Par contre, la façon dont ceci s’est passé est légè­rement différ­ente. Lors de la réunion natio­nale du groupe, la ten­dance « volon­taire » mit ses posi­tions et pro­po­si­tions aux voix. Celles-ci s’avérant mino­ri­tai­res, ils quittèrent le groupe (cf. Volonté com­mu­niste). En fait, numé­riq­uement, il n’y avait pas grand chose de changé, d’autres copains ayant adhéré durant la même réunion (par­ti­cu­liè­rement le groupe de Nanterre de la Fédération anar­chiste qui com­pre­nait alors deux per­son­nes).

Nous avons donc conti­nué le PIC et la publi­ca­tion de Jeune Taupe dans une ambiance plus dét­endue. Contrairement à ce qui est dit dans Echanges, Jeune Taupe a donc conti­nué sa paru­tion (sans chan­ge­ment de pér­io­dicité jusqu’au numéro 88) après son numéro 86. Les infor­ma­tions uti­lisées pro­vien­nent d’ailleurs pro­ba­ble­ment d’un sup­plément au numéro 86, paru postéri­eu­rement.

Cela dit, nous avions cons­cience que sur le fond nous étions, bien que majo­ri­tai­res, beau­coup moins « dans la conti­nuité » que les mino­ri­tai­res scis­sion­nis­tes. Au bout de quel­que temps, il s’est avéré qu’entre les copains déjà au PIC avant la scis­sion et ceux qui venaient de la FA, il n’y avait pas vrai­ment concor­dance de vue, ni désir de conti­nuer ensem­ble. Nous n’avions par contre aucune envie de recom­men­cer à nou­veau tout le cirque des confron­ta­tions de posi­tions, mise à voix de motions... Considérant que nous avions décidé ensem­ble de nous lancer dans cette der­nière étape du PIC/Jeune Taupe et qu’il n’y avait donc pas de légi­timité pour que cer­tains conti­nuent alors que d’autres s’en trou­vent écartés, nous décidions de nous « quit­ter bons amis », groupe et publi­ca­tion dis­pa­rais­sant de fait. Chacun de son côté fai­sait ce qu’il avait envie de faire... sans reven­di­quer l’héri­tage : les ex-FA au tra­vers du bul­le­tin Guerre de classe et les ex-majo­rité du PIC avec L’Insécurité sociale.

L’après « Jeune Taupe »

Par la suite, l’évo­lution de L’Insécurité sociale conduira à sa trans­for­ma­tion en Interrogations. Ces différents chan­ge­ments de nom cor­res­pon­daient à chaque fois à des remi­ses en cause de posi­tions passées qu’il est dif­fi­cile de résumer en quel­ques phra­ses. Ceci nous condui­sait entre autres à nous rap­pro­cher des grou­pes/publi­ca­tions du conti­nent amé­ricain comme The Fifth Estate, Anarchy, Demolition Derby... (cf. la publi­ca­tion en français de textes de Fredy Perlman, Bob Black, Feral Faun...). A partir d’Interrogations, les textes sont signés indi­vi­duel­le­ment, ce qui sous-tend que le groupe ne s’octroie pas de rôles ou tâches « his­to­ri­ques ». A la fin des années 1980, la com­po­si­tion du groupe était sta­bi­lisée et son acti­vité (essen­tiel­le­ment de publi­ca­tion) allait se res­trei­gnant. Les éch­anges avec des com­pa­gnons extérieurs au groupe au tra­vers de dis­cus­sions, col­la­bo­ra­tions autour de tra­duc­tions (éch­anges riches dans les années pré­céd­entes)... avaient qua­si­ment dis­paru. En 1991 (de mém­oire) pen­sant qu’un fonc­tion­ne­ment de groupe (c’est-à-dire le fait de se voir de façon heb­do­ma­daire) ne recou­vrait plus rien, je pro­po­sais d’arrêter.

Après la fin d’Interrogations, Le Point d’Interrogations a conti­nué à publier des textes sans que ceci ne soit sous-tendu par une acti­vité de groupe. Certains textes qui ne por­tent pas de signa­ture déjà ren­contrées dans la publi­ca­tion pré­céd­ente pro­ve­naient de jeunes copains issus du « milieu alter­na­tif ». Le der­nier numéro date de 1996.

Hème

août 2003

Comme nous l’avons indi­qué pré­céd­emment et répété au début de ce texte, nous ne pour­sui­vrons pas dans les colon­nes d’Echanges une polé­mique dont nous lais­sons le juge­ment à ceux qui croi­raient devoir accor­der un intérêt à ce qui est publié ici ou là (par exem­ple dans Le Prolétariat uni­ver­sel n° 82), polé­mique à laquelle nous refu­sons abso­lu­ment de nous asso­cier quitte à exci­ter encore plus l’ire de ces contemp­teurs patentés. Nous trans­met­trons seu­le­ment sans com­men­tai­res aux inter­ve­nants dans ce « débat » (?) toute requête de docu­ments ou ren­sei­gne­ments émanant des lec­teurs d’Echanges. Ajoutons que, parmi ces docu­ments figu­rent les cour­riels échangés en cette occa­sion, et dont nous adres­se­rons copie sur demande.

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