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La grève à UPS (III)

vendredi 14 mai 2004

Texte paru dans Echanges n° 85 (septembre-décembre 1985).

(Lire le début et les notes sur mondialisme.org)

Un aperçu de la constellation mondiale UPS, notamment du niveau d’exploitation du travail

La grève d’UPS, pour médiatisée qu’elle ait été, et bien qu’une partie des revendications concernait les salaires (ou plutôt la discrimination dans les salaires, se situe dans la lignée des conflits antérieurs de l’automobile c’est-à-dire sur la question du temps de travail ou plus précisément la flexibilité totale imposée par l’entreprise. Avant de parler de la grève, il nous semble important de situer à la fois l’entreprise elle-même et les conditions de travail, le syndicat des Teamsters au centre du conflit et les relations récentes du syndicat tant avec l’entreprise qu’avec le gouvernement démocrate.

UPS, entreprise privée de messageries de petits colis, s’est développée en une énorme organisation qui déborde les frontières américainess (elle possède une filiale en France) mais est surtout basée aux Etats-Unis. Spécialisée dans la livraison des petits colis et possédant un quasi monopole, la firme joue un rôle essentiel dans l’économie approvisionnant en pièces nécessaires dans un temps défini une foule d’activités depuis les hôpitaux, les commerces, les usines jusqu’aux particuliers ; elle est donc un rouage dans la production ou la distribution à flux tendus.

UPS, avec 200 000 travailleurs (336.000 dans le monde entier), est le cinquième employeur américain. En position de quasi-monopole aux Etats-Unis, le groupe livre chaque jour 12 millions de colis (quand la poste américaine en livre 2 millions), ce qui représente 80 % du marché de la distribution de colis (cela ferait 6 % du produit national brut américain). Tous ses travailleurs — chauffeurs, trieurs, chargeurs et administratifs — sont en uniforme brun et oeuvrent avec des camions bruns. UPS possède 157.000 véhicules, 197 avions, 300 charters et 3.000 wagons de chemin de fer. La firme utilise 400 aéroports des Etats-Unis et 200 à l’étranger employant quelque 2.800 pilotes. L’ensemble dessert 2.400 dépôts dans tous les Etats-Unis.

Comme UPS vit essentiellement de l’exploitation du travail dans les frontières américaines et que, sauf dans les centres de tri l’automatisation et les innovations techniques n’ont que des conséquences limitées sur la productivité, les efforts pour accroître les profits jouent essentiellement sur la flexibilité et l’intensité du travail. Son activité même lui interdit des solutions comme la délocalisation. Comme le travail comporte quotidiennement deux pointes, de 4 à 9 heures le soir pour la collecte et de 9h à minuit pour la distribution proche ou le travail de nuit pour la distribution longue, la solution trouvée par UPS a été de multiplier les équipes travaillant en temps partiel.

C’est un bon exemple de l’adaptation totale de la marchandise travail aux impératifs de production et du profit. Comme la productivité-et les profits-dépendent, outre la cadence de travail, du poids des colis la direction se propose de porter le poids de ceux-ci de 70 livres à 150 livres (en gros de 30kg à 70 kg) (ce qui pose des questions de sécurité, cette question, non réglée ayant été la cause d’une grève limitée en 1994). La firme impose des quotas par exemple dans le chargement des colis de faire deux pas en trois secondes. Conséquence de l’intensification du travail : le taux des accidents chez UPS est deux fois et demi plus élevé que la moyenne nationale dans les transports ; il y aurait un mort chaque mois suite notamment au mauvais entretien et du sous-équipement de la flotte de camions.

Mais la question centrale à UPS est celle du temps partiel. Pour une double raison. D’abord par sa dimension : depuis 1993, UPS a créé 46.300 nouveaux emplois dont 38.500 (83 %) sont à temps partiel. Au total UPS emploie 60 % de temps partiel(42 % en 1986) alors que la proportion officielle du temps partiel aux Etats-Unis est de 18 %. Systématiquement les partants à temps complet sont remplacés par des entrants à temps partiel. Dans les centres de tri, la proportion des temps partiel est même plus importante : dans un tel centre près de Chicago sur 6.000 travailleurs, 250 seulement sont à temps plein et dans tout l’Illinois, cette proportion atteint 70 %.

Que signifie temps partiel chez UPS : en principe cela signifie 35 heures et parfois plus par semaine et il n’est pas rare de voir des travailleurs UPS faisant successivement deux équipes de 4 heures dans la même journée, triant de 4 à 9 heures et livrant de 9 heures à minuit alors que le « minimum requis »est de 3 h quotidiens. La cadence de travail est telle qu’UPS connaît pour le temps partiel un turn over de 400 % par an ; en 1996, la firme a ainsi recruté 182.000 temps partiel et il n’en restait à la fin de l’année 40.000. La grande majorité des temps partiel a moins d’un an de service. Cela peut donner une idée de la précarité aux Etats-Unis.

La conséquence en est la chute de la productivité d’un tiers dans le tri (de 1993 à 1997, le nombre de pièces triées par heure par ouvrier a chuté de 139 à 95), ce qui n’était pas évidemment le but recherché. Mais peut être UPS n’en a cure car, et ensuite, le temps partiel est sous-payé. Les salaires d’embauche sont bloqués depuis 1982. Un travailleur à temps plein peut se faire 18$ l’heure (160 F) (après deux ans 20 $-190 F)alors qu’un temps partiel-qui peut travailler tout autant d’heures ne peut se faire que 8 $ l’heure (72 F) (Il y a la carotte d’une « promotion » vers le temps complet en deux années, si l’on tient le coup jusque là, avec formation de chauffeur par exemple ; on peut penser que le favoritisme doit jouer à plein et, principalement,comme le « temps partiel » ne sera vraisemblablement plus là dans deux ans, la question de cette « promotion » ne se pose même pas). Les deux catégories de travailleurs ont les mêmes droits aux avantages annexes (couverture santé, vacances payées...) mais étant données les différences de salaires et le temps de passage, cela paraît plus une clause de style pour les temps partiel.

Contrat collectif et grève syndicale

Les travailleurs d’UPS sont sous une contrat collectif signé par le syndicat des Teamsters qui regroupe 165.000 membres à UPS.L’ancienne direction des Teamsters travaillait la main dans la main, ouvertement, avec la direction d’UPS : elle avait ainsi favorisé l’installation le « two/tiers système » (24), un des premiers actes de la pression patronale au début de l’offensive globale sur les conditions de travail. Par la bande, d’abord en 1968 Jimmy Hoffa avait imposé ce contrat dans le Midwest et il fut généralisé en 1982. En 1987, le même Hoffa imposa un autre contrat désastreux bien qu’il ait été rejeté par plus de 50 % des Teamsters. Ce two/tiers system n’était pas spécial à UPS ; ce système permettait l’embauche des nouveaux travailleurs à des taux largement inférieurs à ceux qui étaient déjà en activité dans l’entreprise. Cette disparité permettait de diviser les travailleurs et empêchait toute revendication globale. Ce qui est important dans la grève d’UPS, c’est que cette disparité de salaire, s’ajoutant à la disparité des horaires de travail n’a nullement accompli sa fonction de division : sur les 185.000 membres du syndicat des Teamsters, 7.000 auraient traversé les piquets. Le contrat collectif expirait le 31 juillet 97 et UPS avait fait des propositions pour le renouvellement : un contrat de 7 ans au lieu de 4, pas d’augmentation des salaires d’embauche, une nouvelle réduction du temps plein, la gestion de la maladie et de la retraite retirée au syndicat pour être assurée par l’employeur, des clauses anti grève, l’augmentation du poids des colis dont nous avons parlé, etc. Les pourparlers engagés ne donnent rien accrochant notamment sur le problème des retraites. Le 28 juin un vote est organisé par email ; le vote se termine la 15 juillet : plus de 95 % donnent mandat au syndicat pour organiser la grève. Discussions de dernière heure, la grève est reportée au 2/8 pour tenter une conciliation. En vain. La grève commence le 4 août.

D’emblée, la grève est quasi totale sur tout le territoire des Etats-Unis : on possède quelques chiffres sur cette dimension : à Seatlle (Washington) seulement 10 jaunes sur 5.000 travailleurs du centre de cet état, etc..Les équipages des avions (eux-mêmes en conflit avec UPS séparément-refusent de traverser les piquets ce qui fait stopper pratiquement le trafic avion. Contrôlant 80 % du marché, UPS est particulièrement vulnérable face à une grève de cette ampleur : ses concurrents, notamment les Postes américaines sont incapables de faire face matériellement à l’afflux de courrier ; de plus une clause du contrat collectif donne au syndicat APWU le droit d’approuver ou de refuser l’embauche de travailleurs occasionnels et les Postes refusent d’appeler des temporaires pour absorber le surplus dû à la grève d’UPS.

La direction d’UPS tente bien de faire fonctionner son énorme machine avec les cadres et les jaunes ; elle ne tente pas de recourir à du personnel de remplacement comme elle en a le droit sans doute par crainte que la tension déjà perceptible sur les piquets de grève ne dégénère. Environ 10 % du trafic normal peut être ainsi assuré et de nombreux secteurs (hôpitaux, vente par correspondance, par email, etc) commenceront à avoir de sérieux problèmes si la grève se prolonge. La violence habituelle des luttes aux Etats-Unis apparaît un peu partout avec son cortège d’affrontements entre grévistes et jaunes, avec les flics : des blessés, des arrestations. Les caisses des Teamsters étant à sec, c’est l’AFL CIO et d’autres syndicats qui décident de prêter de l’argent (10 millions de dollars par semaine-60 millions de F-) pour permettre de payer les indemnités de grève : 55$ (500F) par semaine, presque une aumône qui contraindra pas mal de grévistes a prendre un autre boulot...temporaire.

On sait peu de choses sur l’organisation de la grève qui semble être restée d’un bout à l’autre entre les mains du syndicat : elle avait été soigneusement préparée par la bureaucratie du syndicat, pour constituer un élément de pression dans les pourparlers avec la direction d’UPS mais aussi pour éviter qu’une organisation sauvage soit b‚tie (ce qui effectivement pouvait présenter des risques étant donné les rapports internes dans le syndicat et les manoeuvres possibles de la direction d’UPS de concert avec les soutiens des ex maffiosi). Mais bien des faits viennent témoigner de la combativité » des Teamsters et de la solidarité active ou de sympathie des autres travailleurs (un sondage effectué le 15/8 montrait que 55 % des personnes interrogées soutenaient la grève).On ne peut que citer la liste de ce qui est connu qui témoignent d’une même action et solidarité de base sur tout le territoire américain :

- des incidents sur le piquet de grève d’Austin (Texas), de Buffalo (un jaune renverse deux piquets avec sa voiture), un jaune attaqué par des grévistes à Hialeah, de même à Miami (4 arrestations), A Nashville, la bagarre des piquets avec les jaunes devient plus sérieuses : un blessé et six grévistes licenciés pour vandalisme et intimidation ; la police sur injonction du tribunal contraint les piquet à rester à distance car des projectiles divers volent vers le dépôt dUPS A Norwood dans la Massachusetts, une arrestation alors que dans la tentative de bloquer les camions, un flic est poussé sur une véhicule en mouvement,. A Somerville, 23 grévistes d’un piquet sont arrêtés pour avoir menacé des jaunes en bloquant leurs camions. A Seattle (Washington) un camion conduit par un cadre fonce sur le piquet. A Ontario en Californie, 6 grévistes sont blessés par des jaunes qui essaient de forcer un piquet en voiture.

- Sur la solidarité, on ne connaît que des actions dispersées : dans le Montana, 300 ouvriers du bâtiment en grève se joignent aux piquets UPS. 1.000 à 1.500 grévistes manifestent dans le port de New York. A Oakland, un rallye spontané réunit des centaines de travailleurs locaux qui établissent un piquet de masse malgré une injonction qui limite ces piquets à 8 ; la police n’intervient pas. On voit dans différents endroits des mêmes piquets de masse en infraction ouverte avec la loi, par exemple à Columbia où plus de 200 se rassemblent devant les portes du dépôt UPS Les travailleurs des postes refusent l’embauche de travailleurs temporaires (ils en ont contractuellement le droit) pour écluser le surcroît de travail amené par la grève d’UPS Des travailleurs de l’autre boîte de messagerie, Federal Express rejoignent les piquets d’UPS A New York 1000 membres du CWA (Communication Workers Union) n’écoutant pas les « conseils de modération » de s leaders, forcent un barrage de police pour rejoindre 40 UPS qui font le siège des bureaux des douanes. Comme le souligne un commentateur :« Tout cela est sans aucun doute est la marque d’une énorme poussée d’actions de base visant à contrer les dirigeants syndicaux par des tactiques d’action directe. Si la grève se poursuivait, cela pourrait générer beaucoup plus d’affrontements ».

Ces informations très parcellaires doivent être replacées dans le contexte, d’une part du contrôle des médias (la direction d’UPS se serait assurée des restrictions de l’information concernant la grève dans les médias nationales) et d’autre part d’un appel de cette même direction d’UPS aux syndicats et plus spécialement à celui des Teamsters pour qu’ils calment le jeu. C’est dire s’il est difficile de juger de l’importance de cette solidarité active de base alors que vers la fin de la grève, le syndicat des Teamsters lance une « journée d’ action pour de bons emplois » dans tout le pays pour le...21 août et que des pourparlers sont seulement projetés le 15 août dans un meeting qui doit se tenir à Bruxelles pour « développer la solidarité » (il semble que les différents centres ou sociétés contrôlés par UPS en Europe (Hollande ; Allemagne, Belgique et France) cette « solidarité » n’ait pas dépassé les communiqués d’intentions.

Une fin très classique

Bien qu’il en soit vivement pressé, Clinton refuse d’intervenir directement en utilisant, notamment la loi Taft Hartley. Est ce la popularité de la grève chez les travailleurs américains, un renvoi de bons procédés aux syndicats qui ont assuré sa réélection ou une concession pour avoir le soutien de l’AFL -CIO dans le projet appelé « fast track » (11) qui autoriserait Clinton à légiférer directement qui fait des vagues dans le milieu politico syndical ou tout simplement un consensus avec le gouvernement pour ne pas envenimer un conflit qui risquerait d’échapper au contrôle syndical si l’ordre de reprise du travail pour 60 jours émanant de la Maison Blanche n’était pas suivi.

Toujours est-il que Clinton se borne à désigner un conciliateur, le secrétaire d’Etat au travail qui fait ce qu’il faut pour ramener les dirigeants d’UPS et ceux des Teamsters devant l’organisme officiel « Federal Mediation and Conciliation Service » qui, après 16 jours de grève quasi totale pousse les protagonistes patronaux et syndicaux à signer un accord pour un nouveau contrat : cet accord, accepté seulement par les représentants locaux permet à la direction des Teamsters de décider bureaucratiquement de la reprise du travail le mercredi 20 août. Les 185.000 membres voteront le mois suivant par la poste après que la grève sera loin (il est bien évident que la grève ne pourra pas recommencer même si le vote rejette le contrat-pour beaucoup de raisons à commencer par la poursuite des manipulations syndicales). Que pourront-ils faire alors sinon accepter ce nouveau contrat conclu pour 5 ans (au lieu de 4) qui ne leur apporte que des avancées bien réduites pour ce qui était au centre de la lutte, le temps partiel :

- 10.000 emplois à plein temps par conversion du temps partiel et le remplacement des postes temps plein libérés pour toute cause de départ par du temps plein (13.000 ont été ainsi « libérés »dans les 4 années précédentes) dans les 5 prochaines années Donc pas de suppression du temps partiel et de loin. Sur plus de 120.000 actuellement en temps partiel cela ne ferait sur 5 ans au maximum 25.000 temps plein..si UPS respecte les accords.

- une augmentation de salaire horaire de 3,10 $ pour les temps plein (3 % par an pour arriver dans 5 ans à 23 $-140 F-en fin de contrat mais seulement 1$ pour les temps partiel (11 $-70 F-actuellement) pour arriver dans 5 ans à 15 $-90 F -en fin de contrat. Autrement dit le « two/ tiers » système est maintenu.

- le syndicat conserve en partie la gestion de la caisse de retraite avec des aménagements : actuellement les retraites sont servies par un Central State Pension Fund géré uniquement par le syndicat des Teamsters (ce qui a donné lieu à des controverses sur l’utilisation de l’argent par le crime organisé) et dont UPS voudrait avoir-pour partie-l’utilisation des fonds. Le gestion deviendra plus ou moins paritaire. Il est concédé que les travailleurs à plein temps pourront toucher après 30 ans de service 3.000 $ (18.000 F) par mois mais si ‘lon considère l’énorme turn over et le fait que les temps partiel n’auront toujours qu’une moitié de retraite des temps plein, on peut mesurer toute la relativité de ces mesures.

Cela ne changera guère la situation que décrivait un « temps partiel d’UPS qui depuis 8 ans travaille à temps « partiel » 60 à 65 heures par semaine, au taux horaire réduit bien sûr, et qui, au bout du rouleau, n’aura qu’une demi-pension, contrairement au « temps plein » qui aura travaillé dans les mêmes conditions pour un salaire presque double) :

- des mesures concernant le poids des colis et la sécurité qui ne pourra être accru sans l’accord du syndicat ;

- sauf en période exceptionnelle, UPS ne pourra recourir à la sous-traitance sauf cas exceptionnels.

Quelques réflexions

La grève d’UPS marque-t-elle un tournant dans les luttes aux Etats-Unis ? Rien n’est moins sûr. Ainsi il n’est pas correct de dire que l’accord a préservé le « contrôle ouvrier » sur les retraites- le système de retraite continuera à être (partiellement maintenant) contrôlé par la bureaucratie du syndicat, ce qui est une autre paire de manches. Il y a si peu de démocratie dans l’institution que, lorsque l’appareil décidait de la reprise du travail, les travailleurs ne connaissaient pas encore les détails de l’accord négocié en secret par une poignée de bureaucrates.
Naturellement, c’est bien de voir des travailleurs engagés dans une certaine activité pour la défense de leurs intérêts et la sympathie exprimée par les autres travailleurs pour ceux d’UPS est encourageante. Mais fondamentalement ce fut une grève normale contrôlée par le syndicat, comme autrefois. Il y a si longtemps que l’on n’avait pas vu même une grève de ce genre qu’on avait oublié quelle gueule pouvait avoir une grève syndicale victorieuse comme celle-ci. Si UPS continue à faire des affaires et à gagner beaucoup d’argent il probablement convertira plus de postes en temps complet (quoique 5 ans est une longue période) ; s’il ne le fait pas, les choses pourraient prendre une autre tournure.

Pendant ce temps, le syndicat garde la main en partie sur l’argent des retraites, les chances électorales de Ron Carey se sont améliorées et le parti démocrate continuera à puiser dans les cotisations syndicales pour alimenter ses fonds électoraux. La question de la place sociale des syndicats dans les présentes conditions n’a pas trouvé de réponse dans ce conflit.

Dans quelle mesure les syndicats peuvent-ils mettre dans la balance leurs intérêts financiers en face de la nécessité d’apparaître militants ?> Dans quels secteurs peuvent ils avoir un succès ou paraître le rechercher ? Quelles sont les possibilités pour les travailleurs de trouver des formes d’action hors de l’emprise de tout le système y compris des syndicats ? »

Ce sont effectivement les questions que l’on peut se poser, sans pouvoir y répondre. Mais il semble pourtant que la pression capitaliste faisant flèche de tout dans le retour à une intensification primitive du travail ait atteint un tel seuil que la base des travailleurs touchant ainsi le fond de l’abîme ne voient pas d’autre solution que de lutter pour en sortir. Les actions de l’année passée en témoignaient déjà, la grève d’UPS peut être effectivement, même soigneusement encadrée par le syndicat, l’expression de ce courant qui contraint le syndicat à répondre à une volonté de lutte tout en essayant de l’exploiter dans son intérêt, c’est-à-dire rétablir son pouvoir au sein du système.

Un tel courant de résistance à l’intensification du travail pourrait effectivement sinon se développer du moins persister à la mesure de la nécessité pour le capital américain de poursuivre dans cette voie, notamment à la mesure des conséquences que la crise asiatique peut apporter dans l’économie américaine. Ce sont de tels développements qui pourraient effectivement faire passer les luttes à un autre niveau d’affrontement.

H. S. (novembre 1997).