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La grève à UPS (II)

vendredi 14 mai 2004

Texte paru dans Echanges n° 85 (septembre-décembre 1997).

(Lire le début, la suite et les notes sur mondialisme.org)

Une « prospérité » fragile basée sur l’intensification du travail sous toutes ses formes

Les médias occidentaux foisonnent d’articles sur la « prospérité » américaine et son faible taux de chômage. La « prospérité » américaine est tout autant liée à l’impérialisme américain et à ses possibilités de pression économique assorties de menaces militaires plus ou moins voilées (il n’est que de voir les affrontements mondiaux dans des domaines aussi divers que la viande aux hormones, la banane, les guerres africaines, la pression financière sur la flotte nippone pour que le Japon réforme le statut des dockers japonais, etc.). Les économistes orthodoxes soulignent qu’il n’y a pas de miracle économique aux Etats-Unis et que les fameux « indicateurs » de bonne santé ne révèlent pas ce qui se cache derrière les chiffres avancés pour le prouver. Le faible taux de chômage, par exemple, est dû à plusieurs facteurs qui n’ont rien à voir avec la « prospérité » économique : la démographie fait qu’il y a de moins en moins de jeunes sur le « marché du travail » ; la combinaison de ce facteur avec la crainte du chômage fait que ceux qui ont un travail ne le quittent pas et que les dirigeants peuvent continuer à maintenir de bas salaires.

De fait, la mobilité ne s’est guère modifiée depuis le prétendu redressement économique. Lorsque Clinton se vantait, lors de sa campagne électorale, d’avoir créé 10 millions d’emplois au cours de quatre ans de présidence, la blague était de répondre « Oui je sais, moi j’en occupe trois ». Ou les travailleurs acceptent ainsi d’occuper plusieurs « emplois », et/ou bien ils doivent, pour s’accrocher, accepter les conditions de travail les plus « flexibles ». Officiellement, près de 20 % des travailleurs sont à temps partiel, mais on verra avec l’exemple d’UPS ce que cela représente réellement.

Un exemple est fourni par un article du Baltimore Sun du 6 juillet sur une usine de produits chimiques agricoles de la ville : un technicien chimiste y a travaillé 60 heures par semaine 7 jours par semaine, et de novembre à juin n’a eu que 4 jours de repos ; il travaille par équipes de 8 heures et deux fois dans le mois précédent a travaillé 16 heures d’affilée ; un ouvrier peut ainsi arriver à faire 100 heures la semaine et la moyenne pour l’usine est 75 heures. Les 185 ouvriers de l’usine ont débrayé lorsque la direction a refusé de limiter la semaine de travail à 68 heures et d’accorder un repos de 16 heures après trois équipes consécutives de 16 heures chacune. L’article ajoute que telle situation est monnaie courante et que beaucoup travaillent plus qu’au début du siècle. Les patrons peuvent exiger autant d’heures supplémentaires qu’ils le veulent, la seule obligation étant de les payer avec une majoration de 50 % au-delà de 40 heures. Le refus de faire ces heures entraîne le licenciement : le travail implique l’obligation de suivre les horaires fixés par la direction. En avril dernier, la moyenne avouée des heures supplémentaires était de 4,9 heures contre 3,3 il y a six ans. De 1976 à 1993, le temps moyen annuel passé au travail a augmenté de 100 heures pour les hommes et de 233 h pour les femmes.
Toujours pour les statistiques officielles de l’US Bureau of Labor Statistics (BLS), dans cette même période, le pourcentage des travailleurs ayant effectivement travaillé entre 50 et 52 semaines est évalué en 1993 à 68 % du total pour les hommes et à 52 % pour les femmes, en augmentation respectivement sur 1976 de 3,9 % et de 11,7 %. Le surtravail peut tout autant se jouer sur des horaires fous que sur des horaires réduits dans le temps partiel ; malgré les apparences, les deux ne sont qu’une conséquence de ce que le capital a atteint aux Etats-Unis : une flexibilité totale selon ses propres nécessités, suivant au plus près les variations des impératifs de production (19).

D’autres chiffres peuvent donner une même idée plus globale de l’envers du décor de la « prospérité » américaine. A la fin de 1996, une enquête révélait que 46 % de la population active était ou avait été confrontée à des problèmes de licenciements (30 % avaient perdu leur travail de 1990 à 1995). En juin 1995, une évaluation donnait 80 % des travailleurs ayant dû subir une baisse de salaire ; la moitié d’entre eux ont dû occuper deux emplois ou plus ; entre 1972 et 1996, les bas salaires ont perdu 30 % de leur pouvoir d’achat ; D’après l’ouvrage The State of Working America 96-97, le rapport des salaires moyens ouvriers/patrons, qui était de 1 à 60 en 1978 est passé à 1 à 173 en 1995 ; en 1974, le président d’IBM gagnait 11 fois le salaire de base d’une secrétaire, en 1994, 40 fois.

De 1979 à 1995, les restructurations ont supprimé 43 millions de postes ; 23 millions de nouveaux postes ont été créés dans la même période, mais avec en moyenne 85 dollars de moins par semaine (environ 500 francs). Les postes créés correspondent pratiquement tous à des baisses de salaires. A l’appui de la « prospérité » américaine est avancé le faible taux de chômage, mais il serait en réalité le double du taux admis et comparable en réalité aux taux européens (20).

D’autres chiffres donnent une idée de l’impact de l’offensive capitaliste sur les conditions de vie de l’ensemble de la population. D’après un rapport du Département de l’Agriculture US (15 septembre 1997), près de 12 millions de foyers auraient des problèmes alimentaires et 26 millions auraient recours aux soupes populaires (21). La population carcérale a doublé en 10 ans, triplé en 20 ans, pour atteindre en 1994, avec 1 500 000 prisonniers, le record mondial de 15 sur 100 000 de la population active. Autre conséquence de l’intensification du travail : dans les services (le fourre-tout statistique, en expansion constante), le taux d’accidents du travail et maladies professionnelles aurait été multiplié par 8 en dix ans, cela à un moment où de moins en moins de travailleurs bénéficient de garanties sociales, qui sont toujours, aux Etats-Unis, du ressort de l’entreprise, tributaire de contacts collectifs, ce qui n’existe pas dans beaucoup de cas.

Peut-on dresser un bilan des résistances ouvrières à cette offensive du capital aux Etats-Unis ?

Il est difficile de se faire une idée des résistances ouvrières.Les mêmes statistiques officielles clament que les grèves n’ont jamais été au plus bas depuis, mais ces statistiques ne prennent en compte que les grèves impliquant au moins 1 000 travailleurs, c’est-à-dire que nombre de « petits » conflits soit dans des entreprises de relativement petite dimension (plus nombreuses avec la sous-traitance, la multiplication des filiales et les recompositions des tâches dans des entreprises différentes) soit dans des secteurs limités de grandes entreprises ne sont pas comptabilisées. Les grèves ne franchissent l’Atlantique, et encore très mal, que lorsqu’elles provoquent des perturbations mondiales (par exemple dans le trafic aérien) ou que leur dimension rend difficile le silence (par exemple la grève de Boeing ou plus récemment celle d’UPS dont nous allons parler). D’autre part, lorsque la pression directe est trop forte, d’autres résistances de base, non quantifiables se font jour et que seuls les données sur la productivité peuvent enregistrer en négatif. (22)

La « petite » grève dans une usine de produits chimique de Baltimore est significative bien qu’elle ne touche que 185 travailleurs. Même si leur surtravail leur procure des salaires jusqu’à 63.000 $ par an (environ 30.000 F par mois), les résistances qui se font ainsi jour touchent précisément l’intensification du travail. Ce n’est pas un phénomène isolé et la grève d’UPS s’inscrit dans une série de conflits qui se sont développés au cours des dernières années, notamment dans l’industrie automobile. Si l’on regarde l’ensemble des conflits des 20 dernières années aux Etats-Unis on peut voir que ceux-ci se concentrent suivant deux axes : ceux dans lesquels le rapport de force est contre les travailleurs et celles dans lesquels il est en leur faveur.
Cela recoupe la division qui est apparue dans ce que nous avons exposé à propos des restructurations entre les entreprises qui peuvent jouer sur tous les facteurs à leur disposition et celles où les conséquences des restructuration ont introduit des contre tendances freinant leurs possibilités de manoeuvre.

On n’en finirait pas de décrire la longue litanie des grèves des 15 dernières années dans laquelle la combativité des travailleurs en révolte contre les diktats des firmes s’est épuisé pendant des mois, voire des années, le plus souvent sous l’impulsion des « locals » syndicaux et contre une hostilité croissante des bureaucraties syndicales qui émasculaient toute velléité d’action radicale, freinant toute solidarité et réussissant finalement à entériner des défaites plus ou moins spectaculaires par des accords cédant sur les conditions patronales mais préservant leur « présence » dans l’entreprise. Les noms rappelleront sans doute à chacun de longs affrontements plus ou moins tombés dans l’oubli : Hormel (85 -86) (13), Greyhounds (90-93), Caterpillar (91-92) 163 jours de grève)Staley (93, 40 mois de grève), Wheeling Pittsburg Steel Corp (96, 8 mois de grève), Detroit Newspaper (toujours en grève après 16 mois de lutte).

La liste n’est pas exhaustive. En commun, ces grèves partagent les mêmes situations entre les coups tordus que le système permet en toute légalité aux patrons qui peuvent atténuer voire effacer les effets de la grève et le refus des bureaucraties syndicales qui ne veulent (et ne peuvent) engager d’épreuve de force avec cette même légalité. Comme les restructurations se poursuivent, le même type de grève se reproduit bien qu’elles aient connu plus d’ampleur et plus de spectaculaires défaites dans le passé.

D’autres conflits ont existé dans lesquels le rapport de force jouait en faveur des travailleurs car les firmes ne pouvaient manipuler aussi facilement les possibilités légales anti grève parce que les conséquences auraient été finalement plus préjudiciables. Ce qui n’a pas empêché dans certaines grèves que nous avons déjà citées d’intervention au niveau le plus élevé pour rétablir brutalement le rapport de forces en faveur des dirigeants, par exemple dans les chemins de fer ou American Airlines. La grève de Boeing de décembre 95 est une sorte de grève classique dans laquelle la nature du travail et la position de la firme rendent inopérants les tactiques employées habituellement pour briser la combativité ouvrière : bien que la grève dure 9 semaines, pas de travailleurs de remplacement parce que c’est difficile de remplacer, au pied levé des ouvriers qualifiés en si grand nombre ; la grève dure 9 semaines et les ouvriers peuvent même se permettre de rejeter comme insuffisant un premier accord passé par le syndicat.

Mais parallèlement, notamment dans l’automobile, au cours des deux dernières années, des grèves sont venues montrer que d’autres problèmes que le renouvellement des contrats ou les salaires étaient au centre des réactions ouvrières à la surexploitation. Parlant de ces grèves, un article de The Journal of Commerce d’avril 1997 titrait « La production flexible rend les ‘Big 3’ vulnérables aux grèves. »

Les « Big 3 » sont les trois grands de l’automobile : General Motors, Ford et Chrysler. L’article considérait le fait qu’avec la production flexible le moindre arrêt dans une fraction mineure du procès de production. C’est vrai du point de vue des firmes en question et c’est effectivement un atout dans les luttes que cette possibilité de bloquer tout un ensemble d’usine dans un conflit local : cela fait basculer le rapport de forces du côté des travailleurs.

Mais cela n’est qu’une conséquence dans les grèves récentes dans l’automobile : toutes ces grèves ont un point commun qui les rattache à celle de Baltimore même si elles ont des répercussions infiniment plus grandes. Elles sont dirigées non seulement contre la surexploitation mais contre les conséquences de la flexibilité quelles qu’en soient les formes (horaires à volonté, temps partiel, précarité, etc..).

C’est pour cela que l’on trouve pêle-mêle dans ces grèves tout un ensemble apparemment disparate de revendications mais qui tournent toutes autour des tentatives de réduire de plus en plus le support de la force de travail, l’être humain, à une marchandise soumis à la même flexibilité que l’approvisionnement en matières premières, en pièces détachées ou la livraison au supermarché : disponibilité totale à la volonté du capital, suppression non seulement des temps morts qui coûtent en capital variable mais sont totalement improductifs mais aussi des périodes de creux où cette productivité diminue ; le stock de main d’oeuvre doit être réduit au minimum pour ne pas dilapider du capital variable tout comme le capital fixe ne doit pas être immobilisé par le stock des marchandises concourant à la production ou à la distribution ou dans l’immobilisation des machines.

C’est la raison pour laquelle il est particulièrement fallacieux de parler de réduction du temps de travail : le capital peut le faire sous la forme qui lui est le plus profitable et dans le même temps accroître le taux d’exploitation soit dans un temps limité soit dans un temps étendu. Rien que depuis le début de l’année 1997 l’automobile a connu aux Etats-Unis une série de grèves dont nous ne citerons que quelques-unes :

- contre un contrôle renforcé de l’absentéisme (en janvier, une grève de 4.300 de l’usine de montage de GM à Moraine (Ohio) oblige la direction à annuler les mesures projetées) ;

- pour l’embauche permettant de réduire les heures supplémentaires : en mars 97, 2.700 ouvriers en grève 15 jours à l’usine de camions de GM de Fort Waine (Indiana) obligent la direction à embaucher 276 ouvriers. En mai, une grève de 3.500 dans une usine GM de l’Oklahoma contraint à l’embauche de 50, de même à l’usine Pontiac (Michigan) où 6.000 font grève pour l’embauche ;

- contre les menaces de délocalisation : dans une usine de composants électroniques de GM à Warren (Ohio) ;

- contre le transfert à la sous-traitance, mais aussi des questions de discrimination, de sécurité et de santé la grève de 1.800 ouvriers d’une usine Chrysler à Detroit en avril 97 fait fermer 19 usines du groupe. (Des conflits de ce type ont permis au syndicat UAW de conclure une série d’accords notamment avec Ford et GM pour un contrôle syndical de la sous-traitance et des délocalisations.

Ce qu’on peut retenir de toutes ces grèves c’est qu’elles ne concernent pas les salaires mais les conditions de travail et ainsi directement la gestion capitaliste de l’entreprise.

Il est donc bien difficile de suivre tous ceux qui découvrent la grève aux Etats-Unis et qui plus ou moins proclament comme l’un d’eux : « La grève d’UPS éclate le 4/8/97 comme un orage au milieu d’un ciel économique » (3).

Quel est le rôle des syndicats dans les relations de travail aux Etats-Unis aujourd’hui ?

Ainsi qu’il a été souligné au début de l’article, le syndicat, la fédération AFL -CIO tout comme le syndicat des Teamsters qui en fait partie sont comme partout des rouages dans la gestion de la force de travail et en tant que tels, partie intégrante du système. Comme nous l’avons écrit au début de cet article, le problème de leur déclin dans cette fonction à laquelle ils ne peuvent échapper est de savoir comment ils peuvent alors que le niveau d’accumulation reste faible obtenir quoi que ce soit pour leurs membres et éventuellement l’ensemble des travailleurs. Il est bien évident que dans les presque trente années qui viennent de s’écouler, ils n’ont guère pu répondre aux attaques du capital qui, non seulement ne pouvait rien concéder mais reprenait ce qu’il avait pu concéder antérieurement. Il est tout aussi évident qu’aucun syndicat, rouage du système ne peut, sous peine de disparaître en tant qu’institution dans le système adopter une attitude radicale et doit au contraire en face d’une attitude radicale des travailleurs lors d’un conflit faire l’impossible (indirectement ou même directement par tous moyens-y compris la force ou ‘l’auxiliaire de la force publique) pour stopper cette radicalité et lui substituer un compromis qui mette fin à la lutte et qui, même présenté comme une victoire, n’en est pas moins une défaite.

Face à une telle situation, il est toujours apparu des courants, issus souvent des groupes politiques d’extrême gauche, qui pensent que le syndicat peut devenir un organisme de lutte et qu’il suffit pour ce faire ou secouer le bureaucratie en place, soit la remplacer. Ils inversent la réalité sociale : ce n’est pas par défaut d’une « volonté de lute » que les syndicats ne peuvent être dynamiques voire « révolutionnaires » ; ce ne sont pas els militants « actifs etr radicaux qui font la lutte de classe, c’est cette lutte de classe dont le niveau est le pur produit des réalités socio-économiques de l’exploitation qui déterminent l’activité »possible « de ces militants.

De tels courants existent partout, surgissant généralement lorsque des luttes ont été reprises en mains par lesdites bureaucraties. Aux Etats-Unis, les années de pression capitaliste que l’AFL-CIO ne pouvait et ne voulait endiguer ont vu le développement dans les 20 dernières années d’une tendance pour une « démocratisation » des syndicats animé le plus souvent par des éléments appartenant ou ayant appartenu aux divers courants léninistes (3). Cette montée d’un « renouveau syndical » est facilitée par l’inertie de la vieille garde et un mélange de faillite d’organisations n’ayant plus les ressources nécessaires pour entretenir un train de vie proprement scandaleux de ces bureaucrates, de fusions, de regroupements. C’est ainsi qu’en octobre 95, le leader de ces réformistes, Sweeney a été désigné somme nouveau président de l’AFL CIO.

Labor Notes (3) récemment (mars 97) pouvait écrire que « l’AFL CIO dévoilait un programme pour revitaliser le mouvement ouvrier » ; cela montre la confusion volontariste d’une telle position (cette tendance tente même actuellement de constituer une nouveau « parti ouvrier » aux Etats-Unis). Ce ne sont pas les réformes du syndicat ou les campagnes de recrutement animées par un activisme renouvelé qui amèneront les travailleurs à lutter, mais le mouvement du capital lui-même. Comme l’écrit The People : « Cest bien la même syndicat ouvrier procapitaliste que l’on avait avant que l’administration Sweeney prenne le relais ». (23)

En ce qui concerne les Teamsters, la question de la réforme syndicale est même plus complexe. Beaucoup en Europe ont entendu parler de ses liens avec la Mafia : un de ses « grands » dirigeants, Jimmy Hoffa a fini victime on ne sait trop de qui et pourquoi, enseveli dans les fondations de béton d’un gratte-ciel.
Mais la domination du « crime organisé » a atteint de telles dimensions que l’Etat Fédéral a fini par intervenir en mettant le syndicat sous séquestre, ce qui a permis l’élection en 1991à la présidence du syndicat de Carey leader d’une tendance « Teamsters for Democratic Union » qui, oeuvrant depuis vingt ans, voulait libérer le syndicat de l’influence de la Mafia et le « démocratiser ». Il est difficile de dire si ce but a été atteint (une bonne partie des sections locales restant entre les mains des anciens dirigeants) car sa réélection n’a été obtenue en octobre 96 que de justesse contre le fils de Jimmy Hoffa et au prix de subventions non autorisées, ce qui a déclenché un mini scandale et une menace d’invalidation.

La grève d’ UPS vient ainsi à point nommé pour redorer le blason de Carey (lui-même ancien chauffeur-livreur d’UPS et avait vraisemblablement des comptes personnels à régler) et cela peut expliquer pourquoi le syndicat des Teamsters a pris une position non pas radicale mais tranchant en tout cas avec l’attitude de ses prédécesseurs.

Bien sûr, ce n’est pas cela qui a poussé les travailleurs d’UPS à se mettre massivement en grève mais cela a pu en favoriser le développement. En arrière plan de la grève et de l’attitude du parti démocrate de particulièrement de Clinton on trouve aussi les relations « privilégiées » entre les Teamsters (ayant contribué financièrement à la réélection pour une partie des 35 millions de dollars, presque 350 millions de F versés par l’AFL-CIO) et la Maison Blanche ; nous reviendrons plus loin sur ce point. On pourrait s’étendre bien plus sur la saga des Teamsters qui ne reflète pas le combat des purs contre les impurs, des propres contre les corrompus, mais un enchevêtrement d’intérêts économiques et politiques dans ce qui reste un des plus puissants syndicats aux Etats-Unis : cette situation va être aussi au coeur de la lutte des travailleurs d’UPS.

Dans la période récente, il y a eu des conflits régionaux animés par le syndicat des Teamsters : en septembre 1995, 5.000 camionneurs affectés au transport des voitures de la firme Ryder System en Californie sont en grève ; en juillet 1996, 6.000 camionneurs firent grève dans tous les ports du sud de la Californie. Il y a même eu récemment dans un centre un conflit qui s’est mal terminé par un affrontement entre l’ancienne et la nouvelle bureaucratie dont les travailleurs d’UPS ont fait les frais dans un compromis boiteux. Passée la réélection de Carey, comme approche le renouvellement du contrat d’UPS, la nouvelle bureaucratie prépare ce qui peut conduire à un affrontement, un élément qui peut peser, même s’il ne se traduit pas dans les faits, dans les négociations avec UPS : au printemps, des rallies sont organisés dans tout le pays par les Teamsters pour leurs membres sur les thèmes qui sont au coeur de l’exploitation UPS on peut en voir le sens dans cette déclaration de Carey peu de temps avant la grève : « Ces négociations sont animées par la volonté de préserver le rêve américain ». Pas besoin de commenter !