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Joao Bernardo : Après le marxisme, le déluge ? (1991)

vendredi 14 juin 2019, par Yves

La gauche bureaucratique a récemment découvert que le marxisme-léninisme n’était pas le meilleur moyen de conquérir et de conserver le pouvoir d’État. La linéarité politique des classes dirigeantes présuppose un continuum gauche-droite ; la raison d’exister de l’un des « camps » ayant disparu, le marxisme orthodoxe s’est converti au néolibéralisme de droite, qui apparaît aujourd’hui comme la seule forme viable d’exercice du pouvoir. Mais ceci n’est qu’un des aspects de la crise du marxisme qui, en elle-même n’aurait pas suffi à le conduire à la faillite.

En même temps qu’il renforçait le pouvoir d’une partie des classes dirigeantes, le marxisme a également fourni à la classe ouvrière un cadre de lutte pour se battre contre l’exploitation permanente qu’elle subissait. Déjà, en 1918, les premières résistances d’extrême gauche face à la bureaucratisation de la révolution russe étaient apparues au sein du marxisme et, jusqu’à une période récente, toutes les offensives majeures contre le capitalisme d’Etat puisèrent dans le marxisme radical. Même en Pologne, en 1980 et 1981, le mouvement Solidarnosc, malgré sa forte composante catholique, reprit à son compte la référence mythique de la révolution d’Octobre. Le choc régulier des hétérodoxies contre les orthodoxies put ébranler certaines institutions et certains courants idéologiques au sein du marxisme, mais il renforça en même temps la vitalité du cadre doctrinal général. De la même manière, les conflits internes au sein du christianisme ont toujours procuré une nouvelle force à la doctrine chrétienne.

La faillite du marxisme est devenue double – et décisive – lorsque la classe ouvrière des pays de l’Est l’a abandonné en tant que cadre idéologique. Les doctrines sont tellement peu autonomes qu’elles ne se détruisent pas sur un plan idéologique, mais sur un plan pratique. Les hétérodoxes ont montré que les orthodoxies marxistes n’étaient pas révolutionnaires parce qu’elles contribuaient à préserver les rapports sociaux capitalistes. Les événements de ces dernières années ont révélé que, même en tant que réformisme, le marxisme orthodoxe ne pouvait plus exercer de rôle dominant et que les peuples de l’Est préféraient le réformisme occidental. Le « socialisme réel » a été détruit au nom du « capitalisme idéal ».

Le marxisme profitera-t-il un tant soit peu de cette faillite généralisée ?
L’ensemble des thèses de Karl Marx peuvent être analysées selon de nombreuses perspectives. J’en distinguerai ici trois. La première résulte de la prétention du socialisme marxiste à atteindre un statut scientifique ; la deuxième concerne la façon dont le marxisme comprenait les conséquences politiques de la concentration du capital ; et la troisième provient de l’analyse du capitalisme en tant que processus d’exploitation.

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