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A propos de "Mai 68 à Lyon. Retour sur un moment d’insubordination ", de Jacques Wajnsztejn,

lundi 16 avril 2018, par Yves

Les livres sur Mai 68 se multiplient à chaque anniversaire, et leur rythme de parution s’intensifie à chaque décennie, donc évidemment pour le cinquantenaire le filon ( ?) est exploité par tous les éditeurs cette année.
L’avantage de ce livre est qu’il est assez décentré par rapport à la production courante.

Décentré par son point de vue particulier, peu répandu et peu connu : l’auteur, membre du collectif Temps critiques , pense que le « programme prolétarien » est obsolète (point de vue assez banal, reconnaissons-le) mais qu’une « révolte anti-autoritaire, anti-hiérarchique, anti-bureaucratique » est toujours à l’ordre du jour. L’auteur est favorable à l’établissement d’une « communauté humaine » égalitaire, une « révolution à titre humain » qui ne correspond pas à une révolution de classe, mais la dépasse – position, cette fois, peu commune y compris chez ceux qui se proclament « révolutionnaires » ou « anticapitalistes » aujourd’hui, et ont les yeux constamment fixés sur les prochaines échéances électorales ; les polémiques internes à la « gauche » réformiste et les luttes entre les bureaucraties syndicales. En clair, Jacques Wajnsztejin et Temps critiques sont hostiles à l’institutionnalisation des luttes, à leur enfermement dans la simple obtention de droits (droits pour les femmes, les homosexuels, les enfants, les minorités ethniques, etc.) et favorables à des luttes anti-institutionnelles radicales.

Décentré par sa localisation (Lyon) du moins pour un lectorat parisien, avec des spécificités originales : présence de nombreuses usines, d’un campus récent et encore en chantier et de bidonvilles ; UNEF assez indépendante et éloignée des calculs politiciens parisiens, du moins dans un premier temps.

Décentré aussi par rapport à sa focalisation sur un milieu particulier : ceux que l’on pourrait appeler les inorganisés radicaux et/ou rebelles, en paroles et en actes, durant les années 1967/1968, mais aussi tous ces « nouveaux prolétaires qui deviennent ouvriers sans l’être vraiment » et qui « passent facilement de la soumission à la révolte ». Jacques Wajnsztejn est attentif aux luttes « qui sont le produit du brassage de multiples expériences et références », tels les paysans-travailleurs de l’époque.

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