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A propos des piqueteros

vendredi 30 avril 2004

Texte paru dans Echanges n° 102

- Les piqueteros [coupeurs de routes et piquets de grève] ne sont que récemment devenus la coqueluche des analystes de la situation argentine, alors qu’ils étaient actifs depuis plusieurs années déjà. Ils sont assurément le seul groupe à composante principalement ouvrière dans le mouvement qui fait trembler l’Argentine depuis les 19 et 20 décembre 2001, dont le principal agent semble être la classe moyenne argentine.

Ce n’est pas par des spéculations sur la possibilité ou l’impossibilité d’une révolution sociale à venir que les piqueteros ont organisé les conditions de leur lutte contre le capitalisme ; on peut toujours, dans l’abstraction logique d’une analyse sans conséquences pratiques, en prédire avec la même rigueur la défaite ou le succès. Ce que celle-ci devrait tout au moins nous apprendre, c’est que l’action autonome du prolétariat n’est pas décidée ni propagée à volonté par un parti, même si certains essaient bien sûr de faire marcher la classe ouvrière pour leurs propres intérêts, et que toute lutte est un phénomène historique se produisant à un moment donné par la nécessité des conditions sociales.

- Les éditions Rumbos de Buenos Aires ont publié en décembre 2001 De las primeras Coordinadoras a las Asembleas Nacionales. Una historia del movimiento piquetero [« Des premières coordinations aux assemblées nationales. Une histoire du mouvement piquetero »], de Luis Oviedo et, en janvier 2002, El Argentinazo. El presente como historia [« L’Argentinazo. Le présent comme histoire »] une compilation d’articles parus dans Prensa Obrera, de Jorge Altamira (entre autres), cofondateur du Parti ouvrier (trotskyste) en 1983, actuel législateur de Buenos Aires et chargé de présenter un rapport politique à la première assemblée nationale des piqueteros le 24 juillet 2001.

Ces deux ouvrages ne sont pas absolument inintéressants, quoique l’allégeance politique des auteurs soit la cause d’une certaine confusion dans la relation et l’analyse des événements.
On comprendra que les formes originales du combat et de l’organisation des piqueteros (occupation de routes, de régions entières, pillages de supermarchés, coordinations et assemblées,... etc.) restent incomprises ou sont volontairement dénaturées, et qu’il soit par conséquent difficile, de loin, d’en saisir totalement l’importance et les faiblesses.

J.-P. V.

Voir aussi Le mouvement des piqueteros. Argentine 1994-2006 (1) ;

Le mouvement des piqueteros. Argentine 1994-2006 (2) ;

Le mouvement des piqueteros. Argentine 1994-2006 (3).

Et L’Argentine, de la paupérisation à la révolte : une avancée vers l’autonomie.