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* A propos du dernier livre d’Emmanuel Todd : les « anti-Charlie » primaires auraient-ils enfin trouvé leur « Taguieff » ?

lundi 18 mai 2015, par Yves

Qu’est-ce qu’un « Taguieff » dans le petit monde de l’intelligentsia française ?

Un professeur cultivé, intelligent, brillant, qui défend avec passion ses orientations idéologiques en brandissant avec véhémence des travaux et une méthode qu’il considère comme scientifiques... donc incontestables par le commun des mortels, tout en cherchant à tout prix à faire rentrer la réalité dans ses schémas préconçus et en faisant preuve d’une insigne mauvaise foi.

Pierre-André Taguieff, après avoir joué un rôle important dans la définition d’un nouvel argumentaire contre le racisme contemporain de l’extrême droite, et avoir notamment souligné l’émergence d’un « racisme différencialiste » (racisme fondé sur la culture et la civilisation et non plus, du moins officiellement, sur la « race » au sens biologique du XIXe siècle) , s’est tout à coup pris de passion pour le nationalisme israélien (ce que certains appellent à tort « le sionisme », alors qu’avant 1948 il existait plusieurs « sionismes », y compris un « sionisme » favorable à une fédération judéo-arabe en Palestine et non à un Etat juif). Depuis lors, Taguieff multiplie les livres érudits-pamphlets pour nous expliquer que toute critique virulente contre les gouvernements israéliens est, consciemment ou inconsciemment, antisémite.

Pour ce faire, il accumule les citations, mais surtout les amalgames politiques les plus rocambolesques et souvent injustifiés entre extrême droite et extrême gauche. Soyons honnêtes : si on lit ses bouquins, et qu’on ne prend pas ses philippiques antigauchistes au sérieux, on acquiert quand même des connaissances utiles (ou du moins des pistes à vérifier) sur l’antisémitisme de gauche, et les dérives antisémites de certains antisionistes.

Malheureusement, Taguieff est tellement obnubilé par sa passion pro-israélienne qu’il perd tout esprit critique quand il traite des crimes de guerre de Tsahal, crimes qu’il réduit toujours à de simples actions de « légitime défense », des réponses à des provocations palestiniennes, etc. De plus, son point de vue républicain-chauvin (cohérent avec son soutien au nationalisme israélien et avec sa complaisance pour le nationaliste-raciste new look Alain de Benoist) l’empêche de se livrer à une critique efficace du nationalisme, du chauvinisme et de l’extrême droite en Europe. Pourtant, ses rappels à l’ordre conceptuels et méthodologiques sont très utiles, au moins pour nous inciter à être moins brouillons et émotifs quand nous distribuons généreusement l’étiquette de « fasciste » ou même « d’extrême droite » sans nous demander si la réalité actuelle est exactement la même que dans les années 1920/1930. (On lira à ce propos les deux derniers livres de Pierre-André Taguieff « Du diable en politique. Réflexion sur l’antilepénisme ordinaire », CNRS Editions, 2014, et « La revanche du nationalisme », PUF, 2015 – même si, hélas, l’auteur passe trop de temps à critiquer les approximations de l’antifascisme actuel et fort peu à proposer une analyse nouvelle pour mieux combattre l’extrême droite et les nationaux-populistes ou les « néo-populistes » du XXIe siècle.)

* Todd et Taguieff : bonnet blanc et blanc bonnet au niveau de la méthode « scientifique »

Emmanuel Todd, dans son dernier livre – « Qui est Charlie ? Sociologie d’une crise religieuse » (Seuil, 2015) – adopte la même attitude que Taguieff vis-à-vis de ses lectrices et lecteurs. Lui aussi prétend utiliser des arguments scientifiques, donc être un universitaire au-dessus des querelles et des passions partisanes. Sa méthode d’analyse serait incontestable, ses connaissances seraient nourries par des décennies de recherche, nous explique-t-il modestement. Donc taisez-vous et écoutez, ou plutôt lisez au garde-à-vous.

A la différence de Taguieff, il reconnaît au moins dans son introduction que son dernier livre a été écrit à chaud et a donc une tonalité polémique – dimension que Taguieff ne reconnaît jamais. Mais contrairement à Taguieff, qui lui affiche clairement de livre en livre sa cible (l’extrême gauche et la gauche antisionistes), Todd est plus retors dans cet ouvrage car il veut se faire passer pour le porte-parole de la souffrance non seulement des « musulmans » (« groupe faible discriminé », porteur d’une « religion des faibles »... ce que contredisent les chiffres de l’enquête qu’il cite lui-même p. 187) mais aussi des couches populaires qui ont voté non au TCE et se seraient, selon lui, abstenu massivement de défiler le 11 janvier 2015, car le 11 n’aurait mobilisé que les « classes moyennes ».

Non seulement, son livre nous ressert les analyses de la prétendue « gauche du non » (gauche social-chauvine qui allait d’une partie du PS à l’extrême gauche, NPA, POI, etc., en passant par quelques libertaires opportunistes et les altermondialistes chauvins d’ATTAC et Cie) mais, comme cette même gauche social-patriote, il dissimule le fait que le non au référendum de 2005 sur le TCE n’aurait pu gagner sans les 6 millions d’électeurs de Le Pen et deVilliers, sans ce front unique (1) qui se réalisa dans les urnes entre la gauche social-chauvine et l’extrême droite, entre les socialistes nationaux et les nationaux-socialistes, pardon les « patriotes » du FN. Todd prétend dénoncer l’unité nationale manipulée par le gouvernement socialiste lors de la manifestation du 11 janvier 2015, mais il n’a rien à objecter à l’unité nationale réalisée lors du référendum de 2005. Il ne dénonce pas cette unité nationale du 11 janvier 2015, au nom d’une opposition de principe à l’union entre les bourgeois et les prolétaires, entre l’extrême droite et l’extrême gauche (opposition qui est la nôtre), mais seulement pour des raisons tacticiennes parce qu’il est un déçu du hollandisme (ce qu’il n’a pas l’honnêteté de rappeler en préalable à ses attaques au vitriol à la fois contre la personnalité de Hollande, son gouvernement et le PS). En bon partisan de l’Etat bourgeois, il défend d’ailleurs la « retenue admirable de la police qui n’avait pas plus tiré sur les gosses des banlieues [en 2005] que sur les jeunes bourgeois de mai 1968 » !

Malgré des préoccupations différentes sur certains points, les sociaux-chauvins Todd et Taguieff recherchent les mêmes effets de sidération et d’anesthésie de l’esprit critique chez leurs lecteurs et lectrices, du moins dans leurs pamphlets au vernis scientifique.

* Une pluie d’arguments d’autorité pour impressionner les crédules

Plutôt que de nous assener des milliers de citations hétéroclites et tirées souvent de leur contexte, et d’accumuler les définitions conceptuelles sans vraiment les mettre en application dans des analyses concrètes comme Taguieff, Todd, lui, emploie une autre méthode qui relève elle aussi de l’argument d’autorité pour lecteurs et lectrices souhaitant gober ses propos sans en vérifier la validité : il nous assène des dizaines de cartes, et des centaines de pourcentages issus de statistiques électorales ou des calculs aléatoires de « Libération » et du ministère de l’Intérieur le 11 janvier 2015, et nous demande de croire les yeux fermés à ses considérations « anthropologiques (2) » brouillonnes et confuses comme étant déterminantes et omni-explicatives. Il nous joue le même genre d’air que de nombreux marxistes dogmatiques nous ont fait entendre pendant des décennies. Ce n’est plus : Tout s’explique « en dernière instance » par « l’infrastructure » (« infrastructure » réduite de surcroît à une explication économique mécaniste et ignorant une compréhension fine et complexe des rapports sociaux) ou la contradiction entre les forces productives et les rapports de production, mais tout s’explique par les « structures familiales » et par « l’anthropologie ».

* Une méconnaissance confondante de l’histoire du mouvement ouvrier

Cette mono-causalité impérialiste (sur le plan du savoir) donne des résultats assez cocasses : c’est ainsi que Todd lie les sentiments d’hostilité des Italiens du Nord aux « immigrés » du Mezzogiorno à un bouleversement des structures familiales et religieuses dans les années 1980 (cf. p. 35) alors que ce thème était déjà traité par Gramsci dans les années 30 et que n’importe quel connaisseur superficiel du monde ouvrier italien aurait pu repérer ce phénomène dans les années 50 (c’est d’ailleurs ce que firent les inventeurs de l’« opéraisme » : Panzieri, Tronti, etc. !).

Quant à la France, il nous explique à grand renfort de cartes colorées et de considérations « anthropologiques » que le clivage politique électoral à propos de l’Union européenne serait lié à des structures familiales spécifiques, alors que le clivage de classe qu’il évoque lui-même (pour simplifier, bourgeois et petits-bourgeois éduqués d’un côté, ouvriers et employés de l’autre) se manifeste dans tous les pays d’Europe, quelles que soient leurs structures familiales dites « égalitaires » ou « inégalitaires » et que les structures religieuses héritées du passé soient catholiques ou protestantes. De même il prétend que la politique pro-capitaliste de la gauche française serait liée à une « crise religieuse » et à des structures familiales spécifiques, tout en admettant que ces attaques contre les droits sociaux, l’absence de lutte contre le chômage, l’accentuation de la précarisation et la flexibilisation du travail, se déroulent dans tous les pays capitalistes avancés, quelles que soient leurs structures familiales et religieuses.... Il écrit en effet que « la crise de l’égalité est un phénomène mondial » et qu’il « reste à identifier (...) le facteur commun à toutes les sociétés avancées » (p. 111-112) ce qui ôte tout intérêt à ses considérations sur le rôle déterminant des facteurs « anthropologiques », du moins de la façon dont il nous les expose de façon dogmatique....

On remarquera au passage que Todd use et abuse du terme de « familles égalitaires ». Ce concept suscite et entretient la confusion puisqu’il ne fait référence ni à l’égalité hommes/femmes au sein des familles, ni évidemment à un quelconque égalitarisme social et politique pratiqué par les membres de ces familles, mais à l’égalité entre frères au niveau de l’héritage. Structures familiales « égalitaires » qui sont de surcroît tantôt foncièrement hostiles aux femmes, tantôt plutôt défavorables aux hommes, tantôt liées à des régions qui votent à gauche, tantôt à des régions qui votent à l’extrême droite, tantôt catholiques, protestantes ou musulmanes... Ce terme ambigu d’« égalitaires » matraqué dans tout son ouvrage, permet donc à Todd de glisser sans cesse de considérations démographiques et « anthropologiques » à des considérations politiques arbitraires sans aucun rapport avec les précédentes...

A propos du Parti socialiste, Todd qui pourtant avait appelé à voter Hollande en 2012 et voyait en lui un « nouveau Roosevelt » (on se demande ce qui a changé chez le président de la République depuis 2012... à part les illusions déçues de l’auteur), a opéré un énième tournant politique (3) puisqu’il voit désormais en Hollande un représentant du « catholicisme zombie ».

Todd ignore l’histoire de la SFIO (ancêtre du Parti socialiste né en 1969) car il nous explique que le grand changement idéologique et « anthropologique » de la social-démocratie française serait postérieur à l’année 1965 (cf. p. 55 et 57). Toute personne s’intéressant au mouvement ouvrier français (4) sait que les tendances « révolutionnaires » ont toujours été ultra-minoritaires au sein de la social-démocratie française, et ce bien avant 1914 (sinon on ne comprend rien du tout à l’importance du syndicalisme révolutionnaire (5) !). Si l’on veut absolument dater le changement de nature définitif de la social-démocratie française, son passage du côté de l’ordre bourgeois, ce ne sont pas les années 1960 qu’il faudrait prendre comme date symbolique mais 1914 quand les dirigeants socialistes français (comme d’ailleurs presque tous les dirigeants socialistes européens) choisirent de soutenir leur propre bourgeoisie durant la première guerre impérialiste mondiale, attitude qui ne fut pas vraiment une surprise pour ceux qui avaient suivi les débats autour de l’entrée du « socialiste » Millerand dans le gouvernement Waldeck Rousseau en... 1899.

Mais évidemment un social-chauvin (6) comme Todd ne peut accepter ce type d’analyse (répandue depuis un siècle dans le mouvement ouvrier européen !). En effet, elle n’a rien à voir avec les structures anthropologiques et familiales censées tout expliquer puisque cette position pro-impérialiste, pro-bourgeoise, pro-étatique et contre-révolutionnaire de la social-démocratie fut adoptée dans presque tous les pays d’Europe, quelles que soient encore une fois leurs structures familiales et religieuses pluriséculaires... et il y a déjà cent ans.

Non seulement Todd ignore l’histoire du PS mais aussi celle du PCF dont il fut membre dans les années 1967-1969. En effet il écrit, sans rire, que le PCF était « libéral dans ses mœurs (7) » : Todd n’a jamais entendu parler des positions du PCF hostiles à l’avortement, au féminisme, au mouvement des homosexuels ni entendu parler des coups de poing que son SO (pour être précis celui de la CGT mais dans ces années-là c’était la même chose) distribua généreusement contre les militantes du MLF le 1er mai 1976 et celles et ceux du FHAR, le 1er mai 1971....

Pour couronner le tout, Todd affirme que « la notion d’inégalité absolue d’hommes prisonniers de leur race, conçue par le nazisme, est inconcevable par les libéraux anglo-américains » dans une tentative dérisoire pour opposer les structures familiales allemandes et anglo-saxonnes. On aimerait bien qu’il nous explique comment non seulement l’esclavage a pu perdurer aussi longtemps aux Etats-Unis mais surtout comment la ségrégation raciale continue à sévir dans la société américaine, pourquoi l’appartenance raciale figure sur les passeports et les documents administratifs aux Etats-Unis, les formulaires d’inscription scolaires, les demandes d’emploi, etc.

Dans la rubrique des absurdités historiques, il faut signaler aussi cette référence à « la Russie de Poutine sœur en égalité capable comme elle [la France] de soutenir la vision d’un monde de nations égales ». Les ex-chefs de l’Armée rouge et ceux de l’armée russe actuelle ont dû se frotter les mains devant un tel éloge de leurs capacités à respecter l’intégrité des nations environnantes.

Bref, tout comme Taguieff, Todd écarte toutes les données historiques qui nuisent à sa « thèse » et fait l’impasse sur l’histoire du mouvement ouvrier français et européen, et même sur l’histoire tout court. Mais cela ne nous étonne pas, car c’est le cas de l’immense majorité des intellectuels et universitaires « de gauche » (8)....

* Un seul bon conseil en conclusion : « Il ne faut pas trop me prendre au sérieux »

Pour ce qui concerne ce que Todd appelle « l’islamophobie » et que je préfère nommer le « racisme antimusulmans (9) », il brouille aussi les cartes puisque l’on apprend que le PS et le FN seraient les vecteurs de « l’islamophobie » bien que leurs électeurs soient issus de structures familiales différentes « inégalitaires » et « égalitaires »... Todd affirme que « l’islamophobie » serait à la fois un produit spécifique des classes moyennes « catholiques zombies inégalitaires » et des classes populaires issues de familles « égalitaires » qui votent de plus en plus FN. Il prétend que les électeurs de l’UMP et du FN proviendraient du même terreau. Il pense que le Front de gauche pourrait, en défendant une autre politique, capter les voix des électeurs dits « musulmans » (issus de familles « égalitaires »), puis il nous explique que les « musulmans » n’existent pas, et enfin que l’antisémitisme croîtrait dans les populations « musulmanes » en France mais aussi dans les classes moyennes supérieures, issues pourtant les premiers de structures familiales égalitaires et les secondes de structures familiales inégalitaires.

Bref, Todd, au gré de ses coups de gueule, de ses emportements atrabilaires et de ses passions dénonce presque toutes les forces politiques (sauf le MODEM...) et quelques personnalités médiatiques (10), pour finalement arriver à des propositions gaullistes classiques (la xénophobie (11) en moins, ce qu’ « oublie » Emmanuel Todd) et humanistes sympathiques qui n’ont absolument rien à voir avec le ton violent de son livre et ne nécessitent aucune étude anthropologique préalable, aucune carte, et aucun déluge de statistiques.

Après avoir dénoncé non seulement Charlie Hebdo (dont l’assassinat de l’équipe serait en quelque sorte justifié par sa position « laïciste » et « islamophobe » (12) ) mais aussi tous ceux qui sont descendus dans la rue le 11 janvier 2015 (curieusement il oublie d’évoquer les manifestations spontanées massives du 7 janvier) tout en expliquant que ces millions de personnes ne savaient vraiment pas ce qu’elles faisaient mais en même temps étaient islamophobes, racistes et potentiellement antisémites ; après avoir dénoncé pêle-mêle l’euro, le néo-libéralisme, la domination de l’Allemagne sur l’Europe, le conservatisme des mœurs aux Etats-Unis, le poids politique des retraités, etc., Todd arrive finalement à une conclusion tout à fait acceptable pour n’importe quel politicien bourgeois (à part son obsession pour la sortie de l’euro présentée comme une solution miracle alors qu’il admet lui-même que la crise économique internationale du capitalisme frappe tout autant la Grande-Bretagne – et la Russie aurait-il pu ajouter – que les pays de la zone euro) :

- il faut revenir à une Europe des nations, fondée sur des monnaies nationales ;

- il ne faut être ni raciste antimusulmans ni antisémite ; il faut interdire le port du hijab dans les écoles mais ne pas stigmatiser les « musulmans » ;

- il faut que la tendance française aux mariages mixtes (dans tous les sens du terme) continue à s’accroître ;

- l’échec de l’intégration est toujours celui de la société d’accueil et non la responsabilité des immigrés ;

- la présence de personnes de culture musulmane peut être une chance pour la France et permettre que ce pays reste ouvert à toutes les cultures et les religions ;

- il faut ne pas trop donner de pouvoir aux religions car quand même le rationalisme a du bon pour la paix civile, mais en même temps il faut sortir de la « phobie du religieux » ( ?) car l’athéisme « n’aboutit qu’à définir un monde dépourvu de sens et une espèce humaine sans projet » et qu’il est « générateur d’angoisse » ;

- et enfin il ne faut pas trop se prendre au sérieux...

Ce conseil est finalement le seul conseil utile que Todd donne à ses lectrices et lecteurs et en parcourant cette conclusion digne du programme du MODEM on se dit « Tous ces efforts statistiques, toutes ces cartes électorales, tous ces raisonnements “anthropologiques” pour aboutir à des conclusions politiques gaullo-humanistes aussi banales » !

Y.C., Ni patrie ni frontières, 18/05/2015

NOTES

1. Cf. « La triste farce de la victoire du non » (juin 2005, http://mondialisme.org/spip.php?article503)

2. Les références à « l’anthropologie » sont très à la mode dans les milieux gauchistes ou libertaires. Elle remplacent, comme argument d’autorité et surtout comme pose commode dans des polémiques superficielles, le marxisme « scientifique » néostalinien ou léniniste dans sa tentative de tout expliquer, ou bien, du côté libertaire, les références à des penseurs anarchistes-mâles-« blancs »-européens, comme Proudhon, Bakounine et Kropotkine.

Leur avantage ? Elles ont un côté branché, non dogmatique, très utile dans les cercles gauchistes ou libertaires qui veulent rejeter le « marxisme » (ou l’anarchisme originel, surtout ses tendances communistes libertaires) mais n’ont pas les capacités théoriques de s’attaquer vraiment à cette tâche difficile. A ce propos, on pourra lire « Soulèvements arabes : il est temps de dire Bye, bye Castoriadis » (http://www.mondialisme.org/spip.php?article1640), texte qui épingle certaines prétendues considérations « anthropologiques » sur les « Arabes » et les « musulmans ».

Ces réserves faites, bien sûr, les facteurs anthropologiques, tout comme les facteurs psychologiques, ont toute leur place dans une explication exhaustive des diverses formations sociales capitalistes, à condition de ne pas les transformer en un déterminisme « à la Todd ».

3. Emmanuel Todd, comme Michel Onfray, est une girouette politique qui n’arrête pas de changer d’avis et d’amis politiques (le PCF, Villepin, Debout la République, le Modem, Mélenchon, Hollande... qui sera le suivant ?) : sa seule cohérence est son social-patriotisme anti-américain et anti-allemand, dans la bonne tradition gaulliste chère à la droite, au PCF et au Monde diplomatique.

4. On pourra lire à ce sujet les textes de Rosa Luxembourg sur le mouvement ouvrier français écrits avant et pendant la première guerre mondiale, soit les tomes 2 et 3 des Oeuvres complètes publiés aux éditions Smolny (http://www.collectif-smolny.org/rubrique.php3?id_rubrique=64. ). Visiblement Todd ne les a pas lus, ou, plus vraisemblablement, il est allergique à toute critique révolutionnaire de la social-démocratie !

5. Cf. « Socialisme et syndicalisme en France (1876-1914) », six articles du Parti communiste international publiés dans la revue Programme communiste en 1963, 1964 et 1982 et reproduits dans le n° 30/31/32 « Travailleurs contre bureaucrates » de la revue Ni patrie ni frontières (http://www.mondialisme.org/spip.php?article1560)

6. Cf. « Sociaux-patriotes d’hier et d’aujourd’hui : permanence et récurrence des idées réactionnaires » (http://www.mondialisme.org/spip.php?article1835)

7. Une petite anecdote personnelle à ce sujet : pendant plusieurs années j’ai diffusé des tracts aux portes de l’île Seguin et j’étais chaque semaine accueilli par un « Alors pédé, tu viens faire ton stage de révolutionnaire » du secrétaire de la CGT Renault, par ailleurs membre du PCF jusqu’à nos jours. A la suite de quoi la direction appelait les flics et je passais ma matinée au commissariat de Boulogne-Billancourt pour un contrôle d’identité... Un vrai « libéral dans ses mœurs » ce bureaucrate syndical, sans doute ?

8. Cf. « Les Mystères de la gauche (1) : de la manipulation historique chez Jean-Claude Michéa » (http://www.mondialisme.org/spip.php?article2262).

9. Cf. « De l’usage réactionnaire de la notion d’« islamophobie » par certains sociologues de gauche et... Amnesty International » (http://www.mondialisme.org/spip.php?article2293)

10. Tout en expliquant que l’anthropologie s’applique à des groupes et non à des individus, Todd se sert de données familiales personnelles pour déboulonner avec humour Valls, Hollande, Zemmour et Finkielkraut. Un tel procédé peut passer dans un pamphlet mais n’est pas vraiment très rigoureux pour un « scientifique » qui veut nous convaincre de la validité du déterminisme anthropologique et de sa neutralité scientifique....

11. Pour un florilège de citations racistes du général de Gaulle qu’ignore visiblement Todd, on lira « Le temps des bouffons gaulo-gauchistes » (2008, http://www.mondialisme.org/spip.php?article1218)

12. C’est ainsi que Todd se livre à une comparaison douteuse entre les assassinats commis par Mohamed Merah à Toulouse et ceux perpétrés par les frères Kouachi en ces termes : « il est clair qu’assassiner des enfants, des hommes, simplement parce qu’ils sont juifs, est plus ignoble encore que de massacrer une rédaction engagée dans un combat ». Curieuse gradation dans l’ignoble...

Pour notre position sur « Charlie Hebdo » on pourra lire ces deux articles écrits en 2012 : « Charlie Hebdo, les “ musulmans ” et la liberté d’expression : faux débats et vraies questions » (http://www.mondialisme.org/spip.php?article1884) et en 2015 : « D’une authentique émotion de masse à la manipulation politico-médiatique » (http://www.mondialisme.org/spip.php?article2287) ; et ce texte de Barry Finger « Charlie Hebdo vu à travers le prisme déformant d’un certain anti-impérialisme (http://www.mondialisme.org/spip.php?article2301) écrit en 2015.