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Les avatars des autres circuits de marchandises spécifiques

dimanche 22 mars 2015

Avertissement

Les transports dans l’expansion mondiale du capital
Les transports dans la restructuration du capitalisme
Transports. Questions de définition
Le conteneur, élément central du problème des transports à l’époque moderne
Essor et conjugaison des moyens de transport : quelques exemples
Une « nouvelle » ancienne industrie : la logistique
7. Les avatars des autres circuits de marchandises spécifiques
Les conséquences de la révolution du conteneur
Conséquences sur la structure du capitalisme
Les conséquences sur l’organisation du travail
Fragilité et vulnérabilité du système de transport
Fukushima, un test pour la chaîne globale d’approvisionnement
Transports. La transformation des conditions de travail. La dialectique capital-travail
Les luttes et leur impact sur le procès de production
Les transports et la crise économique.

Si le conteneur a révolutionné le transport, permettant d’emprunter alternativement des moyens routiers, maritimes, fluviaux ou ferroviaires depuis le lieu de production de la marchandise jusqu’au lieu de sa consommation, d’autres moyens de manutention, donc de transport n’en ont pas moins joué un rôle non négligeable. L’automatisation complète permise par le marquage codé et la puce électronique a parfait la révolution du conteneur, accroissant la fiabilité du transport et réduisant sa durée ; et l’automatisation de la palette et du chariot élévateur, dont l’apparition a facilité le déplacement de volumes réduits de marchandises (pièces détachées ou produit fini), automatisation liée elle aussi au marquage des produits, a entraîné également une quasi-élimination de l’intervention humaine. Les entrepôts peuvent être approvisionnés et livrer leurs articles (des pièces détachées de produits quelconques jusqu’au livre par exemple) d’une manière totalement automatisée.

Un type d’entrepôt qui était réservé à la vente par correspondance (utilisant la poste ou le téléphone pour la commande et la poste et la route pour les livraisons) s’est répandu avec l’utilisation d’Internet (e-commerce) qui, complétée par l’utilisation des cartes bancaires, fait que l’acquéreur n’a, à aucun moment, de contact réel avec le vendeur, le circuit de la marchandise étant complété par celui de l’argent.

On est loin du papier et des pièces de monnaie qui matérialisaient l’extraction de la valeur de la marchandise et qui étaient tributaires d’un mode ou un autre de transport et de manipulations pour sortir des banques et y retourner. Ce circuit de l’argent n’a certes pas entièrement disparu, mais il s’est considérablement amenuisé. Même le chèque qui avait déjà réduit le champ des espèces, et qui était encore tributaire de distribution et de collecte, a vu son utilisation se restreindre.

Le moyen de transport dominant de l’argent est l’électronique, qui commande les distributeurs automatiques des établissements financiers mais aussi Internet où l’on peut effectuer des opérations bancaires. Le paiement des salaires, le versement des pensions ou allocations diverses, les règlements commerciaux, et la plupart des paiements des consommateurs, s’effectuent par des virements de compte à compte sans aucune intervention autre que ces routes ­informatiques.

Il n’est pas jusqu’au summum de la finance qui ne soit tributaire de l’informatique : la Bourse, où Internet a révolutionné la pratique spéculative qui se faisait à la criée. Elle ne l’a pas totalement éliminée dans certains secteurs spécifique mais l’essentiel des transactions financières se passent en temps réel, à la fraction de seconde près, dans le silence des salles d’ordinateurs où officient les traders.

Nous verrons plus loin que ces circuits de la marchandise et de l’argent basés sur la communication informatique, pour être immatériels ne sont à l’abri, ni de phénomènes naturels (par exemple la rupture d’un câble sous-marin qui, en 2000, avait affecté les télécommunications entre l’Asie, l’Australie et l’Europe pourrait avoir été provoquée par un séisme au fond des océans (voir note 53) ; sans parler de Fukushima (voir p. 53), ni des formes les plus diverses de piratage de la marchandise là où elle a sa matérialité, du vol pur et simple des cartes bancaires ou leur détournement pas des moyens plus sophistiqués, à l’intrusion dans les circuits bancaires pour extraire le plus possible d’espèces (vidage des comptes par les distributeurs de billets, transferts illicites de compte à compte ou encore, forme moderne de l’attaque de la diligence ou du payeur des allocations, attaque des distributeurs ou des fourgons blindés qui transportent des fonds.

On parle de piratage, comme dans les transports maritimes, pour l’attaque d’une forme bien spécifique de stocks de marchandises : les marchandises immatérielles (musique, films, livres, etc.), qui sont stockées sur les serveurs ou les flux d’Internet et peuvent être transférées sur un autre support ; et il apparaît que tous les efforts pour tenter d’endiguer l’expansion de ce piratage soient relativement vains. Et on parle d’espionnage concernant les stocks d’informations plus ou moins secrètes des entreprises et des Etats ; des affaires célèbres ont fait circuler des stocks d’informations diverses qui étaient supposées rester dans le secret des armoires officielles. On pourrait dire que les attaques sur les réseaux de transport immatériels sont plus faciles, moins risquées pour les pirates ou espions, mais plus dangereuses pour les utilisateurs que les attentats contre les moyens de transports matériels de marchandises.

Le développement récent exponentiel de l’informatique et de tous les gadgets de la communication concentrant en un seul appareil miniaturisé et portable téléphone, télévision, Internet, photographie et permettant de récupérer et de stocker texte, image et son a une contrepartie : la connaissance par ceux qui ont le contrôle des médias, c’est-à-dire les agents divers du capital, de nombre de détails de la vie de l’utilisateur, puisque tout ce qui passe par un « téléphone » multifonctions est enregistré, que ce soit au travail, chez lui ou ailleurs – conversations, déplacements, écoute de tout ce qui est diffusé par Internet, achats... Le recueil de toutes ces données permet dans l’immédiat d’orienter les publicités qui lui sont adressées, et autrement de procéder à tout contrôle imaginable. Ce contrôle est encore renforcé par d’autres moyens collectifs tels que la vidéosurveillance, les titres de transports informatisés comme le « Pass Navigo » de la région parisienne, etc.

L’utilisation de la puce électronique remplace les codes barres, la lecture optique et les mouchards magnétiques (du conteneur à n’importe quelle marchandise), assure le suivi des marchandises et s’introduit même dans une chose aussi intime que le frigo personnel. Elle permet toutes formes d’espionnage, au point que des « cabinets de sécurité » se chargent de « dépoussiérer » les locaux commerciaux ou politiques où se tiennent des entretiens secrets sur toutes sortes d’activités.

Espionnage et piratage sont les deux mamelles des activités de tout ce réseau dense de télécommunication par câble, fils, ondes, antennes, satellites. Chacun, avec une connaissance technique pas nécessairement très experte (des enfants de douze ans doués ont pu le faire) et le matériel adéquat, peut ainsi pénétrer dans les réseaux les mieux protégés, y cueillir des informations ou de l’argent, ou les détruire parfois en différé, ou encore les rendre inopérants pour un temps plus ou moins long.