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Camarades, votre LOI DU TALION* ne sera jamais la mienne !

lundi 19 janvier 2015, par Yves

* Un vaste psychodrame national est organisé aujourd’hui, 19 janvier 2015, dans le cadre d’une "journée spéciale" consacrée par « France culture » aux « enfants perdus de la République ». Titre pour le moins malheureux (espérons que le contenu des émissions sera plus intelligent) d’abord parce qu’il fait allusion à un livre douteux qui s’appelait « Les Territoires perdus de la République » paru en 2002 et qui fleurait bon la xénophobie, au nom bien sûr de la défense de la laïcité, des valeurs républicaines et de la lutte contre le racisme, le sexisme et l’antisémitisme. Titre malheureux ensuite parce qu’il suggère que ce serait surtout les « enfants » qui tiendraient des discours politiquement dangereux (et parmi eux, comme par hasard, les enfants « musulmans »). Il est évident que certains enfants ont pu avoir des attitudes ou tenir des propos scandaleux mais il ne faudrait quand même pas oublier leur âge et leur irresponsabilité ! Titre malheureux enfin parce qu’il oublie les responsabilités des adultes d’extrême droite, à commencer par les dirigeants du Front national, qui, eux, ne sont pas poursuivis pour « apologie du terrorisme » par la justice française même s’ils distillent la haine, l’antisémitisme, le racisme, la paranoïa antimusulmane et les théories du complot.

L’article qui suit, s’en prendra donc surtout aux adultes, mais pas aux adultes « musulmans » (de culture ou de religion) qui sont déjà suffisamment l’objet de critiques dans les médias officiels.... Il se contentera d’évoquer certains discours « super radicaux » et d’exprimer perplexité et consternation devant certains arguments qui circulent dans nos rangs.

Suite à l’exécution de 17 personnes [dont 3 policiers, d’origine italienne, martiniquaise et algérienne (1)] les 7, 8 et 9 janvier 2015, on a pu voir fleurir sur des listes de discussion radicales, sur Facebook et sur Internet un certain nombre de critiques plus ou moins élaborées de la notion de « respect de la vie humaine » accompagnées de critiques de la démocratie bourgeoise, les deux étant allégrement mêlées dans la plus grande confusion...

Comme si toute critique de la démocratie bourgeoise devait automatiquement nous amener, nous militants partisans d’une révolution sociale et de l’abolition du capitalisme, à nous montrer indifférents face à la mort des flics ou des soldats payés pour défendre le régime social, politique et juridique auquel nous sommes tous soumis, même si nous le combattons.

Face à l’hystérie antimusulmane de la droite et de l’extrême droite, face aux grossières manipulations des émotions populaires par le gouvernement français depuis le 11 janvier 2015, il est important de rappeler un principe élémentaire, celui du respect de la vie humaine, la vie de tous, flics et militaires compris (2).

Bien sûr, ce respect n’est pas inconditionnel et nous place dans des postures contradictoires qu’il nous faut assumer ouvertement.

Nous pouvons être à la fois hostiles à la peine de mort et favorables à l’autodéfense armée dans certaines circonstances. Nous pouvons nous opposer à la violence d’Etat et défendre ou prôner la violence révolutionnaire dans certaines conditions.

Nous pouvons être hostiles à l’armée et la police actuelles, souhaiter dans une société idéale la disparition de ces forces de répression, et en même temps dénoncer toutes les exactions auxquelles les forces de l’ordre se livrent sur le territoire français ou ailleurs, et ne pas se réjouir stupidement chaque fois qu’un policier ou un militaire se fait flinguer.

Nous pouvons ne pas croire en la possibilité d’une police ou d’une armée démocratiques ou populaires, et lutter en même temps pour que leurs membres respectent les lois de l’Etat de droit et soient sanctionnés par la loi s’ils ne les respectent pas.

C’est d’ailleurs la démarche de tous ceux qui, par exemple, veulent traîner les généraux et dirigeants israéliens devant la Cour pénale internationale, ou de tous les comités locaux qui exigent le jugement des flics coupables de bavures meurtrières et généralement racistes dans les quartiers populaires.

La raison pour laquelle la mort d’un policier français ou d’un soldat américain, chinois ou russe ne nous est pas indifférente et a fortiori ne nous réjouit pas, est liée à un principe de base : le respect de la vie humaine. La vie d’un policier ou d’un soldat ne se réduit pas à sa fonction politique et sociale.

Ce principe de respect de la vie humaine conduisit les camarades du Parti communiste ouvrier d’Irak, torturés par les sbires de Saddam Hussein, à s’opposer à sa condamnation à mort en 2006. Le même principe qui incita ces camarades, quand ils menaient la guérilla dans le Kurdistan irakien, à ne pas tuer leurs prisonniers, et à leur donner le choix entre les rejoindre ou repartir les mains vides, quitte à ce qu’ils reprennent du service contre eux....

Certains camarades m’objecteront qu’il s’agit d’une « valeur chrétienne ». En cela, ils se trompent lourdement. Et ce genre de raisonnement est d’autant plus étonnant pour ceux qui ont une culture libertaire. En effet, dans le passé du moins, les anarchistes ont souvent cité en exemple les tribus indiennes d’Amérique du Nord qui, au lieu de condamner à mort un meurtrier, se contentaient de l’exiler de la communauté à laquelle il appartenait.

Le respect de la vie humaine, contrairement à ce que certains prétendent, n’est pas seulement un principe chrétien. Il existait bien avant l’apparition du christianisme, il existe dans de nombreuses philosophies pré-chrétiennes (à tonalité religieuse ou pas), et c’est un acquis précieux que nous devons préserver, même si, au XXIe siècle, ce principe est hypocritement invoqué par des Eglises, des partis ou des Etats qui pratiquent le « deux poids, deux mesures » tous les jours. En clair, qui considèrent que certaines vies humaines valent beaucoup moins que d’autres... Voire qui soutiennent certains massacres, certains génocides ou certaines guerres menées au nom de la « civilisation » ou de tel ou tel dieu.

Par contre, la loi du talion (implicite ou explicite) dont se réclament certains anarchistes, libertaires ou radicaux actuels est un principe réactionnaire biblique, même s’il était certainement pratiqué depuis des millénaires avant l’apparition de la religion juive.

En effet quand je lis sur Internet :

– « un bon flic est un flic mort » ;

– ou « quand je vois la façon dont des flics peuvent descendre des jeunes qu’ils pourchassent dans les quartiers, j’ai du mal à considérer leur part d’humanité » ;

– ou encore, dans un raisonnement plus sophistiqué : « Les mêmes citoyens qui repoussent avec dégoût le terrorisme, sous les traits de l’islamisme, ne le reconnaissent plus lorsqu’il prend la figure plus familière à leur yeux du républicanisme, la figure du terrorisme d’Etat. Ainsi, ils sont horrifiés par la vidéo qui, entre autres vidéos morbides, montre l’un des policiers, déjà blessé et neutralisé, achevé au sol par le commando des vengeurs du Prophète. Commando qui, jusqu’à la dégaine, ressemble à n’importe quel groupe de prétoriens de l’Etat, à qui est confié, paraît-il, la tâche de combattre les “ terroristes ”. Ils ont la mémoire courte quand ça les arrange, les citoyens. Pour prendre l’exemple le plus emblématique, à l’époque de la présidence Mitterrand, c’est bien le 11e Choc, commando chargé des basses besognes de la raison d’Etat, qui acheva les blessés indépendantistes, voire assassina les prisonniers indemnes et menottés, à Ouvéa en Nouvelle-Calédonie, en 1988, non ? Alors, assez de phrases compatissantes, à la façon des moralistes chrétiens, sur le caractère “ sacré ” de la vie humaine. Comme si l’Etat, ici laïque et républicain, n’était pas synonyme de coercition et de violence, à l’occasion implacable, contre ceux et celles qui n’acceptent pas le joug. Et si les actes des jihadistes me sont étrangers, ce n’est pas parce qu’ils sont étrangers au monde “ civilisé ” que des “ barbares ” venus d’ailleurs mettraient en péril, ou parce que toute violence contre ce monde est condamnable en principe. Mais parce qu’ils sont bien de ce monde, au contraire, de tels actes. » (André Dréan, introduction de janvier 2015 à une réédition d’un article sur « Etat, nation et religion » paru dans L’Oiseau Tempête) ;

– quand je lis de telles lignes, je ne peux que marquer mon désaccord total avec ces considérations.

Le principe de « respect de la vie humaine » n’est pas simplement un principe moral ou éthique, comme on voudra. C’est aussi un acquis des luttes sociales, des luttes du mouvement ouvrier classique dont l’objectif n’était pas de promouvoir un « racisme (exterminationniste) de classe » contrairement à ce prétendent les Stéphane Courtois et autres universitaires anticommunistes.

Bien sûr, il ne faut pas être naïf et croire que l’Etat puisse nous protéger en toutes circonstances, et que ce soit sa seule fonction. Néanmoins, les mêmes qui ne voient que la face terroriste de l’Etat ne manqueront pas d’appeler les flics si leur compagne est violée ou bien si leur ami, ou un de leurs parents, est assassiné. Peut-être ne porteront-ils pas plainte s’ils sont cambriolés ou dévalisés dans la rue. Et encore, je n’en suis pas si sûr – contrat d’assurance oblige. Mais il est évident qu’on ne peut à la fois faire appel aux flics dans les cas d’urgence meurtrière, de vol ou de viol, et se réjouir de leur mort ou prétendre être indifférents à leur assassinat, surtout dans les circonstances des 7, 8 et 9 janvier 2015.

Ces considérations « indifférentistes » face à la mort d’agents des forces de répression ou de représentants de la bourgeoisie me rappellent la théorie de « l’accident de travail » que j’avais moi-même stupidement soutenue dans les années 70.

A l’époque, face à la répression meurtrière qui se déchaînait contre les groupes d’extrême gauche favorables à la lutte armée, nous dénoncions l’hystérie des médias et leur apologie de la démocratie (ce que Claude Guillon appelle la « terrorisation démocratique »). Nous trouvions que l’assassinat d’Aldo Moro par les Brigades rouges ou l’enlèvement puis l’assassinat par la RAF de Hans-Martin Schleyer patron du CNPF allemand n’étaient que des « accidents de travail » (en clair, qu’ils l’avaient bien cherché et que leur mort était méritée, puisqu’ils géraient consciemment l’ordre capitaliste).

Il me semble que nous avions tort et qu’aujourd’hui ceux qui prônent l’indifférence face à la mort des trois policiers assassinés reproduisent les mêmes erreurs. Ils ne tiennent pas compte des réflexions de tous ceux et de toutes celles qui se sont dissociés de la lutte armée qu’ils menaient dans les années 70, sans dénoncer aucun camarade mais en effectuant un bilan critique de leurs erreurs.

Pour ceux que cela intéresse il existe un excellent documentaire (« Do you remember Revolution » de Lorendana Bianconi, 1997 https://www.youtube.com/watch?v=Y7SLVoFxFNo ) dans lequel témoignent quatre femmes ayant participé à la lutte armée en Italie à partir du milieu des années 70 et qui ont toutes passé de longues années en prison. Toutes, comme Anna-Laura Braghetti qui fut l’une des gardiennes d’Aldo Moro (cf. son livre « Le Prisonnier », édité chez Denoël), se souviennent du moment où elles ont compris que les « porcs », les « bourgeois », les « chefs flics » qu’elles avaient descendus ou « jambisés » étaient AUSSI des êtres humains.

Essayons de ne pas répéter les erreurs du passé et n’encourageons pas les jeunes générations révoltées par toutes les injustices à faire les mêmes conneries et à y laisser leur peau.

Y.C., Ni patrie ni frontières, 18/01/2015

Notes

* La loi du talion figure déjà dans la code d’Hammourabi, 18 siècles avant notre ère. Son principe est repris dans le Lévitique et le Coran (avec des exceptions notables). Nos super-radicaux n’ont donc rien inventé et s’inscrivent dans deux vieilles traditions religieuses à la fois... Triste performance !

« Si un homme frappe à mort un être humain, quel qu’il soit, il sera mis à mort. S’il frappe à mort un animal, il le remplacera — vie pour vie. Si un homme provoque une infirmité chez un compatriote, on lui fera ce qu’il a fait : fracture pour fracture, œil pour œil, dent pour dent ; on provoquera chez lui la même infirmité qu’il a provoquée chez l’autre. Qui frappe un animal doit rembourser ; qui frappe un homme est mis à mort. Vous aurez une seule législation : la même pour l’émigré et pour l’indigène. « Lévitique, 24,17-22

« C’est dans le talion que vous aurez la préservation de la vie, ô vous doués d’intelligence, ainsi atteindrez-vous la piété. » ( Sourate II, verset 179) « Âme pour âme, œil pour œil, nez pour nez, oreille pour oreille, dent pour dent, le talion pour les blessures » ( Sourate V, verset 45).

(1) On a vu parallèlement à ces prises de position « antiflics » dans des milieux ultradicaux, de nombreux anti-impérialistes, antisionistes, anarchistes ou gauchistes, renvoyer dos à dos, après quelques précautions d’usage hypocrites (« nous sommes horrifiés », etc.), les assassins et les victimes de « Charlie Hebdo ». Le summum de l’ignominie, parmi les individus médiatiques, a sans doute été atteint par Norman Finkelstein dont les posts traduits en français (http://normanfinkelstein.com/2015/01/14/norman-finkelstein-reagit-a-laffaire-charlie-hebdo-je-suisgaza/ ) mettent en parallèle la couverture de « Charlie Hebdo » ( « Le Coran, c’est de la merde, ça n’arrête pas les balles »), avec une autre couverture imaginée par un salopard, représentant Charb s’exclamant « Charlie, c’est de la merde, ça n’arrête pas les balles ».

A un niveau plus confidentiel mais tout aussi nocif, la liste a-infos a diffusé le texte d’un anarchiste (José Antonio Gutierrez D.) qui reprend exactement le même raisonnement ignoble. Quant à la Coordination des groupes anarchistes (à l’exception de la CGA de Toulouse), elle a diffusé un communiqué dans lequel elle proclame : « Nous n’oublions pas le rôle qu’a tenu Charlie Hebdo dans la diffusion des discours racistes, sexistes et islamophobes ces quinze dernières années. Mais rien ne justifie de tels crimes et nous sommes solidaires des familles et proches des victimes. » Donc, si l’on suit bien ce raisonnement fumeux et tortueux, après nous avoir expliqué qu’ils étaient contre « tous les fascismes », religieux, nationalistes, etc., contre les partisans du choc des civilisations, contre toute récupération politicienne, ces libertaires mettent les journalistes de « Charlie Hebdo » dans le même sac que les fascistes, rejoignant ainsi le camp de ceux qui expliquent « Quelque part, ils ne l’ont pas volé. »

Force m’est de constater que le mépris de la vie humaine, masqué par de grands discours, est finalement assez répandu dans la gauche altermondialiste (il suffit de lire pour cela les textes publiés par l’agence de presse latino-américaine ALAI, par exemple), à l’extrême gauche et parmi les groupes anarchistes.

Comme me le fait justement remarquer Nad Iam, une camarade :

« Un autre problème se pose : admettons un instant que les policiers ne méritent pas le moindre brin de compassion, parce qu’ils collaborent concrètement à l’oppression étatique contre les exploités. Dans ce cas, si c’est cela le déterminant, il faut être logiques.

Par exemple, nombre de précaires se suicident parce qu’ils ont été radiés du Pôle Emploi : dans ce processus, il y a bien l’action d’un salarié, action qui pour être bureaucratique, n’en est pas moins l’exécution d’un ordre injuste.

Allons plus loin : certains conseils de discipline de certains établissements, composés des professeurs, des représentants des parents d’élèves prennent des mesures d’exclusion des élèves qui sont souvent la première marche de la descente vers l’enfer qui conduira ensuite à la déscolarisation, à la prison et à être exposés aux violences policières plus que d’autres.

Allons encore plus loin dans la même logique : toute personne étant propriétaire ne cautionne-t-elle pas un modèle social qui, de fait, crée les SDF, et les expulsés ?

Ce serait faire insulte aux camarades radicalement anticapitalistes qui écrivent " Un bon flic est un flic mort", que d’imaginer qu’ils s’en tiennent aux apparences, et pensent qu’on peut tuer uniquement avec des balles et pas avec une décision inscrite sur un morceau de papier, qu’on peut opprimer uniquement avec une matraque et pas avec un stylo et un pouvoir qui, pour être immatériel, n’en est pas moins réel.

Si l’on s’en tient à la notion pour le coup très chrétienne de culpabilité individuelle, si l’on se réduit au rôle de moraliste, alors ce n’est pas seulement « Un bon flic est un flic mort », qu’il faut écrire mais « Des millions de gens méritent de mourir ». C’est un raisonnement, qui en d’autres temps, fut appliqué par nombre de dictateurs qui se paraient des atours de la révolution sociale. »

2. Il est symptomatique, à cet égard, qu’aucune des victimes n’est jugée vraiment digne de compassion par une feuille de chou et un site nazis que je ne citerai pas et qui répertorie soigneusement les origines, opinions et professions des victimes : parents « étrangers », appartenance à la franc-maçonnerie, origines juives, bobos gauchistes, on a droit aux critères complets de fichage des fascistes. Aucune victime ne trouve grâce à leur yeux sauf Frédéric Boisseau, dont ces nostalgiques du fascisme prétendent qu’il était un fervent électeur du Front national. Nous ignorons si c’est vrai, mais en tout cas les sites d’extrême droite, celui du FN en tête, ont immédiatement repris le refrain de la « victime oubliée », de ce « monsieur tout le monde », ce « simple citoyen », ce « Français de base » négligé par les médias-tous-pourris.

Curieusement, certains sites libertaires ont eux aussi vu en Frédéric Boisseau le seul « prolétaire » ignoré par la presse bourgeoise : « Et que dire de cet homme de ménage criblé de balles, froidement exécuté, qui n’avait rien demandé ? Qui s’en soucie ? Il n’avait probablement pas de compte twitter, il n’avait probablement pas ses entrées dans le spectacle moderne, il n’avait pas de nom, pas de visage, pas de copain pour le chialer à la TV. Il n’était pas Charlie. (...). C’est à lui que vont nos pensées ce soir. » ...

Et un autre site libertaire d’en rajouter une louche : « Frédéric Boisseau ne participait pas au comité de rédaction du mercredi de Charlie Hebdo. Frédéric Boisseau ne passera pas à la postérité pour les dessins ou articles qu’il aura produit. Frédéric Boisseau n’aura sûrement pas non plus l’hommage posthume réservé aux policiers tombés en service commandé. Frédéric Boisseau demeurera invisible comme le sont aujourd’hui l’ensemble des travailleurs qui œuvrent à la maintenance des bureaux, des immeubles, des rues de nos villes. Pourtant comme chacune des victimes, il avait sûrement une famille qui l’aimait, des amis qui goutaient sa présence, des collègues qui l’appréciaient. C’est vers eux que se tournent nos condoléances de ce triste jour. » Et un autre site anarchiste de mentionner « un agent d’entretien qui n’aura sans doute jamais l’hommage qu’il mérite ».

Par charité... athée, je ne citerai pas les auteurs de ces analyses rédigées à la hâte mais avouez qu’il est quand même amusant que des anarchistes dressent l’éloge mortuaire d’un grand pratiquant des arts martiaux (krav marga) grâce auxquels « il avait pu se défendre face à deux individus qui étaient venus piller son camion d’entretien. Il avait réussi à en mettre un en fuite, et à attraper l’autre pour le remettre aux forces de l’ordre » selon le journal local du 77 (http://www.larepublique77.fr/2015/01/08/charlie-hebdo-seine-et-marne-victime-attentat/). » Ce qui est sûr c’est que Frédéric Boisseau n’était certainement pas un ennemi de la police, comme ces thuriféraires anarchistes...

3. Cf. la critique de cette position « Attentats et "accidents de travail" : une "théorie" confuse et dangereuse », http://www.mondialisme.org/spip.php?article194.

On trouvera dans la revue Ni patrie ni frontières, notamment dans la Compil’ n° 4, d’autres éléments de réflexion :

– « Terrorisme : définitions et débat » http://mondialisme.org/spip.php?article1206 avec notamment l’article de Gerry Byrne sur la question du « moralisme » http://mondialisme.org/spip.php?article2227 ;

– « A propos de “Les terroristes disent toujours ce qu’ils vont faire” » http://www.mondialisme.org/spip.php?article1525 ;

– « Temps critiques ou « le communisme-tout-de-suite » ? http://www.mondialisme.org/spip.php?article1488 ;

– un texte plus général de Temps critiques « Le communisme une médiation » http://www.mondialisme.org/spip.php?article1515 ;

– et la « Préface à la seconde édition de Individu, révolte et terrorisme de Jacques Wajnsztejn » http://www.mondialisme.org/spip.php?article1487).