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Quel sort pour les travailleurs ukrainiens ?

samedi 6 décembre 2014

Ce texte est paru dans Echanges n° 148 (été 2014).

Avant d’examiner la situation présente des travailleurs ukrainiens, on peut rappeler ce qu’el­le était avant la crise politique, crise qui résultait pour une part de la pression d’une situation économique héritée de l’URSS, et dont la réforme s’imposait dans le contexte économique mondial. Cette réforme nécessitait de passer sur le corps des travailleurs ukrainiens, principalement des ouvriers de la zone industrielle de l’Est de l’Ukraine. D’une certaine façon la guerre, alimentée par ces perspectives de chute drastique des conditions de travail et de vie, permet d’étouffer toute résistance éventuelle de la part des travailleurs.

La production de la zone est de l’Ukraine représentait avant le conflit politique ouvert, 50% de la production de charbon, 45% de la métallurgie, 30% de l’électricité, 20% de l’ingénierie. Le débouché principal de cette production était la Russie qui absorbait la moitié des exportations ukrainiennes, assurant la maintenance et la réparation des missiles de la force de frappe russe, construisant pour l’aviation russe des moteurs d’hélicoptère et d’avion ainsi que des turbines, et une foule de composants divers pour l’industrie mécanique russe. Mais une bonne part de cette industrie ukrainienne dépendait des fournitures russes de gaz, de pétrole et même de charbon à coke en raison de la mauvaise qualité du charbon ukrainien.

La situation économique de la zone en juin 2014

Voici ce qu’une analyse de l’AFP révèle :

« Les principales entreprises fermées depuis un mois, la production de charbon en baisse de 10%, les transports perturbés : l’avenir économique paraît sombre pour les territoires séparatistes de l’est de l’Ukraine.

 » “Les conséquences du conflit sont catastrophiques pour l’économie locale : nous prévoyons déjà une baisse globale de 30% de la production sur un an”, estime le professeur Youri Makogon, de la faculté d’économie de l’université de Donetsk.

 » Les deux plus grandes entreprises locales, Styrol et Severodonetsk Azot – leaders de l’industrie chimique en Ukraine– ont arrêté leur production début mai, en raison des combats entre rebelles prorusses et forces ukrainiennes.

 » Plusieurs mines de charbon ont elles aussi été contraintes d’arrêter leur activité, provoquant ces dernières semaines une baisse de 10% de la production. “Cela fait chaque jour entre 7000 et 10000tonnes de charbon en moins”, a déclaré le vice-ministre ukrainien de l’Industrie houillère Youri Zioukov.

 »“A Donetsk, beaucoup d’entreprises ferment leurs portes et mettent leur personnel en congé non payé”, a indiqué de son côté mardi [3 juin 2014] l’adjoint au maire de cette ville d’un million d’habitants, Guennadi Tkatchenko.

 » Le secteur des transports est lui aussi bousculé : l’aéroport international de Donetsk est fermé après une tentative des prorusses de s’en emparer et une contre-attaque meurtrière fin mai des forces ukrainiennes qui contrôlent désormais les lieux.

 » Le trafic ferroviaire a été perturbé après des explosions sur les voies ferrées. Et sur la plupart des routes de la région, des barrages ont été érigés par des rebelles armés et par les forces ukrainiennes, rendant parfois dangereux le transport de marchandises.

 » Les statistiques officielles ukrainiennes indiquent que la région de Donetsk reçoit trois fois plus d’argent qu’elle n’en verse à l’Etat. La région de Louhansk reçoit deux fois plus que ce qu’elle verse à Kiev.

 » Le multimilliardaire Rinat Akhmetov, dont l’empire économique dans l’est de l’Ukraine emploie quelque 100000personnes, a pris position contre les séparatistes. Le chef du “parlement” des prorusses, Denis Pouchiline, a menacé de saisir ses entreprises et de les nationaliser.

 » Mais le “Premier ministre” de la “République de Donetsk”, Alexandre Borodaï, a rejeté ces menaces : “Il n’est pas question de nationaliser des entreprises”, a-t-il déclaré mardi en exprimant l’espoir que M. Akhmetov, premier employeur de la région, change d’attitude envers les prorusses.

 » “Les régions de l’Est ne peuvent pas vivre sur leurs seules ressources, sans l’aide de Kiev. Très peu de mines sont rentables. La métallurgie travaille à perte depuis 2009, en raison de la crise. L’Etat soutient ces secteurs pour des raisons sociales”, affirme à Donetsk un expert économique qui ne veut pas être identifié. »

L’Ukraine et l’Union européenne viennent de signer un accord d’association économique qui doit être ratifié ce mois de septembre 2014 pour prendre effet en octobre. Cet accord prévoit la formation d’une zone économique entre l’Ukraine et l’Union européenne (Deep and Comprehensive Free Trade Area – DCFTA) qui implique la réduction puis l’élimination de toute subvention à l’industrie, l’élimination du contrôle de prix et des mesures pour renforcer la protection de la propriété intellectuelle. Dans de telles conditions, l’économie ukrainienne sera dans l’impossibilité de soutenir la concurrence des produits européens et les entreprises seront ou acculées à la faillite ou rachetées. Pour que l’Ukraine ne sombre pas dans la faillite, les injections de capitaux seront nécessaires, pas seulement dans l’immédiat (40milliards d’euros) mais (et d’autant) dans les années suivantes. Ces prêts de différents organismes financiers internationaux requièrent des dérégulations. Les premières sont déjà à l’œuvre dans les dépenses domestiques, le prix du gaz a augmenté de 56% depuis mai ; le prix de l’électricité a augmenté entre 10% et 40% depuis le 1erjuin, l’eau chaude de 74% et la sanitation de 105%, le chauffage de 40% en moyenne. Une mission du FMI est arrivée à Kiev le 24 juin pour vérifier que les engagements attachés aux prêts sont bien respectés ; un comité indépendant (CIC) évalue que les pertes pour l’Ukraine (pour les habitants) seront de 12 milliards par an (80milliards d’ici 2018) à cause de l’impact de ces mesures entraînant la chute du commerce tant avec la Russie qu’avec l’Europe. Les répercussions se feront sentir dans les pays proches, pas seulement sur l’économie russe. Si le changement d’orientation économique de l’Ukraine se confirme par l’adoption de l’accord d’association, les exportations vers la Russie de produits finis vont chuter considérablement alors que les exportations vers l’Union européenne, qui vont s’intensifier, consisteront essentiellement en produits agricoles, minerais, métaux bruts et bois. On assistera à une désindustrialisation de l’Ukraine avec toutes ses conséquences pour les ouvriers de la zone industrielle est.

Pour le moment, on voit mal comment, dans le chaos économique du pays et la guerre civile indécise dans tout l’Est ukrainien, ce que peuvent faire les travailleurs contre la dégradation de leurs conditions de travail, de vie, contre leur élimination du secteur productif où ils étaient exploités. Plus que jamais, la guerre est une défaite ouvrière.

Quel sort pour les travailleurs ukrainiens ? Un début de réponse

L’article ci-après est paru en polonais sur le site du syndicat libre « Août 80 », (http://www.wzz. org.pl/posty/donbas) implanté en particulier dans les mines de Silésie. Il est basé sur les informations et opinions émanant des responsables des syndicats des mineurs du Donbass.

« Nationaliser » une entreprise d’Etat… ?

- Peut-on nationaliser une entreprise d’Etat ? Non, car c’est un non-sens. Mais pas pour les gens de Poutine. Dans le Donbass (1), les séparatistes russes ont montré qu’ils peuvent le faire : ils ont « nationalisé » l’entreprise d’Etat DP Donbassanthracite. Son siège se trouve à Krasnyï Loutch, dans la région (oblast) de Louhansk (2). L’entreprise comprend sept mines et dix autres établissements. Elle emploie environ 15000 personnes, et sa masse salariale mensuelle (y compris les cotisations aux assurances sociales) s’élève à 85 millions de hryvnia (3).

Comment l’ont-ils fait ? « La République populaire de Louhansk nationalise l’industrie lourde » – c’est sous ce titre que le site des séparatistes russes Rousskaïa Viesna (Le Printemps russe) a publié ces informations sensationnelles.

On y explique en quoi consistait cette nationalisation : à savoir que le 15 mai 2014, trois membres de la « milice populaire » de cette « république » se sont présentés à une réunion concernant l’organisation de la production chez DP Donbassanthracite, et « ont déclaré triomphalement [sic !] aux personnes présentes qu’ils prenaient le contrôle de l’entreprise, et que dorénavant il y aurait un homme de la milice populaire qui ferait la garde dans chaque bureau. Ils ont assuré aussi qu’ils n’allaient pas entraver le travail des mines. »

http://rusvesna.su/news/1400165342

- Mykhaïlo Volynets, président du Syndicat indépendant des mineurs d’Ukraine (NPHU), également président de la Confédération ukrainienne des syndicats libres (KVPU), affirme que les choses se sont passées un peu différemment.
« On a vu arriver dix Cosaques russes avec des fusils automatiques ; ils avaient aussi des lance-grenades. Ils sont allés chez le directeur général, lui ont ordonné de quitter le bâtiment et ont déclaré qu’ils prenaient possession des bâtiments de l’entreprise d’Etat Donbassanthracite. Ces Cosaques de Russie – explique Volynets – proviennent de la partie du Donbass située du côté de Rostov (4), une région où on a fermé plus d’une centaine de mines, créant une zone d’alcoolisme, de drogue et de chômage, où la mortalité est deux fois plus élevée que le taux de natalité, et où les jeunes en âge de travailler ont dû partir vers l’Extrême-Orient. » (5)

http://112.ua/glavnye-novosti/zahvatchiki-gp-donbassantracit-vooruzheny-avtomatami-i-granatometami-volynec-62604.html

Arrêter les mines,
porter un coup à l’économie

- Les séparatistes, qui agissent sous les drapeaux de leurs « républiques populaires » par nationalisation de l’industrie comprennent ce qu’ils ont fait dans l’entreprise DP Donbassanthracite : ils ont tout simplement « proclamé » que la propriété de l’Etat ukrainien devenait la propriété de leur « Etat » fantaisiste, et ont placé devant le portail et dans quelques bureaux leurs « combattants » armés de kalachnikovs. Ils ne touchent évidemment pas à la propriété privée des oligarques.

L’entreprise DP Donbassanthracite reçoit de l’Etat ukrainien de très importantes subventions. La soi-disant « République populaire de Louhansk » n’a pas l’intention (ni aucune possibilité) d’en assumer la charge. Pourtant, sans ces aides publiques, Donbassanthracite s’arrêterait très vite de fonctionner. Alors, de quoi s’agit-il avec cette prétendue « nationalisation » ?

Volynets explique : « Les séparatistes essaient d’arrêter le travail des groupes industriels comme Donbassanthracite, de porter un coup à l’économie, et, lorsque les mines s’arrêteront, de faire sortir les mineurs dans la rue. C’est fait pour aggraver le chaos et provoquer des troubles dans l’Est du pays. »

http://www.kvpu.org.ua/uk/news/4/3184/gp-donbassantracit-prodolzhaet-rabota

- Les séparatistes – et l’impérialisme russe qui est derrière eux – veulent ainsi déstabiliser l’Ukraine, car cet impérialisme est en train d’en perdre le contrôle. Son calcul est qu’en déstabilisant le pays, il jettera le peuple ukrainien à genoux, et créera les conditions pour rétablir sa domination.

Les mineurs patrouillent
à Donetsk

La situation de l’industrie houillère dans l’Est de l’Ukraine est difficile, expliquait Mykhaïlo Volynets le 16 mai. Avant tout, « parce qu’elle est instable, ce qui perturbe le rythme de travail de toute l’économie. Par exemple, il y a huit jours, un groupe d’extrémistes masqués a envahi les bureaux des mines d’Etat Artemougol, dans la ville de Horlivka (région de Donetsk) (6). Ils ont enlevé le directeur général, puis l’ont libéré – crâne fracturé et colonne vertébrale cassée – moyennant versement d’une rançon. Dimanche, un groupe de gens a arrêté un autocar d’entreprise qui transportait les travailleurs à la mine Stakhanov – déjà très dangereuse pour de multiples raisons –, et ont empêché les mineurs de se rendre au travail. Les assaillants exigeaient des mineurs que ceux-ci rebroussent chemin et aillent voter dans leur “référendum”.

 » Un incident similaire a eu lieu il y a quelques jours dans les environs de Torez (7), où les mineurs furent arrêtés et conduits par la force sur une place pour y exprimer leur soutien à l’AntiMaïdan. D’une manière générale, dernièrement, on incite souvent les mineurs à participer à des actions de protestation – soit en leur proposant de l’argent, soit en leur mentant, par exemple en promettant des hausses de salaires de 30%. Des inconnus arrivent dans la mine Kirov, obligent le personnel à interrompre le travail et tirent sous les pieds du directeur de la mine pour terroriser les gens. Ainsi, en créant une situation extraordinairement instable, ils démoralisent la maîtrise et les cadres. Les forces de l’ordre dans ces régions sont démoralisées aussi ; même si, à Donetsk, la police s’est jointe aux patrouilles des mineurs, membres du Syndicat indépendant des mineurs. 160 mineurs patrouillent la ville, et des groupes de dix personnes montent la garde dans l’immeuble de la police. Il convient d’ajouter que les mineurs ne sont pas armés, et de ce fait sont également exposés au danger. »

Volynets poursuit : « Les mines, c’est en soi une production dangereuse. Si l’on crée des conditions qui perturberaient le travail dans les mines – parce qu’on veut que les mines s’arrêtent –, alors avec le temps la reprise d’un fonctionnement normal ne sera plus possible. Des dizaines de milliers de personnes perdront leur travail, grâce aux actions menées par la Russie. Cette année, les mines doivent recevoir de l’Etat des aides financières d’un montant de 12,5 millions de hryvnia, et ce n’est pas encore le maximum. En général, à la fin de l’année, l’Etat procède à un examen du budget et augmente les financements pour l’industrie houillère. Les rémunérations des travailleurs se composent à 80 % des aides financières de l’Etat et à 20% de ce que génère le travail des mineurs. Il faut tenir compte du fait que la consommation du charbon a considérablement diminué aussi bien dans les centrales thermiques et électriques que dans la sidérurgie. Aucun investisseur ne placera de l’argent là où la situation est instable. Le moment n’est pas bon pour une réduction des investissements de l’Etat dans les charbonnages ; car si nos autorités se décidaient à le faire, alors elles pourraient se retrouver face à l’hostilité des mineurs. Il faut chercher d’autres moyens et possibilités de stabilisation économique et de sortie de la crise. Sinon, on pourrait même faire une sorte de “cadeau à Poutine” »

http://www.kvpu.org.ua/uk/news/7/3182/yak-ne-zrobiti-podarunka-putinu-na-donbasi

Chômage de masse

- Mykhaïlo Volynets montre que les séparatistes, en prônant le rattachement du Donbass à la Russie, ne tiennent pas du tout compte de la situation réelle de l’industrie houillère. Dans le Donbass, le charbon possède une haute teneur en soufre, et ne correspond pas aux standards mondiaux. L’ouverture du marché ukrainien provoquerait son inondation par le charbon russe, lequel est d’une meilleure qualité et beaucoup moins cher, car extrait dans des mines à ciel ouvert. Seules des subventions du budget permettent de maintenir à flot les mines d’Etat dans le Donbass. « Déjà en 2005, la Russie avait cessé d’allouer des ressources budgétaires pour soutenir son industrie houillère. C’est la raison pour laquelle dans la région de Rostov, dans la partie russe du Donbass, on a fermé plus d’une centaine de mines. Les gens qui sont restés sans travail ont tout simplement sombré dans l’alcoolisme. Ceux qui pouvaient, sont partis dans le Kouzbass ou à Vorkouta (8), créant ainsi des problèmes aux mineurs locaux – constate Volynets. Là-bas, ils n’attendent pas nos mineurs. »

http://www.kvpu.org.ua/uk/news/7/3176/shakhtari-pogrozhuyut-povstannyam,-yakshho-donbas-distanetsya-rosii

- « Tous les mois – poursuit Volynets – l’Ukraine dépense plus d’un milliard de hryvnia pour soutenir l’industrie houillère. Cela se justifie, car en échange de ces aides publiques, on obtient des prix très bas de l’énergie électrique, des prestations communales, de l’eau chaude, du chauffage, etc. Ainsi, en soutenant les mineurs, l’Etat soutient aujourd’hui la population de l’Ukraine. »

http://www.kvpu.org.ua/uk/news/6/3171/donecki-shakhtari-mozhut-vtratiti-robotu

- Les analystes mettent en garde contre le fait qu’en cas de « fédéralisation » ou une autre forme de sécession du Donbass, ce bassin perdra les subventions publiques, la moitié des mines sera fermée et environ 100000 mineurs perdront leur emploi.

http://hubs.com.ua/business/do-100-000-shahterov-mogut-ostatsya-bez-rabotyi.html

- Youri Makohon, un économiste de Donetsk, considère qu’en cas de sécession, non seulement l’industrie houillère, mais toute l’industrie du Donbass, serait menacée et pourrait devenir une zone d’économie souterraine. « Je n’ai nulle part entendu dire que la Russie voudrait se rattacher le Donbass ; ils en ont chez eux suffisamment, de ce genre de “donbass”, par exemple à Kemerovo (9) ou à Vorkouta. Si, à la suite de diverses manœuvres politiques, nous devenons une république non-reconnue, alors nous perdrons totalement les possibilités d’aller librement sur les marchés extérieurs. Or, 70% de toute la production de notre région dépend de l’export. »

http://www.segodnya.ua/regions/donetsk/shahtery-grozyat-vosstaniem-esli-donbass-dostanetsya-rossii-519808.html

Les mineurs
se soulèveront

- L’avis de Mikhaïlo Volynets est partagé par Yevhen Bondarenko, président de l’organisation régionale du Syndicat des travailleurs de l’industrie houillère d’Ukraine (PRUPU) à Donetsk, qui fait partie de la Fédération des syndicats d’Ukraine (FPU) : « La Russie n’a pas besoin de notre bassin minier ; mais dire que nous, avec notre charbon, nous sommes indispensables à l’Europe, n’a pas de sens non plus. Les mineurs se maintiennent uniquement parce que l’Etat exerce ses fonctions et paie les salaires. Si la paie n’était pas assurée, alors les mineurs se soulèveront avec une telle force que ça se verra. »

Volynets dit que le conflit dans l’Est de l’Ukraine a déclenché une vague de mécontentement chez les mineurs du Donbass. Jusqu’à présent, ils se tenaient à l’écart, mais maintenant ils disent qu’ils sont prêts à se soulever, si leurs salaires et leurs familles devaient pâtir à cause de cette crise. « Les mineurs se soulèveront dans un mois ou deux, lorsqu’ils ne seront plus payés. Ce sont des gens qui n’ont peur de rien. Aujourd’hui, on les a trompés et dressés contre le pouvoir central, mais demain ils s’en rendront compte. Pour le mineur, la valeur suprême c’est la famille, et la famille doit être nourrie avec quelque chose. »

http://www.kvpu.org.ua/uk/news/7/3176/shakhtari-pogrozhuyut-povstannyam,-yakshho-donbas-distanetsya-rosii

« Nous allons virer les séparatistes des villes minières »

« Le moment est venu – argumente Volynets – où les mineurs devront refouler de manière décidée les séparatistes. Toutes ces amourettes pro-russes font que de nombreuses mines sont déjà à l’arrêt, les gens travaillent à l’abattage au fond, mais le charbon n’est pas enlevé, et il y a le risque que les salaires ne soient pas payés. Si les mineurs ne reçoivent pas leur paie pendant un mois ou deux, et qu’ils ne pourront pas nourrir leurs familles, alors il y aura des révoltes de la faim, dirigées contre tous ceux qui se mettront en travers de leur chemin. Les mineurs sont des hommes très vaillants. Ils n’ont pas peur des balles, ni de ceux qui s’avanceront contre eux avec des armes automatiques. Le peuple les soutiendra. »

Les autorités ukrainiennes, dit Volynets, devraient trouver un moyen contre les séparatistes, qui sont peu nombreux dans les cités minières. « Combien sont-ils ces séparatistes ? Dans les petites villes – de 5 à 7 personnes. Alors, que notre honorable Etat daigne nous donner des armes, et nous allons nous défendre nous-mêmes. Nous allons rappeler à l’ordre tous ces types irresponsables, et nous allons les virer des villes minières. »

http://ukrlife.tv/video--dayte-shahteram-oruzhie-my-vygonim-separatistov-iz-goroda-volynets--1589

- Après que les séparatistes eurent occupé le bâtiment administratif de l’entreprise DP Donbassanthracite, et annoncé le renvoi de Semen Kerkez, son directeur général, Mykhaïlo Volynets a déclaré :

« C’est
inad­missible, car cela se passe dans une entreprise parmi les plus dangereuses. Cela peut avoir des conséquences tragiques, comme par exemple en Turquie. Là-bas, suite à l’accident dans la mine, hier, le nombre de morts a atteint presque 300 personnes. Tous les militants mineurs sont très inquiets de la tournure que prennent les événements. Vraisemblablement, les mineurs eux-mêmes devront défendre leurs emplois, parce que l’Etat le fait de façon inefficace. »

http://censor.net.ua/news/285456/terroristy_zahvatili_donbassantratsit_v_krasnom_luche_rabota_esche_10_shaht_paralizovana_volynets

Les mineurs en ont ras le bol
de supporter la pagaille et l’arbitraire

Ce que dit Volynets est pleinement partagé par son collègue syndicaliste, Mykola Volynko, président du Syndicat indépendant des mineurs du Donbass (NPHD). Le 15 mai, à la conférence de presse qui s’est tenue dans le Centre médiatique de crise ukrainien à Kiev, « il a appelé les autorités ukrainiennes à des actions plus décidées en défense du Donbass, à résoudre la crise et à réintégrer totalement cette région dans le cadre de l’Ukraine ».

Il disait, à propos des détachements séparatistes : « Ils affolent les gens en agitant l’épouvantail du Secteur de droite et des bandéristes, mais traitent aussitôt de provocateurs ceux qui demandent à juste titre comment nous allons vivre. Concernant notre organisation, nous allons tout le temps dans les mines, nous expliquons et nous alertons : si les mines s’arrêtent, tout sera foutu. Qui prendra en charge les aides d’Etat pour les mines ? Que deviendront les retraités et, avant tout, les mines elles-mêmes ? La Russie a suffisamment de ses propres mineurs au chômage. Dans la région de Rostov, sur 64 mines il y en a encore trois. Dans la région de Toula (10), il n’en reste que très peu aussi. A Novokouznetsk (11), lors d’une rencontre avec moi, les gens disaient ouvertement : nous avons suffisamment de nos propres chômeurs ; à quoi bon vos chômeurs ukrainiens ? Ça aboutira peut-être à une situation où nos salaires seront encore plus bas. »

Volynko critique le gouvernement ukrainien à cause de l’opération militaire contre les séparatistes, qui traîne déjà depuis un mois, et pourrait traîner encore plus. « Aujourd’hui, les mineurs en ont ras le bol de supporter la pagaille et l’arbitraire. Les gens veulent que la paix et la tranquillité reviennent plus vite. » Il considère que « le gouvernement ukrainien devrait engager des actions plus généralisées, globales, car on ne peut pas se limiter aux opérations militaires ».

Parmi les campagnes d’explications, il considère nécessaire de montrer aux populations des exemples de l’effondrement des divers territoires (comme par exemple l’Abkhazie) à la suite de l’ingérence russe. Du point de vue économique, il serait important d’élaborer des perspectives de développement de la région. Pour l’heure – vu les allègements consentis fin 2013 par le précédent gouvernement pour l’importation du charbon – il a appelé les membres de l’actuel gouvernement à trancher clairement quant à la manière de protéger les entreprises de production nationales. « Nous avons chez nous le charbon, l’énergie électrique et le métal. Mais comment devons-nous assurer la production ? Sous nos pieds il y a 13 trillions de mètres cubes de gaz de couche. Nous devons faire les efforts nécessaires pour pouvoir l’utiliser », conclut Volynko.

http://www.kvpu.org.ua/uk/news/6/3178/mikola-volinko:-federalizaciya-chi-ob%E2%80%99ehdnannya-z-rosiehyu-vb%E2%80%99eh-ukrainski-shakhti

Zbigniew Marcin Kowalewski

18 mai 2014.

L’auteur est rédacteur en chef adjoint de l’édition polonaise
du Monde diplomatique
Traduit du polonais par Stefan Bekier

Les notes et les intertitres
sont du traducteur