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Aux Pays-Bas, le 5 décembre, saint Nicolas défile avec des « serviteurs » (des esclaves) noirs !

lundi 1er décembre 2014

Soutenons les actions antiracistes de nos camarades néerlandais !

Faisons preuve d’imagination pour témoigner notre solidarité avec nos camarades néerlandais en butte à la repression policière et aux attaques des fascistes parce qu’ils refusent cette imagerie dégradante.

* Diffusons massivement cette vidéo en anglais qui montre la parade raciste de saint Nicolas dans la ville de Gouda le 15 novembre 2014 et les arrestations de 90 camarades qui avaient mis en place une action de protestation non violente https://www.youtube.com/watch?featu...

* Ecrivons à l’ambassade (par@minbuza.nl ) ou à l’ambassadeur, M. Ed Kronenburg, Ambassade des Pays-Bas, 7-9, rue Eblé 75007 Paris, pour manifester notre indignation contre cette parade et cette fête populaire racistes

* Fabriquons des T-shirts dénonçant cette mascarade qui inculque des stéréotypes racistes aux Néerlandais dès leur plus jeune âge, alors que des milliers de Blancs se griment en « Noirs » sous prétexte d’amuser les enfants

* Envoyons des messages au hashtag suivant (#StopZwartePiet) avec le slogan « Zwarte Piet c’est du racisme ! » ou « Non à Zwarte Piet ! »

* Envoyons des communiqués de presse aux journaux et aux médias

* Et informons les camarades néerlandais de nos initiatives : KOzwartepiet@gmail.com

Y.C., Ni patrie ni frontières, 30/11/2014

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Les deux articles suivants parus sur le site du groupe néerlandais Doorbraak en 2013 expliquent ce que sont les « Zwarte Piet » (Pierre le Noir), ces ridicules domestiques blancs grimés en Noirs, dans le style des « minstrels shows » ou des comédiens « blackface » nord-américains des années de l’esclavage et de la ségrégation. Censés être d’origine africaine, ces ex-« Pères Fouetard » sont désormais de grands benêts qui jouent le rôle des serviteurs de saint Nicolas (“Sinterklaas”). Celui-ci porte une tenue ecclésiastique, blanche et bordeaux, mitre sur la tête et crosse à la main, et défile sur un cheval dans les rues. Le Sinterklaas néerlandais est l’une des sources d’inspiration du Santa Claus nord-américain. (Ni patrie ni frontières)

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Harry Westerink : le personnage de Zwarte Piet

nous fait revenir plus de 150 ans en arrière

Les acteurs ou personnages blancs grimés en Noirs relèvent d’une sinistre période. Ces figures racistes devraient avoir leur place dans une exposition consacrée au colonialisme du XIXe siècle. Parce que le domestique noir de saint Nicolas nous ramène à l’année 1850, durant laquelle l’enseignant Jan Schenkman fit naître ce personnage dans son livre « Saint Nicolas et son serviteur ». Le mouvement qui, cent cinquante ans après l’abolition de l’esclavage, exige l’abolition de la figure de Zwarte Piet est donc parfaitement du côté de la justice.

Pendant des années, des critiques croissantes se sont exprimées vis-à-vis du personnage de Zwarte Piet (“Pierre le Noir”), mais l’année 2012 a marqué un tournant. Depuis, on a l’impression que la dernière heure de ce domestique noir a sonné. Les partisans de Zwarte Piet adoptent de plus en plus une attitude défensive. Pendant des années, ils se sont obstinément accrochés à une tradition raciste devenue obsolète dans le reste du monde depuis les années 1950, tradition qui désormais suscite la honte et la colère. Aujourd’hui on condamne et on considère comme raciste le fait que des Blancs se maquillent avec de la poudre noire afin de perpétuer le stéréotype colonial du « nègre ».

Enfin cette critique se fait entendre aux Pays-Bas, où de moins en moins de personnes soutiennent le folklore raciste qui entoure le personnage de Zwarte Piet. (...)

Bon débarras !

Des célébrités comme la chanteuse Anouk, la top-modèle Doutzen Kroes, et la responsable écologiste d’Amsterdam Andree van Es ont exprimé leur opinion à ce sujet. Des spécialistes des sciences sociales comme l’anthropologue John Helsloot, de l’Institut Meertens ont, eux aussi, exposé leur point de vue. Ils ont tous reconnu publiquement qu’il était temps de dire adieu à Zwarte Piet. De plus en plus de Néerlandais sont perturbés par le racisme que nourrit ce personnage ; dans les médias, au travail, ou parmi leurs connaissances ils plaident pour mettre fin à cette tradition.

Les protestations contre ce personnage raciste n’ont rien de nouveau, mais elles ont commencé à se développer relativement tard aux Pays-Bas. Cela est dû au fait, que pendant longtemps, les victimes du colonialisme néerlandais et leurs descendants ne disposaient d’aucune influence dans la « mère patrie ». C’est seulement depuis les années 70 qu’un plus grand nombre de personnes en provenance des colonies, particulièrement du Surinam, sont venues vivre aux Pays-Bas. Leur point de vue et leur façon d’affronter le passé colonial s’opposent à la vision de la majorité de la population néerlandaise. Les descendants de ceux qui avaient été réduits en esclavage ont commencé à critiquer Zwarte Piet dans les années 1980 et 1990 ; ils ont été les premiers à protester à la fois verbalement et en organisant des actions contre cette tradition. Cette première vague de protestations s’est déroulée dans le contexte de la bataille antiraciste plus large de l’époque qui visait notamment l’extrême droite.

Depuis quelques années, les protestations ont pris un nouvel essor. Les artistes allemand et suédois Annette Krauss et Petra Bauer ont attiré l’attention des médias avec leur projet intitulé « Lire les masques, les traditions ne sont pas innées » et surtout à cause de leur marche de protestation créative contre Zwarte Piet. Cette initiative a suscité une telle hostilité chez la droite populiste qu’elle a dû être annulée au dernier moment. Cette mesure injuste et les menaces de mort proférées contre les artistes ont incité celles et ceux qui critiquaient le personnage de Zwarte Piet à s’exprimer encore davantage afin de contrer les agressions de la droite. (...) En coopérant étroitement avec Krauss et Bauer, les membres du groupe Doorbraak ont pu apporter une contribution substantielle à l’élargissement de la critique de Zwarte Piet. Ils ont écrit et publié des articles, participé à l’organisation de la marche de protestation, pris la parole dans des réunions et joué un rôle dans la production d’un film réalisé par les artistes sur ce projet.

De plus en plus de Blancs rejoignent les Noirs dans le mouvement contre Zwarte Piet, mouvement qui se renforce en permanence. Le front uni de la majorité des Néerlandais qui protégeait Zwarte Piet comme une icône appartenant à un patrimoine quasiment sacré semble s’être gravement fissuré désormais (...).

Des friandises en chocolat avec une tête de Zwarte Piet

(...) Désormais, dans les médias, les adversaires de Zwarte Piet se voient attribuer un statut égal à celui de ses partisans et leurs arguments sont pris au sérieux dans les discussions. Une telle évolution est frappante : pendant longtemps, les critiques de Zwarte Piet étaient ridiculisés comme des fanatiques hypersensibles ou ignorants qui avaient besoin de suivre un cours de rattrapage urgent en matière de culture néerlandaise.

« Faisons de 2013 la dernière année durant laquelle nous débattrons de la signification de Zwarte Piet », ont annoncé les universitaires Mariska Jung et Laura Boerhout, qui voudraient abolir cette caricature raciste dès que possible. « Honnêtement, y a-t-il encore des gens qui croient sincèrement que Zwarte Piet est noir parce qu’il est passé par la cheminée ? »

Deux autres historiens (Maartje Janse et Karwan Fatah-Black) se sont opposés au fait que l’Université de Leiden distribue à son personnel des friandises en chocolat avec une tête de Zwarte Piet, en guise de cadeau de fin d’année. « L’Université choisit de s’identifier à une tradition selon laquelle saint Nicolas est représenté en compagnie d’un domestique noir caricatural. Cette tradition est non seulement est controversée, mais moribonde, ont-ils écrit. Sur le plan historique, ce serviteur noir est un phénomène relativement nouveau : alors que la célébration de saint Nicolas est plus ancienne et que ses assistants ont pris un certain nombre de formes, son valet noir est apparu seulement en 1850 pour la première fois dans un livre néerlandais pour enfants. Ce n’est pas une coïncidence si, à cette même époque, un débat s’est déroulé aux Pays-Bas à propos de l’abolition de l’esclavage dans les colonies. On peut raisonnablement avancer l’hypothèse que ce domestique noir obéissant avait pour fonction de juguler la peur suscitée par d’éventuels soulèvements d’esclaves après l’abolition de l’esclavage. »

(...) Même si la ringardissime Société Saint Nicolas n’est pas prête à abolir cette caricature raciste, elle veut supprimer un certain nombre de ses caractéristiques traditionnelles : son côté un peu idiot, effronté, enfantin, toujours en train de danser gaiement. L’association voudrait même le transformer en un « manager indispensable » dans le pur style capitaliste. L’ancien saint Nicolas deviendrait alors le PDG d’une multinationale confiant à ses gestionnaires noirs le soin d’assurer le bon approvisionnement et la distribution de ses cadeaux pour les enfants. Cela soulève alors la question de savoir pourquoi Zwarte Piet, même dans son nouveau rôle de gestionnaire, devrait continuer à porter la tenue d’un valet de chambre du XVIIIe siècle.

Jan van Wijk, le président de la Société Saint Nicolas, continue à prétendre que Zwarte Piet n’est pas près de disparaître. « C’est à saint Nicolas de décider quel type de Pete il veut s’adjoindre et jusqu’à présent il a toujours choisi des Zwarte Piet. » En d’autres termes : saint Nicolas doit rester le patron qui choisit ses serviteurs, et ceux-ci doivent rester noirs. Selon cette association, la relation maître-serviteur ne doit pas être contestée. La tentative de donner à Zwarte Piet l’image d’un manager moderne vise à maintenir cette relation inégale des pouvoirs tout en la camouflant. (...)

Golliwog

Si les fissures dans le camp de la majorité des Néerlandais blancs ne suffisent pas à faire disparaître Zwarte Piet, nous pouvons compter sur la vague de soutien antiraciste d’autres pays. En Allemagne, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, partout des gens protestent parce qu’ils sont en colère contre le fait qu’une coutume raciste soit autorisée aux Pays-Bas. (...) Non seulement des agences comme Associated Press publient des articles critiques à propos de Zwarte Piet, mais des médias comme Al Jazeera vont dans le même sens. La critique d’une tradition folklorique mettant en scène des Blancs grimés en Noirs aux Pays-Bas semble avoir aussi stimulé la discussion en Allemagne où les enfants se peignent le visage en noir lors de la célébration de l’Epiphanie. (...)

Ces protestations croissantes contribuent à démolir l’image nationaliste, fantasmatique, des Pays-Bas comme une nation progressiste et tolérante. Bien que de nombreux Néerlandais tentent obstinément de garder cette image vivante, partout des gens découvrent que ce pays a une culture arriérée et une civilisation marquée par de graves lacunes. Les multinationales ayant des succursales aux Pays-Bas refusent de s’adapter au racisme de Zwarte Piet parce que leurs employés ne l’admettent pas. Participer à ces traditions racistes pourrait nuire à l’image de ces sociétés. « Tiens, voilà saint Nicolas et son armée d’esclaves noirs », remarquent les Américains lorsqu’ils se promènent dans les rues le 5 décembre aux Pays-Bas. Ils en concluent que le pays des moulins à vent, des sabots en bois et des tulipes est aussi celui où l’on représente encore les Noirs comme les domestiques des Blancs.

Cependant, dès que cela a des répercussions financières, de nombreux fans de Zwarte Piet s’avèrent brusquement capables de comprendre, de la façon la plus opportuniste, que leurs traditions racistes risquent d’offenser leurs partenaires commerciaux et les touristes étrangers, et que le pays pourrait perdre des parts de marché. C’est ainsi que l’aéroport Schiphol a décidé de faire profil bas avec ces caricatures racistes le 5 décembre.

En raison de l’irritation internationale croissante et du mépris que suscitent les Pays-Bas, les partisans de Zwarte Piet se voient contraints de minimiser leur attitudes nationalistes complaisantes selon laquelle les étrangers ne comprendraient pas la tradition de saint Nicolas et auraient besoin de se familiariser avec cette coutume. En conséquence, l’image de soi nationaliste du pays s’effondre. Au fond d’eux-mêmes, de nombreux Néerlandais savent que leur folklore à connotations coloniales est une question sensible. Ainsi, lorsqu’ils vivent dans d’autres pays, ils se montrent très prudents. Le grand magasin HEMA de Londres célèbre la saint Nicolas mais sans ses domestiques noirs. Ses Zwarte Piets n’arborent que quelques taches noires sur les joues. Un café néerlandais situé dans la capitale britannique ne comporte pas de statue de Zwarte Piet parce que ses propriétaires craignent que le gouvernement britannique les accuse de racisme. Le Golliwog, petit frère britannique de Zwarte Piet, a été jeté dans les poubelles de l’histoire depuis longtemps parce que ce personnage offensait et stigmatisait les Noirs. (...)

La campagne “Zwarte Piet, c’est du racisme”

L’insatisfaction constante qui se manifeste contre le personnage de Zwarte Piet a considérablement augmenté après l’été 2011 grâce aux efforts de Quinsy Gario (1) et d’autres personnes dans le cadre de la campagne « Zwarte Piet c’est du racisme ». L’arrestation d’un certain nombre de militants lors de la parade en l’honneur de saint Nicolas à Dordrecht, cette année-là, a provoqué une indignation internationale. Les protestataires furent arrêtés et malmenés simplement parce qu’ils portaient un T-shirt antiraciste. L’irritation déjà considérable contre ce genre de coutume raciste s’est accrue à la suite de cette violation de la liberté d’expression. Il est apparu clairement que les autorités néerlandaises réprimaient brutalement toute critique dirigée contre Zwarte Piet (...). La campagne « Zwarte Piet c’est du racisme” a mobilisé de nombreuses personnes grâce aux manifestations et aux tracts distribués à ce sujet.

Certains résultats ont été obtenus, si bien que l’artiste Gario a récemment décidé qu’il avait atteint son objectif : mettre la discussion sur la place publique. Dans le même temps l’influent Comité national sur l’histoire de l’esclavage a fait pression pendant des années pour que soit érigée une statue à Amsterdam dans Oosterpark afin de commémorer l’esclavage et il a déposé une plainte officielle contre le racisme de Zwarte Piet. Ses membres ont l’intention de porter la question au niveau international afin d’accroître la pression sur les Pays-Bas.

Zwarte Piet finira par disparaître un jour. Le plus tôt sera le mieux. Les protestations contre les serviteurs noirs de saint Nicolas sont un succès et font partie de la lutte plus large contre le colonialisme et le nationalisme néerlandais. L’approche critique envers le passé colonial s’est considérablement développée au cours des quinze dernières années. Cela a produit toutes sortes de résultats : l’érection du monument à Amsterdam contre l’esclavage, la commémoration annuelle de l’abolition de l’esclavage le 1er juillet et les vifs débats sur l’histoire de l’esclavage de ce pays, mais aussi une victoire dans le procès contre les crimes de guerre de l’armée néerlandaise, crimes commis dans le village de Rawagede durant la guerre coloniale contre l’Indonésie. De nouvelles poursuites judiciaires ont été lancées par des parents de citoyens indonésiens et par des objecteurs de conscience néerlando-indonésiens, procédures dans le cadre desquelles l’Etat néerlandais est accusé d’actes criminels pendant sa domination coloniale en Indonésie.

Doorbraak, 21/03/2013

1. Quinsy Gario est un artiste, acteur et poète né dans l’île de Curaçao aux Antilles néerlandaises. Une longue interview de lui en français a été publiée : http://blog.uprising-art.com/be-bop... Il y décrit en détail son action contre Zwarte Piet. On lira aussi avec profit l’article de Jessica Olien « Aux Pays-Bas le père Noël n’a pas d’elfes, il a des esclaves » : http://www.slate.fr/story/48077/Pay... (Note de NPNF)

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Mathijs van de Sande : A propos du débat sur le « Zwarte Piet » néerlandais

(Cet article a été initialement publié sur le site belge dewereldmorgen.be car cette tradition raciste sévit aussi en Belgique.)

Si personne ne veut – ou ne peut – être qualifié de « raciste » dans une société donnée, cela ne signifie pas pour autant que cette société serait immunisée contre le racisme.

Aux Pays-Bas le débat sur Zwarte Piet (“Pierre le Noir”) a suscité beaucoup d’émotion. Une émotion bien plus grande que celle soulevée par les compressions budgétaires de plusieurs milliards adoptées par les dirigeants du gouvernement néerlandais, Rutte et Samson, et par le coup fatal que cela portera à la Sécurité sociale, la santé et l’éducation. Un débat national s’est ouvert aux Pays-Bas : qu’allons-nous faire avec Zwarte Piet ? Saint Nicolas devra-t-il désormais bénéficier de serviteurs uniquement blancs ? Ou faut-il renverser les rôles : avoir un saint Nicolas noir servi par des domestiques blancs ?

Beaucoup de Belges ont suivi ce débat virulent avec un étonnement croissant. « La tonalité de plus en plus passionnée de la discussion est symptomatique et souligne l’hypersensibilité des deux parties ; cette dispute à propos d’une fête pour les enfants est un moyen pratique pour évacuer les frustrations sociales », a conclu Saskia De Coster dans le journal belge De Morgen. « Certaines personnes obsédées par le sexe voient dans chaque lampadaire le symbole d’une érection géante, mais les lampadaires sont-ils responsables de leur obsession ? »

Le recteur de l’Université catholique de Louvain, Rik Torfs, a adopté une position plus nuancée dans le journal De Standaard, mais il conclut lui aussi par une critique envers les adversaires de Zwarte Piet : « Ne pas insulter les autres est un signe de civilisation. Il en est de même pour le fait de ne pas se sentir offensé trop facilement. »

En d’autres termes : peut-être certains citoyens néerlandais « non blancs » se sentent-ils véritablement offensés par Zwarte Piet, mais toute cette agitation est-elle vraiment nécessaire ? Pourquoi ne pas donner à Piet une couleur différente, suggèrent d’autres personnes, et cette discussion inutile prendrait fin.

Le problème n’est pas aussi simple. Les leaders d’opinion flamands ignorent commodément que cette discussion ne concerne pas seulement la tradition de Zwarte Piet.

Avant d’entre dans le vif du sujet, signalons que, la semaine dernière, le Conseil européen a exprimé sa préoccupation au sujet de la montée du racisme aux Pays-Bas. Le gouvernement néerlandais n’a pas conçu de stratégie pour lutter contre les discriminations sur la base de l’origine ou de la couleur de la peau alors qu’en fait les discriminations augmentent.

Dans le sillage de ce rapport, le médiateur national Alex Brenninkmeijer a confirmé que le climat politique aux Pays-Bas était lui-même discriminatoire. De l’établissement d’un “registre de plaintes contre les travailleurs polonais” à la “taxe sur le chiffon sur la tête” (le hijab) dirigée contre les femmes musulmanes, des expressions de ce genre utilisées par Wilders sont jugées acceptables par beaucoup de politiciens néerlandais – et personne ne les range dans la catégorie du racisme.

Le racisme est loin d’être un problème typiquement néerlandais. Ce qui est unique, c’est le rôle politique joué par l’extrême droite au cours des dernières années. Geert Wilders du Parti de la liberté (PVV) a habilement profité de l’assassinat de Pim Fortuyn (politicien de la droite populiste) en assimilant à une « diabolisation » toutes les accusations de racisme ou d’extrémisme, et en minimisant ou en légitimant par avance la violence politique.

En conséquence, peu d’hommes politiques ont le courage de s’opposer à lui. Non seulement Wilders a été accepté comme un interlocuteur légitime dans le débat politique mais il a réussi à le dominer. En outre il a, de facto, appartenu au premier gouvernement Rutte puisqu’il était un partenaire indispensable qui « tolérait » ce gouvernement minoritaire.

Il en découle que, dans le débat néerlandais, un grand éventail d’opinions est autorisé, en particulier lorsqu’il s’agit des questions de l’immigration ou de l’intégration. Un seul tabou subsiste : il concerne le fait de suggérer qu’une personne puisse avoir des idées racistes. Tous les thèmes peuvent être abordés... à l’exception de la question de savoir si certains sujets sont dignes d’être discutés. Le racisme est autorisé – mais définir une expression, un mouvement ou un individu comme raciste est tabou.

Dans ces conditions, comment s’étonner que « tout d’un coup », des citoyens néerlandais « de couleur » exigent un espace politique pour eux-mêmes ? Ils se sentent justement offensés par le symbole de Zwarte Piet qui est clairement relié à leur histoire, celle de l’esclavage, histoire que peu de leurs compatriotes connaissent.

Les similitudes entre Zwarte Piet et le vieux stéréotype néerlandais du « Maure » sont incontestables : cheveux crépus, épaisses lèvres rouges et tenue de page du XVIIIe siècle. Saint Nicolas, un homme digne, riche et sage, est juché sur un cheval. Ses nombreux serviteurs, qui lui apportent la puissance de leurs muscles, l’accompagnent à pied et sont tous des Noirs.

En dépit de toutes les références à des légendes germaniques ou à la suie de la cheminée qui aurait sali le visage de Zwarte Piet, sa couleur n’a qu’une seule explication : il s’agit d’un esclave d’origine africaine.

(...) Zwarte Piet incarne le racisme : inutile de tergiverser. Cela gêne beaucoup de Néerlandais « blancs », et pas seulement parce que le thème du « racisme » est un tabou politique à La Haye. Personne n’aime être considéré comme un raciste. Mais on confond souvent le racisme avec le fait d’exprimer ouvertement une opinion raciste, de choisir délibérément une position raciste et de s’identifier à elle, y compris politiquement. Or, le racisme peut se manifester de façon implicite dans des symboles, des mots et des coutumes sans que personne ne s’en rende compte. Cette dimension est rarement ou pas du tout prise en considération.

Beaucoup de Néerlandais « blancs » ignoraient que Zwarte Piet était un personnage raciste – et même plus : ils n’ont jamais voulu que ce héros populaire le soit. « Qu’est-ce qu’ils veulent donc ces pleunichards ? réagissent-ils. Pourquoi veulent-ils saboter une fête qu’apprécient nos enfants ? » Eh bien, ces « pleurnichards » sont des individus qui vivent dans un pays où, même si personne ne veut (et ne peut) être appelé « raciste », le racisme se répand justement à cause de ce tabou.

Ces gens ont dû supporter beaucoup de choses au cours des dernières années. Pour eux, le racisme est une réalité et a des conséquences quotidiennes. Zwarte Piet est le symbole d’un problème bien plus vaste, impossible à nommer dans le débat actuel. Ils exigent maintenant d’occuper une place dans le débat politique sur le racisme et l’intégration – et le personnage de Zwarte Piet constitue une cause immédiate et concrète pour cela.

Est-ce à dire qu’il s’agit d’un problème seulement néerlandais ? Ce n’est pas à moi de de le décider. Mais le fait que de nombreux décideurs flamands et « blancs » soient incapables de voir au-delà de la cause immédiate du débat nous envoie un message clair. Ceux qui pensent que cette discussion porte exclusivement sur Zwarte Piet ne comprennent pas grand-chose au racisme. Et cette incompréhension ne se limite pas aux Pays-Bas,.

Doorbraak, 31/10/2013

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