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L’Intifada du XXIe siècle

Introduction : nationalisme et émergence d’un prolétariat pétrolier

publié le jeudi 18 mars 2004

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Introduction

Alors que nous met­tons sous presse* les Etats-Unis font un sérieux effort pour sau­ve­gar­der le « pro­ces­sus de paix » d’Oslo, effort qui cons­ti­tue le cœur de leur stratégie, sous cou­vert de « guerre contre le ter­ro­risme », pour mobi­li­ser la bour­geoi­sie mon­diale et lui impo­ser l’union. Ceci après une année pen­dant laquelle ils ont laissé Israël et les Palestiniens s’enfon­cer dans un conflit uni­latéral, dép­rimant et san­glant. La façon dont est perçue la cau­tion amé­ric­aine accordée au ter­ro­risme d’Etat israélien contre les Palestiniens est une com­po­sante impor­tante de la réaction ambi­va­lente, voire même du sou­tien, de nom­breu­ses per­son­nes au Moyen-Orient et ailleurs à l’égard du ter­ro­risme qui a visé le cœur de la puis­sance mili­taire et finan­cière amé­ric­aine. Ceci a bru­ta­le­ment mis en relief le conflit israélo-pales­ti­nien, ren­dant plus urgente que jamais l’ana­lyse des forces motri­ces de l’Intifada. Au moment des atten­tats contre le World Trade Center de New York et le Pentagone à Washington, le 11 sep­tem­bre 2001, ce que l’on a appelé « l’Intifada Al Aqsa » fai­sait rage depuis envi­ron un an et sem­blait avoir réussi à sabo­ter la ten­ta­tive de paix bour­geoise incarnée par les accords d’Oslo. Elle a coûté très cher au prolé­tariat pales­ti­nien, qui a perdu beau­coup plus de vies et ramassé beau­coup plus de blessés que pen­dant l’Intifada de 1987-1993. C’est en par­ti­cu­lier le nombre élevé de morts parmi la popu­la­tion pales­ti­nienne en « Israël pro­pre­ment dit » qui fait la spé­ci­ficité de cette Intifada, lors­que des loca­lités comme Jaffa et Nazareth se sont sou­levées avec des grèves géné­rales et des émeutes, et lors­que la route prin­ci­pale qui tra­verse la Galilée du Nord a été semée de pneus enflammés dès les pre­miers jours du soulè­vement. De l’autre côté de la Ligne verte, la poli­ti­que israéli­enne d’assas­si­nats a régul­ièrement ajouté au nombre de morts, chaque jour four­nis­sant des tém­oig­nages encore plus cho­quants sur les hor­reurs du natio­na­lisme et de la répr­ession.

Pourtant, ce qui différ­encie vrai­ment cette der­nière Intifada de la pré­céd­ente est l’exis­tence d’un micro-Etat pales­ti­nien, dont le rôle de poli­cier et le statut de client ont été mis en évid­ence par le soulè­vement. L’Etat israélien a com­mencé à réoc­cuper les zones contrôlées par l’Autorité pales­ti­nienne, à pre­mière vue tem­po­rai­re­ment. Sans pré­sumer des inten­tions à long terme de l’Etat israélien, ces incur­sions ont servi à rap­pe­ler bru­ta­le­ment à l’Autorité pales­ti­nienne qu’elle est la création d’Israël, et que les Israéliens peu­vent aussi détr­uire ce qu’ils ont créé. Le but de ce texte n’est pas de pré­dire les dével­op­pements futurs du conflit israélo-pales­ti­nien, mais de repla­cer la der­nière Intifada dans son contexte his­to­ri­que et de la com­pren­dre sous l’angle de la lutte de classe.

Beaucoup réag­issent au pro­blème pales­ti­nien en lançant des appels abs­traits à la soli­da­rité entre tra­vailleurs arabes et juifs. En même temps, la gauche lénin­iste légi­time l’idéo­logie natio­na­liste qui divise la classe ouvrière, en affir­mant « le droit à l’autodét­er­mi­nation natio­nale » et en offrant son « sou­tien cri­ti­que » à l’OLP (1). Au moment où nous écrivons [2001], l’Intifada ne semble pas vrai­ment à même de détrôner cette idéo­logie natio­na­liste. Les tra­vailleurs arabes et juifs « s’unis­sent et lut­tent » - appa­rem­ment avec leurs bour­geoi­sies et les uns contre les autres. Cet arti­cle sou­li­gnera cer­tai­nes rai­sons matéri­elles pour les­quel­les les exem­ples concrets de la soli­da­rité prolé­tari­enne entre Juifs et Arabes sont rares. La classe ouvrière juive a été matéri­el­lement avan­tagée par l’occu­pa­tion et par la posi­tion inféri­eure des Palestiniens sur le marché du tra­vail, tant en Israël que dans les ter­ri­toi­res occupés. Depuis le milieu des années 1970, cet accord (que nous appel­le­rons sio­nisme tra­vailliste) a régressé, et les tra­vailleurs juifs sont confrontés à l’insé­curité éco­no­mique. L’occu­pa­tion de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza était néc­ess­aire pour loger la classe ouvrière juive en Israël. Les colo­nies dans les ter­ri­toi­res occupés ont joué le rôle de loge­ment social pour com­pen­ser l’insé­curité éco­no­mique crois­sante des tra­vailleurs juifs, et sont deve­nues un pro­blème inso­lu­ble auquel sont confrontés les archi­tec­tes de la paix bour­geoise.

Une posi­tion typi­que de la gauche est d’appe­ler à la création d’un « Etat socia­liste démoc­ra­tique en Palestine dans lequel Juifs et Arabes pour­ront vivre en paix (2) ». Cela pour­rait nous sem­bler rela­ti­ve­ment réf­orm­iste, mais un tel appel pour « un Etat bina­tio­nal, laïc et démoc­ra­tique » est considéré en Israël comme une exi­gence fol­le­ment révo­luti­onn­aire, même par des acti­vis­tes rela­ti­ve­ment radi­caux. Depuis le début du siècle, les luttes des deux grou­pes de tra­vailleurs sont de plus en plus réfractées par le prisme du natio­na­lisme. Toutefois, le spec­ta­cle désolant de prolét­aires qui s’entre­tuent n’est pas pré­dét­erminé : le natio­na­lisme au Moyen-Orient est apparu et est entre­tenu pour réagir au mili­tan­tisme de la classe ouvrière. Pour nous, l’idéo­logie natio­na­liste, telle qu’elle se mani­feste au Moyen-Orient, ne peut se com­pren­dre qu’en rela­tion avec l’émerg­ence d’un prolé­tariat pét­rolier et avec la domi­na­tion amé­ric­aine dans la région. Par exem­ple, les formes prises par le natio­na­lisme pales­ti­nien - par­ti­cu­liè­rement l’OLP - étaient une rép­onse concrète de la bour­geoi­sie pales­ti­nienne en exil à un prolé­tariat pales­ti­nien ouver­te­ment rebelle. Le " pro­ces­sus de paix " agencé par les Etats-Unis naquit de la reconnais­sance du rôle récu­pérateur de l’OLP dans l’Intifada, alors que l’écr­ou­lement d’Oslo et la montée appa­rem­ment dra­ma­ti­que de l’hos­ti­lité isla­miste à l’égard des Etats-Unis est liée à l’inca­pa­cité de l’OLP de satis­faire les exi­gen­ces même les plus basi­ques du natio­na­lisme pales­ti­nien. C’est pour­quoi il nous faut d’abord com­pren­dre le contexte inter­na­tio­nal au Moyen-Orient, en par­ti­cu­lier le rôle hégé­mo­nique des Etats-Unis dans la région.

Lire la suite sur le site mon­dia­lisme.org - rubri­que Echanges et mou­ve­ment :

Introduction : natio­na­lisme et émerg­ence d’un prolé­tariat pét­rolier

La domi­na­tion amé­ric­aine au Proche-Orient

Histoire de deux mou­ve­ments de libé­ration natio­nale : le sio­nisme tra­vailliste et le mou­ve­ment natio­nal pales­ti­nien

L’Intifada (1987-1993)

Le “pro­ces­sus de paix” d’Oslo (1993-2000)

L’Intifada du XXIe siècle

Conclusion. De la rév­olte à la guerre ?

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