Accueil du site > Echanges et mouvements > Proche-Orient : Palestine, Iran, Egypte > L’Intifada du XXIe siècle > Conclusion. De la révolte à la guerre ?

L’Intifada du XXIe siècle

Conclusion. De la révolte à la guerre ?

publié le jeudi 18 mars 2004

Enregistrer au format PDF

Conclusion.

De la rév­olte à la guerre ?

Le « pro­ces­sus de paix » met­tait en évid­ence la prise de cons­cience par la bour­geoi­sie israéli­enne de la néc­essité de l’OLP pour contrôler le prolé­tariat pales­ti­nien. L’OLP se retrou­vait donc coincée entre la réc­omp­ense qu’elle pou­vait espérer en fai­sant le sale boulot et son besoin de conser­ver sa capa­cité idéo­lo­gique de récupérer les luttes prolé­tari­ennes. L’éruption de la nou­velle Intifada a montré son échec sur ces deux points.

En Israël, les mani­fes­ta­tions de la rés­ist­ance de la classe ouvrière à la ratio­na­li­sa­tion éco­no­mique des années 1990 étaient plus feu­trées qu’ailleurs., Egypte et Tunisie par exem­ple. Cependant, pour com­pen­ser l’insé­curité accrue des tra­vailleurs juifs, il fal­lait accé­lérer la cons­truc­tion des colo­nies, et donc, cela entraînait l’intran­si­geance de l’Etat israélien dans ses négoc­iations avec les Palestiniens. La cons­truc­tion de colo­nies en Cisjordanie se dér­oulait parallè­lement à la « judaï­sation » de la Galilée en Israël pro­pre­ment dit. Cela signi­fiait l’inten­si­fi­ca­tion du harcè­lement contre les chômeurs et des démo­litions des mai­sons des Palestiniens israéliens pen­dant la pér­iode qui a déb­ouché sur une nou­velle éruption de l’Intifada en 2000.

Les signes d’une esca­lade de l’Intifada jusqu’à ce qu’elle devienne un conflit mili­taire rangé n’ont pas entraîné la dis­pa­ri­tion totale des soulè­vements civils. Certaines sec­tions de la bour­geoi­sie pales­ti­nienne veu­lent impo­ser à nou­veau des formes de lutte civile de masse pour essayer de désam­orcer l’Intifada. Pourtant jusqu’à présent, elles n’ont pas réussi. L’Intifada a conduit à l’aban­don par la bour­geoi­sie israéli­enne du « pro­ces­sus de paix » ; mais la dép­end­ance de cette bour­geoi­sie à l’égard des Etats-Unis, qui ont d’autres pré­oc­cu­pations au Moyen-Orient, a limité ses pos­si­bi­lité d’inten­si­fi­ca­tion de la répr­ession du soulè­vement. Alors, dans quelle mesure l’Intifada est-elle l’expres­sion modérée d’une guerre de classe, et dans quelle mesure est-elle une lutte de libé­ration natio­nale ? Et si les tra­vailleurs n’ont pas de pays, pour­quoi les tra­vailleurs conti­nuent-ils à sou­te­nir le natio­na­lisme ?

Souligner les atta­ques réc­entes des Palestiniens contre les formes établies de représ­en­tation poli­ti­que n’est qu’une partie de la rép­onse, car on a sou­vent dit que ces représ­entants n’étaient pas assez natio­na­lis­tes. Dans ce scé­nario, la crise de légi­timité de l’OLP n’impli­que pas le rejet de toutes les formes de représ­en­tation, mais conduit plutôt à un sou­tien de masse pour une forme de représ­en­tation natio­na­liste plus mili­tante, par exem­ple le Hamas.

En raison de la subor­di­na­tion de la bour­geoi­sie pales­ti­nienne, de nom­breux Palestiniens ont été obligés de tra­vailler pour le capi­tal d’Israël, soit à l’intérieur de la Ligne verte, soit dans la cons­truc­tion des colo­nies. Pour eux, le visage du patron est le gou­ver­ne­ment mili­taire israélien. Il leur serait donc pos­si­ble de s’iden­ti­fier aux com­merçants petit-bour­geois en tant que Palestiniens plutôt qu’en tant que prolét­aires, car ces der­niers subis­sent les mêmes nom­breu­ses humi­lia­tions et pri­va­tions quo­ti­dien­nes imposées par Israël. En l’absence d’une révo­lution, leurs vies de tous les jours en tant que tra­vailleurs pour­raient s’amél­iorer s’il exis­tait une bour­geoi­sie pales­ti­nienne fonc­tion­nelle, capa­ble d’inves­tir dans des indus­tries et de leur donner du tra­vail, pro­cu­rant ainsi un revenu aux deux clas­ses.

Pour conclure, les appels rituels à une soli­da­rité abs­traite entre tra­vailleurs juifs et pales­ti­niens dém­ontrent l’igno­rance des divi­sions très concrètes dont les deux grou­pes font l’expéri­ence quo­ti­dien­ne­ment.

Le « pro­ces­sus de paix » avait l’air prêt à s’atta­quer par­tiel­le­ment à ces divi­sions, en intégrant l’Etat israélien dans le reste du Moyen-Orient. Implicitement, ce pro­ces­sus était une agres­sion contre la posi­tion retran­chée des tra­vailleurs juifs qui les obli­ge­rait à se fondre dans le reste de la classe ouvrière de la région, quoi­que dans une posi­tion rela­ti­ve­ment pri­vilégiée. Ceci s’est heurté à la rés­ist­ance de la classe ouvrière, comme dans cette grève chez Tempo Beers décl­enchée par des Arabes et des Juifs israéliens, que la gauche israéli­enne a salué comme un exem­ple rare de soli­da­rité de classe entre Juifs et Palestiniens. Comme nous l’avons fait remar­quer dans le numéro 2 d’Aufheben, le sou­tien de masse en faveur du natio­na­lisme exprime une « iden­tité super­fi­cielle » d’intérêts de classe contra­dic­toi­res (63).

Dans le cas des tra­vailleurs juifs en Israël, la posi­tion pri­vilégiée qu’ils occu­pent par rap­port aux Palestiniens est née de leur com­ba­ti­vité. La place des tra­vailleurs juifs exige la domi­na­tion du capi­tal israélien sur les ter­ri­toi­res occupés. La subor­di­na­tion de la bour­geoi­sie pales­ti­nienne a aiguisé les anta­go­nis­mes de classe dans les ter­ri­toi­res, c’est pour­quoi elle doit retour­ner la colère prolé­tari­enne exclu­si­ve­ment contre Israël. Parce que les deux clas­ses pales­ti­nien­nes par­ta­gent l’expéri­ence de la répr­ession par les auto­rités israéli­ennes, il semble que l’alliance natio­nale entre les prolét­aires et la petite-bour­geoi­sie soit plus forte que les liens de soli­da­rité de classe entre tra­vailleurs pales­ti­niens et juifs. Les atta­ques des natio­na­lis­tes pales­ti­niens visent de plus en plus sou­vent toutes les mani­fes­ta­tions de la domi­na­tion israéli­enne, sur­tout les colons eux-mêmes, et même des civils en Israël. Le danger phy­si­que dans lequel se trou­vent les tra­vailleurs juifs les pousse à sou­te­nir les impé­rat­ifs de sécurité de l’Etat israélien.

Aussi bien chez les Palestiniens que chez les Israéliens, on note des ten­dan­ces à rés­ister à leur incor­po­ra­tion dans les machi­nes éta­tiques opposées et leur logi­que de guerre. Mais en fin de compte, il est impos­si­ble de trou­ver, dans les limi­tes de ce conflit étudié isolément, une trans­for­ma­tion de ces ten­dan­ces en mou­ve­ment social capa­ble de sortir de l’impasse de deux natio­na­lis­mes qui se ren­for­cent mutuel­le­ment. Ou plutôt, une telle trans­for­ma­tion est liée à la géné­ra­li­sation des luttes prolé­tari­ennes au Moyen-Orient, et de façon vitale, en Occident. Selon l’inten­sité de la rés­ist­ance de classe qu’elle géné­rera, sur­tout à une époque de réc­ession mon­diale, " la guerre contre le ter­ro­risme " ouvre au moins la pers­pec­tive de cette géné­ra­li­sation.

Septembre 2001.


Introduction : natio­na­lisme et émerg­ence d’un prolé­tariat pét­rolier

La domi­na­tion amé­ric­aine au Proche-Orient

Histoire de deux mou­ve­ments de libé­ration natio­nale : le sio­nisme tra­vailliste et le mou­ve­ment natio­nal pales­ti­nien

L’Intifada (1987-1993)

Le “pro­ces­sus de paix” d’Oslo (1993-2000)

L’Intifada du XXIe siècle

Conclusion. De la rév­olte à la guerre ?

Notes

Nouveautés sur le Web

Diffusion

 

  • Suivre la vie du site RSS 2.0
  • Informations

    mondialisme.org | publié sous licence Creative Commons by-nc-nd 2.0 fr | généré dynamiquement par SPIP & Blog'n Glop