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L’Intifada du XXIe siècle

Le « processus de paix » d’Oslo (1993-2000)

publié le jeudi 18 mars 2004

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Le « processus de paix » d’Oslo (1993-2000)

D’abord connus comme les « accords Gaza-Jéricho », les accords d’Oslo étaient une reprise des tran­sac­tions que l’OLP reje­tait depuis des années. On offrit à l’OLP d’admi­nis­trer Gaza et Jéricho, dans un pre­mier temps. Bien qu’on ait accordé, avec mau­vaise grâce, un ter­ri­toire plus étendu, Israël contrôle tou­jours les fron­tières, la poli­ti­que étrangère, etc. Toutefois, la tran­sac­tion était si humi­liante pour l’OLP que même Israël s’inquiétait d’avoir eu la main trop lourde. Au Caire, le minis­tre de l’envi­ron­ne­ment israélien a pré­venu qu’une OLP « vain­cue » n’était pas plus dans l’intérêt d’Israël qu’une OLP vic­to­rieuse. « Quand on tord le bras d’Arafat au nom de la sécurité, il faut faire atten­tion de ne pas le casser. Avec un bras cassé, Arafat ne pourra pas garder le contrôle de Gaza et de Jéricho (50). »

On a sou­vent com­paré cet accord au système des « ban­tous­tans » qui exis­taient en Afrique du Sud. La pour­suite de la colo­ni­sa­tion et la cons­truc­tion de routes réservées aux seuls colons ont ren­forcé cette simi­li­tude. La plu­part des grou­pes natio­na­lis­tes pales­ti­niens s’opposèrent aux accords d’Oslo dès le départ mais décidèrent de s’en tenir à leur rôle d’« oppo­si­tion loyale ». Le Hamas pour­sui­vit ses atta­ques contre les Israéliens mais pas contre l’Autorité pales­ti­nienne. Au début du règne de l’Autorité pales­ti­nienne, le Hamas déc­lara : « Nous accueillons les forces de sécurité pales­ti­nien­nes comme des frères » et jura de « réd­uire les jours d’appel à la grève séparée pour alléger le far­deau éco­no­mique de notre peuple. » Des grou­pes lénin­istes, prin­ci­pa­le­ment le FDLP (Front démoc­ra­tique pour la libé­ration de la Palestine) et le FPLP (Front popu­laire de libé­ration de la Palestine) reç­oivent moins de sou­tien que le Hamas et sem­blent inef­fi­ca­ces. Ils s’oppo­sent à Oslo mais n’ont pas pré­conisé une lutte active contre l’Autorité pales­ti­nienne ou même contre Israël, du moins jusqu’au début de l’Intifada.

Le rôle poli­cier de l’OLP

Malgré son rôle d’« oppo­si­tion loyale », la rés­ist­ance en Cisjordanie et à Gaza ne dis­pa­rut pas lors­que l’Autorité pales­ti­nienne arriva au pou­voir. L’arrivée d’Arafat à Gaza le 1er juillet 1994 ne fut pas l’accueil triom­phal réservé à un héros, comme il l’avait espéré, et l’Autorité pales­ti­nienne se démena déses­pérément pour exci­ter la joie des masses à son retour d’exil. Les prolét­aires de Gaza s’intér­essaient plus au prix des néc­essités de base. Les prix des légumes avaient grimpé de 250 % en raison des condi­tions rela­ti­ve­ment libres d’expor­ta­tion vers le marché israélien accordées aux pro­duits agri­co­les pales­ti­niens sous l’égide du Protocole de Paris en 1994.

Israël contri­bua à enve­ni­mer la situa­tion en fer­mant imméd­ia­tement la Bande de Gaza et en tuant des Palestiniens lors des émeutes qui s’ensui­vi­rent (51). Pour se venger, le Hamas tua des Israéliens et la nou­velle Autorité pales­ti­nienne dénonça les atta­ques contre Israël et jura de coopérer avec Israël pour s’oppo­ser à toute atta­que future. Ceci entraîna imméd­ia­tement de grands ras­sem­ble­ments pour pro­tes­ter contre la posi­tion de l’Autorité pales­ti­nienne. Pour Israël, l’Autorité pales­ti­nienne dans les zones les plus peu­plées vou­lait dire faire passer le poids poli­ti­que du main­tien de l’ordre public sur les épaules de la bour­geoi­sie pales­ti­nienne, qui ne s’encom­brait pas des contrôles mutuels (entre la police et la jus­tice) que les formes démoc­ra­tiques occi­den­ta­les de style européen impo­saient à Israël. L’Autorité pales­ti­nienne dép­ense la plus grosse partie de son budget pour la sécurité, avec un poli­cier pour trente Palestiniens, la plus grande partie de l’argent des­tinée aux réf­ormes éco­no­miques « s’est perdue » grâce à une Autorité pales­ti­nienne notoi­re­ment cor­rom­pue (52). L’Autorité pales­ti­nienne a rétabli la peine de mort, uti­lisée pour mettre en scène des exé­cutions publi­ques de « col­la­bo­ra­teurs » pen­dant la nou­velle Intifada, et a empri­sonné de très nom­breu­ses per­son­nes sans procès, géné­ra­lement ses adver­sai­res poli­ti­ques.

Malgré la répr­ession exercée dans les zones contrôlées par l’Autorité, il y eut des mani­fes­ta­tions et des grèves géné­rales pour pro­tes­ter contre la manière dont étaient traités les mili­tants du Hamas. Dans les camps de réfugiés de Gaza, dont tout le monde sait qu’Arafat n’avait aucune envie de les visi­ter, il y eut plu­sieurs bagar­res pen­dant l’été 2000 avec la sécurité de l’Autorité ; des oppo­sants furent arrêtés et empri­sonnés sans procès. 200 ensei­gnants quittèrent leur syn­di­cat, trop proche de l’Autorité pales­ti­nienne, orga­nisèrent un nou­veau syn­di­cat, fermèrent les écoles et s’engagèrent dans une longue grève reconduc­ti­ble (53). Beaucoup d’entre eux sont en prison. Dernièrement aussi, vingt uni­ver­si­tai­res et mem­bres des pro­fes­sions libé­rales qui vivent dans les zones contrôlées par l’Autorité ont publié et dis­tri­bué un mani­feste cri­ti­quant l’Autorité pales­ti­nienne.

LE PROCESSUS DE PAIX

ET LA RESTRUCTURATION DU CAPITAL ISRAELIEN

Pour cette partie de la bour­geoi­sie israéli­enne qui cher­chait un com­pro­mis avec les Palestiniens, Oslo représ­entait une troi­sième voie, entre l’accu­mu­la­tion inten­sive des années 1970 et les rêves expan­sion­nis­tes d’un Grand Israël. Si ce n’était pas par la conquête, ce serait par une plus grande intég­ration dans l’éco­nomie de la région que le capi­tal israélien cher­che­rait de nou­veaux cen­tres d’inves­tis­se­ment. Il fal­lait cesser de contrôler les impor­ta­tions, aug­men­ter la concur­rence, et pri­va­ti­ser les grands conglomérats détenus par l’Etat, en étendant le rôle des sous-trai­tants et des agen­ces de pla­ce­ment privés. Pour l’Etat israélien, cela signi­fiait mettre la classe ouvrière israéli­enne au pas, tout en se déb­arr­assant du far­deau poli­ti­que du contrôle social de la classe ouvrière pales­ti­nienne au profit du nou­veau mini-Etat pales­ti­nien.

Mais la panacée d’Oslo se heurta à l’oppo­si­tion des prolét­aires israéliens et pales­ti­niens. En 1996, trois ans après que Yasser Arafat et Yitzhak Rabin se furent serré la main sur la pelouse de la Maison Blanche, les ten­ta­ti­ves du gou­ver­ne­ment du Likoud pour intro­duire la pri­va­ti­sa­tion entraî­nèrent une vague de trou­bles sociaux, tandis que la cons­truc­tion d’un tunnel à Jérusalem décl­encha des émeutes, ce qui causa le plus grand nombre de morts pales­ti­niens en vingt ans d’occu­pa­tion. Cependant, ces luttes n’étaient pas reliées, et les ten­ta­ti­ves de ratio­na­li­sa­tion éco­no­mique que représ­entait Oslo conti­nuèrent dans l’indiffér­ence géné­rale.

La classe ouvrière pales­ti­nienne

Grâce à Oslo, la bour­geoi­sie israéli­enne avait gagné du temps pour rem­pla­cer la main-d’œuvre pales­ti­nienne, bon marché mais peu dis­ci­plinée, par une main-d’œuvre moins chère et moins vola­tile. Des mil­liers de Palestiniens furent licen­ciés pen­dant la guerre du Golfe. Cela fut pos­si­ble parce qu’on pou­vait les rem­pla­cer par des tra­vailleurs immi­grés, comme on l’a vu pré­céd­emment. L’uti­li­sa­tion d’une main-d’œuvre migrante a permis à Israël de mettre en place un blocus des ter­ri­toi­res bien plus effi­cace que lors de la pré­céd­ente Intifada. Les bar­ra­ges imposés lors­que l’Autorité pales­ti­nienne arriva au pou­voir ren­di­rent dif­fi­cile voire impos­si­ble pour les Palestiniens d’aller tra­vailler en Israël. Cela contri­bua à créer les condi­tions d’un chômage massif à Gaza, car les tra­vailleurs devaient réussir à passer à tra­vers les bar­ra­ges pour se ras­sem­bler sur les « mar­chés aux escla­ves » à un car­re­four de Jaffa, au lieu que les employeurs aillent cher­cher les tra­vailleurs dans les « mar­chés aux escla­ves » des ter­ri­toi­res (54). Mais, comme Peres l’a dit en novem­bre 1994, trois mois après les émeutes du check-point d’Erez, « si les Palestiniens ne peu­vent plus tra­vailler en Israël, nous devons créer les condi­tions qui amè­neront des emplois aux tra­vailleurs (55) ».

Ceci se fait de deux manières. Certains Palestiniens tra­vaillent dans les nou­vel­les zones indus­triel­les, et on en prévoit d’autres juste en deçà des fron­tières jor­da­nienne et liba­naise. (56) Beaucoup d’autres Palestiniens tra­vaillent pour des sous-trai­tants pales­ti­niens. Les sous-trai­tants impor­tent des matières pre­mières israéli­ennes et ver­sent des salai­res très bas. Les mar­chan­di­ses pro­dui­tes sont ven­dues au détail par des entre­pri­ses israéli­ennes, per­met­tent aux patrons israéliens d’accroître leurs pro­fits grâce aux niveaux des salai­res pales­ti­niens. Cette nou­velle coopé­ration entre les bour­geoi­sies arabe et israéli­enne n’a pas seu­le­ment détérioré les condi­tions de tra­vail du prolé­tariat pales­ti­nien, elle a aussi étendu la prolé­ta­ri­sation de la petite-bour­geoi­sie pales­ti­nienne. Par exem­ple, les inves­tis­seurs israéliens et pales­ti­niens sont en train de monter une grande zone indus­trielle pour fabri­quer des pro­duits lai­tiers juste à l’intérieur de la fron­tière, du côté de l’Autorité pales­ti­nienne, avec Tnuva, une des plus gran­des entre­pri­ses agroa­li­men­tai­res israéli­ennes. Ceci affai­blira et mettra sans doute en faillite la plu­part des éleveurs lai­tiers pales­ti­niens, qui emploient actuel­le­ment 13 % des tra­vailleurs pales­ti­niens dans les ter­ri­toi­res.

La bour­geoi­sie pales­ti­nienne accepte sa subor­di­na­tion au capi­tal israélien, d’abord parce qu’elle en pro­fite, ensuite parce qu’un dés­en­ga­gement com­plet de l’éco­nomie israéli­enne l’expo­se­rait à la concur­rence de capi­taux voi­sins ayant accès à une main-d’œuvre moins chère. Cela entraî­nerait d’autres affron­te­ments avec la classe ouvrière. Toutefois, les bour­geoi­sies israéli­enne et pales­ti­nienne (ainsi que la bour­geoi­sie jor­da­nienne) ont toutes un intérêt commun à main­te­nir l’énorme rés­erve de main-d’œuvre bon marché des ter­ri­toi­res pour atti­rer l’inves­tis­se­ment israélien, pales­ti­nien et inter­na­tio­nal.

La classe ouvrière juive

Bien que les Palestiniens soient peu à peu exclus du marché du tra­vail israélien, les tra­vailleurs immi­grés ne sont pas la solu­tion idéale. Idéalement, il fau­drait que le capi­tal israélien fasse empi­rer les condi­tions de tra­vail de la classe ouvrière juive. Mais quand le Likoud essaya d’enga­ger plus de pri­va­ti­sa­tions, en 1996, il y eut une recru­des­cence des trou­bles dans la classe ouvrière juive. Oslo représ­ente une ten­ta­tive sup­plém­ent­aire pour conti­nuer à frac­tion­ner l’éco­nomie israéli­enne en emplois bien rémunérés et en emplois préc­aires mal payés, et pour rené­gocier le com­pro­mis de classe de l’après-1967. La ten­ta­tive d’Oslo pour « nor­ma­li­ser » les rela­tions com­mer­cia­les avec le monde arabe ne peut qu’expo­ser la classe ouvrière en Israël à la concur­rence des tra­vailleurs moins bien payés dans les Etats voi­sins. C’est très ren­ta­ble puis­que leurs salai­res sont encore plus bas que ceux des Palestiniens israéliens. L’accord de paix avec la Jordanie com­por­tait des dis­po­si­tions prévoyant la libre cir­cu­la­tion des capi­taux, donc les entre­pri­ses israéli­ennes délo­calisèrent imméd­ia­tement en Jordanie pour uti­li­ser la main-d’œuvre moins chère. Ce qui aug­menta le chômage des ouvriers juifs dans des zones comme Dimona, et des tra­vailleu­ses arabes du tex­tile dans le Nord, dont le taux de chômage, de 8 %, est en aug­men­ta­tion.

En même temps qu’il favo­rise les licen­cie­ments dans le sec­teur privé, l’accord d’Oslo entraîne une insé­curité éco­no­mique crois­sante pour les tra­vailleurs du sec­teur public. Un bon nombre de tra­vailleurs juifs du sec­teur public ont main­te­nant des contrats à durée dét­erminée, par­ti­cu­liè­rement les femmes, les jeunes et les nou­veaux immi­grants, et la sous-trai­tance existe aussi dans le sec­teur public où elle dég­rade les condi­tions de tra­vail. Les Juifs au chômage doi­vent pren­dre n’importe quel tra­vail, une expéri­ence que nous connais­sons bien ici*. L’Histadrout couvre de moins en moins de tra­vailleurs, s’appelle main­te­nant la « Nouvelle Histadrout », et effec­tue des son­da­ges pour savoir pour­quoi les gens ne lui font pas confiance. Récemment, un syn­di­cat des che­mins de fer indép­endant a orga­nisé une grande grève pour exiger que l’Histadrout le reconnaisse. Les tra­vailleurs inté­rim­aires aussi ont tenté d’orga­ni­ser un syn­di­cat (57).

Pour tenter de faire taire la classe ouvrière juive, on a accom­pa­gné ces mesu­res d’une accé­lé­ration du rythme de cons­truc­tion des colo­nies dans les ter­ri­toi­res occupés. Bien que chaque nouvel accord conclu par l’entre­mise de l’Amérique com­porte une pro­messe israéli­enne d’arrêter la cons­truc­tion des colo­nies, la bour­geoi­sie israéli­enne n’a pas d’autre choix que d’igno­rer ces pro­mes­ses pour tenir compte des besoins des tra­vailleurs juifs. Pour le moment, Israël essaie de contour­ner le pro­blème en « judaïsant » des zones arabes à l’intérieur de la Ligne verte, poli­ti­que direc­te­ment res­pon­sa­ble de l’enga­ge­ment des Arabes israéliens dans l’Intifada actuelle.


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Introduction : natio­na­lisme et émerg­ence d’un prolé­tariat pét­rolier

La domi­na­tion amé­ric­aine au Proche-Orient

Histoire de deux mou­ve­ments de libé­ration natio­nale : le sio­nisme tra­vailliste et le mou­ve­ment natio­nal pales­ti­nien

L’Intifada (1987-1993)

Le “pro­ces­sus de paix” d’Oslo (1993-2000)

L’Intifada du XXIe siècle

Conclusion. De la rév­olte à la guerre ?

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