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Note de lecture : Les mots qui font peur – Vocables à bannir de la Toile en Chine

samedi 14 juillet 2012

Cette note est parue dans le n° 139 (hiver 2011-2012) d’Echanges.

Les mots qui font peur

Vocables à bannir de la Toile en Chine

Hsi Hsuan-wou et Charles Reeve

L’Insomniaque, 2011, 7 euros.

La Chine n’a pas le privilège de posséder un bureau spécial chargé de déceler sur la Toile les éléments indésirables – supposés ennemis de classe, comploteurs voire terroristes : l’expansion mondiale des facilités de communication via Internet et la diffusion d’instrument de plus en plus performants, miniaturisés et individualisés méprisant les frontières et les voies habituelles de la censure a rendu nécessaire de mettre en place d’autres moyens de contrôle de la population pour tous les systèmes politiques. Plus le régime est dictatorial, plus ces contrôles deviennent impératifs, plus certains dangers se précisent, plus il faut trouver des cibles.

D’où toutes les variantes possibles de ce contrôle des appareils de domination et la traque du subversif avec des mots clés (qui varient suivant les pays et dans chaque pays suivant les situations). Tout s’échange sur la Toile, pour le meilleur et pour le pire, et les « coupables » disposent des moyens innombrables de contourner les contrôles et les interdits, moyens fournis pour la concurrence au sein du système lui-même. Il s’agit avant tout, suivant les situations, de bloquer toute communication et/ou toute information dérangeante qui pourrait non seulement révéler toutes les formes de luttes depuis la moindre grève, jusqu’à des émeutes localisées tant dans le pays même qu’à l’étranger. Pour la classe dirigeante chinoise – au sein de laquelle exactions, corruption et enrichissement sont des marqueurs de plus en plus évidents du pouvoir –, l’éventail de ces mots est particulièrement fourni. Partant de quelques-uns de ces mots révélateurs (grève, blog, vengeance, religion…) de cette large chasse aux sorcières, ce petit livre dresse finalement un kaléidoscope des « maux » les plus récurrents qui troublent la quiétude des dirigeants du Parti communiste chinois, une sorte de revue du quotidien de la majorité de la population chinoise.

Tentatives de contrôle ne signifie pas contrôle : de tout ceci on ne devrait pas conclure que le parti, les dirigeants, les nouveaux riches qui leur sont totalement liés et la nouvelle classe moyenne montante œuvrent dans un pouvoir consolidé et sûr de lui. Au contraire. Un article du Monde (8 octobre 2011) reprend ce thème de l’impossible censure en Chine. Ce qui se passe, c’est que des mots innocents – et non contrôlés – entre autres échappatoires peuvent être les véhicules détournés de tout ce que le pouvoir ne voudrait pas divulguer. Les exemples abondent, c’est ce pouvoir qui est perdant en face d’un monde de plus d’un milliard d’exploités.

H. S.

PS : Un exemple de la manière dont la Chine se gouverne quotidiennement et qui passe quand même les frontières :

Luoyang, ancienne capitale de la Chine, simple ville industrielle du Henan dans la zone centrale de la Chine, un million et demi d’habitants. Un responsable du parti y a kidnappé et séquestré six femmes dans une cave de sa maison ; deux sont mortes de leur résistance aux abus de toutes sortes. Un journaliste qui avait révélé ces exactions est accusé par les autorités locales d’avoir « révélé des secrets d’Etat » et encourt les peines les plus lourdes. Il a découvert cela par hasard alors qu’il était venu dans la ville pour enquêter sur le meurtre d’un autre journaliste assassiné au cours d’une enquête sur un trafic régional, impliquant les pouvoirs locaux, de recyclage d’huile de friture usagée collectée dans les restaurants comme huile alimentaire. Les autorités de Luoyang faisaient tout pour dissimuler toute une série de scandales du même genre, ceux-là et d’autres pour gagner le diplôme de « cité la plus civilisée » de Chine dans un concours d’Etat ce qui leur aurait ouvert un champ d’autres corruptions (d’après un article du Financial Times, 4 octobre 2011).

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