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G. Munis : Interview parue dans "La Lutte ouvrière" (30 avril 1937)

vendredi 6 juillet 2012

Aidez le groupe bolchevik-léniniste d’Espagne !

Un de nos camarades

d’Espagne nous dit…

Ce texte est paru dans La Lutte ouvrière n° 4, 30 avril 1937, p. 2

Notre camarade Munis, bolchevik-léniniste d’Espagne, était parmi nous ces jours-ci. Nous lui avons posé une série de questions concernant la situation en Espagne, et nous donnons ses réponses, dont nos lecteurs apprécieront tout l’intérêt.

Où en est la question de la lutte militaire, et de la militarisation, quelle est l’impression générale des combattants ?

Les combattants sont convaincus que Franco ne vaincra pas. Cependant, on ne saurait dissimuler que les mesures réactionnaires sur le terrain militaire et politique ont créé dans la masse un état d’esprit d’incertitude. La politique du Front populaire se traduit par le sabotage de toute offensive militaire effective.

Prenons l’exemple de Madrid. Les fascistes pourraient être attaqués en divers points stratégiques où ils sont très faibles, tels l’arrière-garde de Tolède, et le front d’Estrémadure. Dans le même temps, les forces du front de la Guadanama, qui appartient intégralement aux « gouvernementaux » pourraient permettre d’isoler de sa base et d’écraser le corps d’armée fasciste qui est autour de Madrid. Mais rien n’est fait dans ce sens.

D’autre part, le Front d’Aragon, où les miliciens ont encerclé Huesca depuis six mois, est laissé volontairement dans la passivité, et saboté ostensiblement par les pouvoirs publics. Les chefs stalinistes, qui donnent le ton dans cette politique de sabotage, organisent en même temps des ma-nœuvres de congrès et de presse.

Est-il d’autres exemples de sabotage ?

Le plus récent, qui est tout à fait typique, c’est celui du front de Guada-lajara. Le gouvernement ayant constaté que chaque victoire militaire entraînait une poussée révolutionnaire, a entrepris de saboter la victoire militaire incontestable de Guadalajara, qui a dégagé Madrid ; qui a permis de reconquérir plusieurs villages, et qui a nécessité 140 camions pour ramasser le matériel des Italiens. Seuls quelques organes anarchistes ont donné à cette victoire sa véritable importance. La presse staliniste et [la presse] officielle ont saboté les informations et déclaré que la victoire ne devrait pas être surestimée. Les mêmes inventaient des victoires inexistantes, comme la prise de Ceno de Los Angeles, en d’autres circonstances.

Où en est la constitution de « l’armée » dite « populaire » ? et la mobilisation ?

Ces mesures réactionnaires ont eu pour but de rassurer l’impérialisme franco-anglais. En réalité, leur application est loin d’être réalisée. En fait, nous avons un système confus, composé d’organisations militaires gouvernementales, et de milices. Ceci pour Madrid. En Aragon, la militarisation reste sur le papier, sauf quelques cas d’application bureaucratique par les chefs stalinistes, et parfois ceux de la CNT et du POUM.

Cet état de fait s’explique par l’hostilité foncière de la masse des combattants à la militarisation à sens bourgeois. Même dans le 5e régiment de Madrid qui est stalinien [à] 100 pour cent, il y a eu de violentes protestations.

Dans la mesure où la militarisation est appliquée, elle consiste dans la constitution d’un corps d’officiers, nommé par le gouvernement, et composé d’éléments petits-bourgeois carriéristes.

Dans la colonne internationale, les protestataires qui ne voulaient pas accepter les commissions politiques nommées d’en haut par le gouverne-ment ont été soit chassés, soit fusillés. On a vu des militants stalinistes déchirer ou brûler Mundo Obrero.

Comment s’organise la contre-révolution à l’arrière ?

En falsifiant les documents officiels, les stalinistes (du Parti socialiste unifié de Catalogne), dans le but de préparer la répression contre les ouvriers, ont dérobé douze tanks qui furent découverts dans la caserne « Vorochilov ». Malheureusement, cette affaire symptomatique a été dissimulée par le POUM. Une campagne implacable contre [ce] crime contre-révolutionnaire aurait, au contraire, permis le renversement de la vapeur. Dans les plaines de l’Ampurda, [le parti de] l’Estat Català a organisé, avec la complicité des partis du Front populaire, une révolte armée contre les anarchistes.

Quelle est la politique des partis ?

Vis-à-vis de la politique ouvertement contre-révolutionnaire du Front populaire, les anarchistes, poussés par leur base, ont dû formuler des protestations. La répercussion a été la crise catalane. Mais les chefs anarchistes tentent d’endiguer le flot contre-révolutionnaire par une politique de statu quo, et de compromis ministériels. Ils s’adaptent à la politique de Front populaire, et, sous les pressions des masses, se bornent parfois à quelques protestations.

Et le POUM ?

Ayant momentanément perdu l’espoir de reconquérir le portefeuille perdu, la direction du POUM s’est engagée dans la voie d’une opposition générale. Elle se prononce en général pour un gouvernement ouvrier et paysan. Mais on saisit tout le contenu antimarxiste qu’elle donne à ce mot d’ordre, quand on constate qu’elle ne fait rien pour reconstituer les Comités, qui peuvent seuls être le support d’un vrai gouvernement ouvrier et paysan. Face aux anarchistes, le POUM, au lieu de s’adresser aux masses pour les dresser contre les chefs bourgeois et réformistes du Front populaire, pratique, sous le mot d’ordre de front ouvrier révolutionnaire, une politique stérile de sommets, sans mettre les chefs anarchistes au pied du mur.

Et le groupe bolchevik-léniniste ?

Le groupe de la Quatrième Internationale, abandonné par Nin-Andrade pour la politique centriste, se réorganise au prix de mille difficultés. Déjà il acquiert de sûres sympathies et certaines bases d’influence. Sa politique consiste à forger les cadres bolcheviks-léninistes de la révolution et dans le même temps à lutter pour le rassemblement des forces révolutionnaires, pour la reconstitution des Comités, seul moyen de donner au mouvement la force nécessaire pour un redressement décisif.

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