Accueil > Ni patrie ni frontières > 42-43 : Nos tares politiques (tome 1, juillet 2014) > A propos du "phénomène Mélenchon" et du grand retour du PCF : Jurassic Park (...)

A propos du "phénomène Mélenchon" et du grand retour du PCF : Jurassic Park en France ?

lundi 28 mai 2012, par Yves

Cette interview a été réalisée pour le prochain numéro de la revue marxiste américaine "Insurgent Notes" (site : http://insurgentnotes.com/) avant le premier tour des élections présidentielles françaises. Une dernière question et une dernière réponse ont été ajoutées le 28 mai 2012.

Insurgent notes : Que penses-tu de ce phénomène Melenchon ? Aujourd’hui (lundi 16 avril 2012) le Financial Times prévoit qu’il aura 12-15% des voix. Est-ce Arlette Laguiller en plus grand, ou bien autre chose ?

Ni patrie ni frontières : Le Front de gauche est une coalition de partis et de groupes fondée sur le modèle de Die Linke. Elle comprend d’abord et avant tout le PCF qui renaît de ses cendres après des années de dégringolade et de démoralisation ; un petit bout de la prétendue gauche du PS qui a formé le Parti de Gauche en 2008 (1) ; une partie du mouvement altermondialiste ; quelques minuscules groupes ex-maoistes ou ex-trostkystes ; et quelques individualités qui ont essayé de faire carrière au NPA (2) , d’entrer immédiatement à la direction, et n’ont pas réussi à s’imposer face au vieux noyau trotskyste. Du point de vue de l’encadrement, de l’existence d’un appareil, sans le PCF, le "phénomène" Mélenchon n’existerait pas. Les grands rassemblements qu’il a organisés n’auraient pu avoir lieu sans l’appui financier du PC qui a affrété des centaines de cars pour transporter ses militants et sympathisants, voire ses employés communaux, pour remplir les places.

Du point de vue social, Mélenchon est le seul qui apparaisse un peu hors du système bipartisan UMP/PS, tout en n’étant pas anti-immigrés. Et tout en n’ ayant pas l’image d’un chef de groupuscule comme Besancenot, Poutou ou Arthaud.

Il est anti-américain (à la façon traditionnelle française, aveugle aux crimes de l’impérialisme français, silencieux face à l’armée et à l’industrie militaire gauloises, mais toujours prompt à dénoncer – avec raison d’ailleurs – les interventions américaines dans d’autres pays). Il est pro “Maghreb” (il veut avoir de bonnes relations avec les peuples et les gouvernements d’Afrique du Nord) et pro-Sud (avec une idéologie altermondialiste). Il soutient la nécessité de renforcer les syndicats, a un programme d’imposition assez “radical” si on le compare à celui des autres partis (imposition totale à partie de 360 000 euros, etc.) ; il revendique une hiérarchie des salaires limitée (de un à dix), un contrôle total des Etats nationaux sur la BCE, etc.

Il est critique vis-à-vis de l’Europe, sans être favorable à la sortie de l’euro. Il est pour une « Europe sociale », expression creuse mais qui a un petit air radical. Sa rhéthorique est une rhétorique nationaliste de gauche (il se réclame de Robespierre et Jaurès) gaullienne et même gaulliste. Il se réclame clairement du "socialisme démocratique" tout en défendant le PCF et son rôle dans l’existence de la "nation française". Il a de la sympathie pour Cuba et Chavez, tout en ne se prononçant pas clairement sur la nature de ces régimes.

Pour toutes ces raisons, il est “populaire”. Il attaque beaucoup les journalistes en montrant à quel point ils sont vendus à leurs patrons, mais il ne le fait pas à la façon populiste, ou fasciste, plutôt en imitant Georges Marchais. Comme disait un journaliste c’est « Marchais avec un Bac + 5 ».

Il est laïque et pas du tout multiculturaliste, sans être antimusulmans. Une attitude rare à gauche.

Cela dit, c’est aussi le copain de Serge Dassault (l’avionneur, qu’il a tenu à accueillir et piloter personnellement lors de l’entrée de ce dernier au Sénat) et de quelques journalistes réactionnaires (comme on l’a appris juste avant le premier tour) ; un défenseur inconditionnel de toutes les saloperies de Mitterrand (au nom du respect de la vie privée !!) ; un magouilleur hors pair dans toutes sortes d’associations au cours de sa longue et sinueuse carrière politique ; un franc-maçon déclaré ; un mec qui ne s’est jamais enrichi personnellement mais a laissé opérer le système des fausses factures pour alimenter les caisses du PS quand il était directeur de cabinet du maire socialiste de Massy (Claude Germon) ; un type qui a essayé de prendre le pouvoir au PS en s’alliant à toutes sortes de dirigeants : Mitterrand, Emmanuelli, Jospin, etc.

Tous les médias, tous les partis, y compris la droite, vantent ses qualités d’orateur. Disons qu’il n’est pas trop chiant et a un certain charisme pour ceux qui aiment les hommes assez brutaux, dans l’expression comme dans la façon de traiter les journalistes ou ses adversaires politiques féminins (sa façon de traiter Marine Lepen dépasse la critique antifasciste, il est clairement dans un trip de macho face à une « meuf », qui pourtant n’a rien d’une potiche... même si elle habite à Saint-Cloud). Il n’a pas l’humour jeune et branché de Besancenot, mais un bon sens de la répartie.

Il donne l’impression de faire du neuf, de reprendre le mouvement de 2005 contre le TCE, et surtout d’être capable de faire pression sur le PS pour le pousser à gauche. En clair, les prolétaires, les exploités n’auront pas besoin de lutter, ils éliront aux législatives beaucoup de députés Front de gauche et tout sera plus facile. Le problème pour lui est qu’il jure, la main sur le cœur, ne pas vouloir participer à un gouvernement d’austérité de gauche, alors que le PCF lui y est parfaitement prêt.

Donc après les élections, soit il restera sur sa ligne “à gauche du PS” et perdra le soutien militant du PCF. Et il s’effondrera, son parti représentant seulement 10 000 adhérents contre au moins 120 000 pour le PCF (ce parti est, selon ses dires, en train de recruter pour la première fois depuis 2005). Dans ce cas il lui faudra attendre les prochaines présidentielles, construire un parti de masse aussi et même plus important que le PCF, etc. Pour cela il aurait sacrément besoin de l’huile de coude fournie par les militants LO et le NPA, mais ces derniers ne l’aideront pas, surtout que tous les carriéristes du NPA sont déjà partis au Parti de gauche et qu’une minorité du NPA envisage de faire scission en emportant 40 % des subventions de l’Etat (cela a failli donner lieu à un procès entre la majorité du NPA et sa minorité, mais apparemment ils ont trouvé un accord financier...), pour rejoindre le Parti de Gauche.

Soit il aura un siège de ministre avec ses amis du PCF et sera rapidement déconsidéré. Je ne vois pas très bien quel pourrait être son avenir. Ou alors il veut juste avoir un siège de député et s’en servir comme tremplin pour les présidentielles de 2017.

Je lisais l’autre jour un bouquin sur la guerre d’Espagne, qui reproduisait des propos du social-démocrate Largo Caballero, je vois très bien Mélenchon tenir un discours radical similaire en cas de mouvement de grève de masse. Mais ce ne seront que des discours. Mélenchon peut être une solution de rechange pour la bourgeoisie en cas de très grave crise sociale. Mais il n’a pas un parti suffisamment important pour le moment.

Selon une copine du Parti de gauche, Mélenchon n’acceptera pas de poste ministériel, le PCF non plus, et donc ils constitueront une force extérieure au gouvernement qui le soutiendra sans y participer, ce qui permettra d’exercer une forte pression sur le PS. Je suis sceptique sur la capacité du PCF de jouer les opposants purs et durs. Surtout après l’expérience du tournant de la rigueur de 1983. Mais selon cette amie c’est justement pour éviter ce tournant vers une austérité de gauche que le Front de gauche existe et qu’il sera efficace.

Je lui ai rappelé les expériences des “communistes” grecs, espagnols, portugais, italiens et allemands qui n’ont jamais réussi à peser sur les socialistes quand ceux-ci étaient au pouvoir. Elle espère qu’en France ce ne sera pas pareil. Cela veut dire que le Front de gauche et le PCF s’apprêteraient à chevaucher les mouvements sociaux, donc ma comparaison avec Caballero n’était pas si fausse.

Mélenchon a certes hérité de l’OCI une certaine capacité à former politiquement les gens autour de lui, et à organiser autour de lui des écoles de formation politique, donc une minorité de cadres qui peuvent avoir une certaine influence, écrire des brochures, animer des revues, etc. Il a récupéré plusieurs intellectuels altermondialistes qui lui permettent d’avoir un argumentaire réformiste de gauche "sérieux" – du moins aux yeux d’une partie de la petite et moyenne bourgeoisie. Mais il a un long chemin à parcourir s’il veut être à la fois crédible pour la grande bourgeoisie (les journalistes présentent régulièrement son programme comme inapplicable, irréaliste, etc.) et crédible pour les salariés qui voudraient créer et soutenir un nouveau PCF, ou quelque chose qui lui ressemble.

LO pense qu’il se dégonflera comme une baudruche, qu’il n’est qu’une marionnette du PCF. L’avenir nous le dira.

Enfin, c’est un mec parfaitement déplaisant dans ses comportements quotidiens. Il écoute peu les autres, n’admet pas la contradiction, impose un style très autoritaire dans son parti, etc. Il n’a pas l’habileté d’un Krivine, d’un Bensaid ou d’un Besancenot dans les rapports avec ses militants. Mais tout dépend de ce que ses camarades cherchent. S’ils veulent une figure de chef autoritaire, alors ils sont servis, et bien servis !

Insurgent Notes : Mais s’il atteint 12-15%, pourrait-il faire balancer l’échiquier politique (3) ?

Ni patrie ni frontières : Très sincèrement je ne crois pas que le Front de gauche puisse changer la situation – étant donné la veulerie du PCF. De toute façon, si le PCF refusait de participer au gouvernement, le PS, s’il était minoritaire à l’Assemblée, ferait alliance si nécessaire avec le MODEM (les centristes) et aurait sans doute une majorité.

C’est d’ailleurs ce que la “gauche” du PS et le PCF (plus timidement) a toujours dénoncé : le fait que Royal puis maintenant Hollande étaient prêts à faire l’alliance avec les centristes.

Sur le plan électoral, je ne crois pas que le PCF soit prêt à un suicide radical alors qu’il sort de son isolement grâce à Melenchon. Il n’a pas la capacité de forcer le PS à quoi que ce soit d’un point de vue électoral. Et pour le moment, mais cela peut changer, il n’y a pas assez de salariés, et encore moins de prolétaires, prêts à se mettre en grève, occuper les mairies, occuper les préfectures, pour faire pression sur les institutionnels de gauche.

Insurgent Notes : Donc si je comprends bien les grands groupes trotskystes (LO, lambertistes, etc.) ne soutiennent pas Melenchon ?

NPNF : LO le dénonce sans arrêt, à la fois pour des raisons idéologiques mais aussi parce qu’ils veulent alimenter le mécontentement des militants du PCF qui se retrouvent en colleurs d’affiches et porteurs de valises d’un mec qui, bien que candidat d’un Front dont fait partie le PCF, parle tout le temps de lui à la première personne et très peu du Front de gauche ou de son principal allié : le PCF.

LO spécule toujours sur la base du PCF. Le problème est que les oppositions de “gauche” au sein du PCF sont ultrastaliniennes et antitrotskystes....

Quant au NPA, les partisans de l’union avec le Parti de gauche et d’autres groupuscules écolosocialistes, ex maos, etc. sont partis (ou vont partir) rejoindre en courant le PG avant les élections législatives afin d’avoir des postes aux prochaines législatives ou au moins aux prochaines municipales ou des responsabilités dans cette mouvance. Par exemple Christian Picquet, droitier de la LCR qui s’exprimait depuis des années dans "Libération" pour casser du sucre sur le dos de la majorité de son organisation, supervise les négociations et les débats entre le PCF (120 000 adhérents) et le PG (10 000) alors qu’il est parti avec seulement 300 ou 400 militants. Cherchez l’erreur...

Insurgent Notes : Mais : qui sont exactement ces nouveaux gens recrutés par le PC ? Des ouvriers ? Des jeunes de banlieue ? Des étudiants ? Des "déçus du lepénisme" ? Et sur quelle base politique font-ils ce recrutement ? Pendant des années, ils étaient tellement deboussolés que n’importe quel gauchiste pouvait publier dans l’Humanité. Est-il resté un noyau dur stalinien pendant tout ca ?

Ni patrie ni frontières : Qui rejoint le PCF ? Je ne sais pas exactement. En tout cas des jeunes. Des étudiants certainement et des salariés du tertiaire, notamment ceux qui ne sont pas d’origine franco-gauloise et dont les parents sont des travailleurs immigrés, des employés municipaux, des fonctionnaires et des jeunes travailleurs précaires.

Politiquement c’est la conséquence de la bagarre pour le non au TCE. A l’époque, personne n’avait réussi à capitaliser durablement sur cette illusoire "victoire du non". Le Front de Gauche sous la houlette de Mélenchon a su recréer une dynamique unitaire autour d’un personnage pseudo charismatique (je ne le supporte pas mais il fascine beaucoup de gens), sur la base d’une dénonciation violente du FN dans les médias et d’attaques plus modérées dans la forme contre Sarkozy mais dirigées sans concessions contre la droite. Sur la base d’un nationalisme de gauche (en substance : "nous sommes une grande nation, nous avons une grande histoire, nous avons les moyens de bouleverser le fonctionnement de l’UE, nous pouvons sortir de l’OTAN").

Oui, il est resté un noyau stalinien ou néostalinien dans le PCF, et même plusieurs petits noyaux, mais ils n’ont pas le pouvoir au niveau national. Ils ont des féodalités notamment dans le Nord, à Marseille et à Lyon, mais des positions politiques opposées. Par exemple, à Lyon, ils ne font rien pour les sans-papiers, alors qu’à Marseille et à Lille ils sont très actifs. Idem au sein de la CGT : ce sont des vieux militants de base qui ont soutenu la grève des 6 000 travailleurs du bâtiment ou de la restauration, ils avaient l’aval de quelques dirigeants nationaux mais pas de l’appareil qui lui n’en a rien à foutre.

Le PCF est devenu, en tout cas dans sa presse, plus multiculturaliste, favorable aux droits des homosexuels, féministe, écologiste, etc. Il n’a pas fait d’autocritique ni de grand bilan historique, mais il a bougé sur de nombreuses questions dites « socioculturelles » ce qui lui a permis d’attirer, dans les rangs de la nouvelle petite-bourgeoisie salariée (cadres, enseignants, travailleurs sociaux, etc.), des gens moins carriéristes que ceux qui vont au PS, des salariés qui croient encore que les ouvriers cela existe, qui ne sont pas totalement tombés dans le mythe cynique de "A chacun sa petite entreprise" et ne se résignent pas à l’intérim ou à l’auto-entrepreneuriat.

Tout le monde sait, y compris une partie des électeurs socialistes, que le PS va continuer à démanteler l’Etat providence.

Le PCF et plus largement le Front de gauche, c’est tous les gens qui croient encore à l’Etat providence, au fait que la crise n’est pas inévitable (contrairement à l’UMP et au PS) et qu’il existe une solution nationale à la crise. Et des gens qui sont nationalistes de gauche mais pas xénophobes, ou en tout cas moins que les autres.

Le Front national et les journalistes utilisent beaucoup une déclaration de Marchais (une vidéo) où il expliquait qu’il y avait trop d’immigrés en France. A cette critique Mélenchon a répondu : “Le PCF a beaucoup évolué et de toute façon ce que Marchais voulait dire c’était qu’il fallait les mêmes droits pour les travailleurs français et immigrés.” Il s’agit d’une interprétation mensongère et fantaisiste mais peu importe ! Le Parti de gauche est le parti qui a le discours le plus favorable à l’immigration et aux droits des travailleurs migrants. Par conséquent Mélenchon aussi, et c’est important vu que la composition ethnique du salariat a changé. Les fils et filles d’immigrés, ce ne sont plus seulement des prolétaires, ou des précaires mais aussi des petits-bourgeois salariés qui votent et veulent peser dans la vie politique et/ou associative.

Insurgent Notes : Est-ce que les résultats définitifs de l’élection présidentielle t’ont fait changer d’avis ?

Ni patrie ni frontières : Pas vraiment, même si cela peut sembler présomptueux. L’équilibre entre la droite et la gauche est la plupart du temps le même en France, environ 50% pour chaque « camp ». Cette fois, il était de 48% pour la gauche et 52% pour la droite et l’extrême-droite (comme elles étaient divisées, elles n’ont pas gagné l’élection présidentielle).

Comme il n’y aura pas de scrutin proportionnel aux prochaines élections législatives en juin, la gauche (c’est-à-dire principalement le Parti socialiste) va probablement gagner les élections, et le Front de gauche aura un groupe parlementaire.

Mélenchon a choisi d’affronter Marine Lepen et, contrairement à ce que certains commentateurs racontent, ce n’est pas un geste risqué du tout : s’il perd cette élection parlementaire dans une ex-région ouvrière du Nord de la France (où le Front national est quand même très actif depuis 15 ans) il gardera son siège au Parlement européen avec un très bon salaire (au moins 10.000 euros nets par mois). S’il gagne (Hollande a quand même fait 60% des voix dans cette circonscriptions), il sera un « héros des médias » pendant une longue période parce qu’il va continuer son spectacle pseudo radical au Parlement français et à la télévision, et gagnera juste un tout petit peu moins d’argent.

Comme le Front de Gauche et Mélenchon ont échoué avec leurs 11,10% (soit 3,9 millions électeurs) à passer devant le Front National aux élections présidentielles (le FN a obtenu 17,9% des voix soit 6,4 millions d’électeurs), Mélenchon remportera une sorte de vengeance personnelle et politique s’il est élu contre Marine Lepen. Dans les deux cas, il aura de toute façon attiré l’attention des médias pendant 6 semaines, et ce sera tout bénef.

Pour le moment, ce qui préoccupe la classe ouvrière en France ce n’est pas tant les prochaines élections (même si la majorité des travailleurs iront certainement voter), mais la crise de l’euro et les licenciements massifs reportés par les patrons et la droite après les élections. Je doute que Mélenchon, le Parti de Gauche et le Front de gauche (auquel appartient le PCF), seront en mesure d’organiser les travailleurs contre ces licenciements massifs ou de promouvoir une lutte commune des travailleurs européens pour briser les schémas imposés par les Etats nationaux et les divers pays européens, avec l’aide du FMI et la BCE. Tout le travail reste à faire !

En ce qui concerne le président Hollande, ses choix pour son premier gouvernement ne laissent aucune place à l’espoir d’un changement significatif. Mais, comme nous le savons, il y a toujours un certain écart entre notre perception pessimiste de la social-démocrate et des partis staliniens et la façon dont la classe ouvrière analyse (ou fait semblant d’analyser) la situation politique et ses possibilités. Nous allons tous devoir apprendre à la dure, je le crains, qu’il n’y a pas de place pour une solution réformiste-capitaliste à la crise actuelle qui soit douce et indolore. Les travailleurs grecs ont perdu plus de 25% de leurs salaires et de leurs retraites en un an. Les travailleurs des autres pays d’Europe devront faire un choix : subir des mesures similaires ou réagir.

Post-scriptum
Sur la notion de social patriotisme et son application actuelle, on pourra lire aussi sur ce site http://www.mondialisme.org/spip.php?article1835

Notes

1. Le modèle de Mélenchon et de son Parti de Gauche était Die Linke en Allemagne. Mais son incapacité à influencer la politique en Allemagne laisse leurs imitateurs français dans un certain désarroi. Aussitôt se sont-ils précipités pour saluer le succès de la coalition Syrisa en Grèce, cette coalition dont le dirigeant Tsipras déclare que, s’il forme un gouvernement après les prochaines élections, il refusera de payer la dette... tout en ne faisant rien pour être sanctionné par l’UE ! Un bon exemple des contorsions de la "gauche de la gauche" auxquelles nous devons nous attendre.... (28 mai 2012).

2. Le Nouveau Parti Anticapitaliste, a été fondé en 2008/2009 par la LCR, groupe trotskiste ancien, lié à l’une des nombreuses "Quatrième Internationale" – celle dirigée autrefois par Pierre Frank, Michel Pablo et Ernest Mandel, entre autres. Son projet était de créer un grand parti, sur le modèle de Die Linke en Allemagne, du Bloque de Esquerda au Portugal, du Parti des travailleurs au Brésil, de Rivoluzione Comunista en Italie, du SSP en Ecosse, et d’autres partis ou coalitions hétéroclites. Si le projet du NPA a séduit pas mal de monde au début (il est passé de 3.000 à 10.000 membres), il a rapidement échoué et le Parti est retourné plus ou moins à son noyau néotrotskyste initial de 3.000 personnes.

En partie à cause de discussions féroces sur l’islam politique et sur la compatibilité entre le port du hijab et le fait d’être candidate du NPA aux élections ; en partie parce qu’il n’a pas de gagné beaucoup de voix aux élections européennes et régionales de 2009 et 2010 (les nouveaux membres du NPA nourrissaient de fortes illusions électoralistes, comme en témoignent leurs interviews de l’époque, illusions cyniquement encouragées par les dirigeants plus expérimentés) ; en partie parce que ses jeunes et nouveaux membres étaient un peu trop impatients et pas assez formés pour assumer un travail politique à long terme ; et enfin sans doute aussi parce que le Parti de Gauche, créé à la même période, avait un projet assez semblable. Il n’y avait pas de place pour deux partis fourre-tout soi-disant à « gauche » du Parti socialiste.

Bien que les « révolutionnaires » français vivent sur leur vieille réputation barricadière de 68, en fait, ils se sont complètement intégrés au jeu électoral démocratique-bourgeois depuis les années 1970. Les subventions publiques sont désormais au cœur de la vie interne et externe de ces groupes, spécialement pour la LCR/NPA qui ne dispose pas toujours des fonds suffisants pour financer ses activités et sa presse (dans "Ca te passera avec l’âge, paru en 2006, Alain Krivine racontait toutes les acrobates que ses camarades étaient régulièrement obligés de faire pour combler le déficit de son organisation).

Pour les élections présidentielles de 2012 par exemple, les candidats « révolutionnaires » (comme tous les candidats) ont obtenu une avance de 153 000 euros par l’Etat français, et ils devront rembourser 53% de leurs dépenses s’ils obtiennent plus de 5% des voix. S’ils obtiennent moins de 5% des voix ils devront rembourser 95% de ce qu’ils ont dépensé. Les dirigeants du NPA prévoyaient avant les élections de dépenser 800.000 euros pour leur campagne, et de demander un prêt bancaire. En fait, comme presque 2/3 des militants sont partis au Parti de Gauche ou dans la nature avant les élections présidentielles de 2012, ils ont dû réduire considérablement leurs ambitions. Une des raisons pour lesquelles les groupes « révolutionnaires » présentent plus de 50 candidats aux élections législatives est que, même s’ils n’ont pas d’élus, ils reçoivent une somme globale de 44.000 euros, s’ils dépassent 1% des votes, plus 1,63 euro par voix pendant 5 ans ! Pour les élections législatives de 2005, LO a reçu 500.000 euros ainsi que la LCR. La manipulation de tout cet argent public, même si ces groupes jonglent sans doute aussi avec des crédits bancaires, est assez tentante, spécialement quand ils ne croissent pas assez vite pour être en mesure de recevoir des millions d’euros de cotisations de leurs membres et sympathisants.

3. Maintenant que le premier tour est passé, il faut remarquer qu’il a atteint seulement 11% et a totalement échoué à faire barrage au Front national (qui a gagné presque un million de voix !). Le Front national a élargi son influence dans toutes les couches de la population particulièrement parmi les ouvriers, les jeunes et les femmes. La campagne de Mélenchon n’a absolument pas réussi à freiner l’ascension du Front national car sa base sociale n’est pas du tout la même que celle du PCF et du Front de gauche (28 mai 2012).