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Les comiques « antiracistes » sur-médiatisés renforcent les préjugés qu’ils prétendent combattre

dimanche 26 décembre 2004, par Yves

Lundi 15 mars 2004, la radio « Rires et Chansons » organisait une « soirée contre le racisme ». Évidemment Elie Seimoun était invité mais pas son ex-compère Dieudonné. Pourtant, rien d’essentiel ne les sépare en ce qui concerne la manipulation irresponsable des pulsions racistes et xénophobes de leur public. De Coluche à Muriel Robin, de Michel Leeb (1) aux Inconnus, l’ « antiracisme » proclamé est un véritable fonds de commerce pour certains artistes médiatiques. Aussi ne faut-il pas s’étonner que Dieudonné dérape sur Israël, alors que presque tous les autres comiques célèbres aujourd’hui dérapent quotidiennement sur les Arabes, les Antillais, les Portugais, les Africains, les Asiatiques, les homosexuels, les femmes… et les Juifs (Coluche compris).
Plutôt que de crier au retour de la censure (Matthieu Lindon* et Pierre Marcelle*), au complot des « judéocentristes » (dixit la Maman Dieudonné* ! - faudra qu’elle refile ce nouveau « concept » à Le Pen et Mégret, ils en feront certainement leur miel), à une imaginaire « dictature du politiquement correct » ou de rappeler avec complaisance toutes les blagues racistes qui ont permis - et permettent - à des comiques français prétendument antiracistes de remplir leurs salles… et leurs poches (Sorj Chalandon*), il aurait mieux valu s’interroger sur la motivation essentielle de la plupart de ces humoristes choyés par les médias.

Pour un Guy Bedos qui retira son sketch sur le Maroc parce qu’il recevait des lettres de félicitations de spectateurs racistes, combien d’Elie Seimoun (qui s’en prend de façon ordurière aux Portugais et aux Africains), de Michel Leeb (qui ridiculise de façon ignoble les Africains), de Coluche (qui colporte les pires préjugés en prétendant faire du second degré) ? Sans compter les Oncle Tom de l’antiracisme, les Pascal Legitimus et autres Djamel Debouze, qui jouent sur les stéréotypes concernant la paresse des Antillais ou la délinquance de ce que les crétins appellent les « Beurs » pour mieux paraît-il « lutter contre le racisme ».
Si les comiques voulaient vraiment s’attaquer aux fondements du racisme, il faudrait qu’ils démolissent les fondements et les icônes du nationalisme français : de Napoléon à De Gaule, en passant par Jeanne d’Arc, de l’ « exception culturelle française » à la prétendue supériorité du « modèle français d’intégration », de la supériorité gastronomique aux performances sexuelles supposées des Français, de la Coupe du monde de foot au Tour de France, ce ne sont pas les thèmes qui manquent.

Il a fallu attendre plus d’un mois après l’ « affaire Dieudonné » pour que Libération publie enfin, dans ses pages « Rebonds » du 16 mars, un article qui démonte systématiquement (peut-être même un peu trop) les mécanismes de l’humour et en particulier du comique des Bigard (qui, entre mille autres perles du même acabit, compare les femmes à du gibier dans son sketch « Le lâcher de salopes ») et autres humoristes médiocres.

Par-delà son vocabulaire intello un peu irritant, ce texte montre bien à quel point les comiques médiatiques font appel aux instincts grégaires et à la soumission : il suffit d’écouter la radio Rires et chansons pour s’en rendre compte. Les spectateurs rient avant même que leur comique préféré n’ouvre la bouche, ils s’esclaffent très souvent à des blagues éculées ou mal ficelées, voire complètement à contretemps. Celles-ci se terminent presque toujours par des chutes parfaitement prévisibles. On a l’impression que les spectateurs sont venus pour rire à tout prix et abandonnent tout esprit critique dès qu’ils posent leur cul sur le fauteuil d’une salle de spectacle.

« Loin d’être idéologiquement innocente, la blague fait lever la foule en soi. Elle est un procédé éprouvé de la rhétorique fasciste pour faire rire le peuple aux dépens des autres, suspects par essence », écrit Thomas Clerc. Notre « professeur de littérature contemporaine et stylistique » n’aime pas les « fonctionnaires du rire », les « humoristes tarifés », car, pour lui, le seul bon humour est l’humour imprévisible (la repartie ad hoc) ou le burlesque. On n’est pas obligé de le suivre dans cette affirmation un peu « extrémiste » et certainement subjective.

Et surtout il oublie de mentionner un élément terre à terre mais essentiel : les comiques médiatiques veulent faire du pognon et pour cela tout leur est bon. Il suffit de voir l’évolution d’un Eddy Murphy aux États-Unis qui commença sa carrière en tenant un discours politique extrêmement radical dans des clubs, puis à la télévision, et qui aujourd’hui travaille pour Disney et produit des films parfaitement consensuels en évitant soigneusement de parler du racisme qui gangrène les États-Unis.

Mais les comiques médiatiques sont-ils vraiment courageux ? Ont-ils vraiment envie de faire de l’auto-dérision, de la lutte contre les préjugés racistes, chauvins et xénophobes des « Gaulois », leur fonds de commerce ? Auraient-ils le même succès financier s’ils s’attaquaient de front aux préjugés racistes et sexistes ?

Y.C.

* Matthieu Lindon, Pierre Marcelle, Sorj Chalandon et Maman Dieudonné se sont exprimés dans Libération.

1. On remarquera que, sur le site des amis de Dieudonné, notre "comique" défend les blagues pseudo antiracistes (en fait anti-africaines)de son collègue Michel Leeb. Quand on vous disait que ce petit monde ne pense qu’au pognon... et ne pèse pas l’importance des mots.

POST-SCRIPTUM (décembre 2004)
Si l’on avait des doutes sur l’antisémitisme (ou l’ignorance abyssale) de Dieudonné, son dernier passage à l’émission d’Ardicon en décembre 2004 ne laisse plus guère de place au doute. On remarquera que Dieudonné est comme Ramadan avec son fameux "moratoire" à propos de la lapidation, il a besoin d’une enquête ou d’une longue discussion avant d’affronter dans un cas un bobard antisémite, dans l’autre une pratique inhumaine. Deux types très courageux.

Thierry Ardisson : Vous dites que Israel et l’Afrique du Sud ont préparé un programme d’épuration ethnique ensemble...

Dieudonné : Je ne dis pas ensemble.

TA : Mais c’est dans votre livre avec Mukuna, livre interdit à la vente.

Dieudonné : Ecoutez, il y a une femme, Wangari Maathai, Prix Nobel de la paix, qui déclare que le SIDA est une invention pour anéantir la population noire d’Afrique... Lorsque le prix Nobel s’interroge, c’est important, c’est pour ça qu’ il faut que l’ONU créé une commission d’enquête indépendante, neutre, pour déterminer d’où vient la maladie.

TA : Mais vous en êtes à penser qu’il y a eu un projet pour détruire les Noirs d’Afrique ?

DD : C’est pas moi, c’est elle. Au début, je ne voulais pas y croire, c’est trop horrible. Mais vous me parliez du nazisme, la folie humaine peut aller très très loin. C’est pour ça qu’il faut qu’une commission etc.

TA : Mais qui avait intérêt à détruire les Noirs d’Afrique ?

Dieudonné : C’est cette commission qui nous le dira.

On trouve le texte complet des propos de Dieudonné sur le site

http://soutiendieudo.free.fr/article.php3?id_article=112

Les copains de Dieudonné prétendent que c’est Ardisson qui a fait le lien entre les Juifs, Israël et l’invention du Sida, et que "Dieudo" aurait été piégé et ses propos déformés. Le lecteur jugera par lui-même en lisant le texte complet de l’interview. Il est évident que Ardicon est un démagogue catholique, monarchiste et réactionnaire qui veut faire de l’Audimat et pour cela invite n’importe qui, des stars du cinéma X aux hommes politiques en passant par Tarik Ramadan et des écrivains, des acteurs ou des artistes, quitte ensuite à se montrer grossier avec ses invités, à leur soumettre les questions les plus idiotes et à faire étalage de son ignorance crasse sur toutes les questions, à part quelques potins sans intérêt sur leur vie privée.

Mais qui fait sans arrêt de la lèche à Ardicon ? Dieudonné lui-même comme en témoignent ses propos reproduits sur le site de ses amis cité ci-dessus.

Qui avance des affirmations absurdes comme l’hypothèse qu’il y a aurait eu des "centaines de millions" d’Africains déportés hors d’Afrique et qu’une bonne moitié seraient morts de la traite ? Dieudonné l’ignorant. Les historiens sérieux estiment qu’il n’y a pas eu en tout plus de 12 millions d’esclaves déportés.

Qui dissimule le fait que l’esclavage était un des fondements des sociétés africaines avant la colonisation et que les trafiquants d’esclaves se sont appuyés sur un réseau d’esclavagistes composé d’’Africains et de commerçants arabes ? Dieudonné l’ignorant.

Qui explique qu’il ne se passe plus rien au Rwanda, et qu’il vaut donc mieux s’occuper de la Palestine, alors que le problème des réfugiés dans les pays limitrophes du Rwanda est toujours brûlant et que les manoeuvres meurtrières de l’Etat français et des multinationales françaises en Afrique continuent de plus belle ? Dieudonné l’ignorant, celui qui s’intéresse passionnément aux souffrances de ses ancêtres mais se désintéresse des souffrances des Africains d’aujourd’hui.

Qui ose comparer la Shoah, système d’extermination organisé par les nazis allemands, avec la traite des esclaves, système co-organisé par les élites africaines et les marchands d’esclaves arabes et européens ? Dieudonné l’ignorant.

Rappelons enfin qu’aux Etats-Unis la majorité des Noirs américains sont persuadés que le Sida a été inventé par... la CIA pour exterminer les Noirs américains. Les bobards sur l’invention du Sida sont donc légion.

Rappelons aussi que c’est dans ce même pays que la Nation de l’Islam, organisation raciste et antisémite, affirme que les Juifs (et pas les blancs protestants !) ont profité de la traite des esclaves pour s’enrichir sur le dos des Africains. Or qui a fait ce rapprochement quand son meeting a été attaqué par le Betar ? Dieudonné qui parle de "négriers" à propos de ces fascistes juifs qui l’ont traité de "sale négro".

S’il avait vraiment voulu dénoncer le racisme (ou en tout cas l’indifférence ou la neutralité douteuse) d’une partie des Juifs français, il aurait évoqué le silence assourdissant des organisations de la communauté juive à propos des attentats racistes en Corse contre les Maghrébins ou à propos des "bavures" régulières de la police française contre des jeunes issus de l’immigration.

Et s’il avait voulu dénoncer le racisme d’une partie des Israéliens, il lui aurait suffi de mentionner tous les problèmes qu’ont rencontré les Juifs éthiopens (les fallashas) qu’Israël a fait venir et qui eux ont été en butte au racisme bien réel d’une partie de leurs "coréligionnaires".

Mais Dieudonné, qui se pique d’être un esprit politique, préfère chercher ses arguments dans les poubelles antisémites tout en jouant les victimes du racisme des juifs et en se désintéressant complètement des problèmes de la FrançAfrique.