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Fargette, claquettes et lieux communs

publié par Yves, le dimanche 22 avril 2012

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« Y a pas d’café, pas de coton, pas d’essence

En France, mais des idées, ça on en a.

Nous on pense… »

Michel Sardou, Le Temps des Colonies.

Parmi la plét­hore de gros malins qui ont cru se mon­trer très nova­teurs à l’extrême gauche en repre­nant des concepts et des « réfle-xions » qu’ils esti­maient tel­le­ment supéri­eures aux « dogmes » du vieux mou­ve­ment ouvrier et qui se sont fina­le­ment retrouvés à dire la même chose que Marine Le Pen ou Claude Guéant, le triste mon­sieur Fargette qui publie aujourd’hui une atta­que contre Ni Patrie Ni Frontières n’aurait certes pas retenu notre atten­tion.

Sauf peut-être à titre de cas d’école, à l’usage des jeunes géné­rations, tant il sait cumu­ler en un seul texte, ce qui est géné­ra­lement dif­fusé dans une œuvre entière, en matière de proxi­mité avec la sém­an­tique et la vision de l’Histoire de l’extrême droite.

On y trouve l’évo­cation du « racisme anti-Blancs » (soyons justes, avant lui, de tris­tes pitres méd­ia­tiques censés incar­ner la gauche avaient déjà validé ce bon vieux concept fas­ciste). Que chacun se garde bien de dis­cu­ter la vali­dité et l’ori­gine de cette absur­dité, M. Fargette les accu­sera de « procès en sor­cel­le­rie » : chez le gau­chiste fas­ciné par la rhé­to­rique néof­asc­iste en effet, il y a une cons­tante. Lui peut trai­ter sans le moin­dre com­men­ce­ment de preuve son contra­dic­teur de sta­li­nien, mais que celui-ci ne s’avise pas, même devant l’évid­ence, de dén­oncer ses col­lu­sions idéo­lo­giques avec les bret­teurs d’extrême droite.

Il faut s’arrêter sur ce que signi­fie cette expres­sion « procès en sor­cel­le­rie » : la sor­cière lorsqu’elle est présentée de manière posi­tive est celle qui trans­gresse à raison la loi géné­rale, celle qui ose s’appro­prier des savoirs inter­dits, ce qui lui vaudra la haine des Inquisiteurs, pétris de leurs cer­ti­tu­des dépassées. Voilà com­ment se voient les Fargette et consorts, lorsqu’ils explo­rent les concepts néo-fas­cis­tes, per­suadés d’être des « trans­gres­seurs », jon­glant avec des inter­dits réacti­onn­aires.

Il faut évid­emment une bonne dose d’aveu­gle­ment pour penser cela : com­ment Guy Fargette a-t-il pu publier ce texte contre NPNF, où il évoque un affron­te­ment mil­lén­aire entre l’Orient et l’Occident, une césure fon­da­men­tale qui oppo­se­rait d’un côté une « civi­li­sa­tion isla­mi­que » obs­cu­ran­tiste et sta­ti­que à une « civi­li­sa­tion grec­que », qui malgré quel­ques écueils, quel­ques retours en arrière, va tou­jours plus loin vers l’athé­isme et le ratio­na­lisme, sans voir un seul ins­tant qu’il disait juste exac­te­ment la même chose que Claude Guéant ?

Le pire étant qu’il emploie natu­rel­le­ment les mêmes mét­hodes que le minis­tre de l’Intérieur ou Marine Le Pen pour vali­der ses conclu­sions : la recette consiste sim­ple­ment à ne jamais attri­buer le même sens aux évè­nements selon qu’ils se dér­oulent dans une prét­endue civi­li­sa­tion ou dans l’autre.

Ainsi, pour Marine Le Pen comme pour Guéant, le nazisme ou les atro­cités com­mi­ses au nom du chris­tia­nisme en Europe ou par des Européens ne disent rien sur notre fameuse « civi­li­sa­tion » : il s’agit d’ « inci­dents isolés » en quel­que sorte, voire d’excep­tions qui confir­me­raient la règle.

Fargette ose même dire que cher­cher les causes du nazisme ou du fas­cisme éga­lement dans les fai­bles­ses du mou­ve­ment ouvrier revien­drait à rendre les « colo­nisés » res­pon­sa­bles de la « colo­ni­sa­tion »... Ben oui, les mil­lions de prolét­aires qui ont applaudi les fas­cis­tes, ceux qui sont allés bien plus loin en par­ti­ci­pant acti­ve­ment à la plus grande entre­prise de persé­cution des mino­rités (et d’exter­mi­na­tion en ce qui concerne les Juifs et les Tsiganes) étaient des...colo­nisés.

Et qu’étaient donc leurs vic­ti­mes alors ?

Et que devient la colo­ni­sa­tion, la vraie, celle à laquelle s’est livrée l’Occident dans ce dis­cours où tout le monde, hormis une infime mino­rité était « colo­nisée » ?

Ben rien. Parce que le Guy Fargette, comme la Marine Le Pen, faut pas venir l’emmer­der encore avec des trucs comme la colo­ni­sa­tion, alors que ses aspects posi­tifs seraient indén­iables. Par exem­ple, l’ « immense aug­men­ta­tion démog­rap­hique » qu’ont connu les pays colo­nisés grâce à l’apport de la méde­cine occi­den­tale. Non mais, oh, on a ramené les vac­cins à ces sau­va­ges, on leur a appris la pro­preté, et permis de pondre à tout va des mou­flets en bonne santé, et eux vien­nent nous emmer­der pour l’exploi­ta­tion, les mas­sa­cres, l’oppres­sion quo­ti­dienne qui ont certes ponc­tué une petite cen­taine d’années de leur his­toire ?

Parce que les Bougnoules, ils étaient par­faits peut-être ? Faut quand même se rap­pe­ler qu’ils ont pra­ti­qué l’escla­vage aussi, ces culpa­bi­li­sa­teurs nés des temps moder­nes... Alors que nous, on l’a aboli après l’avoir pra­ti­qué quand même.

Trêve de débats, Fargette conclut comme Guéant ne l’a même pas osé

« Y. C. et ses core­li­gion­nai­res en (post-)marxisme ne par­don­ne­ront jamais à la civi­li­sa­tion occi­den­tale d’avoir inventé et ins­ti­tué la démoc­ratie, avec son prin­cipe d’égalité uni­ver­selle devant la loi (iso­no­mia en grec ancien), les révo­lutions éman­ci­pat­rices, la sortie de la reli­gion, le mou­ve­ment ouvrier, l’éman­ci­pation des femmes, l’abo­li­tion du prin­cipe même de l’escla­vage, la phi­lo­so­phie, le théâtre, la science moderne, etc. »

La civi­li­sa­tion a inventé et ins­ti­tué donc.... Qu’on ne vienne pas parler à Monsieur Fargette de la guerre sociale, qu’on ne vienne pas lui dire qu’à priori Diderot et Louis XVI ne se sen­taient pas spéc­ia­lement liés par des accords « civi­li­sa­tion­nels », qu’on ne vienne plus l’embêter avec le « post­marxisme » et lui rap­pe­ler que les révo­luti­onn­aires éman­ci­pateurs furent la cible de la même mitraille que celle qui servit à flin­guer les colo­nisés qui ne se satis­fai­saient pas qu’enfin on jouât Andromaque à Alger.

Et qu’on ne vienne pas non plus, lui raconter des fables qui mon­tre­raient que la lutte des clas­ses et l’uni­ver­sa­lisme aient pu éclore ailleurs qu’en Europe. Ailleurs, en « Arabie » comme en Chine, il ne s’est rien passé de toute façon, hormis quand la culture de la civi­li­sa­tion grec­que a touché les riva­ges de ces terres sau­va­ges et an-his­to­ri­ques.

Dire le contraire est cons­truc­tion « posi­ti­viste » de ces affreux marxis­tes et « core­li­gion­nai­res » post­marxis­tes, ces empoi­son­neurs de cer­veaux qui empêchent encore et tou­jours le monde libre de lutter contre l’obs­cu­ran­tisme. L’ennemi intérieur, encore quel­que chose de bien peu ori­gi­nal, que Monsieur Fargette dén­once dans les mêmes termes que n’importe quel fas­ciste : le bol­che­vik, le « sta­lino-gau­chiste » et ses « core­li­gion­nai­res post­marxis­tes » ( bien sûr ce sera un nou­veau procès en sor­cel­le­rie, mais tout de même Monsieur Fargette ne sait-il pas que le syno­nyme poli­ti­que de « core­li­gion­naire marxiste » est géné­ra­lement « judéo-bol­che­vik » ? Ne sait-il pas qui popu­la­risa l’idée que les com­mu­nis­tes incar­naient l’Orient infil­tré au cœur de l’Occident, notam­ment parce que la plu­part auraient été juifs et tous mani­pulés par les Juifs ?).

Voilà résumé et sans exagé­ration aucune le fonds de la dia­tribe contre NPNF, et contre Yves Coleman, cou­pa­ble de n’avoir pas reconnu la supér­iorité mil­lén­aire de l’Occident (et celle de Guy Fargette, car natu­rel­le­ment, si Monsieur Fargette n’est en aucun cas res­pon­sa­ble des rares tares de sa « civi­li­sa­tion », il va sans dire par contre qu’il en porte la lumi­neuse clarté dans sa petite per­sonne, et qu’en le cri­ti­quant, c’est Mozart, et aussi Thucydide qu’Yves Coleman assas­sine).

En ce qui nous concerne, nous n’avons rien à déb­attre avec Monsieur Fargette. S’il nous pre­nait l’envie de dis­cu­ter avec des racis­tes per­suadés à la fois de l’infér­iorité des sociétés non europé­ennes, et de la supér­iorité de l’Occident, nous n’irions certes pas choi­sir Monsieur Fargette comme contra­dic­teur et Mondialisme.org comme média. Avec 800 visi­teurs connectés en moyenne, Fdesouche serait tout de même plus ren­ta­ble pour ce genre d’expéri­ence.

C’est ce que nous avions dit à Yves Coleman quand il avait com­mencé à se confron­ter avec la prose de Lieux Communs et de Magmaweb sur les ban­lieues, les musul­mans et l’islam. Prose que nous n’avons pas lue dans le détail, il est vrai, mais nous avions déjà lu et relu la prose de Christine Tasin et de Pierre Cassen pour un texte trai­tant des racis­tes prét­en­dument de gauche, et l’on ne peut pas non plus se taper l’intég­rale de leurs épi­gones.

Mais voilà, Yves Coleman n’a pas en lui une once de bol­che­visme, c’est un huma­niste d’une rec­ti­tude abso­lue. Dans sa concep­tion, oh com­bien génér­euse, de l’être humain et poli­ti­que, des gens qui un jour se sont déclarés amis de l’égalité et de la révo­lution sociale acquièrent tou­jours à ses yeux le droit d’être écoutés et contre­dits argu­ment par argu­ment. Certains voient la cruche à moitié pleine, d’autres la voient à moitié vide, mais Yves Coleman, lui, voit sou­vent la der­nière goutte d’eau d’une mer en voie d’assèc­hement défi­nitif comme le départ pos­si­ble d’un nouvel o-céan.

C’est sans doute la raison pour laquelle il a publié des textes du site Lieux Communs, en les assor­tis­sant d’une cri­ti­que de son cru, effec­ti­ve­ment. Et c’est aussi la raison pour laquelle il est aujourd’hui atta­qué avec vio­lence par ces mêmes per­son­nes dont il a pour­tant publié les textes dans leur intég­ralité.

Cette publi­ca­tion intég­rale de textes dont on ne par­tage pas la ligne est une spé­ci­ficité de NPNF à l’intérieur de l’extrême gauche, spé­ci­ficité qui donne lieu à de nom­breux contre­sens concer­nant l’ani­ma­teur de la revue. Nous pen­sions, avant de le connaître, qu’il était évid­emment anar­chiste, dans la mesure où il avait relayé tel­le­ment de textes de grou­pes français et inter­na­tio­naux. Imprégnés de cette culture d’oppo­si­tion et de cloi­son­ne­ment per­ma­nent, d’auto­pro­mo­tion de chaque groupe poli­ti­que, nous étions restés un peu per­plexes en com­pre­nant qu’il ne l’était pas et sans doute ne lui avons-nous pas épargné la grande ques­tion rituelle « Mais alors TOI t’es quoi ? »

Nous connais­sons main­te­nant Yves Coleman depuis des années, mais nous n’avons pas de rép­onse en « iste » à appor­ter à cette ques­tion.

Et peu nous importe, tant NPNF est impor­tant à nos yeux pour ce que cette revue apporte concrè­tement et non pour la manière dont elle s’auto-défi­nirait. NPNF n’a pas de ligne, mais elle pro­pose une sur­face au sein de laquelle tout mili­tant révo­luti­onn­aire, et plus glo­ba­le­ment toute per­sonne pro­gres­siste pourra puiser pour enri­chir sa propre pra­ti­que, sa propre idéo­logie.

Que cette dém­arche ne soit pas com­prise, peu importe.

Par contre, nous ne pou­vons évid­emment pas lais­ser passer les sa-lope­ries débitées sur notre cama­rade, comme si elles rele­vaient des aléas du débat entre mili­tants d’un même camp.

Rien ne jus­ti­fie qu’on pro­fite de sa cama­ra­de­rie passée avec quelqu’un pour dif­fu­ser des éléments, vrais ou faux sur sa vie privée, et ce d’autant plus quand il s’agit de se pen­cher sur ses gènes pour expli­quer son par­cours poli­ti­que. Ce genre d’igno­mi­nie à lui seul, caracté­rise le camp auquel appar­tien­nent les gens de Lieux Communs et le rap­port que tout mili­tant, ne serait-ce que de gauche, doit avoir avec eux.

Alors ensuite, quand ces clones mal­sains de Riposte Laïque vien­nent repro­cher à Yves Coleman son « hiber­na­tion mili­tante », on atteint le comble de l’aveu­gle­ment. Yves Coleman a bien pu faire ce qu’il vou­lait de sa vie : appren­dre les cla­quet­tes en Ouganda ou vendre des chur­ros sur les mar­chés de Bar-le-Duc, aujourd’hui lui édite une revue de classe, ouverte sur le monde. Objectivement, eh bien cela signi­fie poten­tiel­le­ment que la vente de chur­ros est une acti­vité qui rend moins fas­ciste, moins aigri et moins suf­fi­sant que passer vingt ans dans les cer­cles ultra-moisis d’une cer­taine radi­ca­lité pseudo-sub­ver­sive à la mords-moi-le-nœud.

C’est quand même un ensei­gne­ment intér­essant, quand on y pense, le seul que nous ait apporté la lec­ture de Guy Fargette.

Luftmenschen, 22 avril 2011

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