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Mohamed Merah, Houria Bouteldja et la compassion à deux vitesses

publié par Yves, le samedi 14 avril 2012

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Sous le titre « Mohamed Merah et moi (1) » Houria Bouteldja, tou­jours à la pointe de la négation de l’antisé­mit­isme et de la confu­sion poli­ti­que, a consa­cré une partie de son inter­ven­tion du 31 mars 2012 au « Printemps des quar­tiers » à nous expli­quer savam­ment le « contexte » des actes cri­mi­nels et antisé­mites de Mohamed Merah.

Il faut mal­heu­reu­se­ment citer cette prose car elle est emblé­ma­tique de tout un cou­rant de pensée réacti­onn­aire qui dép­asse les mai­gres effec­tifs du PIR (Parti des Indigènes de la République) :

« Mohamed Merah c’est moi. Quel âge avait-il le 11 sep­tem­bre ? 12 ans. Un enfant en cons­truc­tion. Depuis, comme moi, il a subi l’incroya­ble cam­pa­gne media­tico-poli­ti­que isla­mo­phobe qui a suivi les atten­tats contre les deux tours. Parce que Mohamed Merah, 12 ans, c’était déjà Ben Laden. Et vice et versa. Sûrement, à l’école, on lui a imposé une minute de si-lence pour les vic­ti­mes du 11 sep­tem­bre. « Comme moi, l’école ne l’a jamais invité à se recueillir pour les Rwan-dais, les Afghans ou les Palestiniens. Comme moi, il a subi la des­truc­tion du foyer his­to­ri­que de la Mésopotamie et assisté au mas­sa­cre des Irakiens en direct live. Comme moi, il a assisté à la pen­dai­son de Saddam Hussein, en direct live, le jour de l’Aïd. « Tous les deux, lui et moi, moi et lui, nous avons subi impuis­sants la deuxième affaire du voile, l’exclu­sion et l’humi­lia­tion de nos sœurs à l’école. On a vu com­ment le pou­voir, toute honte bue, avait trans­formé un prin­cipe fon­da­men­tal de la répub­lique, la laïcité, en arme de combat con-tre nous. « On a vécu les bom­bar­de­ments de Gaza, et les rév­oltes popu­lai­res de 2005, suite à la mort de Zied et Bouna. Comme moi, il sait que des Juifs, je dis bien DES Juifs, jeunes comme lui, français comme lui, peu­vent pren­dre l’avion pour Tel Aviv, enfi­ler l’uni­forme israélien, par­ti­ci­per à des exac­tions de l’armée la plus morale du monde selon les mots de BHL et reve­nir en France tran­quilles, pei­nards. Comme moi, il sait qu’il sera traité d’antisé­mite s’il sou­tient les Palestiniens colo­nisés, d’intégr­iste s’il sou­tient le droit de porter le fou­lard. « Mohamed Merah c’est moi, et moi je suis lui. Nous sommes de la même ori­gine mais sur­tout de la même condi­tion. Nous sommes des sujets post­co­lo­niaux. Nous sommes des indigènes de la répub­lique. »

Si l’on com­prend bien ce rai­son­ne­ment tor­tueux mais hélas assez rép­andu, les véri­tables vic­ti­mes de la tuerie de Toulouse, ce seraient Mohamed Merah et tous les « sujets post­co­lo­niaux » ? Verrons-nous bientôt le PIR mani­fes­ter aux cris de « Nous sommes tous des Mo-hamed Merah » ?

Mais Houria Bouteldja ne s’arrête pas là et s’enfonce un peu plus dans les eaux trou­bles de la com­pas­sion uni­laté­rale. En effet, si elle com­pa­tit avec la dou­leur de la mère de Mohamed Merah, elle n’a pas un mot pour la mère de Jonathan Sandler, ni pour celle de Gabriel (4 ans) et Arieh (5 ans), ni pour la mère de Myriam Monsonego (7 ans) tués par un « sujet post-colo­nial » le 19 mars 2012 à Toulouse. Pas un mot non plus pour la mère d’Aaron Bryan Bijaoui, gra­ve­ment blessé par Merah.... Mais il faut dire que ces mères-là ne béné­ficiaient du label « indigènes de la République » (2).

C’est sans doute ce que le PIR et les anti­sio­nis­tes appel­lent le « deux poids deux mesu­res » ?

Y.C., Ni patrie ni fron­tières, 14 avril 2012

1. http://www.indi­ge­nes-repu­bli­que.fr/...

2. Un lec­teur m’ayant fait remar­quer que mon compte rendu était mal­honnête, je repro­duis donc le pas­sage de Bouteldja concer­nant les mères : "Au nom de Printemps des quar­tiers, je vou­drais ici expri­mer notre pro­fonde tris­tesse aux famil­les, aux pères et aux mères des vic­ti­mes, adul­tes et enfants de l’effroya­ble tuerie de Toulouse et Montauban et réitérer nos condolé­ances. "Au nom de Printemps des quar­tiers, je vou­drais éga­lement que nous ayons tous ici ce soir une pensée soli­daire pour Madame Zoulikha Aziri, mère de Mohamed Merah qui tra­verse aujourd’hui une épr­euve insou­te­na­ble."

Autant le nom, la reli­gion, les ori­gi­nes de la mère de Merah sont expli­ci­te­ment men­tionnées et présentées comme signi­fi­ca­ti­ves et dignes d’expli­ca­tions "poli­ti­ques" à la sauce post­co­lo­niale, autant les mères des enfants et de l’adulte juifs assas­sinés par Merah sont main­te­nues par Bouteldja dans l’ano­ny­mat le plus total. Leur iden­tité juive est niée, la moti­va­tion antisé­mite évid­ente de Merah est dis­si­mulée. C’est bien cette négation gros­sière de l’antisé­mit­isme qui pose pro­blème.

Bouteldja n’est sans doute pas antisé­mite, elle nie « seu­le­ment » l’antisé­mit­isme de Merah comme celui du Hamas et de sa charte. Elle nie l’exis­tence de l’antisé­mit­isme en France. Elle nie la dimen­sion antisé­mite des actes de Merah. Quelqu’un qui ne trouve pas antisé­mite une orga­ni­sa­tion qui reprend les salo­pe­ries des Protocoles des sages de Sion dans sa Charte (le Hamas), quelqu’un qui ne voit pas la dimen­sion sym­bo­li­que séculaire du meur­tre d’enfants juifs, quelqu’un qui essaie d’expli­quer ces meur­tres d’enfants juifs par le « contexte », et quelqu’un qui s’iden­ti­fie quel­que part à Mohamed Merah au nom d’une reli­gion et d’ori­gi­nes com­mu­nes, com­ment le/la qua­li­fier ? Irresponsable ? Sans doute. Ignorante ? Non. Cynique et cal­cu­la­trice ? Oui.

Elle fait avec Mohamed Merah la même chose que cer­tains ultra­gau­ches firent avec Faurisson. Récupérer un salaud pour se faire de la pub, tout cela au nom de la mél­asse iden­ti­taire à la mode. Que ce soit les Identitaires d’extrême droite (Riposte laïque, Bloc Identitaire, FN, etc.) ou les Identi-taires de gauche (Mélenchon, les théo­riciens du post-colo­nia­lisme ou le PIR) on a affaire aux mêmes rai­son­ne­ments sur la pri­mauté des « raci­nes » eth­ni­ques et reli­gieu­ses sur la posi­tion de classe.

Quant à mettre sur le même plan les meur­tres d’enfants et les meur­tres de sol­dats, là aussi cela me pose un pro­blème sur­tout pour une anti­sio­niste pro­fes­sion­nelle. Quand il s’agit du petit Mohammed al Dourah, tué dans un éch­ange de tirs en Palestine, les « sio­nis­tes » (tra­duire les Juifs ou les Israéliens) sont des meur­triers d’enfants pales­ti­niens. Quand il s’agit du meur­tre délibéré d’enfants juifs à Toulouse, en dehors de toute guerre civile ou pro­ces­sus de colo­ni­sa­tion, un meur­trier d’enfants juifs béné­ficie de mul­ti­ples et sub­ti­les expli­ca­tions.

Post-scrip­tum du 25 avril : Suite à l’arti­cle ci-dessus, différents sites Internet affir­ment que j’accu­se­rais Mme Houria Bouteldja d’antisé­mit­isme. Ce qui est faux. Je me vois donc obligé de pré­ciser davan­tage, pour les inter­nau­tes de bonne foi qui n’auraient pas com­pris le sens de ma cri­ti­que (je doute qu’il y en ait beau­coup mais on ne sait jamais) pour­quoi l’ano­ny­mat des vic­ti­mes juives me choque dans l’arti­cle/dis­cours de Mme Bouteldja.

Je m’étonne que la porte-parole du PIR ne connaisse pas l’impor­tance de nommer les vic­ti­mes après un mas­sa­cre. Et dans ce cas les mères des vic­ti­mes juives de Toulouse. Elle se sou­vient du nom de l’assas­sin, du nom de sa mère, mais oublie de men­tion­ner les noms des vic­ti­mes juives et de leurs mères qu’elle condamne à l’ano­ny­mat.

Pourtant les Indigènes n’arrêtent pas de dén­oncer le post­co­lo­nia­lisme et les conséqu­ences de l’escla­vage. Une des conséqu­ences de l’escla­vage est le fait que les Afro-des­cen­dants (ce qui est mon cas) por­tent le nom du pro­priét­aire de leurs ancêtres, ou en tout cas un nom fixé par celui-ci.

En ce moment, si l’on écoute les radios antillai­ses, on ne peut igno­rer que plus de cin­quante per­son­nes sont mobi­lisées pour intro­duire sur Internet tous les ren­sei­gne­ments patro­ny­mi­ques concer­nant les ancêtres des Antillais, bien vivants eux, arrivés en Martinique et en Guadeloupe et réduits en escla­vage. Des tra­vaux iden­ti­ques sont menés par les Afro-Américains aux Etats-Unis, avec en plus des recher­ches sur leur ADN, recher­ches bien en phase avec les théories racia­les encore en vigueur en Amérique.

Pour les Juifs mas­sa­crés par Hitler des efforts simi­lai­res ont été déployés pour sortir de l’ano­ny­mat tous ceux dont le nom avait été rem­placé par un simple matri­cule.

Dans un contexte aussi lourd, j’ai du mal à com­pren­dre pour­quoi Mme Bouteldja prive de noms les vic­ti­mes juives de Mohamed Merah, et de leurs mères, mais tar­tine sur la mère de l’assas­sin en don­nant son nom.

C’est ce deux poids deux mesu­res que je dén­once, car il est lourd de signi­fi­ca­tions, d’igno­rance ou d’incons­cience, pour être cha­ri­ta­ble...

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