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Bilan provisoire des altermondialismes : « Victoires » des altermondialistes ou changements des rapports de forces interétatiques ? (6/7)

mardi 10 avril 2012, par Yves

Si l’on en croit les altermondialistes, de nombreux sommets internationaux auraient été des échecs comme en témoigne la liste des « échecs » qui figure dans la première partie (point 1.2). Or selon Eddy Fougier « les manifestations des mouvements protestataires n’ont pas eu réellement d’incidence sur le déroulement et le résultat des négociations qui se sont soldées par un échec. Ce sont en fait les dissensions entre les États parties aux négociations – entre, d’une part, les États-Unis et l’Europe, notamment sur le dossier agricole, et, d’autre part, les pays du Nord et du Sud – et l’impossibilité d’aboutir à un compromis qui ont été à l’origine de cet échec. À Seattle est née, en effet, une fronde des pays du Sud. Ceux-ci se sont révoltés contre le mode de décision asymétrique traditionnel en matière commerciale. Ils ont mis en cause le rôle de la "Quad", la Quadrilatérale composée des États-Unis, de l’Union européenne, du Japon et du Canada (…) et les décisions prises par quelques représentants de gouvernements en dehors des enceintes officielles de négociation ».

Une analyse à méditer.

Nous ne sommes plus en 1945, ni même en 1975. Il existe désormais 30 pays émergents dont les plus importants sont la Chine, l’Inde, le Brésil, le Mexique et l’Afrique du Sud. Et des crises financières importantes ont touché les pays du Sud et ont amené les plus développés d’entre eux à ne plus se laisser imposer aussi facilement les règles fixées par les vieilles puissances.

En 1994/1995 le Mexique a été gravement frappé (perte de 50 % du pouvoir d’achat des salariés, taux de chômage de 25%, etc.)

En 1997 la crise a touché plusieurs pays asiatiques, elle a commencé en Thaïlande, et a eu des prolongements en Russie et au Brésil. Les conseils du Fonds monétaire international n’ont fait qu’aggraver les problèmes durant la crise elle-même

La crise argentine de 2001-2002 a mis sur les genoux le « meilleur élève du Fonds monétaire international ».

La crise qui touche les pays du Sud et l’échec des politiques du Fonds monétaire international expliquent sans doute (davantage que l’existence des mouvements altermondialistes) le fait que les pays en développement ne soient plus prêts à accepter des accords dont les bénéfices commerciaux sont inéquitablement répartis entre le Nord et le Sud. Les tentatives de reprendre les négociations commencées à Doha échoueront à Cancun en 2003, puis à Hong Kong en 2005.

À partir de 2003 une série de pays du Sud (Argentine, Brésil, Indonésie, etc.) remboursent leurs dettes avec anticipation grâce à la hausse du cours des matières premières.

Cette « nouvelle situation fait la part belle aux relations bilatérales directes entre nations, au sein desquelles les rapports de force jouent à plein » (Polet). Donc plus qu’une « victoire » de l’altermondialisme, il faut souligner que certains pays émergents disposent momentanément d’une marge de négociation plus grande, facilitée par la hausse de quelques matières premières comme le pétrole. Mais cela ne débouche pas et ne débouchera pas sur une véritable union des pays du Sud qui menacerait les grandes puissances, ou le capitalisme fusse-t-il financier.

Il faut signaler aussi la création d’espaces régionaux Sud-Sud qui sont soit purement commerciaux, soit de coopération financière, économique, technologique, diplomatique ou militaire :

– le Mercosur, Marché commun du Sud, créé en 1991, et formé par l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay, le Paraguay et le Venezuela,

– l’ASEAN, Association des nations de l’Asie du Sud-Est, créée en1967 : Philippines, Singapour, Thaïlande, Brunei, Vietnam, Laos, Birmanie, Cambodge, Timor oriental,

– la SADC, Communauté de développement d’Afrique australe, créée en 1979 et qui comprend 14 Etats : Angola, Botswana, Afrique du Sud, RDC, Mozambique, Tanzanie, Namibie, Maurice, etc.

– la SAARC, Association de l’Asie du Sud pour la coopération régionale, créée en 1985 : Inde, Bangladesh, Pakistan, Sri Lanka, Népal, Afghanistan

– et l’ALBA, Association bolivarienne pour les peuples de notre Amérique, créée en 2005 : Venezuela, Cuba, Bolivie, Nicaragua.

Enfin, la compétition entre bailleurs de fonds facilitée par l’arrivée de la Chine en Afrique permet aussi à certains pays du Sud de relever la tête. Mais les altermondialistes ne s’intéressent guère au rôle de la Chine, à ses pratiques commerciales, etc. Puisqu’il s’agit d’une puissance du Sud, il est impossible, selon leurs schémas, qu’elle fasse partie de « l’Axe du mal ».

Y.C.

Ce dossier se compose de 7 articles

1. Bilan provisoire des altermondialismes : Altermondialisme… ou altercapitalisme ?

2. Bilan provisoire des altermondialismes : Les précurseurs

3. Bilan provisoire des altermondialismes : Quelques points de repère sur les origines du mouvement

4. Bilan provisoire des altermondialismes : Le rôle d’ATTAC et du Monde diplomatique

5. Bilan provisoire des altermondialismes : Les axes idéologiques d’ATTAC et du mouvement