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Chine : nouvelles réflexions sur la question syndicale

lundi 5 mars 2012

Sous le titre La Question syndicale en Chine, nous avons publié en mai une brochure reproduisant des documents officiels, officieux et militants sur le problème, central pour le Parti communiste, d’établir un instrument de régulation des conflits du travail qui se sont multipliés dans la période récente. Ce qui suit, avec La grève qui a enflammé l’été chinois, constitue en quelque sorte le dernier état de la question tel qu’il est décrit dans le China Labour Bulletin (1).

En 1993, le ministère du travail avait publié un texte « Réflexions de base sur la régulation du travail dans la Chine d’aujourd’hui », qui envisageait un système dans lequel les travailleurs et l’encadrement des entreprises pourraient, de leur propre initiative, engager des négociations sur les salaires et les conditions de travail, le gouvernement se tenant un peu en retrait et n’intervenant que si cela apparaissait nécessaire. Un tel système ne fut jamais mis en place : en fait ce furent les dirigeants d’entreprise qui décidèrent des conditions d’exploitation et ignorèrent pratiquement tout ce qui pouvait être introduit pour protéger les travailleurs.

Dans la dernière décennie, les conflits sociaux ont pris de plus en plus d’importance et l’extension des grèves et protestations diverses depuis le début de 2010 ont montré que cette situation n’était plus tenable. Les règles énoncées en 1993 ont été remises au goût du jour. Mais, si quelques officiels du gouvernement ont maintenant une vision plus réaliste et pragmatique des relations de travail, la plupart des dirigeants du Parti communiste ne se déprennent pas de l’idée que, dans l’intérêt de l’entreprise, patrons et travailleurs doivent se retrouver unis dans une vision commune, ceci dans la perspective de l’établissement d’une « société harmonieuse ».

La solution du problème, au niveau local, repose sur une transformation des relations entre les gouvernements locaux et les dirigeants d’entreprise. Les employeurs, pris dans un réseau relationnel avec les gouvernants locaux, doivent prélever une part importante de leurs gains pour répondre aux différentes « charges », depuis les impôts locaux (souvent la vache à lait pour les prébendes locales) jusqu’aux pots-de-vin de la corruption ; la part de plus-value dévolue aux salaires s’amenuise encore lorsque les donneurs d’ordre pris dans la compétition mondiale font pression pour une réduction des coûts. La tentation est grande, devant des revendications ouvrières, de résister par tous moyens coercitifs, sinon de fermer l’usine ou de lever le pied sans payer les salaires arriérés. Une situation inextricable qu’une fraction du pouvoir central tente de modifier, au moins en lançant des ballons d’essai.

C’est ce qui vient de se passer dans le Guangdong, la grande région industrielle du sud jouxtant Hongkong. Le gouvernement de la province (certainement avec l’appui d’une fraction dirigeante du Parti) a émis des « Règles pour un encadrement démocratique des entreprises ». Ces règles, qui auraient force de loi dans la province après approbation du Congrès provincial du Parti, prévoit que si un tiers de l’effectif de l’usine demande des négociations collectives sur les salaires avec la direction, le syndicat de l’entreprise doit organiser des négociations, ce qui ouvre la voie à des négociations collectives.

Mais toute une partie du patronat, ­notamment celui de Hongkong, a fait annuler une clause du texte originel de ce règlement qui prévoyait l’élection démocratique de représentants des travailleurs pour engager ces négociations ; cette annulation fait que c’est le syndicat officiel ACFTU (All China Federation of Trade Unions) qui reprend la main, syndicat bien connu pour n’être que la courroie de transmission du Parti et des dirigeants d’entreprises.

L’intervention des groupements patronaux de Hongkong n’est pas innocente : la plupart des entreprises du Guangdong sont aux mains de capitalistes de Hongkong.

De plus, ils tentent de propager l’idée, à destination à la fois du Parti et des travailleurs, que si ce règlement était adopté, on verrait un exode massif des usines de la région soit vers l’intérieur de la Chine, soit hors de Chine. Armé de cet argument massue, ils ont réussi à faire de telle sorte que le règlement des conflits du travail, même édulcoré par leur précédente intervention, soit écarté de l’ordre du jour du Congrès local du Parti fin septembre : ledit règlement devient seulement indicatif sans avoir force de loi.

Même si dans certaines circonstances trop conflictuelles, l’intervention du Parti au niveau local peut contraindre le management et le syndicat officiel ACFTU à engager des négociations collectives, on peut deviner que, cédant contraints et forcés à leurs pratiques habituelles de règlement unilatéral des conditions de travail, ils ne répondront en aucune façon, ou seulement de manière très limitée, aux revendications de la base ouvrière.

Manifestations et grèves sauvages seront alors de nouveau à l’ordre du jour, à un niveau qui contraindra à poser dans les faits le problème de cette régulation des relations de travail, avec des formes de représentation ouvrière similaire à celles de l’ensemble du monde capitaliste : ces formes pourraient surgir d’elles-mêmes des grèves sauvages, pour être ou combattues ou intégrées. Mais finalement, d’une manière ou d’une autre, la situation devrait conduire à la mise en place d’organismes plus représentatifs de règlements des conflits. ■

(1) Voir « Swimming against the Tide » (Contre le courant), une brève histoire des conflits du travail en Chine et des tentatives du gouvernement de les contrôler (en anglais, copie à Echanges ou sur le site du China Labour Bulletin : http://www.china-labour.org.hk/en)


VOIR AUSSI

◆ « Dernières nouvelles de Chine » dans le n° 87 (été 2010) de la revue allemande Wildcat http://www.wildcat-www.de/wildcat/8.... La crise de l’euro aggrave les problèmes en Chine : la bulle immobilière, les banques, le crédit, la pénurie de main-d’œuvre, autant de défis pour le gouvernement d’un pays en plein développement lourdement dépendant de ses exportations.

◆ « La lutte pour des syndicats indépendants en Chine : Le régime annonce des « réformes » syndicales - vers une démocratisation des syndicats d’Etat ? » (30 septembre 2010), écrit par chinaworker.info. Sur http://www.marxisme.be/fr/index.php...

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