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Sept textes de l’Union ouvrière internationale (1949)

publié par Yves, le jeudi 1er mars 2012

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(Fidèles à notre dém­arche qui consiste à réé­diter ou tra­duire des textes de ten­dan­ces révo­luti­onn­aires peu connues et qui ont com­battu à la fois leur bour­geoi­sie natio­nale, les fas­cis­tes, les natio­na­lis­tes, le sta­li­nisme, la social-démoc­ratie et les différents impér­ial­ismes, nous repro­dui­sons le Manifeste de l’éphémère Union ouvrière inter­na­tio­nale, issue pour l’essen­tiel du mou­ve­ment trots­kyste, qui fut fondée à l’hiver 1948 et comp­tait une cin­quan­taine de mili­tants tant à Paris qu’en pro­vince : G. Munis, Benjamin Péret, Jaime Fernández, Paco Gómez, Sania Gontarbert, Sophie Moen, Edgar Petsch, Agustín Rodríguez, etc. Elle publia un bul­le­tin ronéotypé, "La Bataille inter­na­tio­nale".

1. Manifeste de l’Union ouvrière inter­na­tio­nale (1949)

2. Contre les deux blocs, pour le socia­lisme (août 1950).

3. Lettre de l’Union ouvrière inter­na­tio­nale (R. Mangano, G. Munis, Benjamin Péret, Pesch, Jacques Gallienne, Esteban Bilbao, 1950)

4. Déclaration (1949)

5. Dans quel marasme nous ont-ils plongés ? (1950)

6. Guerre ou paix ? (1950)

7. L’œuvre du sta­li­nisme en Chine (1950)

Ces textes de l’UOI font partie des annexes du tome 1 des Oeuvres choi­sies de G. Munis à paraître pro­chai­ne­ment aux éditions Ni patrie ni fron­tières. NPNF )

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Manifeste de l’Union ouvrière inter­na­tio­nale (1949)

Ouvriers de France, d’Europe et du monde,

Vous avez devant vous un monde pourri qui n’attend que vos coups pour s’enfon­cer dans le passé. Vous êtes les der­niers escla­ves des sociétés d’exploi­ta­tion et de fraude qui, pen­dant des dizai­nes de siècles, se sont succédé les unes aux autres, mais vous êtes aussi leurs ven­geurs, la force active qui doit détr­uire ce monde pourri et en cons­truire un autre sans exploi­ta­tion, ni fraude. Vous êtes la vérité en face du men­songe. Affirmez-la ! Il ne vous faut qu’agir. À cent ans de dis­tance, les paro­les du Manifeste com­mu­niste reten­tis­sent comme une gifle sur le visage de tous les lâches et de tous les traîtres : « Les prolét­aires n’ont à perdre que leurs chaînes et ils ont un monde à gagner. »

La société capi­ta­liste a fait son chemin. Elle est la plus achevée de toutes les sociétés basées sur l’exploi­ta­tion de l’homme que le monde ait connues. Elle a, plus qu’aucune autre, développé les moyens de pro­duc­tion, la science, la culture et la consom­ma­tion géné­rales et même la liberté dans les limi­tes utiles à la mino­rité bour­geoise exploi­teuse de la grande majo­rité de la popu­la­tion. Elle a fouillé le globe en quête de sour­ces de matières pre­mières et de mar­chés ; elle a intro­duit par­tout les rap­ports capi­ta­lis­tes d’exploi­ta­tion, aug­menté numé­riq­uement le prolé­tariat, concen­tré la pro­priété dans [entre les mains d’] un nombre d’hommes de plus en plus réduit. Elle a ainsi, d’une part, agrandi, plus que toutes les pré­céd­entes sociétés d’exploi­ta­tion, la sépa­ration entre la capa­cité du tra­vail natu­rel à l’homme et les ins­tru­ments de tra­vail (machi­nes, tech­ni­ques, terre, forces natu­rel­les, etc.) qui sont indis­pen­sa­bles au libre et plein exer­cice de cette capa­cité. Mais d’autre part, l’his­toire l’a acculée à créer, par le tru­che­ment des misé­rables intérêts bour­geois, les condi­tions requi­ses pour l’ané­ant­is­sement de toute société d’exploi­ta­tion et de fraude. Jadis les escla­ves de Spartacus, les serfs des jac­que­ries ou les sans-culot­tes du XVIIIe siècle ne se rév­oltaient que pour être écrasés ou pour faire triom­pher une nou­velle classe d’exploi­teurs. Aujourd’hui, le prolé­tariat a la pos­si­bi­lité d’orien­ter la société vers la des­truc­tion de toute exploi­ta­tion, toute fraude, toute oppres­sion. Il doit pren­dre pos­ses­sion des ins­tru­ments de tra­vail len­te­ment dérobés à l’homme au cours de lon­gues dizai­nes de siècles, res­tau­rer l’unité entre l’homme et la nature, gage de toute liberté, et ané­antir l’Etat. La rév­olte du prolé­tariat sera la rév­olte de l’huma­nité. S’il se mon­trait inca­pa­ble de se rév­olter, il entraî­nerait l’huma­nité vers une nou­velle ser­vi­tude pour des dizai­nes de siècles.

La société capi­ta­liste ne peut plus offrir à l’huma­nité qu’un avenir de misère, de régr­ession sociale et cultu­relle, de dic­ta­tu­res poli­cières et de guer­res de plus en plus san­glan­tes, quel que soit prés­en­tement le groupe capi­ta­liste qui domine (USA ou URSS). Cependant les forces éco­no­miques ont atteint un niveau qu’elles n’ont jamais connu, bien que leur dével­op­pement soit actuel­le­ment freiné par le système qui leur sert de cadre. Ce système est aujourd’hui entiè­rement rongé par la contra­dic­tion entre le dével­op­pement des forces de pro­duc­tion et la capa­cité d’absorp­tion du marché. Cette contra­dic­tion entraîne un mal­thu­sia­nisme éco­no­mique crois­sant, géné­rateur demain d’une lente dég­ra­dation tech­ni­que, indis­pen­sa­ble au main­tien sous une forme ou sous une autre de la divi­sion de la société en clas­ses ou en castes et des pro­fits que cette divi­sion vaut à la couche domi­nante. Il suf­fi­rait que les tra­vailleurs s’empa­rent de l’appa­reil de pro­duc­tion et le remet­tent en marche au profit de l’ensem­ble de l’huma­nité pour que la tech­ni­que et la culture connais­sent un essor aujourd’hui ini­ma­gi­na­ble.

La surin­dus­tria­li­sa­tion des Etats-Unis capa­ble de donner à la majo­rité des tra­vailleurs de ce pays un niveau de vie lar­ge­ment supérieur à celui que connais­sent les tra­vailleurs du reste du monde, exploités à la fois par leurs pro­pres capi­ta­lis­tes et par l’impér­ial­isme amé­ricain et russe, permet cepen­dant d’entre­voir les pos­si­bi­lités que recèle un système où la pro­duc­tion serait orientée uni­que­ment vers la satis­fac­tion des besoins de la popu­la­tion. C’est ce but que doit s’assi­gner la révo­lution socia­liste dès l’heure de son triom­phe et vers lui que doit tendre la société de tran­si­tion qui naît avec sa vic­toire. Cette société ne doit pas perdre de vue un seul ins­tant l’interdép­end­ance étr­oite qui existe entre la pro­duc­tion et la consom­ma­tion même dans le système capi­ta­liste. Le profit qui, dans le système actuel, s’inter­cale entre la pro­duc­tion et la consom­ma­tion com­prime tantôt l’une, tantôt l’autre, si bien qu’au moment où consom­ma­tion et pro­duc­tion entrent en conflit ouvert, le profit tend à dis­pa­raître si la consom­ma­tion est res­treinte, d’où les crises du capi­ta­lisme, ou à s’accroître, si la consom­ma­tion dép­asse la pro­duc­tion. Dans la société de pro­duc­tion d’où le profit doit être banni sous quel­que forme que ce soit, l’éco­nomie pla­ni­fiée a pour but essen­tiel d’accor­der pro­duc­tion et consom­ma­tion, la satis­fac­tion de cette der­nière devant être envi­sagée comme étalon de la pro­duc­tion, et non le profit comme dans le système capi­ta­liste. Toute éco­nomie « pla­ni­fiée » qui ne tient pas compte des néc­essités des masses est ipso facto orientée à [vers] la satis­fac­tion des besoins d’une mino­rité exploi­teuse cons­ti­tuant la couche domi­nante de la société et rame­nant celle-ci vers des normes capi­ta­lis­tes. Elle relève de l’éco­nomie dirigée et, de nos jours, ne peut que reje­ter la société plus pro­fondément dans la décad­ence.

Depuis qu’en 1914 a éclaté la pre­mière guerre impér­ial­iste, le capi­ta­lisme est entré dans sa phase décad­ente et la société dans la crise la plus déci­sive de l’his­toire. Son bilan des trente der­nières années est maca­bre. Deux fois, le monde a été entraîné à [dans] la guerre, des dizai­nes de mil­lions d’hommes ont été tués, et le tra­vail de plu­sieurs géné­rations a été détruit sans autre rés­ultat que de décider quel groupe d’escla­va­gis­tes domi­ne­rait le monde. Chaque fois, les gou­ver­ne­ments de chaque pays ont appelé leurs popu­la­tions res­pec­ti­ves au mas­sa­cre des popu­la­tions des pays enne­mis au nom de la liberté et du bien-être futur, car ce qu’ils ne peu­vent pas donner aujourd’hui, ils le pro­met­tent pour demain à l’instar de toutes les reli­gions. Il en est résulté une misère et une oppres­sion accrues ainsi qu’une régr­ession sociale aujourd’hui évid­ente pour tous. Sans se sou­cier de leurs pro­mes­ses, les vain­queurs, n’écoutant que leur vora­cité, mena­cent encore de décl­encher un nou­veau car­nage pour s’arra­cher les uns aux autres les dépouilles du vaincu.

Dès 1914, les forces de pro­duc­tion, les forces humai­nes et la culture avaient atteint le niveau néc­ess­aire pour accom­plir la révo­lution sociale. Dès lors, une grande alter­na­tive s’est présentée pour l’huma­nité et en par­ti­cu­lier pour le prolé­tariat et les clas­ses pau­vres en général : révo­lution ou guer­res conti­nuel­les, des­truc­tion de la civi­li­sa­tion, décad­ence et rechute dans la bar­ba­rie. La guerre était le signal de l’épui­sement des pos­si­bi­lités posi­ti­ves de la forme sociale capi­ta­liste ; elle aurait dû être détr­uite. Le prolé­tariat des deux camps bel­ligérants aurait dû retour­ner les armes que les capi­ta­lis­tes et les lea­ders ouvriers met­taient entre ses mains pour « vain­cre l’ennemi », contre ces mêmes capi­ta­lis­tes et lea­ders ouvriers.

Trente ans d’oppres­sion et de souf­fran­ces inouïes auraient été ainsi épargnés au monde, trente ans de crimes comme on en n’avait jamais vu jusqu’ici. Il s’agis­sait de détr­uire cette société d’exploi­ta­tion sans égard pour les patries qu’elle avait pro­dui­tes et non pas de détr­uire l’Allemagne au profit de l’Angleterre et de la France, ou ces deux [pays] au profit de l’Allemagne. Mais les lea­ders ouvriers, fai­sant corps avec les exploi­teurs, réus­sirent à impo­ser la guerre pour la des­truc­tion d’un groupe de nations au profit d’un autre. Au dilemme posé par l’évo­lution humaine dont la solu­tion posi­tive com­man­dait la fra­ter­ni­sa­tion des peu­ples dans la révo­lution sociale, fut sub­sti­tué un dilemme faux et réacti­onn­aire : triom­phe du capi­ta­lisme alle­mand ou triom­phe du capi­ta­lisme français ou anglais qui, en fin de compte, fut sim­ple­ment le triom­phe du capi­ta­lisme amé­ricain. Rejeté vio­lem­ment, loin de son but, au moment où il allait l’attein­dre, faussé dans son essence et son acti­vité quo­ti­dienne, le mou­ve­ment ouvrier subit un très grave recul idéo­lo­gique et une immense déf­aite, puisqu’il s’était mis hon­teu­se­ment au ser­vice du capi­ta­lisme, le jour même où il aurait dû le détr­uire.

Grâce à l’action fon­ciè­rement inter­na­tio­na­liste, anti­pa­trio­ti­que, déf­ait­iste révo­luti­onn­aire des bol­che­viks, le triom­phe de la révo­lution russe rétablit les termes exacts du dilemme his­to­ri­que présenté à l’huma­nité, en appe­lant les peu­ples à s’empa­rer de l’éco­nomie et du pou­voir poli­ti­que, à ané­antir l’Etat capi­ta­liste et à retour­ner leurs armes contre leur propre gou­ver­ne­ment. Certes, la tra­hi­son des lea­ders de l’Internationale socia­liste n’aurait eu qu’une portée très limitée si la révo­lution russe n’avait pas, elle-même, été trahie quel­ques années après sa vic­toire. Ainsi, bien avant l’écla­tement de la seconde guerre impér­ial­iste, la Troisième Internationale et le gou­ver­ne­ment du Kremlin avaient renié, beau­coup plus com­plè­tement et beau­coup plus per­fi­de­ment qu’en 1914, la Deuxième Internationale, le grand dilemme his­to­ri­que, trahi le prolé­tariat et contri­bué eux-mêmes de toutes leurs forces à pous­ser la société à la décad­ence à tra­vers les guer­res, la surex­ploi­ta­tion et le tota­li­ta­risme bureau­cra­ti­que et poli­cier. C’est là le far­deau acca­blant qui pèse sur le prolé­tariat mon­dial, le rend scep­ti­que, para­lyse son action révo­luti­onn­aire et en fait, par le tru­che­ment des lea­ders « com­mu­nis­tes » et réf­orm­istes, une vic­time du capi­ta­lisme.

Si la pre­mière guerre impér­ial­iste avait déjà montré aux exploités du monde – à ceux des pays bel­ligérants en par­ti­cu­lier – le besoin urgent d’en finir avec le capi­ta­lisme et ses car­na­ges pér­io­diques, la seconde guerre leur a montré de nou­veau le même besoin mais dans des termes infi­ni­ment plus pére­mpt­oires et d’une manière beau­coup plus urgente. Le triom­phe des Nations unies, comme celui de l’Axe, ne pou­vait qu’appro­fon­dir la crise de déc­om­po­sition et de décad­ence, aggra­ver la situa­tion du prolé­tariat et des clas­ses pau­vres en général, saper leur confiance et leur com­ba­ti­vité, vicier leur pensée par le mép­ri­sable poison natio­na­liste et pro­lon­ger la vie du capi­ta­lisme, depuis long­temps périmé. C’est sur­tout à cause des partis dits com­mu­nis­tes, liés à Moscou, qu’une telle ten­dance a été adoptée ou plutôt imposée aux masses. En reniant l’inter­na­tio­na­lisme prolé­tarien et en accep­tant la guerre impér­ial­iste, d’abord à côté de Hitler/Staline, puis à côté de Roosevelt/Staline/Churchill, le sta­li­nisme ne fai­sait qu’obéir aux intérêts réacti­onn­aires du gou­ver­ne­ment de Moscou, son maître et subor­neur, mais il infli­geait au prolé­tariat une déf­aite plus grave que l’écra­sement d’une insur­rec­tion par les armes capi­ta­lis­tes, qu’il parlât et agit en faveur du fas­cisme contre les plou­to­cra­ties impér­ial­istes ou en faveur de celles-ci contre le fas­cisme, il res­tait dans le camp des forces de décad­ence, dont l’intérêt vital exi­geait que le prolé­tariat fût pri­son­nier du dilemme faux et réacti­onn­aire (vic­toire d’un groupe de nations capi­ta­lis­tes sur un autre) pour l’empêcher de poser son propre dilemme : révo­lution sociale et fra­ter­nité prolé­tari­enne ou guerre impér­ial­iste et bar­ba­rie. Allié à Berlin ou Washington, Moscou ne chan­geait pas de camp par rap­port aux intérêts du prolé­tariat qui sont les intérêts his­to­ri­ques de toute l’huma­nité. Ce fut la preuve la plus concluante que le Kremlin ne représ­entait pas la révo­lution russe de 1917, mais bien ses des­truc­teurs.

En effet, aucune poli­ti­que révo­luti­onn­aire n’est pos­si­ble aujourd’hui, et le prolé­tariat sera inca­pa­ble de sortir de l’escla­vage, si l’on ne com­prend pas que l’actuel gou­ver­ne­ment de Moscou et tous ses partis dans le monde représ­entent, non la révo­lution mais la contre-révo­lution russe. Dans les vieux pays capi­ta­lis­tes, l’Etat, sa police, ses lois et ses tri­bu­naux concen­trent et représ­entent par de mul­ti­ples voies les intérêts de tous les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels qui exploi­tent le prolé­tariat ; dans la Russie de Staline, l’Etat est pres­que l’unique capi­ta­liste et exploi­teur. Ainsi se trou­vent concen­trés dans ses mains la pro­priété et l’exploi­ta­tion de type capi­ta­liste, la police, la lég­is­lation et les tri­bu­naux qui sou­tien­nent les deux pre­mières. Jamais dans l’his­toire, depuis les der­niers stades de la décad­ence romaine, on n’a vu une si mons­trueuse concen­tra­tion de pou­voir. C’est cela qui a donné au régime du Kremlin son caractère si com­plè­tement tota­li­taire.

Les pers­pec­ti­ves géné­rales de Marx et Engels par­taient de la cons­ta­ta­tion que les sociétés, quel­les qu’elles soient, nais­sent, se dével­oppent, dégénèrent et dis­pa­rais­sent pour lais­ser la place à une société nou­velle qui, à son tour, subit le même sort. Leur cri­ti­que se situe à l’époque où le capi­ta­lisme va attein­dre son apogée et les empêche de dis­cer­ner net­te­ment les caractères spé­ci­fiques du capi­ta­lisme pour­ris­sant. Ils n’avaient pas envi­sagé qu’il attein­drait ce stade. Le dével­op­pement considé­rable du mou­ve­ment ouvrier dans les der­nières années de leur exis­tence per­met­tait d’ailleurs d’espérer que le parti révo­luti­onn­aire du prolé­tariat détr­uirait la société capi­ta­liste au moment où celle-ci ces­se­rait d’avoir une valeur posi­tive, même rela­tive, pour l’ensem­ble de l’huma­nité. Il convient de noter ici que Marx et Engels considéraient la révo­lution socia­liste comme iné­vi­table, oubliant ainsi l’autre terme de l’alter­na­tive : la décad­ence. Ce n’est pas leur faute cepen­dant si le parti révo­luti­onn­aire est passé à l’ennemi avec armes et baga­ges pour deve­nir le prin­ci­pal obs­ta­cle à l’éman­ci­pation des tra­vailleurs et faci­li­ter ainsi la décad­ence de la société. De là vient la défici­ence de leurs pers­pec­ti­ves géné­rales. En effet, l’opti­misme de leurs pré­visions s’étant trouvé en défaut à cause des hommes, du fac­teur sub­jec­tif, les pers­pec­ti­ves tou­chant à l’évo­lution du capi­ta­lisme vers la dégén­ére­scence acqui­rent de ce fait un caractère som­maire puis­que ces pré­visions leur parais­saient super­flues, le parti révo­luti­onn­aire du prolé­tariat devant éviter la décad­ence en détr­uisant la société capi­ta­liste. Par ailleurs, on doit conve­nir que les caractères de dégén­ére­scence du capi­ta­lisme étant à peine sen­si­bles à leur époque, il leur était dif­fi­cile de dén­oncer l’évo­lution future de la société en l’absence d’une révo­lution sociale triom­phante.

Les pers­pec­ti­ves éco­no­miques de Marx se sont confirmées dans leurs gran­des lignes, encore que, dans ce dével­op­pement, cer­tains traits nou­veaux soient appa­rus qui cons­ti­tuent le contenu même de la décad­ence.

Le phénomène de concen­tra­tion du capi­tal a amené, par exem­ple des trans­for­ma­tions dans les formes de la pro­priété et de la concur­rence. Au pre­mier stade du capi­ta­lisme moderne, le stade du libé­ral­isme éco­no­mique, la pro­priété était stric­te­ment indi­vi­duelle et n’expri­mait que le capi­tal investi dans l’entre­prise. La concur­rence était le fait de la lutte entre les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels sur un marché res­treint qui attei­gnait rare­ment l’éch­elle natio­nale. Mais la néc­essité, engen­drée par le dével­op­pement du machi­nisme, d’inves­tir des capi­taux de plus en plus considé­rables a amené l’asso­cia­tion du capi­ta­lisme indi­vi­duel puis, à la fin de ce stade, la société ano­nyme, où d’immen­ses capi­taux pro­ve­nant d’une mul­ti­tude de petits capi­ta­lis­tes sont gérés par un tout petit nombre d’hommes, sans que ces petits capi­ta­lis­tes puis­sent inter­ve­nir dans la ges­tion de leurs fonds.

Au second stade, celui de l’impér­ial­isme, la pro­priété ne cesse pas d’être privée, mais les sociétés ano­ny­mes se grou­pent en trusts et en car­tels qui règ­lem­entent les prix, tout en se livrant entre eux une guerre acharnée pour la conquête de mar­chés de plus en plus vastes. Si, au stade pré­cédent, l’Etat cons­ti­tue un fac­teur d’équi­libre rela­tif entre les capi­ta­lis­tes, à l’époque de l’impér­ial­isme il devient l’agent d’exé­cution directe des grou­pes capi­ta­lis­tes les plus puis­sants qui se com­bat­tent pour en obte­nir le contrôle exclu­sif à leur seul béné­fice.

L’auto­ma­tisme de ce pro­ces­sus se pour­sui­vant, on arrive au troi­sième stade – capi­ta­lisme d’Etat – où la pro­priété, deve­nue impuis­sante à conser­ver son caractère capi­ta­liste par ses pro­pres moyens, se met à l’abri de l’Etat, s’efface devant lui, se fond en lui. La pro­priété devient indi­vise entre les mem­bres de la classe ou de la caste qui détient le pou­voir poli­ti­que, si bien qu’elle cesse, en Russie, par exem­ple, d’être fonc­tion du capi­tal investi ini­tia­le­ment par les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels, ceux-ci étant pres­que entiè­rement dis­pa­rus [ayant pres­que entiè­rement dis­paru]. Leur rôle se limite dés­ormais, dans les autres pays où les moyens de pro­duc­tion ont été plus ou moins natio­na­lisés, à empo­cher une part du profit, l’autre part étant absorbée par les bureau­cra­tes de l’appa­reil d’Etat et de l’appa­reil éco­no­mique. En somme, la concen­tra­tion qui s’est opérée sur le plan éco­no­mique conduit auto­ma­ti­que­ment le capi­ta­lisme à concen­trer ses forces poli­ti­ques et éco­no­miques dans les mêmes mains, dans le seul but de mieux rés­ister aux assauts des masses.

L’abais­se­ment du niveau de vie des masses labo­rieu­ses, cons­tant depuis la pre­mière guerre impér­ial­iste mon­diale, n’a pour ainsi dire pas été prévu par Marx et Engels, car il rés­ulte de l’évo­lution rét­rog­rade du capi­ta­lisme à notre époque. Cet abais­se­ment du niveau de vie se mani­feste de plu­sieurs manières : d’abord par la création, entre les deux guer­res, d’immen­ses armées de chômeurs en Allemagne, en Angleterre et aux Etats-Unis, par exem­ple, puis par une dimi­nu­tion abso­lue du niveau de vie de l’ensem­ble du prolé­tariat, par­ti­cu­liè­rement sen­si­ble en France où il s’est abaissé en moyenne de 50%. Enfin le niveau de vie des tra­vailleurs des pays impér­ial­istes s’est encore abaissé à cause du mono­pole de la tech­ni­que par la classe domi­nante qui, par le tra­vail à la chaîne mené à un rythme hale­tant, conduit à une régr­ession cultu­relle ini­ma­gi­na­ble et à un épui­sement rapide des tra­vailleurs.

En URSS et dans les pays du « glacis », le tra­vail forcé tend à deve­nir une forme d’exploi­ta­tion nor­male qui permet encore d’abais­ser considé­rab­lement le niveau de vie des tra­vailleurs qui y éch­appent, l’inter­dic­tion de la grève leur reti­rant toutes pos­si­bi­lités d’action en vue de l’amél­io­ration de leur situa­tion.

Enfin, le phénomène qui est peut-être le plus nota­ble de notre époque est sans doute la faveur dont jouit la pay­san­ne­rie chez les cou­ches domi­nan­tes des démoc­raties bour­geoi­ses d’Europe occi­den­tale aussi bien que des « démoc­raties popu­lai­res » d’Europe orien­tale. Ce sont les seules cou­ches socia­les – hormis les clas­ses diri­gean­tes y com­pris, à l’Est, les bureau­cra­ties syn­di­ca­les et poli­ti­ques sta­li­nien­nes et réf­orm­istes – qui aient prospéré depuis une dizaine d’années aux dépens du prolé­tariat et des clas­ses moyen­nes urbai­nes évid­emment. La raison en est simple : une couche de pay­sans satis­faits ne sera pas tentée de se lier au prolé­tariat pour réa­liser la révo­lution socia­liste et cons­ti­tue ainsi un obs­ta­cle sup­plém­ent­aire d’une effi­ca­cité cer­taine contre celle-ci.

Les pers­pec­ti­ves poli­ti­ques du marxisme, rela­ti­ve­ment au rôle du prolé­tariat, ne se sont pas réalisées parce que la pos­si­bi­lité d’une décad­ence du capi­ta­lisme a été rejetée et parce que le rôle du fac­teur sub­jec­tif a été considé­rab­lement sous-estimé par le marxisme ou plus exac­te­ment n’a pas été suf­fi­sam­ment indi­qué.

La crise de la société actuelle est la crise révo­luti­onn­aire la plus impor­tante et la plus déci­sive de toute l’his­toire de l’huma­nité. Jusqu’à présent, l’évo­lution sociale et les révo­lutions qui l’ont confirmée et développée don­naient tou­jours lieu à l’élé­vation au pou­voir d’une nou­velle classe domi­nante. Mais l’évo­lution, les révo­lutions, les décad­ences et les renais­san­ces antéri­eures ont pro­duit tous les éléments matériels et humains néc­ess­aires pour en finir avec toute exploi­ta­tion d’une classe par une autre et per­met­tre à l’homme de faire face, sans divi­sions socia­les, au monde extérieur, à la nature et de les mettre à son ser­vice. L’ins­tru­ment de ce bou­le­ver­se­ment social, c’est le prolé­tariat, la classe des tra­vailleurs qui ne peut s’éman­ciper par l’oppres­sion d’une autre classe, mais uni­que­ment en libérant toute l’huma­nité. Il y a un siècle que le prolé­tariat a com­mencé son héroïque lutte révo­luti­onn­aire mais, depuis ce moment, il a été tou­jours trahi par les orga­ni­sa­tions qui l’avaient appelé à la lutte pour la révo­lution. La Première Internationale ne fit qu’indi­quer la route avant sa dis­so­lu­tion ; la Deuxième Internationale bondit brus­que­ment, en 1914, dans le camp du capi­ta­lisme après une longue pér­iode d’adap­ta­tion bureau­cra­ti­que et par­le­men­taire ; la Troisième Internationale, qui représ­enta vrai­ment la révo­lution mon­diale pen­dant quel­ques années, se trans­forma rapi­de­ment en ins­tru­ment extérieur de la contre-révo­lution russe et sa tra­hi­son a été, pour cette raison même, infi­ni­ment plus grave que toutes les pré­céd­entes. Mais la tra­hi­son de ces orga­ni­sa­tions, prin­ci­pa­le­ment de celles dites com­mu­nis­tes qui pen­dant long­temps ont usurpé le pres­tige de la révo­lution russe, n’était pas seu­le­ment une dés­ertion en pleine bataille, elle signi­fiait que toute la force orga­ni­que et idéo­lo­gique de ces orga­ni­sa­tions pas­sait au ser­vice de la contre-révo­lution mon­diale, indép­end­amment des riva­lités impér­ial­istes. À partir de là, ces orga­ni­sa­tions, de fac­teur révo­luti­onn­aire, se trans­for­maient en fac­teur conser­va­teur, elles deve­naient des auxi­liai­res de la police, des tri­bu­naux et de l’Etat en général. Ainsi, le prolé­tariat se trouve enré­gimenté dans des orga­ni­sa­tions « com­mu­nis­tes », « socia­lis­tes » et syn­di­ca­les dont le but ultime est d’aider la police, l’armée, les tri­bu­naux, l’Etat à rendre impos­si­ble la révo­lution prolé­tari­enne. Voilà tout ce qui empêche le prolé­tariat de se rév­olter et permet au capi­ta­lisme de traîner une exis­tence décad­ente.

Le capi­ta­lisme n’offre aujourd’hui à la société qu’un avenir de plus en plus sombre, un avenir de guer­res, un régime poli­cier et bureau­cra­ti­que dirigé par des fas­cis­tes, des sta­li­niens ou les deux coa­lisés, une dég­ra­dation conti­nuelle du niveau de vie et de culture, un escla­vage accen­tué d’abru­tis­sant tra­vail à la chaîne et de camps de tra­vail forcé, la des­truc­tion de la culture et des connais­san­ces tech­ni­ques au moyen de la tech­ni­que même (bombe ato­mi­que), le rejet de l’huma­nité dans une nou­velle bar­ba­rie. Il n’a plus le droit à l’exis­tence. Toutes les énergies du prolé­tariat et des clas­ses exploitées en général doi­vent tendre à un seul but : sa des­truc­tion.

Ce serait, en réalité, une tâche rela­ti­ve­ment aisée si le prolé­tariat n’avait à vain­cre que les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels et les forces armées de leur Etat. Classe contre classe, révo­lution contre réaction, la vic­toire appar­tien­drait sans conteste et rapi­de­ment au prolé­tariat tant la bour­geoi­sie est dégénérée et, psy­cho­lo­gi­que­ment, se sait vain­cue d’avance. Mais les forces d’ordre et de contre-révo­lution ont trouvé de nou­veaux foyers d’irra­dia­tion et pui­sent de nou­vel­les énergies dans les orga­ni­sa­tions autre­fois ouvrières. Les anciens partis « socia­lis­tes » ne sont plus, comme Blum l’a dit, que les « gérants loyaux des affai­res capi­ta­lis­tes » et les partis dits com­mu­nis­tes (en réalité les plus anti­com­mu­nis­tes qui soient) ne sont que les représ­entants et gérants loyaux de la contre-révo­lution russe, comme ils l’ont prouvé en main­tes occa­sions et avoué dans des cen­tai­nes de déc­la­rations. Lié à la démoc­ratie bour­geoise, le réf­orm­isme socia­liste dégénère avec elle ; lié à la contre-révo­lution russe, le sta­li­nisme se cor­rompt avec elle et vivra, ou périra, avec elle. Mais la caractér­is­tique de la contre-révo­lution russe est la concen­tra­tion et l’exa­cer­ba­tion de la vieille exploi­ta­tion capi­ta­liste dans les mains de l’Etat, ce qui pro­duit une concen­tra­tion de la vio­lence, des mét­hodes poli­cières et bureau­cra­ti­ques du tota­li­ta­risme, que le capi­ta­lisme tra­di­tion­nel n’a jamais atteint même avec Mussolini, Hitler ou Franco. En effet, le régime exis­tant en Russie concen­tre dans ses mains la pro­priété des moyens de pro­duc­tion, par conséquent l’exploi­ta­tion et la vio­lence judi­ciaire et poli­cière qui sau­ve­gar­dent les deux pre­mières, à un degré que l’his­toire n’a jamais connu, même dans la décad­ence de l’ancienne Egypte et de la Rome impér­iale. La pro­priété privée des moyens de pro­duc­tion, signe du vieux capi­ta­lisme, a donné lieu en Russie, sous l’égide de la contre-révo­lution sta­li­nienne, à la pro­priété capi­ta­liste de l’Etat, ce qui fait passer tout le pou­voir et la plus grande partie des béné­fices de l’exploi­ta­tion dans les mains des bureau­cra­tes sta­li­niens. Dans les pays de l’Europe occi­den­tale, par­ti­cu­liè­rement en France, ce sont les partis sta­li­niens et leurs bureau­cra­tes syn­di­caux (CGT) qui ont la main­mise sur la classe ouvrière et s’impo­sent à elle par tous les moyens, depuis la déma­gogie hypo­crite au nom du socia­lisme et de la révo­lution russe, jusqu’à la contrainte sous toutes ses formes dans les usines, et l’assas­si­nat des révo­luti­onn­aires. Sachant que l’évo­lution natu­relle du capi­ta­lisme (concen­tra­tion auto­ma­ti­que de la pro­priété jusqu’à la pro­priété d’Etat) favo­rise ses intérêts, le sta­li­nisme entend faire valoir la domi­na­tion de ses bureau­cra­tes sur la classe ouvrière pour s’impo­ser aux capi­ta­lis­tes indi­vi­duels comme le meilleur représ­entant du capi­ta­lisme en général, c’est-à-dire comme le meilleur déf­enseur du système qui consiste à faire tra­vailler la masse au béné­fice des pri­vilégiés, à main­te­nir la sépa­ration de l’homme des moyens de pro­duc­tion, comme le sau­veur de toutes les forces pour­ries de l’ordre en général, en face du dés­ordre et de l’ « anar­chie » des masses révoltées.

Ainsi, l’ennemi véri­table du prolé­tariat et de la révo­lution sociale n’est pas cons­ti­tué prin­ci­pa­le­ment par les capi­ta­lis­tes indi­vi­duels, que le prolé­tariat pour­rait vain­cre d’une simple claque, ni par leur police, leur armée, leurs tri­bu­naux entiè­rement dis­crédités et pros­ti­tués, mais par les cadres poli­ti­ques et syn­di­caux sta­li­niens qui sub­sti­tuent à l’Etat, là où il est inca­pa­ble de rem­plir sa tâche : main­te­nir la classe ouvrière dans le scep­ti­cisme et la démo­ra­li­sation. Ils sont actuel­le­ment, à notre époque de dégén­ére­scence du capi­ta­lisme, les véri­tables représ­entants de l’Etat. Or, la tâche his­to­ri­que la plus impor­tante du prolé­tariat est de détr­uire la machine de l’Etat, sans quoi la révo­lution sociale ne sera jamais.

Il s’ensuit que, sans détr­uire la puis­sance sta­li­nienne en tant que parti et bureau­cra­tie syn­di­cale (CGT) ainsi que celle de la bureau­cra­tie réf­orm­iste (CGT-FO) ou leur sosies dans d’autres pays, le prolé­tariat est voué à l’impuis­sance et à l’escla­vage, il n’y aura pas révo­lution sociale, mais décad­ence et bar­ba­rie.

Le grand pro­blème de l’époque, la ter­ri­ble tragédie du prolé­tariat consis­tent précisément dans la contra­dic­tion pro­vi­soire entre la matu­rité plus que com­plète des condi­tions his­to­ri­ques, objec­ti­ves et sub­jec­ti­ves, de la révo­lution sociale et son inca­pa­cité orga­ni­que et pra­ti­que de la mettre à exé­cution. La jonc­tion entre les pos­si­bi­lités his­to­ri­ques et les faits ne peut, en conséqu­ence, être réalisée que par une orga­ni­sa­tion révo­luti­onn­aire du prolé­tariat. C’est à cette tâche, que nous, Union ouvrière inter­na­tio­na­liste, enten­dons contri­buer. Toutes les peti­tes orga­ni­sa­tions exis­tant en dehors du réf­orm­isme et du sta­li­nisme se sont révélées impuis­san­tes à ral­lier le prolé­tariat sous un dra­peau com­ba­tif, y com­pris les orga­nis­mes offi­ciels de la IVe Internationale dont nous venons de sortir. La IVe Internationale n’a pas intég­ra­lement main­tenu les tra­di­tions de l’inter­na­tio­na­lisme prolé­tarien et s’en tient encore à la déf­ense de la Russie sans voir que la contre-révo­lution y est entiè­rement accom­plie. Elle cons­ti­tue ainsi une gauche du sta­li­nisme dans tous les pays. La IVe Internationale offi­cielle ne fait de cette manière qu’annu­ler son propre poten­tiel révo­luti­onn­aire. C’est cela qui a donné nais­sance à notre mou­ve­ment, l’Union ouvrière inter­na­tio­na­liste, qui a pour but d’orga­ni­ser le prolé­tariat français, européen et mon­dial en vue de l’accom­plis­se­ment de son grand but his­to­ri­que : LA REVOLUTION SOCIALISTE.

(Ce texte est extrait des archi­ves de Ngo Van, membre de l’UOI en 1949-1950. Elles se trou­vent dés­ormais à l’IISG, Institut d’his­toire sociale, d’Amsterdam. Tous nos remer­cie­ments à H.F. pour nous avoir permis de les pho­to­co­pier.)

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2. Contre les deux blocs, pour le socia­lisme

(Union ouvrière inter­na­tio­nale, Groupe de combat révo­luti­onn­aire, août 1950).

Pendant que les deux puis­san­ces qui écrasent le monde, tuent tous les jours des cen­tai­nes d’hommes, se dis­pu­tent et rasent la Corée, leurs ser­gents recru­teurs cher­chent à convain­cre le monde des vertus paci­fis­tes, démoc­ra­tiques ou socia­lis­tes de l’uni­forme qu’elles offrent avant de l’impo­ser. Mais, dans leur majo­rité, les hommes, sans dis­tinc­tion de race ni de natio­na­lité, mép­risent les lita­nies de [la] pro­pa­gande, trop usées depuis 1914, répudient et haïssent la guerre, car ils savent que les deux camps, quel que soit le vain­queur, assom­bris­sent l’avenir. Cependant, tout le monde, prolét­aires, pay­sans exploités et intel­lec­tuels non vendus, se laisse conduire à la guerre avec un fata­lisme et une résig­nation dignes des saints les plus banals. Mais les saints du chris­tia­nisme croyaient au moins à leur dieu, tandis qu’aujourd’hui les hommes et les clas­ses dont l’action serait déci­sive pour l’avenir immédiat du monde, loin de voir un sau­veur dans la Russie ou les Etats-Unis, les mép­risent pareille­ment. Cette pas­si­vité-sui­cide qui laisse la voie libre aux pro­mo­teurs de la guerre, doit cesser. Opposée à la guerre pour plus des trois quarts, l’huma­nité pour­rait l’empêcher si elle le vou­lait, mais à condi­tion de pren­dre réso­lument l’ini­tia­tive et de tarir la source même de la menaç­ante hécat­ombe.

Dans chaque pays, on ne manque pas d’un nombre suf­fi­sant d’hommes pour faire les pre­miers pas. Les choses en sont arrivées à un point où l’homme du commun, à Paris aussi bien qu’en Corée, à New York ou à Moscou, est acculé à cette alter­na­tive : se battre et périr par dizai­nes de mil­lions en détr­uisant la civi­li­sa­tion et le monde pour le lais­ser au pou­voir de Moscou ou de Washington, ou bien se battre, dès main­te­nant, contre la guerre et les puis­san­ces qui l’engen­drent. Le choix ne fait pas de doute ; mais il faut passer à l’action sans tarder. En face des intérêts pour­ris du Kremlin et de la Maison-Blanche, l’écras­ante majo­rité de l’huma­nité doit trou­ver le chemin de la paix et de la concorde entre les peu­ples, qui ne sau­rait exis­ter sous les régimes d’exploi­ta­tion.

Les prét­extes mêmes de la guerre de Corée, comme de la guerre géné­rale que cou­vent les chan­cel­le­ries et l’ONU, sont faux jusqu’au gro­tes­que. De la Corée du Nord ou de la Corée du Sud, de la Russie et ses flics ou des Etats-Unis et ses cour­tiers, qui est l’agres­seur ? Qui sauve le peuple coréen de l’oppres­sion ? Les ruines de Corée crient la rép­onse. En réalité, le seul atta­qué est le peuple coréen. Etats-Unis et Russie se l’étaient par­tagé comme butin de guerre par le 38e parallèle, Etats-Unis et Russie sont en train de le sauver à coups de canon.

Si le peuple coréen est la seule vic­time réelle et digne de déf­ense, n’empêche qu’un des deux impér­ial­ismes en lutte a pris l’ini­tia­tive des hos­ti­lités. Et, à notre époque où tous les concepts et même les mots ont été avilis, les idées les plus élém­ent­aires retrou­vent tout leur prin­cipe actif. Les révo­luti­onn­aires doi­vent le dire et non pas le cacher : comme en 1914 et en 1939, et comme il arri­vera (sauf révo­lution) une fois de plus dans le siècle, le pre­mier coup de canon a été déli­bérément tiré en Corée par l’impér­ial­isme le plus affamé. L’impér­ial­isme repus, bien adossé à ses rés­erves mon­dia­les, aspire spi­ri­tuel­le­ment à une diges­tion paci­fi­que. Oui, Moscou a atta­qué Washington en Corée, Moscou a déchaîné la guerre en Asie. Et il l’a fait avec toutes sortes de cir­cons­tan­ces aggra­van­tes, en se dis­si­mu­lant der­rière l’appel de Stockholm et au nom d’une lutte contre l’impér­ial­isme qui masque sa propre cause archi-impér­ial­iste. Cependant, le prolé­tariat et spéc­ia­lement les révo­luti­onn­aires com­met­traient une erreur peut-être fatale pour l’avenir de l’huma­nité si, du fait indén­iable de l’agres­sion russe ou du men­songe et du tota­li­ta­risme hor­ri­ble consub­stan­tiel au sta­li­nisme, ils déd­uisaient une néc­essité d’appuis sous quel­que forme que ce soit, direct ou indi­rect, com­plet ou mitigé et cri­ti­que, à l’impér­ial­isme amé­ricain.

De même que l’appel sta­li­nien de Stockholm « pour la paix », le sca­pu­laire de la « lutte contre l’agres­sion » dont chaque camp cher­che à s’affu­bler, ne sert qu’à édifier des caser­nes. En effet, l’agres­sion n’est que le pre­mier coup de feu, mais les causes de la guerre sont aussi bien chez l’assailli que chez l’assaillant ; non pas chez eux isolément, mais chez eux en tant que chefs de file de deux frag­ments du même monde capi­ta­liste. À tra­vers ses mul­ti­ples va-et-vient colo­niaux et com­mer­ciaux, ses crises et ses guer­res, tirant avan­tage des nom­breu­ses révo­lutions ratées ou tra­hies, le capi­ta­lisme mon­dial, depuis plus d’un siècle, se pola­rise en sec­teurs de moins en moins nom­breux et de plus en plus différ­enciés. La der­nière guerre, en anni­hi­lant pour tou­jours les espoirs de supré­matie des capi­ta­lis­mes alle­mand, ita­lien et japo­nais, en les sou­met­tant à un régime de semi-colo­nies, a pro­vo­qué éga­lement la chute bru­tale de la France et de l’Angleterre au rang de puis­san­ces secondai­res. Les orbi­tes et les systèmes ont fermé leur cycle. Deux puis­san­ces sont main­te­nant maîtr­esses uni­ver­sel­les, révérées par leurs Quisling res­pec­tifs. Les satel­li­tes rece­vront un trai­te­ment de plus ou moins grande faveur et réus­siront par­fois, dans de rares cas, comme Tito, à chan­ger d’astre, mais en aucun cas leur qua­lité de satel­li­tes. Les de Gaulle et les Churchill savent si bien que leurs fan­fa­ron­na­des chau­vi­nes sont condamnées d’avance à l’impuis­sance qu’ils n’y recou­rent que pour arra­cher des conces­sions à leur chef de file.

En der­nière ins­tance, le pro­ces­sus mon­dial de l’évo­lution ne fait que tra­duire le total des pro­ces­sus natio­naux de concen­tra­tion du capi­tal en un nombre de mains de plus en plus réduit, jusqu’à arri­ver à l’Etat comme capi­ta­liste abs­trait et idéal. Ainsi, ce qui pousse la Russie contre les Etats-Unis et les Etats-Unis contre la Russie, en main­te­nant une insup­por­ta­ble menace sur l’huma­nité, c’est la poussée auto­ma­ti­que du capi­tal vers un très petit nombre de maîtres et fina­le­ment vers les pri­vilégiés d’un seul pays. Cependant, l’huma­nité labo­rieuse ne jouit même pas de la moitié des fruits de son tra­vail. Les quan­tités astro­no­mi­ques de riches­ses ainsi accu­mulées sont consommées, ou détournées vers des objec­tifs de guerre, pour la domi­na­tion du capi­tal mon­dial, par un petit nombre de pri­vilégiés de tous les pays, depuis les finan­ciers amé­ricains et les poten­tats ou nat­chal­niks russes, jusqu’aux bour­geois et sta­li­niens de chaque nation, sans parler de la mép­ri­sable tourbe d’amis et de pro­pa­gan­dis­tes res­pec­tifs. En fin de compte, l’exploi­ta­tion des trois quarts des habi­tants de la Terre se mesu­rera-t-elle en dol­lars ou en rou­bles ? De là, la guerre de Corée, la menace qui pèse sur l’Allemagne occi­den­tale, la Yougoslavie, la Turquie, la menace d’une guerre géné­rale.

Il n’y a pas d’autre raison de confla­gra­tion. Truman et Staline, sym­bo­les des deux blocs, pré­parent la guerre pour l’exploi­ta­tion des peu­ples et leur paix ne pour­rait être établie que par un accord sur la dis­tri­bu­tion des divi­den­des et le par­tage des zones d’influence. À quel­que règ­lement qu’ils arri­vent en Corée, ce sera tou­jours aux dépens des Coréens et en lais­sant sus­pen­due sur nos têtes la menace de la Troisième Guerre mon­diale. Si, demain, ce danger recu­lait pour quel­ques années grâce à un nou­veau Munich ou à un nou­veau Potsdam, pro­fi­ta­ble à Moscou ou à Washington, l’inter­valle de paix serait beau­coup plus court qu’entre le traité de Versailles et la crise du cou­loir polo­nais. La domi­na­tion mon­diale incontes­ta­ble et la guerre pour l’impo­ser sont insé­pa­rables de la suprême concen­tra­tion impér­ial­iste du capi­tal dans laquelle la Russie de Staline s’est engagée avec la rapa­cité exaspérée du der­nier venu. Si l’on ne veut pas que la lutte pour la paix faci­lite la domi­na­tion mon­diale d’un des deux blocs, il faut s’atta­quer à la racine même du mal : le système éco­no­mique qui pro­duit la guerre, ali­mente les armées et les arme­ments mons­trueux, main­tient les fron­tières et l’exploi­ta­tion de l’immense majo­rité des hommes.

Aucun des deux camps, il est vrai, n’est à court de sor­net­tes. Le bour­rage de crânes des Etats-Unis, c’est la déf­ense de la démoc­ratie contre l’inva­sion tota­li­taire ; celui de la Russie, la déf­ense du socia­lisme contre l’encer­cle­ment capi­ta­liste. Mensonge gros­sier de part et d’autre, simple appel à la mort stu­pide et catas­tro­phi­que pour la marche de la civi­li­sa­tion, de cin­quante ou cent mil­lions d’hommes. Assez de bour­rage de crânes.

À part une poi­gnée de sta­li­niens fana­ti­ques et une autre de bour­geois éga­lement arriérés et obtus, seuls des indi­vi­dus cor­rom­pus jusqu’à la moelle voient aujourd’hui le socia­lisme dans le régime russe. Bien avant la der­nière guerre, la révo­lution de 1917 et ses auteurs avaient été exter­minés. Le sta­li­nisme, expres­sion poli­ti­que et éco­no­mique de la contre-révo­lution, a imposé un capi­ta­lisme d’Etat dont la bru­ta­lité et l’obs­cu­ran­tisme font pâlir toutes les tyran­nies prés­entes et passées. Le « plan quin­quen­nal » est tout entier basé sur l’avi­dité exploi­trice des nou­veaux maîtres, les nat­chal­niks, comme ceux d’en bas les appel­lent avec mépris. C’est le plan qu’impo­se­raient les cin­quante ou cent capi­ta­lis­tes les plus cupi­des et réacti­onn­aires de n’importe quel pays, s’ils avaient, comme la bande de Staline, pou­voir absolu sur l’éco­nomie, la lég­is­lation et la police.

Une moyenne de quinze mil­lions de forçats sont néc­ess­aires en per­ma­nence pour attein­dre les pré­visions d’une pro­duc­tion des­tinée en majo­rité à la guerre. Les procès pour « espion­nage » et « sabo­tage » et les mil­lions de condam­na­tions admi­nis­tra­ti­ves n’ont d’autre objet que de cou­vrir les pré­visions du plan en matière de dét­ention, en vue d’attein­dre les pré­visions éco­no­miques. De son côté, le prolé­tariat, for­mel­le­ment libre, est contraint par la loi de tra­vailler sur le lieu et pour le salaire que le gou­ver­ne­ment lui impose. Il manque tota­le­ment des droits de parole, de réunion, de grève et d’orga­ni­sa­tion. En Russie, l’exploi­ta­tion a été portée à des extrêmes com­pa­ra­bles à ceux atteints dans les anciens régimes colo­niaux et pis encore. L’encer­cle­ment capi­ta­liste existe, oui, mais c’est le Kremlin qui le main­tient, par la ter­reur sur le prolé­tariat de Russie et des pays qu’il occupe. Se battre pour ce régime ? Jamais ! Et l’on peut être cer­tain que le prolé­tariat ne le fera que le revol­ver sur la nuque. C’est un devoir et une néc­essité très urgente pour les révo­luti­onn­aires du monde entier que de l’aider à retour­ner ses armes contre la nou­velle caste d’exploi­teurs de Staline et ses dis­ci­ples. Mais ce serait une vile trom­pe­rie que de prét­endre y par­ve­nir en sou­te­nant l’impér­ial­isme amé­ricain comme un moin­dre mal.

Non moins fal­la­cieuse est, en effet, la déf­ense de la démoc­ratie prônée par le bloc yankee. Ses Singman Rhee lui don­nent un dém­enti aussi caté­go­rique qu’à Staline ses Gottwald, ses Kim Ir Sen et son propre per­son­nage. Les trom­peurs vou­draient que les mil­lions d’hommes des­tinés à servir de chair à canon soient dépo­urvus de mém­oire.

Rappelons donc qu’en Russie le tota­li­ta­risme sta­li­nien est venu à bout de toutes les oppo­si­tions révo­luti­onn­aires, avec la com­plai­sance et l’appui de Londres, Paris et Washington. Depuis l’assem­blée de Genève où Chamberlain deman­dait à Staline la tête de Trotsky comme condi­tion préa­lable à toute entente, jusqu’à la séance du Parlement bri­tan­ni­que où Churchill jubi­lant annonçait l’écra­sement de la révo­lution sociale en Grèce avec l’aide du Kremlin, la soli­da­rité de classe des vieux impér­ial­ismes occi­den­taux avec l’impér­ial­isme mos­co­vite nais­sant n’a pas failli chaque fois qu’il s’est agi de repous­ser la révo­lution.

Rappelons encore l’Espagne où le Kremlin, applaudi et appuyé par Londres, Paris et Washington, a détruit la révo­lution avec ses pro­pres hommes. L’« Occident démoc­ra­tique » n’a eu vent du tota­li­ta­risme russe et n’a dénoncé ses camps de concen­tra­tion qu’à l’heure où le dis­po­si­tif mili­taro-poli­cier de Moscou (rés­ultat de l’ané­ant­is­sement du prolé­tariat), une fois délivré du danger révo­luti­onn­aire, bien retran­ché dans son immense glacis, et fai­sant fi des mar­chan­da­ges de Téhéran et de Potsdam, entre­prit l’atta­que des posi­tions amé­ric­aines. Le valet, qui, pen­dant trente ans, a empêché toutes les révo­lutions au béné­fice des démoc­rates occi­den­taux, sans autre but appa­rent que de les gagner à une alliance mili­taire, est devenu leur égal, leur redou­ta­ble égal. Le Kremlin aspire main­te­nant à jouir lui-même des fruits de son œuvre antiré­vo­luti­onn­aire, non plus à l’éch­elle d’un glacis que ceux d’en face sont dis­posés à lui aban­don­ner, mais à l’éch­elle mon­diale. C’est alors que le monde occi­den­tal met en avant sa démoc­ratie et les camps de Sibérie.

L’Orient et l’Occident ne sont pas deux systèmes éco­no­miques et idéo­lo­giques de nature sociale opposée et incom­pa­ti­ble. Capitaliste est le régime amé­ricain, et capi­ta­liste le régime russe. Entre l’un et l’autre, les différ­ences sont quan­ti­ta­ti­ves et en aucune manière qua­li­ta­ti­ves. La Russie n’est qu’un seul trust capi­ta­liste où les bour­geois n’exis­tent pas au sens tra­di­tion­nel de ce terme, bien que les magnats russes aient un train de vie en tous points com­pa­ra­ble à celui de n’importe quel mil­lion­naire « occi­den­tal » et acca­pa­rent un plus grand des­po­tisme poli­ti­que direct.

Aux Etats-Unis, un grand nombre de petits et moyens pro­priét­aires sont soumis à un groupe res­treint de grands trusts dont le gou­ver­ne­ment de Washington est l’expres­sion par­le­men­taire. Si, en Russie, la tri­nité nuclé­aire du Bureau poli­ti­que – Staline, Malenkov, Molotov – décide dic­ta­to­ria­le­ment de tout, aux Etats-Unis, soixante famil­les mani­pu­lent à leur guise l’éco­nomie – pas seu­le­ment l’amé­ric­aine – et dét­er­minent, grâce au mécan­isme domes­ti­qué de la démoc­ratie bour­geoise, la poli­ti­que gou­ver­ne­men­tale.

Sur la base d’un dével­op­pement capi­ta­liste inférieur à celui du bloc amé­ricain, la Russie a une plus grande cen­tra­li­sa­tion éco­no­mique et par conséquent poli­cière. En réalité, le système russe marque un abou­tis­se­ment de l’évo­lution géné­rale du capi­ta­lisme des trusts en capi­ta­lisme d’Etat. Les exi­gen­ces antiré­vo­luti­onn­aires du sta­li­nisme ont accéléré son dével­op­pement dans ce sens, de même que, de leur côté, les condi­tions pri­vilégiées du dével­op­pement du capi­ta­lisme occi­den­tal ont permis à ce der­nier de conser­ver cer­tai­nes formes cons­ti­tu­tion­nel­les.

Mais la démoc­ratie amé­ric­aine tant vantée, ou plus géné­ra­lement, la démoc­ratie bour­geoise, là où elle existe, est, par rap­port à la liberté de l’homme, une trom­pe­rie aussi nauséab­onde que la pro­priété éta­tique par rap­port au socia­lisme. Ni l’exis­tence de cer­tains droits élém­ent­aires niés en fait par l’orga­ni­sa­tion sociale, ne représ­ente la liberté, ni l’inter­dic­tion de posséder des indus­tries comme capi­tal privé ne cons­ti­tue le socia­lisme. Indépendamment du fait que les Etats-Unis ne vont pas à la guerre pour la démoc­ratie mais pour la dic­ta­ture éco­no­mique et poli­ti­que sur le monde, les libertés bour­geoi­ses qui res­tent dans cer­tains pays – très rares – sont de plus en plus res­trein­tes et fic­ti­ves. Par ailleurs, le grand pro­blème de notre époque, sur le plan poli­ti­que, consiste à attein­dre la démoc­ratie effec­tive, celle des pro­duc­teurs en pos­ses­sion des ins­tru­ments de tra­vail, de même qu’il consiste, sur le plan éco­no­mique, à attein­dre le socia­lisme. Là où sub­siste une liberté, si étr­oi­tement bour­geoise qu’elle soit, elle doit être employée à empêcher la guerre et à se battre contre le régime qui l’engen­dre.

Démocratie et socia­lisme se déf­endent par la révo­lution sociale, jamais par la guerre impér­ial­iste. Loin d’être un motif de confla­gra­tion mon­diale, ils cons­ti­tuent la plus urgente et la plus pro­fonde raison de se rév­olter éga­lement contre Moscou et Washington, en com­mençant où l’on pourra. Rien, per­sonne, aucun Etat, aucune lég­is­lation répr­es­sive, aucun appa­reil sta­li­nien ou yankee, aucune occu­pa­tion amé­ric­aine ou russe, n’empêc­hera cette vérité de se frayer un chemin et, fina­le­ment, de mettre en mou­ve­ment les peu­ples par-dessus leurs gou­ver­ne­ments res­pec­tifs et contre eux. La démoc­ratie et le socia­lisme exi­gent, non la vic­toire de Moscou sur Washington ou celle de Washington sur Moscou, mais celle des misé­rables du monde fra­ter­nel­le­ment unis, sur le capi­ta­lisme russo-amé­ricain. Aucune autre lutte ne vaut, aucune autre ne sus­ci­tera d’enthou­siasme pro­fond et spon­tané. Moscou et Washington n’auront de sol­dats que par la cré­ti­ni­sation intel­lec­tuelle pro­duc­trice de brutes fana­ti­ques, ou grâce à la coer­ci­tion ter­ro­riste pro­duc­trice d’escla­ves. Par contre, aus­sitôt qu’on saura en mon­trer l’oppor­tu­nité, des dizai­nes de mil­lions d’hommes blancs, noirs et jaunes se dres­se­ront contre la guerre et le capi­ta­lisme avec l’élan et la sincérité de ceux qui déf­endent leur cause et celle de l’homme de demain.

Il faut se mettre à l’œuvre. Nous nous adres­sons à tous les exploités, à tous les hommes révo­luti­onn­aires de la terre. Nous leur deman­dons d’entre­pren­dre incondi­tion­nel­le­ment l’orga­ni­sa­tion de la lutte de l’homme contre la guerre, pour le socia­lisme, pour la liberté.

Pour la patrie mos­co­vite ou amé­ric­aine, rien, pas un homme, pas un cen­time, pas une arme ! Tous contre la guerre, tout pour la paix qui doit être le socia­lisme triom­phant, ou ne sera pas !

Oui, la guerre peut être évitée, mais à condi­tion de ne pas recu­ler devant la puis­sance aussi impres­sion­nante que cor­rom­pue du Kremlin et de Wall Street.

Août 1950

Union ouvrière inter­na­tio­nale (France)

Grupo de com­bate revo­lu­cio­na­rio (Espagne)

Source : Texte trans­mis par Gérard Roche (Association des amis de Benjamin Péret).

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3. Lettre de l’Union ouvrière inter­na­tio­nale

(R. Mangano, G. Munis, Benjamin Péret, Pesch, Jacques Gallienne, Esteban Bilbao, 1950)

Chers cama­ra­des,

L’Union ouvrière inter­na­tio­nale formée en majo­rité d’ex-mem­bres du PCI [Parti com­mu­niste inter­na­tio­na­liste] ayant rompu avec le trots­kysme offi­ciel et pen­sant qu’il est grand temps de former une avant-garde révo­luti­onn­aire, s’efforce de ras­sem­bler sur le plan natio­nal et inter­na­tio­nal les mili­tants qui repous­sent le sta­li­nisme et le réf­orm­isme et res­tent fidèles dans les gran­des lignes au marxisme conçu comme mét­hode de pensée et d’action et non comme un dogme sacré.

Pour ce faire, elle a donné son accord à la cons­ti­tu­tion d’un Comité inter­na­tio­nal de la Gauche marxiste pour la for­ma­tion d’un Parti ouvrier mon­dial où les orga­ni­sa­tions et frac­tions de la classe ouvrière accep­tant les points essen­tiels – inter­na­tio­na­lisme prolé­tarien, lutte contre le sta­li­nisme en vue du but final, la révo­lution prolé­tari­enne et l’ins­tau­ra­tion d’une société sans clas­ses – pour­ront dis­cu­ter et tra­vailler en commun dans l’esprit le plus fra­ter­nel.

De nom­breu­ses ques­tions telles que l’atti­tude devant la guerre, le pro­blème syn­di­cal, celui des colo­nies, des natio­na­li­sa­tions, devront être cla­ri­fiées par des dis­cus­sions s’ins­cri­vant dans le cadre des points mini­mums posés ci-dessus. Ces pro­blèmes ne pour­ront être résolus que par une confron­ta­tion des points de vue de mili­tants d’avant-garde de tous les pays. C’est pour­quoi ce Comité inter­na­tio­nal com­mence dès main­te­nant la publi­ca­tion d’un Bulletin inter­na­tio­nal de liai­son et de dis­cus­sion et que sa pre­mière tâche sera de pré­parer une Conférence inter­na­tio­nale dite de [la] « Gauche marxiste ».

Le POC [Parti ouvrier com­mu­niste] ita­lien, le Groupe com­mu­niste inter­na­tio­na­liste espa­gnol, des frac­tions révo­luti­onn­aires du Mexique, du Danemark, de Yougoslavie, d’Allemagne ont déjà donné leur accord à ce Comité. Aucun for­ma­lisme n’existe pour nous et nous fai­sons appel à tous dans l’esprit le plus large.

La classe ouvrière ayant besoin de connaître ceux qui l’appel­lent à la lutte, nous enten­dons pro­fi­ter des pos­si­bi­lités légales actuel­les au maxi­mum et chaque membre du Comité appa­raîtra sous son propre nom, met­tant fin ainsi aux mét­hodes de cons­pi­ra­tion pué­riles en usage dans d’autres grou­pe­ments tels que la IVe [Internationale].

Dès aujourd’hui, faites-nous connaître votre point de vue, vos sug­ges­tions, énoncez vos objec­tions éventu­elles afin que le Comité inter­na­tio­nal puisse se mettre rapi­de­ment au tra­vail et puisse bientôt convo­quer la Conférence inter­na­tio­nale. Pour entrer en contact, écrire au cama­rade E. Pesch, 5 rue Clavel, Paris 19e.

L’Union ouvrière inter­na­tio­nale

Mangano, Munis, Benjamin Péret, Pesch, Gallienne, Bilbao…

Source : Guy Prévan (de l’Association des amis de Benjamin Péret) nous a fait par­ve­nir ce texte qu’il a lui-même obtenu des archi­ves per­son­nel­les de Ngo Van.

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4. Déclaration

Le Comité inter­na­tio­nal de la Gauche marxiste, com­pre­nant le POC ita­lien, l’Union Ouvrière Internationale franç­aise, le Groupe Communiste espa­gnol et l’Opposition Prolétarienne Yougoslave s’est réuni à Paris les 11 et 12 avril pour exa­mi­ner la situa­tion inter­na­tio­nale actuelle.

Ce comité considère que le Pacte atlan­ti­que n’est qu’une machine de guerre comme tous les traités impér­ial­istes et que le bloc anglo-saxon et ses satel­li­tes occi­den­taux représ­entent le capi­ta­lisme des mono­po­les, tandis que le bloc sovié­tique – URSS et pays du glacis – représ­ente le capi­ta­lisme d’Etat.

Etant donné que ces deux blocs ne sont que des formes différ­entes d’un même système éco­no­mique décadent et prés­entent le même caractère anti­prolé­tarien, le Comité inter­na­tio­nal de la Gauche Marxiste appelle la classe ouvrière de tous les pays à ne se lier idéo­lo­giq­uement à aucun des ces blocs, à lutter contre la guerre froide actuelle et à s’oppo­ser par tous les moyens à un conflit impér­ial­iste éventuel (bloc occi­den­tal et bloc orien­tal), et, au cas où celui-ci écla­terait, à trans­for­mer la guerre impér­ial­iste et d’opres­sion en révo­lution sociale d’éman­ci­pation.

Le Comité inter­na­tio­nal de la Gauche marxiste

(Document non daté, extrait des archi­ves de Ngo Van qui se trou­vent dés­ormais à l’IISG, Institut d’his­toire sociale, d’Amsterdam.)

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UNION OUVRIERE INTERNATIONALE

POUR LA RENOVATION DU MOUVEMENT OUVRIER

5. Dans quel marasme nous ont-ils plongés ?

Justice sociale et réa­li­sation dans l’Union des Français, voilà ce qu’au len­de­main de la guerre nous avaient promis tous les partis par­le­men­tai­res !

Le bloc des clas­ses et l’Union natio­nale ainsi réalisés consa­craient iné­vi­tab­lement la déf­aite de la classe ouvrière.

Devant la hausse des prix, le délab­rement de l’éco­nomie, la ruine de l’épargne et la dimi­nu­tion du pou­voir d’achat des tra­vailleurs, cette union au Parlement devint une divi­sion, reflet de la divi­sion mon­diale entre les exploi­teurs de Moscou et ceux de Washington.

Tous, au même titre, por­tent la res­pon­sa­bi­lité de la poli­ti­que anti-ouvrière et de la misère développée par les différents gou­ver­ne­ments.

Avec De Gaulle, avec le tri­par­tisme, avec la Troisième force, par­tout le même résulatt : culbute de la mon­naie, culbute des prix, culbute des ministères, iné­galités socia­les.

Parallèlement aux partis, le mou­ve­ment syn­di­cal s’est divisé,. Trahis par les bureau­cra­ties qui ont aban­donné les prin­ci­pes de la lutte des clas­ses, les tra­vailleurs sont dégoûtés et anxieux. Cependant, GARE À EUX si dans les évé­nements décis­ifs qui se jouent ils res­taient pas­sifs.

Avec la CGT, avec la FO, avec la CFTC, c’est la même impasse. :

– avec la pre­mière, c’est la subor­di­na­tion à Staline et à Thorez, c’est les intérêts de la classe ouvrière sacri­fiés à ceux du Kremlin,

– avec les deux autres, c’est la remor­que aux gou­ver­ne­ments du capi­ta­lisme et de sa soi-disant démoc­ratie, en pleine décad­ence.

Le salut n’est ni dans un gou­ver­ne­ment d’union démoc­ra­tique avec le Parti com­mu­niste, les idées révo­luti­onn­aires s’oppo­sant à toute par­ti­ci­pa­tion ministéri­elle en régime bour­geois, ni dans une « démoc­ratie pro­gres­sive », qui n’est que men­songe et illu­sion, ni dans une quel­conque col­la­bo­ra­tion.

LE SALUT EST DANS LE COMBAT CLASSE CONTRE CLASSE

Le véri­table ras­sem­ble­ment ouvrier doit se faire contre les diri­geants félons et leur dic­ta­ture. Rien ne peut être fait pour les ouvriers avec les car­riér­istes syn­di­caux actuels.

La déf­ense de la classe ouvrière doit être menée direc­te­ment à l’usine, par des délégués élus, en dehors de toute appar­te­nance et pres­sion par­ti­sa­nes, ne vivant pas de leur fonc­tion et jus­ti­fiant de leur train de vie par leur acti­vité pro­fes­sion­nelle.

À l’éch­elle natio­nale, un Conseil de coor­di­na­tion émanant des différents suf­fra­ges rég­ionaux, capa­bles, au-dessus des sales com­bi­nes poli­ti­ques, d’orien­ter la masse en un puis­sant mou­ve­ment ordonné et aprouvé d’enthou­siasme.

Seul ce Conseil de Coordination pourra impo­ser, par la lutte des masses, un plan qui rés­oudra, au profit des tra­vailleurs, le pro­blème des salai­res inférieurs et des prix, et qui fera de la classe ouvrière la force prin­ci­pale du pays.

CONTRE LA DICTATURE

- DU GAULLISME

- DES OLIGARCHIES FINANCIERES ET ECONOMIQUES

- DU STALINISME

CONTRE LE POURRISSEMENT

ET LE CARRIERISME DES CADRES SYNDICAUX

CONTRE LE REGIME AUTORITAIRE

DES HAUTS ECHELONS HIERARCHIQUES

CONTRE LA POLITIQUE DE SOUMISSION AUX PARTIS

CONTRE L’UTILISATION DES GREVES PAR LES STALINIENS

ET CONTRE LES GREVES ETRANGERES AUX INTERETS

REELS DE LA CLASSE OUVRIERE

UNE SEULE ISSUE

L’ORGANISATION DIRECTE ET INDEPENDANTE

DE LA CLASSE OUVRIERE SUR LA BASE DE L’USINE

Union Ouvrière Internationale

5 rue Clavel, Paris XIX

Pyrénées

(Document non daté, extrait des archi­ves de Ngo Van qui se trou­vent dés­ormais à l’IISG, Institut d’his­toire sociale, d’Amsterdam.)

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6. Guerre ou paix ?

Tel est le pro­blème qui se pose actuel­le­ment devant le pro­chain car­nage préparé cyni­que­ment par les gou­ver­nants. Le Pacte Atlantique n’est qu’une étape de cette pré­pa­ration à la guerre, de même que les pactes qui relient entre eux et à l’URSS les pays du glacis ; peu importe que cette étape soit dans le camp amé­ricain ou dans le camp russe : le même mas­sa­cre en sera l’abou­tis­se­ment logi­que.

Les deux blocs en prés­ence, URSS et USA, ne sont que des formes différ­entes d’un même système éco­no­mique décadent ; ils exploi­tent l’un et l’autre et oppri­ment la classe ouvrière, chacun à sa façon. En conséqu­ence, l’Union Ouvrière Internationale dén­once le Pacte Atlantique et appelle la classe ouvrière franç­aise et inter­na­tio­nale à ne pas se lais­ser duper par le pseudo-paci­fisme des gou­ver­nants pour qui, de Truman à Staline, et de Spaak à Gottwald, la « paix » ne signi­fie que l’écra­sement de l’adver­saire pour la domi­na­tion mon­diale et le mono­pole de l’exploi­ta­tion du prolé­tariat.

Il ne suffit pas de haïr la guerre pour l’empêcher, ni de dén­oncer sa pré­pa­ration. Il faut lutter contre ses causes pro­fon­des – ce que ne font ni Garry Davis ni ses amis – et abat­tre les régimes qui l’engen­drent. C’est-à-dire tous les régimes basés sur l’exploi­ta­tion de l’homme par l’homme et qui mènent la civi­li­sa­tion à sa des­truc­tion.

L’UOI rap­pelle à tous les tra­vailleurs [que ce n’est] qu’en lut­tant dans tous les pays contre leur propre gou­ver­ne­ment qu’ils pour­ront empêcher la guerre. Si, pour­tant elle éclatait, leur devoir serait de trans­for­mer le conflit impér­ial­iste d’oppres­sion, qui mène le monde à la bar­ba­rie, en révo­lution sociale qui affran­chira l’huma­nité.

L’UNION OUVRIERE INTERNATIONALE

(Document non daté, extrait des archi­ves de Ngo Van qui se trou­vent dés­ormais à l’IISG, Institut d’his­toire sociale, d’Amsterdam.)

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7. L’œuvre du sta­li­nisme en Chine

Pendant toute la pér­iode de la lutte mili­taire du Parti com­mu­niste chi­nois (PCC) contre les trou­pes du Kuomintang, la classe ouvrière chi­noise res­tait pas­sive, en dehors de cette lutte mili­taire.

Après l’avè­nement de la République popu­laire démoc­ra­tique (en octo­bre 1949), l’éloig­nement de la classe ouvrière a sub­sisté. La clique mili­taire de Mao Tsé Toung et le gou­ver­ne­ment « popu­laire » du PCC cons­ti­tuent une bureau­cra­tie bona­par­tiste.

Lors de la « libé­ration » de Tien-Tsin, les ouvriers ont spon­tanément occupé les usines, réclamé la confis­ca­tion des usines mét­all­ur­giques, de Lin Chiang, jugé les capi­ta­lis­tes, etc., de février à avril. À Shangaï, un mou­ve­ment ana­lo­gue se pro­dui­sit, de juin à juillet 1949. C’est le sta­li­nien Lin Show Chi qui a lui-même écrasé le mou­ve­ment de Tien-Tsin, tandis qu’à Shangaï, le 19 août 1949, le Comité de contrôle mili­taire pro­mul­guait deux lois obli­geant les ouvriers à col­la­bo­rer avec le patro­nat : le droit de grève fut sup­primé, même dans les entre­pri­ses privées. Cette loi d’inter­dic­tion des grèves reven­di­ca­ti­ves a été ensuite approuvée par le Conseil poli­ti­que consul­ta­tif au mois de sep­tem­bre.

En même temps, on trans­met aux ouvriers le droit de « contrôle des usines », par une loi dont nous rele­vons les arti­cles sui­vants :

« Article 2 : Le direc­teur ou l’admi­nis­tra­teur de l’usine est le pré­sident du Comité de contrôle. (..)

« Article 8 : Si le direc­teur ou l’admi­nis­tra­teur trouve que la décision prise par la majo­rité du Comité de contrôle est contraire aux intérêts de l’usine et aux ordres du gou­ver­ne­ment, il a le droit de s’y oppose. »

Ce direc­teur est NOMME PAR L’ETAT.

Un grand bour­geois du pays, Soong Pei Shing, a com­menté cette loi en ces termes : « Je pense que la par­ti­ci­pa­tion ouvrière au contrôle des usines relève d’une haute poli­ti­que. D’abord, j’avais cru que tout le pou­voir du direc­teur serait sup­primé par le Comité de contrôle. Mais non, à présent, les délégués ouvriers par­ti­ci­pent à toutes les décisions prises dans les divers sec­teurs des usines : main-d’oeuvre, salai­res, vie ouvrière, finan­ces, exé­cution des décisions, etc. Chaque fois qu’une décision est prise et acceptée par le Comité de contrôle, tout marche bien, car cela se passe comme si les ouvriers avaient eux-mêmes décidé, et ils n’ont pas la pos­si­bi­lité de rés­ister aux ordres d’un Comité élu par eux-mêmes. Ainsi nous avons pu éviter tous conflits ; mais, en réalité, c’est tou­jours le direc­teur qui a le droit de décider. »

Contrairement à ce que prétend le Parti com­mu­niste français, Mao Tsé Toung en Chine, comme Ho Chi Minh dans son coin, réa­lisent une des formes de la contre-révo­lution mon­diale. D’ailleurs, Tito, comme toutes les créa­tures du Kremlin, conti­nue à copier la lég­is­lation réacti­onn­aire russe et sa forme déma­go­gique. Par exem­ple, l’arti­cle 40 de la prét­endue « loi de ges­tion ouvrière des entre­pri­ses » trans­met au direc­teur de chaque entre­prise, tou­jours IMPOSE PAR l’ETAT YOUGOSLAVE, le même pou­voir absolu que la loi de Mao Tsé Toung. Le Comité « ouvrier » n’est qu’un orga­nisme pour faire mar­cher les tra­vailleurs.

Le « Produire, pro­duire » de Thorez sera imposé par la fli­caille sta­li­nienne si demain l’armée russe donne le pou­voir au parti du « fils du peuple ». En somme, le capi­ta­lisme d’Etat russe est un ennemi du prolé­tariat mon­dial non moins redou­ta­ble que l’impér­ial­isme amé­ricain ou la bour­geoi­sie franç­aise.

Travailleurs, orga­ni­sons-nous indép­end­amment avant qu’il ne soit trop tard.

Décembre 1950

Union Ouvrière Internationale

(Document extrait des archi­ves de Ngo Van qui se trou­vent dés­ormais à l’IISG, Institut d’his­toire sociale, d’Amsterdam.)

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