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Iran : sur les émeutes ouvrières d’avril 1995

jeudi 29 décembre 2011

Ce texte est paru dans Echanges n° 81 (janvier-juin 1996). Il est traduit de Iranian Revolutionnary Socialists du 5 avril 1995.

Voir aussi, sur l’Iran : La révolution iranienne - 1979 ; Iran : Tous unis contre le séisme social ; Iran : luttes ouvrières et guerre ; Iran : une renaissance ?.

Succédant aux manifestations des ouvriers du pétrole et d’autres industries au cours des deux années précédentes, les ouvriers du sud de Téhéran se sont révoltés le 4 avril 1995. Les habitants (pratiquement de jeunes ouvriers de Karach Industries) du bidonville Islam Shahr, où s’entassent 500 000 personnes, protestaient contre le manque d’eau potable et le coût élevé des transports.

Ces bidonvilles ont été construits par des ouvriers pauvres, sans aucune autorisation gouvernementale, et ne peuvent donc prétendre à aucun aménagement de viabilité. Le résultat est que l’eau potable est vendue 4 000 rials le litre (le salaire minimum, d’après les statistiques gouvernementales, est de 5 330 rials par mois).

Sur ces questions élémentaires, une manifestation a surgi spontanément, mais ces revendications furent bientôt étendues à bien d’autres sujets, y compris la chute du régime islamique. Après plusieurs heures, la manifestation se transforme en affrontement violent entre les manifestants et les forces armées. Des bâtiments sont incendiés – postes de police, stations-services, etc. Lorsque les forces armées perdent le contrôle de la situation, des unités spéciales anti-émeutes sont envoyés de la capitale par hélicoptères. Les manifestants sont tirés comme des lapins du haut des airs par ces troupes tirant indistinctement sur tout ce qui bouge, tuant 50 personnes et en blessant beaucoup plus. 350 jeunes ont été arrêtés et emmenés vers des destinations inconnues. Sans aucun doute seront-ils torturés ou exécutés. Depuis ces événements, le bidonville est placé sous la loi martiale.

La révolte de Shahr appelle les commentaires suivants :
- 1. bien que l’affrontement fût la continuation des émeutes précédentes, cette manifestation était qualitativement différente. Les manifestations précédentes avaient surgi spontanément parmi la population pauvre de villes situées à grande distance de la capitale ; celle-ci, venant des jeunes prolétaires industriels, a eu lieu à seulement quelques kilomètres de Téhéran. D’autres pourraient dans un proche avenir apparaître dans d’autres villes de la banlieue industrielle de Téhéran ;
- 2. la façon dont le régime a réprimé la manifestation montre sa hantise du développement de mouvements de masse. Le régime ne sait que trop (particulièrement à la lumière des émeutes précédentes) que les plus petites résistances dans n’importe quel secteur ouvrier peut menacer son existence même. Le président Rafsandjani a annoncé récemment : « Nous ne répéterons pas les erreurs du Shah », voulant dire par là que le régime utilisera toujours et partout les méthodes employées par la Savak,la police secrète de Shah, pour conserver le pouvoir ;
- 3. la crise économique a approfondi le mécontentement et les désaccords dans beaucoup de milieux en Iran. Quand des milliers d’ouvriers et de pauvres des villes sont prêts à mourir tout simplement pour avoir de l’eau potable, cela montre sans aucun doute la profondeur de la crise économique. L’Iran doit faire face à une inflation galopante et et à un chômage important. Le régime a été contraint de solliciter d’énormes emprunts du FMI (sans même savoir comment il pourra les rembourser). De plus, des conflits politiques internes et le chaos économique mettent le gouvernement dans une situation dans laquelle il ne peut trouver une réponse quelconque aux problèmes spécifiques de la société iranienne ;
- 4. en dépit de continuelles bagarres de clans entre les « faucons » et les « colombes », les deux factions, libérale et fondamentaliste, s’unissent pour affirmer leur détermination à réprimer les travailleurs et défendre les intérêts dela classe capitaliste.

IRS.