Accueil > Ni patrie ni frontières > 36-37 : Extrême droite, extrême gauche : Inventaire de la confusion > Sur Silvia Cattori (extrait de l’ "Inventaire de la confusion")

Sur Silvia Cattori (extrait de l’ "Inventaire de la confusion")

mercredi 30 novembre 2011, par Yves

Journaliste suisse, groupie de Dieudonné et rédactrice de nombreux articles dénonçant Israël et le sionisme. Soutient les régimes des bouchers Kadhafi et Bachar al-Assad au nom de « l’anti-impérialisme » et du « message d’amour » (sic) qu’elle prétend défendre. Ecrit régulièrement sur le site mondialisation.ca et se défend d’être antisémite ou négationniste , même si elle sert la soupe à Gilad Atzmon dans une interview très complaisante.

En tout cas, c’est une nationaliste bourgeoise comme beaucoup d’antisionistes farouchement hostiles à « l’Axe américano-sioniste » mais jamais à leur propre classe capitaliste. Et elle « oublie » de mentionner l’importance de la collaboration économique de son pays (la Suisse) avec l’Allemagne nazie, le silence de la Croix Rouge sur les camps d’extermination, le refus d’accueillir des réfugiés juifs dans son pays et les conséquences létales que l’attitude de son gouvernement a eues pour les Juifs demandeurs d’asile en Suisse, etc.

Voici en effet ce qu’elle a le cynisme d’écrire : « Quand on songe que depuis 1995 le Congrès juif mondial (CJM), flanqué de ses avocats new-yorkais, s’en est pris à des pays inoffensifs comme la Suisse, a fait de la Suisse sa cible préférée ! Hier, au sujet des “fonds” dits “en déshérence” ; aujourd’hui, pour tenter encore une fois de lui tordre le cou sur les liens commerciaux qu’elle aurait entretenus avec l’Afrique du Sud, on croit rêver ! Les autorités suisses ont fini par céder submergées par la culpabilité et la peur distillée par cette "épée de Damoclès". La Suisse a versé 1,6 milliards de dollars, (en compensation des sommes dérisoires jamais retirées par les héritiers des victimes des camps nazis) pour des crimes contre l’humanité qu’elle n’a jamais commis. » Selon Mme Cattori, donc, la Suisse aurait été un pays « inoffensif » durant la Seconde Guerre mondiale. Nous sommes d’accord : totalement inoffensif pour les nazis, mais pas du tout pour les Juifs !

Cette « antisioniste » oublie de dire qu’à l’époque

« 60% de l’industrie d’armement, 50% de l’industrie d’optique et 40% de l’industrie des machines travaillent pour le Reich. Il s’agissait de matériel de pointe que les Allemands peuvent difficilement trouver ailleurs. De même, la ligne ferroviaire du Gothard revêt une importance primordiale, car elle relie les deux capitales Rome et Berlin. Elle voit augmenter considérablement le transit Nord-Sud. Ce commerce avec l’Allemagne était nécessaire pour obtenir le charbon, le fer, les huiles ou les semences dont la Suisse avait besoin. Il a enrichi des banques et des industries (…). La Banque Nationale Suisse (BNS) achète pour 1,7 milliards de francs-or (souvent pillé aux pays victimes du Reich) d’or à la Reichsbank allemande. (….). Les francs suisses, principal moyen de paiement international dès 1940, ainsi obtenus permettent à l’Allemagne d’acheter des matières premières indispensables à la poursuite de la guerre.

Plus grave encore, des dents ou des bagues saisies aux victimes des camps de concentration sont fondues en lingots qui figurent parmi ceux achetés par la BNS. 120 kilos d’or provenant des victimes des camps de concentration ont atterri à la BNS. (…) Il est aussi admis que de nombreux cadres nazis placent de l’or, des bijoux, des titres boursiers et d’autres valeurs dans des banques en Suisse, protégées par le secret bancaire. Finalement, des filiales d’entreprises suisses en Allemagne (Alusuisse, Maggi...) acceptent de la main-d’œuvre soumise au travail forcé (prisonniers, déportés...). D’autres recherches ont mis en évidence les rachats par des sociétés suisses d’entreprises expropriées aux juifs allemands. C’est notamment le cas du fabricant de cigares Villiger (père de l’actuel conseiller fédéral) ou des chaussures Bally, qui achètent au moins trois fabriques pour un Reichsmark symbolique (…).

Dès avril 1933, un arrêté du Conseil fédéral affirme que “les Israélites ne doivent pas être jugés comme réfugiés politiques”.

En septembre 1938, c’est la Suisse qui demande à l’Allemagne de faire apposer un tampon distinctif “J” sur les passeports des Juifs allemands et autrichiens qui se précipitent en Suisse après l’Anschluss et la Nuit de Cristal.

En mai-juin 1940, des milliers de soldats français, marocains et polonais qui fuient l’invasion allemande trouvent refuge en Suisse le long du Jura. De 1940 à 1945, la Suisse reçoit plus de 200 000 réfugiés de toutes sortes, qui sont internés dans des camps et astreints à des travaux (agriculture, construction...). En revanche, les réfugiés juifs qui sont interceptés à la frontière sont en majeure partie refoulés et trouveront la mort dans des chambres à gaz. Jusqu’en août 1942, ceux qui se présentent aux postes-frontières suisses sont en partie admis, en partie refoulés. Ceux qui parviennent à entrer clandestinement sont souvent sauvés.

Mais le 13 août 1942, une circulaire du DFJP annonce la fermeture des frontières. Les réfugiés ayant fui pour raisons raciales ne sont pas considérés comme réfugiés politiques. Heinrich Rothmund, chef de la division fédérale de police, estime que “la barque est pleine”.

Cette mesure reste largement en vigueur jusqu’en juillet 1944, date à laquelle Berne accepte d’accueillir tous les réfugiés civils dont la vie et l’intégrité corporelle sont menacés. C’est une reconnaissance implicite des Juifs comme réfugiés. Mais à cette date, il ne reste alors pratiquement plus de Juifs menacés aux alentours de la Suisse...

Selon le rapport Bergier, publié en décembre 1999, au moins 24 000 réfugiés, dont une large majorité de Juifs, ont été refoulés durant la guerre. Le chiffre est probablement plus élevé en raison des nombreux dossiers détruits depuis la guerre. »

Le fait que, grâce à l’« inoffensive » Suisse, 24 000 Juifs au moins aient été emmenés dans des camps d’extermination, ou que le gentil Etat suisse ait demandé à la communauté juive de subvenir aux besoins des réfugiés durant la Seconde Guerre mondiale, ne gêne pas du tout Mme Cattori qui tient à soutenir sa bourgeoisie et son Etat, comme beaucoup d’« antisionistes » le font vis-à-vis de leur propre bourgeoisie…

La longue citation ci-dessus est extraite du site d’Albert Chevalley, professeur d’histoire (http://www.gymalp.ch/~histoire/plan.php3), mais on trouve pléthore de documents sur la Suisse, le national-socialisme et la Seconde Guerre mondiale sur le site http://www.aidh.org/Racisme/ 2e_guerre/ index.htm. Les textes qui y figurent démolissent complètement le caractère prétendument « inoffensif » de la collaboration entre les nazis et le gouvernement suisse de l’époque. Mme Cattori affirme ne pas être antisémite, seulement « antisioniste », ce qui est respectable, mais sa vision de l’innocence suisse nous rappelle fort, dans le contexte français, l’argumentation pétainiste en faveur de l’innocence gauloise durant la Seconde Guerre mondiale.

1. C’est ainsi qu’elle écrit :
"L’invocation du prétendu « danger antisémite » ne faisant plus à lui seul recette, la nouvelle tactique en usage, pour transformer un adversaire en épouvantail, est de le qualifier tout à la fois d’« antisémite », « fasciste », et d’« extrême droite ». Il convient donc de ne jamais perdre de vue qu’en politique les calomnies sont des armes. Et que ceux qui s’en servent – comme nous l’avons vu avec Ornella Guyet ou d’autres – ont un agenda caché. http://fr.sott.net/articles/show/4399-Affaire-Ornella-Guyet-Marie-Anne-Botuleau-les-honteux-stratagemes-d-une-manipulatrice-demasques."

Ce prétendu « agenda caché » est évidemment la défense des crimes (indéniables) de l’Etat israélien contre les Palestiniens, selon cette auteure et nombre d’antisionistes de gauche ou de droite. Il ne vient jamais à l’esprit de ces gens-là que l’antisémitisme n’est pas mort avec Hitler et que l’anticapitalisme (marxiste ou anarchiste) a toujours eu des tentations antisémites, aussi minoritaires soient-elles.