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Extrême gauche/Extrême droite. Inventaire de la confusion (4) Les idiots utiles à la confusion

jeudi 8 septembre 2011, par Yves

Idiots utiles…

La paternité de l’expression « idiots utiles » est généralement attribuée à Lénine, sans que l’on cite jamais l’article, ou le livre, où se trouverait cette expression sous la plume du dirigeant bolchevik. Elle désigne ici des individus ou des groupes qui se déclarent généralement de gauche mais qui, plus que par leur « idiotie » (certains sont intelligents), se révèlent surtout utiles pour leurs adversaires. Si leur sincérité n’est le plus souvent pas en cause, leur lucidité politique est sans conteste nulle. Mais ils peuvent à tout instant rejoindre définitivement le camp de la réaction…

Bricmont, Jean  : cet ami de Chomsky milite pour la libération du négationniste Reynouard et la liberté d’expression de Dieudonné. Mais qui ne s’est préoccupé ni de la « liberté d’expression » de Jean-Marc Rouillan, remis en prison suite à une interview, ni de la fermeture du site Internet de l’Action antifasciste par l’avocat de P.-E. Blanrue et Faurisson… Une position totalement incohérente, donc, sans compter qu’elle est absurde quant au fond (cf. le texte de Luftmenschen « Contre la liberté d’expression », dans notre compil’ n°6).

Auteur de ces lignes reproduites sur le site fasciste voxnr (« La désionisation de la mentalité américaine » – rien que le titre de ce texte ne peut que réjouir les partisans de la théorie du ZOG, complot sioniste mondial) : « Il y a essentiellement deux arguments qui ont justifié la création de l’État d’Israël en Palestine : l’un est que Dieu a donné cette terre aux Juifs, et l’autre est l’Holocauste. Le premier est extrêmement insultant pour des gens qui sont profondément religieux, ce qui est le cas de la majorité des Arabes, mais qui ont une croyance différente. En ce qui concerne le deuxième argument, cela équivaut à faire payer un crime à des gens qui ne l’ont pas commis. Ces deux arguments sont profondément racistes, car ils reviennent à affirmer qu’il est juste que les Juifs, et eux seuls, puissent établir en Palestine leur État, alors que celui-ci serait de toute évidence arabe, comme la Jordanie ou le Liban, sans la lente invasion sioniste. »

M. Bricmont ne trouve pas « insultant » et « raciste » pour les athées et non-croyants, ou les fidèles d’autres religions, qu’il existe des Etats « islamiques » ou « musulmans ». Rappelons quand même que 57 Etats sont membres de l’Organisation de la Conférence islamique. Pour qu’un Etat appartienne à l’OCI il faut que la majorité de sa population soit musulmane (ce qui suppose donc un contrôle de la fécondité des femmes non musulmanes, ou bien l’épuration démographico-religieuse en cas de déséquilibre démographique…). Les « rois et les chefs d’Etat » de l’OCI, « guidés par les nobles valeurs islamiques », doivent « défendre l’universalité de la religion islamique ». Mais tout cela est normal pour M. Bricmont qui pense, comme tous les nationalistes (qu’ils soient islamistes, républicains ou fascistes), que « Ein Reich, ein Volk, ein Führer » ou « Une Terre, un Peuple, un Dieu » soit un modèle.

Enfin, il est particulièrement crapuleux d’affirmer, comme Bricmont, que l’idée de créer une terre d’accueil pour les rescapés du judéocide serait en soi… « raciste » ! Ce qui peut être (et est effectivement) raciste, ce sont les discriminations mises en place sur cette terre d’accueil par les gouvernements israéliens, mais certainement pas la référence au judéocide, que Bricmont appelle bizarrement « l’Holocauste », terme religieux qui évoque les sacrifices dans la Bible…

Dénonçant « l’impérialisme humanitaire » en mars 2011, Bricmont s’aligne sur Chavez, le copain de Kadhafi, et propose une mission de conciliation entre le régime et les « rebelles ». Ce savantissime professeur ne s’était pas encore rendu compte, tout comme son cher colonel vénézuélien, que le régime libyen était une dictature et il déploie désormais tous ses efforts pour lui sauver la mise ou lui ménager une sortie honorable…

C’est ce qu’il appelle « faire de la politique ».

CAPJPO : groupe antisioniste créé en 2002 qui présenta une liste (Europalestine) avec Dieudonné en juin 2004 et le soutint lors de son procès en avril 2004 (suite à son sketch de décembre 2003 sur un colon israélien qui faisait le salut nazi et déclarait : « Je me suis converti au fondamentalisme sioniste pour des raisons professionnelles, euh politiques », allusion très claire à une prétendue mainmise des Juifs sur le milieu du show business).

Plusieurs articles défendirent Dieudonné sur le site de la CAPJPO et deux de ses représentants témoignèrent à son procès : « Nicolas Shahshahani a pour sa part témoigné que le personnage de Juif religieux, militariste et fanatique, campé par Dieudonné dans son sketch, correspond à une réalité incontestable. "Oui, il y a bien, en Israël et plus encore dans les colonies juives implantées dans les territoires palestiniens occupés, des milliers de fanatiques, obsédés par leur racisme anti-arabe, se réclamant publiquement de l’axe "américano-sioniste" cité par Dieudonné, et que le défunt grand philosophe israélien Yeshyahou Leibowitz qualifiait de " judéo-nazis ". » « Olivia Zémor, également d’origine juive, a souligné que le racisme anti-Arabes est prégnant dans l’éducation dispensée aux Israéliens, et qu’il est également répandu chez un certain nombre de juifs “communautaristes” comme M. Roger Cukierman, président du CRIF, qui se permettait de déclarer au lendemain du premier tour des élections présidentielles, en 2002 :"Le score de Jean-Marie Le Pen est un message aux musulmans, leur indiquant de se tenir tranquilles", propos qui n’ont fait l’objet d’aucune poursuite judiciaire. »

Ces deux animateurs de la CAPJPO invoquèrent tous deux leurs origines juives et celles d’un philosophe israélien (Yeshaou Leibowitz, dont ils oublient de dire qu’il était pour un Etat israélien laïque) pour justifier un parallèle absurde entre les Israéliens et les nazis. Cela montre que ces deux ex-militants trotskystes n’ont pas retenu grand-chose de leur long passage à Lutte ouvrière : si toutes les armées coloniales ou néocoloniales de la planète sont « nazies », on se demande ce qu’attend la CAPJPO pour dénoncer les « Franco-nazis » actuels qui opèrent en Afghanistan, en Côte-d’Ivoire, au Tchad, etc., sous les couleurs du drapeau bleu-blanc-rouge. Courageux mais pas téméraires, nos antisionistes, dans leurs comparaisons politiques ! Dans le cas du conflit israélo-palestinien, ce type de propos ne peut servir que les antisionistes-antisémites, de gauche comme de droite.

Ajoutons que ces militants de la CAPJPO manquent singulièrement de flair politique puisqu’ils ont été surpris par l’évolution antisémite de Dieudonné. Ils devaient quand même en avoir perçu quelques signes annonciateurs puisque, dans un communiqué d’octobre 2004, ils écrivirent : « Nous sommes désolés que Dieudonné préfère la fréquentation des Alain Soral et Ginette Skandrani à celle d’Euro-Palestine, fréquentations qui nous pesaient particulièrement comme nous le lui avions fait savoir à plusieurs reprises ». S’ils avaient été moins opportunistes (moins en quête de notoriété médiatique grâce à leur ami Dieudonné) ils se seraient aussi souvenu d’une émission chez Ardisson en 2002, soit deux ans auparavant, où Dieudonné avait déjà déclaré (ou confirmé) des déclarations qu’il avait tenues dans différents journaux : « l’antisémitisme n’existe pas », « juif c’est un concept virtuel », « qui est juif ou qui ne l’est pas, je m’en fous, je ne me suis jamais posé la question », etc. Evidemment, tout cela au nom de l’idée que les êtres humains seraient, à ses yeux, tous pareils. Cela n’alerta pas le moins du monde ses amis « antisionistes » de gauche.

Il faut dire qu’ils n’ont pas su non plus déceler la nature antisémite du livre de Paul-Emile Blanrue sur Sarkozy, Israël et les Juifs qu’ils diffusaient dans la librairie Résistances. Pas plus qu’ils ne savaient que l’avocat de Blanrue, John Bastardi, était celui de R. Faurisson et qu’ils ont laissé ce « baveux » prendre la parole lors d’une réunion devant leur local après qu’il eut été vandalisé par un commando de l’extrême droite juive. Tant d’incapacité à détecter les discours et les écrits antisémites devrait les inciter à une petite remise à niveau politique voire à une dé(anti)sionisation (excuse my French ) (18)…

Chossudovsky, Michel  : animateur du site mondialisation.ca (cf. l’article des Luftmenschen dans ce numéro) et pote de Thierry Meyssan. Conspirationniste.

Collon, Michel : journaliste tiersmondiste, antisioniste qui utilise les mêmes arguments que l’extrême droite (« L’Etat israélien est l’Etat le plus raciste du monde » qui place « les Palestiniens dans des camps de concentration », cf. l’émission « Ce soir ou jamais » de décembre 2008 sur dailymotion) et n’hésite pas à participer à des réunions où sont invités des militants d’extrême droite (Axis for peace). Son livre est publié dans la même maison d’édition (Oser dire) que Sarkozy, Israël et les Juifs de Paul-Emile Blanrue et Le Pin et l’Olivier d’Israël Shamir.

Ce néostalinien est l’ami d’Olivier Mukuna grand défenseur de Dieudonné ; prochaviste, il est considéré comme une référence sérieuse dans les milieux altermondialistes et fréquente les plateaux de télévision en France. Parmi les grands émancipateurs de la femme arabe, il a cité (sans rire) l’Irakien Saddam Hussein et l’Afghan Najibullah (soutenu par les Soviétiques), dans une émission du 23 mars 2011.

Au nom d’une critique des « média-mensonges » et de la dénonciation des interventions militaires des grandes puissances, il blanchit les régimes nationalistes du Sud sans tenir compte de l’oppression et de l’exploitation qu’ils font régner sur leurs peuples, et sans jamais mentionner l’existence d’oppositions révolutionnaires à ces régimes. Vanessa Stojilkovic, dans une interview réalisée par Michel Collon à propos de son film sur Chavez, affirme que ce dernier aurait « vraiment redonné un sens à la relation peuple-Etat ». Sans le savoir, cette dame nous ressert le modèle politique que prônait le fasciste Norberto Ceresole quand il évoquait la relation Caudillo-Armée-Peuple à propos du colonel vénézuélien dont il fut temporairement le mentor.

Et, le 11 juin 2011, Collon a publié une interview de Jacques Vergès intitulée : « En Syrie, il faut défendre l’Etat actuel ! » Ce qu’il y a d’épatant avec le défenseur zélé de Klaus Barbie (Vergès), c’est qu’il parle cash, lui au moins. Et que Michel Collon, lui, juge prudent de se taire après de tels propos. On ignore donc s’il les approuve ou pas. Au nom de l’anti-impérialisme sans doute ? Ou peut-être juge-t-il que Assad a aussi instauré un « Etat-providence » en Syrie comme, selon lui, Kadhafi en Libye ?

Finkelstein, Norman  : auteur d’un pamphlet (L’Industrie de l’Holocauste) contre les avocats américains qui défendent les Juifs victimes de l’Holocauste. Une partie de ses arguments sont régulièrement repris par les fascistes et les négationnistes, ce qui est injuste pour l’auteur, et en même temps mérité, vu la légèreté incroyable de son argumentation.

Grand Soir, Le : « journal militant d’information alternative » créé en 2002. Défend des positions procastristes et chavistes. Dénoncé comme « rouge-brun », suite à une polémique avec le site Article XI, Le Grand Soir a établi une comptabilité précise (que nous supposons exacte) des auteurs « douteux » (Jean Bricmont, Ginette Hess-Skandrani, Michel Chossudovski, Michel Collon, Paul-Eric Blanrue, Silvia Cattori, Thierry Meyssan, Yahia Gouasmi) qu’il a publiés. Il a abouti au résultat suivant : moins d’un pour cent des articles publiés mériteraient la volée de bois vert administrée par une journaliste d’ACRIMED.

Il est donc difficile d’accuser Le Grand Soir d’être sympathisant de l’extrême droite comme la rumeur sur Internet l’en accuse : c’est plutôt un site anti-impérialiste réactionnaire : il suffit de parcourir les titres des 120 articles de Vivas (l’un des deux responsables avec Viktor Dedaj) publiés pour voir qu’il passe l’essentiel de son énergie à défendre la vision géopolitique stalino-soviétique classique remisée au goût altermondialiste du jour : il n’y a qu’un seul impérialisme (l’impérialisme américain) et sa tête de pont au Moyen-Orient, Israël. Pas étonnant que Le Grand Soir déteste « les gauchistes », pas étonnant qu’il se réclame du programme du Conseil national de la Résistance en taisant comment les ouvriers ont dû marner pour reconstruire le capitalisme français quand le PCF considérait que la grève était « l’arme des trusts », etc., jusqu’à ce que la grève des ouvriers de Renault oblige les ministres communistes à quitter le gouvernement.

Si l’on consulte les titres et les auteurs des 80 articles consacrés à la crise économique, on voit que ce site a une vision réformatrice du capitalisme, tout à fait conforme à la pensée altermondialiste keynésienne dominante. Il se caractérise également par un antisionisme radical (ce qui n’est pas un défaut) sans la moindre critique vis-à-vis du Hamas (ce qui est nettement plus grave mais assez prévisible). Les positions les plus douteuses et critiquables se trouvent dans les commentaires placés à la suite des articles : ils traduisent l’état d’esprit des internautes qui apprécient ce média ou qui le parasitent (les militants d’extrême droite aiment se glisser dans les discussions sur les sites altermondialistes en essayant de faire passer leur propagande de façon déguisée). C’est à ce titre que, jusqu’à plus ample informé (nous n’avons pas lu les 6 000 articles de ce site pour faire cette note), Le Grand Soir est placé dans la rubrique des Idiots utiles à la confusion…

Lacroix-Riz Annie : historienne stalinienne, l’une des fondatrices du PRCF (Pôle de renaissance communiste en France) fréquemment invitée sur…Radio Libertaire mais qui n’hésite pas aussi à causer chez les antisémites conspirationnistes de Jacques Cheminade, au Local du fasciste Serge Ayoub et dans des conférences internationales communes aux médias d’extrême droite et à ceux d’Etats comme la Russie, l’Iran et le Vénézuela (Axis for Peace).

Primitivi.org  : « relais d’infos sud-américaines, relais des médias libres français, informations alternatives marseillaises ». Ce site héberge des articles en faveur des régimes de Chavez et Morales, ce qui ne nous surprend pas. Un site qui s’intéresserait aux luttes de classe sur le continent latino-américain n’aurait guère de succès chez les gauchistes tiersmondistes et néostaliniens ou auprès des altermondialistes réformards. Dans ses liens, on trouve donc les ingrédients habituels de la salade de la confusion : CQFD (gauche radicale), RESF (humanitaires de gauche), Le Monde diplomatique (tiersmondain et souverainiste), Article 11 (antifasciste), mais aussi alterinfos (tiersmondiste réactionnaire) et le Grand Soir (néostalinien, nationaliste de gauche)… Et deux articles du Réseau Voltaire (conspirationniste). Un petit débat s’est engagé à la suite des derniers délires de Meyssan en faveur de Kadhafi après sa chute, mais rien de plus…

Ramadan, Tariq : Dans un texte paru sur son blog le mardi 14 avril 2009, ce grand ami des altermondialistes défend sur son blog l’antisémite Dieudonné en ces termes : « J’ai défendu, et je continuerai à défendre, le droit de Dieudonné à s’exprimer. En 2005, j’ai dit et répété publiquement que l’on ne pouvait pas accuser Dieudonné d’antisémitisme alors que, procès après procès, il était blanchi de ces accusations. » Donc si l’on suit Ramadan et sa confiance dans la justice, toutes les personnes accusées d’« islamophobie », ou de racisme anti-Arabes et anti-Africains, et qui ont été « blanchies » ont été injustement accusées ?

Tariq Ramadan est parfaitement capable de dénoncer « un discours antisémite qui cherche à tirer sa légitimité de certains textes de la tradition musulmane » ; les « intellectuels ou les imams qui, à chaque écueil, au détour de chaque revers politique, voient la main manipulatrice du “lobby juif” » ; les « fausses rumeurs sur les 4000 juifs qui ne se seraient pas présentés à leur poste, le matin des attaques contre le World Trade Center » et il ne craint pas d’affirmer : « L’antisémitisme ne se justifie jamais. » A priori, Ramadan aurait donc les idées très claires sur ce sujet.

Mais dans Les musulmans d’Occident et l’avenir de l’islam, il tient des propos beaucoup plus ambigus : « D’aucuns proposent aux musulmans de prendre exemple sur les juifs aux Etats-Unis. »

On se demande qui est ce mystérieux « d’aucuns », bien commode pour disserter sur le mythique lobby juif américain, objet de tous les fantasmes à l’extrême droite et chez les partisans de la théorie du complot. Ramadan « oublie » de nous préciser que ce lobby bien réel n’est pas un lobby seulement religieux – donc que la comparaison avec un éventuel lobby musulman n’a pas de sens – et qu’il englobe des Américains qui ne sont pas juifs et souhaitent que leur pays entretienne des liens étroits avec Israël, pour des raisons géopolitiques évidentes et pas pour des raisons religieuses. Sans compter la Droite chrétienne (fondamentaliste et souvent antisémite) qui soutient les gouvernements israéliens car elle pense que, pour que Jésus revienne sur terre, il faut d’abord que tous les juifs soient regroupés en « Terre sainte » ! La question est donc beaucoup plus complexe que feint de le croire Ramadan. Ou alors est-il tout simplement ignorant, comme le souligne la très complaisante Esther Benbassa, qui pense que le conseiller ès-Islam de Tony Blair, « connaîtrait mal la communauté juive » ?

Mais poursuivons notre lecture :

« Lobby extrêmement bien organisé, très présent et influent dans les allées du pouvoir de Washington, il se caractérise par une action permanente soit dans le but de protéger les intérêts de la communauté juive, soit dans celui de soutenir l’Etat d’Israël ».

Se rendant compte qu’il s’engage sur un terrain glissant, sur les traces d’une foultitude d’altermondialistes et de gauchistes qui jouent avec le feu, Ramadan ajoute aussitôt que « la tradition du lobbyisme est différente des deux côtés de l’Atlantique ». Ouf, on respire ! Mais notre équilibriste vacille de nouveau en ajoutant que « chaque culture politique nationale a déterminé une certaine façon, pour les différentes allégeances communautaires, économiques ou religieuses de faire pression et d’influer sur la vie politique du pays ». Et que ces « pratiques de lobbying ou des groupes de pression » « sont menées dans les pays européens de façon différente, ou simplement plus discrète ».

« Plus discrète », qu’est-ce à dire ? Que veut insinuer là notre lettré suisse ? Les insinuations de Ramadan deviennent d’autant plus troublantes qu’il écrit que la « très grande majorité des musulmans » d’Occident n’ont pas « les moyens dont sont riches les communautés juives ». Les pétromonarques qui distribuent généreusement de l’argent en Europe (et qui ont arrosé Sani Ramadan, le père de Tariq, pendant près de vingt ans) ont dû bien rigoler en lisant ces lignes ! Quant à l’opposition entre la pauvreté des « moyens » dont disposent la majorité des musulmans européens, et la richesse prétendue de moyens des Juifs européens, elle nous rappelle de très mauvais souvenirs, même si ce discours nous est servi en termes très alambiqués.

Résistance71 : Ce site aux apparences libertaires « se veut être le réveil- matin (ou la sonnette d’alarme) de notre conscience sociale bafouée et assujettie à la société de consommation, arme de destruction collective des libertés individuelles. Résistance pour notre mission de lutter contre la pensée unique si répandue de nos jours et lutter contre le néo-fascisme globaliste du Nouvel Ordre Mondial (…). 71 pour la date de la Commune de Paris de 1871, réprimée dans le sang par la République. Commune qui, bien qu’imparfaite et massacrée dès sa naissance, a été et est toujours le symbole d’un espoir d’émancipation sociale de l’ensemble du genre humain, solidaire et fraternel pour qu’enfin la justice se réalise dans l’Histoire, débarrassée des chaînes de l’exploitation. »

Malheureusement cette déclaration d’amour aux communards coexiste avec les liens les plus douteux (les « suspects habituels » : Meyssan, Catori, Collon, Chossudovsky, et des sites comme le Grand Soir), mais aussi avec ceux de la FA, de la CNT, et de quelques sites anarchistes. Au nom de la lutte contre la « pensée unique », Résistance 71 organise la confusion, fait la part belle aux théories du complot, publie et traduit des contributions qui défendent les régimes libyen et syrien, à grand renfort de citations anarchistes, de la CNT espagnole à Bakounine et Proudhon !

Résistances : librairie parisienne anti-impérialiste et « antisioniste », créée par deux ex-militants de Lutte Ouvrière, par ailleurs membres de la CAPJPO. Cette librairie a soutenu la candidature Dieudonné sur les listes Europalestine avant de se fâcher avec lui. A invité dans ses murs Gilad Atzmon, musicien juif qui tient des discours délirants contre la gauche juive ; Paul-Emile Blanrue, autour d’un livre bourré de sous-entendus antisémites (Sarkozy et les Juifs) ; et des écrivains conspirationnistes comme Thierry Meyssan et Webster G. Tarpley.

Suite à l’agression dont ce local avait été victime, agression menée par des sionistes d’extrême droite après que la librairie eut accepté d’accueillir le livre de P.-E. Blanrue, ces animateurs ont écrit dans une lettre circulaire : « les agressions subies à plusieurs reprises par la librairie Résistances (…) visaient de toute évidence à bâillonner la défense des droits du peuple palestinien, mais aussi la contestation plus générale de l’idéologie du "choc des civilisations", du racisme, ainsi que l’information régulièrement disponible sur toutes les autres luttes : celles des sans papiers, des peuples d’Amérique Latine, d’Afrique noire... ».

On voudrait les croire malheureusement, P.-E. Blanrue se fout comme de ses premières chaussettes des « droits du peuple palestinien ».

18. Expression anglosaxonne employée pour faire passer la pillule lorsqu’on utilise un gros mot ou une expression vulgaire