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Tunisie, décembre 2010-janvier 2011

lundi 28 mars 2011

Ce texte est paru dans Echanges n° 135 (hiver 2010-2011]

Lorsque, le 17 décembre 2010, un Tunisien de 26 ans, Mohamed Bouazizi, s’est suicidé par le feu devant la préfecture de Sidi Bouzid, une petite ville de 40 000 habitants du centre de la Tunisie, l’événement n’a fait la « une » d’aucun grand média : un vendeur ambulant s’était vu confisquer sa marchandise par la police et giflé, selon certains témoignages, par une policière municipale. Il s’était tué par désespoir, rien de notable : la confiscation d’un moyen de survie se passe aussi bien en plein Paris et des suicides ont porté la contestation sociale à France Télécom ou à Renault, en France, pour ne citer que quelques cas connus. Jusqu’au milieu du XXe siècle, en Europe, quelques désespérés s’attaquaient parfois à tel ou tel représentant du pouvoir ; au XXIe, ils s’attaquent partout à eux-mêmes.

Mohamed Bouazizi vivait dans une région de Tunisie délaissée par l’Etat, les investissements allant vers la zone côtière, espace touristique générateur de devises : en Tunisie, les services comptent pour 55 % du PIB et emploient 400 000 personnes ; l’industrie, pour 35 % avec 250 000 personnes ; l’agriculture, pour 10 % avec 16 % de la population active (1). Cette région du centre de la Tunisie, industrialisée en partie, a conservé une organisation sociale traditionnelle de petites exploitations agricoles aux mains de familles élargies aux relations interdépendantes. Mohamed Bouazizi portait le nom d’un clan installé depuis longtemps sur le flanc sud du gouvernorat et sa mort a d’abord déclenché des heurts dans les villes et villages alentour où, au fil des années, la surexploitation des terres, le pompage excessif de la nappe phréatique et la forte natalité ont peu à peu paupérisé les familles ; lui-même vivait dans le quartier Ennour-Gharbi, un bidonville excentré de Sidi Bouzid.

Entre janvier et mai 2008, des émeutes avaient déjà eu lieu dans des mines de phosphates à Gafsa, à une centaine de kilomètres au Sud de Sidi Bouzid ; une lutte qui n’était pas parvenue à s’étendre au reste du pays (voir nos bulletins Dans le monde une classe en lutte de juin 2008 et suivants). Cette même année, Redeyef, proche de Gafsa, s’était soulevée contre des fraudes lors d’un concours de recrutement de la Compagnie des phosphates de Gafsa. Kasserine, un peu plus loin au Nord-Ouest, a connu ces dernières années de nombreuses violences liées à la question du sous-emploi de sa jeunesse. Toutes villes insurgées peu après Sidi Bouzid.

Les commentateurs des émeutes en Tunisie ont beaucoup parlé d’insurrection des classes moyennes et de la jeunesse. « Classes moyennes » est un terme qui cache souvent une catégorie de travailleurs prolétarisés payés à des salaires légèrement au-dessus du minimum nécessaire pour survivre, acceptant leur soumission aux conditions sociales existantes dans l’espoir d’un futur meilleur. En Tunisie, lesdites classes moyennes étaient du côté du pouvoir ou n’étaient rien, finalement peu.

Selon l’Union générale tunisienne du travail (UGTT) (2), syndicat unique, entre 2003 et 2008, la région de Sidi Bouzid n’a créé que 710 postes dans l’industrie. On ne peut nier que la pression démographique sur l’évolution sociale soit un facteur non négligeable dans les émeutes qui touchent actuellement les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient : en 2010, la part des jeunes de 15 à 24 ans était de 18,4 % au Maroc ; 20,5 % en Algérie ; 19,3 % en Tunisie ; 17,3 % en Lybie ; 20,2 % en Egypte ; 20,4 % en Jordanie ; 17,6 % en Turquie ; 20,5 % en Syrie ; 18,9 % en Arabie saoudite ; et 22,1 % au Yemen. Mais, parlant de la jeunesse, il me paraît important, de rappeler qu’elle fut un atout au XIXe siècle pour les nations européennes capables de lui offrir un avenir dans les aventures coloniales ; aussi bien qu’elle peut mettre le feu aux poudres, en 1968 dans le monde ou aujourd’hui dans les économies émergentes.

Cette jeunesse n’a jamais formé une classe : il y a des jeunes dans tous les milieux sociaux, c’est une banalité ; en Tunisie comme ailleurs. Il est vrai qu’elle est de nos jours statistiquement plus affectée par le chômage que certaines tranches d’âge, mais diversement selon leur classe d’origine et sans doute pas plus que les cinquantenaires à niveau social équivalent. Il convient plutôt de ramener le poids de cette jeunesse à l’accroissement exponentiel de la population : l’Egypte, par exemple, est passée d’environ 18,5 millions d’habitants en 1945 à plus de 85 millions aujourd’hui.

Par ailleurs, à partir des années 1960, l’Algérie, le Maroc, l’Egypte et la Tunisie comptaient environ 50 % des hommes âgés de 20 à 24 ans alphabétisés ; les femmes suivant avec un décalage d’entre quinze à trente ans. En 2010, les taux de scolarisation dans le supérieur étaient, hommes et femmes confondus : au Maroc de 13 % ; en Algérie de 31 % ; en Tunisie de 34 % ; en Egypte de 28 % ; en Jordanie de 41 % ; en Turquie de 38 % ; en Arabie saoudite de 33 % ; et au Yemen de 10 %. Ces chiffres ne disent évidemment rien de la qualité de l’enseignement supérieur dans ces pays, mais cette évolution rapide de l’alphabétisation fait que des enfants surdiplômés vivent avec des parents analphabètes, les uns sur les autres sans perspective professionnelle, ce qui implique un total bouleversement des relations familiales traditionnelles.
Les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient n’ont le plus souvent à offrir à cette jeunesse surdiplômée que des emplois non qualifiés, mal payés.

Depuis le début du XXIe siècle, le développement économique de ces pays les a amenés au seuil du capitalisme et intégrés à l’économie mondiale, comme certains pays d’Asie et d’Amérique latine (3) : entre 2000 et 2010, les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient ont connu des taux de croissance de leur Produit intérieur brut (PIB) de 5 % en moyenne. Des chiffres à relativiser en fonction des ressources de chacun d’entre eux : certains disposant uniquement de rentes pétrolières ((Algérie, Arabie saoudite, Lybie, Yemen), d’autres seulement de quoi nourrir leurs populations (Maroc, Tunisie) ; l’Egypte seule semblant réunir les deux, grâce non pas à la rente pétrolière mais aux royalties afférentes au canal de Suez et à l’assistance nord-américaine (4).
Pour ces raisons structurelles, les pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient dépendent étroitement du marché mondial : vente de pétrole et de gaz, sous-traitance dans l’industrie et les services, etc. Leur développement économique et démographique n’ayant pas entraîné d’évolution parallèle de leurs systèmes politiques, c’est cette combinaison d’une élite politique et syndicale prédatrice et d’une augmentation des prix de l’alimentation ou de l’énergie, importées en grande part selon les pays, qui ont conduit aux émeutes : en Tunisie, depuis le 18 décembre 2010, en Algérie entre le 5 et le 10 janvier 2011, à Alger et Oran principalement, sporadiquement en Jordanie et au Yemen, en Egypte depuis le 25 janvier. Les pays détenteurs de rentes énergétiques étant plus à même que les autres d’amortir les tensions sociales par des subventions d’Etat en direction des plus pauvres.

Des analystes de toutes nuances ont souligné le rôle des nouvelles technologies, et de l’Internet en premier lieu, dans la vitesse de propagation des mouvements sociaux en Tunisie et dans les pays environnants : la victoire d’Obama aux élections aux Etats-Unis en 2008 se devrait aux réseaux sociaux d’Internet ; les insurgés en Iran en juin 2009, après la réélection de Mahmoud Ahmadinejad à la présidence du pays, se seraient appuyés sur ces mêmes réseaux sociaux ; en Moldavie, en avril 2009, les SMS auraient joué un rôle essentiel dans la mobilisation contre le régime ; les révoltes actuelles de la Tunisie à l’Egypte ne seraient pas en reste.

L’expansion de ces technologies n’est qu’un prolongement de l’imprimerie. Elles remplacent souvent la presse écrite ou audiovisuelle, et il ne faut pas se faire plus d’illusions sur la liberté de la presse que sur celle d’Internet ; très peu de ses utilisateurs usent de cette prétendue liberté et il est facile de faire taire tout impétrant : le 16 février 2011, par exemple, les législateurs espagnols s’apprêtaient à voter une loi autorisant le gouvernement à fermer tout site sans passer par l’appareil judiciaire. Comme la presse, Internet n’a d’utilité que par l’usage que chacun en fait : dans les émeutes, le téléphone portable peut remplacer les talkies-walkies d’antan ; dans la vie quotidienne, il ne sert qu’à l’asservissement de son propriétaire.

Lors des mouvements sociaux antérieurs, c’étaient les travailleurs des transports qui répandaient la flamme insurectionnelle. Il semble qu’en Tunisie un reste de traditions claniques et de liens entre vendeurs à la sauvette, et autres adeptes de l’économie informelle, rackettés par la police aient servi de détonateur : hormis un appel, à reculons, de l’UGTT à manifester à Tunis le 25 décembre 2010, qui n’a rassemblé que quelques centaines de personnes, c’est le 27 décembre seulement, dix jours après le début des émeutes à Sidi Bouzid, que les manifestations ont massivement atteint la capitale. On peut alors se demander quel crédit accorder à ceux qui nous parlent de l’immédiateté du flux informatif sur Internet. Les rumeurs, au mode conditionnel ou très souvent affirmatif, via ordinateurs ou téléphones portables ont sans doute tenu une place plus importante que l’action de l’UGTT, mais saura-t-on un jour laquelle ?

Une bonne partie de la richesse du pays allait dans les poches des familles Ben Ali et Trabelsi, et de leurs affiliés : selon Mohamed Elloumi, « (...) 160 000 hectares ont (...) été cédés à une société suisse [en décembre 2010 à la société genevoise Global Wood Holding], dans le sud (...). Or, comme on le sait, il n’y avait pas une seule transaction sans que la famille [Ben Ali] n’en soit partie prenante »(5). Les multinationales elles-mêmes n’étaient pas à l’abri des raids de la famille : la Télévision suisse romande a enquêté sur les déboires de Nestlé en Tunisie. En 2006, Mohamed Sakhr El-Materi, gendre de Ben Ali, rachète les parts que la Banque nationale agricole et la Société tunisienne des industries laitières, respectivement 26,6 % et 14 %, possédaient dans la branche tunisienne de Nestlé, au prix de 4,5 millions de dinars (3 millions d’euros) et impose son père à la présidence du conseil d’administration. Parts que Nestlé rachètera en juin 2009 pour 23 millions d’euros ; Moncef El-Materi, le père, ne démissionnera, lui, de son poste que le 20 janvier 2011 et les actionnaires de Nestlé en Suisse ne seront jamais informés de cette plus-value pour El-Materi (6).

Le « ¡ Que se vayan todos ! » (Qu’ils s’en aillent tous) qui donnait le la en Argentine en 2001 est devenu « Ben Ali dégage ! » On ne peut que se réjouir de la chute d’un autocrate, mais d’autres attendent pour prendre sa place. Un changement de gouvernement ne fait pas une révolution sociale. Les manifestants réclamaient du pain et la liberté, une litote pour plus d’argent, que certains commentateurs ont réduit à une demande générale de démocratie. Les émeutiers de Tunisie nourrissent peut-être, pour certains, des illusions sur la démocratie à l’occidentale, mais ce qu’ils refusent avant tout ce sont les bouleversements trop rapides de leur vie quotidienne que leur inflige le capital, ainsi que l’illustrent sans ambages la foison de drapeaux nationaux dans les manifestations et le fait qu’aucun vandalisme de mosquée n’ait été rapporté jusqu’à maintenant. Or, la démocratie à l’occidentale, c’est encore plus de bouleversements et encore plus rapides.

Dans l’immédiat, les émeutes en Tunisie et en Egypte ne font pas l’affaire des entrepreneurs du tourisme en cette période normalement faste. En Tunisie, le chaos, aggravé par les partisans de Ben Ali, la police ou quiconque veut s’approprier quelque chose à moindre frais, commence à effrayer ceux qui n’aspirent qu’à gagner de l’argent. Mohamed Bouazizi est mort le 4 janvier, Ben Ali parti le 14 ; il faut savoir arrêter la grève dit une majorité de la population. Des prisonniers ont été libérés par les émeutiers, à Monastir et Mahdia par exemple ; des prisonniers de droit commun. Les autorités actuelles leur demande de se rendre, les accusent de tous les maux.

Des comités de quartiers se sont créés pour veiller à la tranquillité des habitants et à la protection de leurs biens. Peut-on croire, comme l’affirment les militants tunisiens rencontrés par Lieux communs que ces comités forment l’embryon de futurs soviets (7) ? Les veillées entre habitants où on parle et on décide sont, sans conteste, importantes dans tout mouvement aspirant à renverser la société dominante ; mais on peut aussi relever, en sens contraire, que ces comités ne font que supplanter les forces de l’ordre momentanément impuissantes et pallier la terreur de l’avenir.

L’armée tunisienne attend son heure l’arme au pied. Une petite armée qui n’a jamais connu l’épreuve du feu, dont Bourguiba et Ben Ali se méfiaient, qui ne compte que 45 000 hommes environ et qui, contrairement aux armées des autres pays d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient n’a jamais trempé dans les affaires, privatisations d’entreprises publiques et autres magouilles.
Achevant la rédaction de cet article dans la deuxième semaine de février 2011, je n’ai pas voulu aborder les émeutes en Egypte, qui ont commencé le 25 janvier et qui posent d’autres questions qu’en Tunisie à cause de sa proximité avec Israël et du traité de paix qui lie les deux pays depuis 1979 : un attentat contre un pipeline à El Arich le 7 février dans le Sinaï a rappelé que l’Egypte est un point d’approvisionnement important de gaz pour Israël, 40 % de sa consommation en provenant. A cause aussi du canal de Suez... et d’une classe ouvrière nombreuse et combative.

Des observateurs, à mon avis abusés par les apparences, ont parlé de contagion au monde arabe des émeutes parties de Tunisie. Plutôt que résultat d’une appartenance culturelle, cette contagion me paraît due à une histoire économique et sociale partagée : une économie dépendante de ses exportations vers les pays développés, une élite politique prédatrice des richesses nationales et une incapacité à maintenir la censure sur la circulation des informations. Une situation que l’on retrouve aux antipodes : le gouvernement chinois se sent menacé et les internautes en Chine ne peuvent plus cliquer sur les mots Tunisie ou Egypte. Lancé le 28 août 2009, Sina Weibo (Web chinois en langage vernaculaire), cousin de Twitter, a dépassé, en octobre 2010, la barre des 50 millions d’utilisateurs, mais un dessin animé qui montrait une population de lièvres oppressée par un gouvernement de tigres, et qui se révolte, n’était plus consultable, à partir du jeudi 27 janvier, sur les sites Internet chinois (8).

Le 11 février 2011, Hosni Moubarak a démissionné de la présidence du pays et confié les rênes au Conseil suprême des forces armées ; une majorité d’Egyptiens semblent actuellement s’en réjouir. Les soulèvements d’un peuple contre des autorités détestées se délitent habituellement à la suite de la chute desdites autorités sans avoir en rien apporté de réponses aux questions sociales sous-jacentes. En Tunisie et en Egypte, comme en Algérie dans les années 1990, l’insurrection une fois matée ne laissera-t-elle pas place à une guerre civile larvée ? Des milliers de Tunisiens ont d’ores et déjà fui leur pays, attestant qu’ils n’accordaient aucune confiance aux promesses d’amélioration de leur vie quotidienne qui leur ont été faites, et sont arrivés clandestinement sur l’île de Lampedusa, en Italie, le 13 février.

J.-P. V.

A lire aussi sur Internet :

- « Tunisie. Vu de loin », de Gérard Bad,

- « Sur les luttes en Algérie, Tunisie et Egypte », de Raoul Victor,

NOTES

(1) Nous avons souvent dit dans Echanges la méfiance que nous entretenons vis-à-vis des statistiques, officielles et officieuses ; les chiffres que nous citons ici n’ont qu’une valeur indicative. Afin d’éviter une trop longue cohorte de notes en bas de page, nous avons choisi de ne pas renvoyer dans le détail aux sources utilisées : le journal Le Monde, le dossier intitulé « Onde de choc dans le monde arabe » dans le numéro de février 2011 du Monde diplomatique et divers sites Internet.

Parmi ces derniers, citons ceux qui nous ont plus servi que d’autres : « Rising Food Prices and the Egyptian Tinderbox » (L’Augmentation des prix des produits alimentaires et le briquet à amadou égyptien) ; « Tunisie : pourquoi c’est à Sidi Bouzid que tout a commencé ? », un entretien avec Mohamed Elloumi (site financé par l’Etat français), ; enfin, deux autres entretiens avec des « camarades », dont l’appartenance, non précisée, approche de l’anarchisme, réalisés par Lieux communs, ’« Le mouvement tunisien est politique et social » ->http///www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article435] et [« Tunisie : “Ni cellules destouriennes, ni partis politiques !” » -http///www.magmaweb.fr/spip/spip.php?article438).

(2) L’Union générale tunisienne du travail a été fondée en 1946, avant l’indépendance, sur le modèle de la CGT française. Elle a participé activement à la lutte anticoloniale et plusieurs de ses dirigeants ont occupé divers postes officiels sous les présidences de Habib
Bourguiba (1957-1987) et de Zine El-Abidine Ben Ali (1987-2011). Lors des émeutes de décembre 1983-janvier 1984, elle avait aidé à la répression contre les émeutiers ; de même, en janvier-mai 2008, pendant le mouvement dans les mines de phosphates de Gafsa. En 2010-2011, ce n’est que poussée par sa base, et donc pour mieux la freiner, qu’elle se décide tardivement à appeler à la grève générale.

(3) A propos des luttes ouvrières en Asie, le lecteur pourra se reporter aux articles sur le Bangladesh parus dans Echanges nos 118, 119 et 124 (Une révolte ouvrière au Bangladesh, Bangladesh : quelle suite aux émeutes généralisées de 2006 ? , Au Bangladesh : Luna, la « chance » de gagner 25 euros par mois), sur la Chine dans Echanges nos 110, 114, 120 et 123 (Après la disparition du « bol de riz en fer », restructurations et mutations de classes , (Des mutations récentes dans les orientations et le comportement des prolétaires chinois, (« A l’ouest des rails » : un film sur les restructurations en Chine, (Les neuf vies d’une ouvrière chinoise, (Les travailleurs migrants en Chine) et sur la Corée du Sud dans Echanges nos 120 et 130 ((Corée : Sur la grève de 2006-2007 de Hyundai Motor Company (HMC) à Ulsan, (La défaite de la grève de Ssangyong Motors ). A propos de l’Amérique latine, à notre brochure L’Argentine de la paupérisation à la révolte. Une avancée vers l’autonomie (2002), ainsi qu’à Echanges nos 102 et 118, pour l’Argentine (A propos des piqueteros, Argentine : Zanon, une entreprise « récupérée » par ses salariés), 112 et 114 pour la Bolivie Bolivie : guerre du gaz ou guerre sociale ?, Bolivie, décembre 2004 - mai 2005, et 118 et 119 pour le Mexique Oaxaca, une ville en rébellion, La commune de Oaxaca a vécu.

(4) L’exploitation de gisements d’hydrocarbures découverts en Tunisie depuis 2006 est cependant devenue rentable grâce à l’augmentation des cours, et la Tunisie envisage d’augmenter sa production de gaz (actuellement de 2,4 milliards de m3 par an, à comparer aux 81,4 milliards de m3 produits chaque année par l’Algérie).

(5) Mohamed Elloumi, « Tunisie : pourquoi c’est à Sidi Bouzid que tout a commencé ? », op. cit.

(6) Le Monde, 9 février 2011, « Comment le groupe alimentaire Nestlé s’est fait racketter par le clan Ben Ali ».

(7) « Le mouvement tunisien est politique et social », op. cit., p. 3 et 4.

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ANNEXE

DANS LES PUBLICATIONS : MONDE ARABE

- Courant alternatif, le mensuel de l’Organisation communiste libertaire, rappelle dans son n° 207 (février 2011), sous le titre « Des événements qui n’auraient pas dû se produire », que la droite au pouvoir en France n’a pas été seule à soutenir Ben Ali, mais que l’ensemble de la gauche aussi a soutenu « une transition sans rupture » (dixit Delanoë) assurée par le parti unique adhérent de l’Internationale socialiste. Mettant en garde contre les interprétations « conspirationnistes », l’OCL souligne que « cette révolution, quoi qu’elle puisse devenir, est partie de l’intérieur de la société tunisienne, des villages et des régions les plus pauvres, sans qu’aucun parti, même d’opposition, ne s’en soit mêlé, du moins au début. Les classes moyennes intellectuelle ou technicienne sont arrivées elles aussi après, en rappelant qu’elles étaient opposantes au régime. ». Pour l’OCL, qui rappelle les données économiques majeures (en 2009 et 2010,la moitié de chaque classe d’âge s’est trouvée sans emploi, contre un tiers auparavant ; les emplois proposés concernent la main-d’œuvre non-qualifiée, laissant de côté les diplômés chômeurs dont le nombre a explosé), tout en soulignant que la Tunisie a déjà connue des émeutes et des grèves (en 1984, en 2008), la clé du futur est dans « l’opposition bien réelle entre la petite et jeune bourgeoisie citadine et les jeunes “laissés-pour-compte” de l’intérieur du pays, qui ajoutent à la revendication de démocratie et de liberté le refus de la précarité et du chômage. La première a joué son rôle de postulante au poste (sic) de future classe dominante, plus en maîtrisant Internet qu’en manifestant (…). Mais les seconds n’ont pas dit à ce jour leur dernier mot. Comme le dit Fatma Benmosbah (…) la deuxième manche c’est “bobo contre prolo”. »
- Fatma Benmosbah, que Courant alternatif cite comme si tout le monde la connaissait, est apparemment une chercheuse en sciences sociales dont on trouve le texte bobos contre prolos sur Internet.
- « Tunisie. La révolution n’est pas finie », dans Alternative libertaire n° 203 (février 2011).

Algérie
- Après les émeutes de décembre, Courant alternatif n° 207 (février 2011) brosse, sous le titre « L’émeute pour le dire », un sombre tableau du pays qui prépare l’après-Bouteflika sur fond de lutte de factions au sommet du pouvoir et de fortes tensions géostratégiques autour des hydrocarbures, mais aussi sur fond d’une lourde crise sociale. Jacqueries et affrontements sont fréquents en Algérie, mais le revers de la situation est une profonde désespérance qui pousse les Algériens à partir (30 000 “brûleurs de frontières” clandestins arrêtés en 2010) ou à manifester par des actes spectaculaires comme les immolations (ou autres tentatives de suicides, dont le nombre s’éléverait de source gouvernementale à 10 000 par an). Une généralisation des émeutes pourrait-elle faire vaciller le pouvoir ?, demande CA, qui indique que celui-ci, en tout cas, se prépare à l’affrontement : augmentation de 50 % des salaires des policiers, caméras de vidéosurveillance...
- « Peuple algérien, encore un effort… », dans Alternative libertaire n° 203 (février 2011).